‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 22 sur 115 · Moïse U)D-Ezra, cité par Munk, Mélanges, p · texte numérisé non relu

Moïse U)D-Ezra, cité par Munk, Mélanges, p

2. Conf. la Itevae mensuelle <le Frankel, 1858, p. 454, etc., et le Journal de la Société orientale allemande, 1859, p. 515. 11 ne faut pas identiQer Yekoutiel lien Hassan avec l’astronome Hassan ben Hassan. Ce dernier est déjà un vieillard en 971, époque où il termina son ouvrage astronomique, tandis que Yekoutiel fut tué 68 ans après. Gebirol ne le dépeint pas comme nu vieillard.

celle qu’occupait son coreligionnaire Ibn-Na^ grêla à Grenade. Si nous en croyons Ibn-Gebirol, à qui ce dernier doit en grande partie d’avoir passé à la postérité, Yekoutiel se distingua autant par ses talents, sa sagesse, son esprit, que par sa sollicitude pour les malheureux.

Yekoutiel, l’ami des poètes et des savants, devint un véritable Mécène pour le pauvre Ibn-Gebirol. 11 le fit sortir de son isolement, le soutint et exerça une influence des plus heureuses sur l’esprit inquiet et sombre du jeune écrivain. Profondément reconnaissant poui cette sollicitude presque paternelle, Ibn-Gebirol chanta les vertus et la grandeur de son bienfaiteur en vers magnifiques, touchants, mais pleins d’exagération.

Sous les auspices de cet ami, le poète commença à voir la vie avec des regards moins méfiants ; il se laissa aller aux attraits de la société et aux douceurs de l’amitié. Son cœur, fait pour tous les sentiments délicats, eut bien-

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tôt {?apné l’affection de ceux qui l’entouraient

et qu’il chérissait sincèrement lui-même.

L’avenir se présentait à lui plein de lumière et d’espérances, quand un coup terrible vint l’accabler ; il perdit son protecteur.

Yekoutiel succomba probablement par suite de la révolution de palais qui coûta la vie au roi de Saragosse , traîtreusement frappé par son cousin Abdallah Ibn-Hakam.

Ibn-Gebirol et d’autres auteurs juifs écrivirent le panégyrique du défunt, pleuré par tous ses corebgionnaires de la Péninsule.

L’élégie que composa notre poète est un chef-d’œuvre d’éloquence et de sentiment*.

La fin tragique de Yekontiel rejetait Ibn-Gebirol dans son isolement; déjà trop enclin à la tristesse, il s’abandonna de nouveau aux idées mélancoliques et à la misanthropie; sa sensibilité même devint pour lui un véritable

I. Schiré Schelomo. Les élégies sur la mort de Yekoutiel dc sont évidemment pas toutes d’Ibn>Gebirol.

tourment, car il éprouvait plus profondément les déboires vrais ou imaginaires dont il se plaignait ; il ne voyait partout que haine, envie et trahison. Un crêpe funèbre semblait flotter sur toutes ses productions.

Mais la douleur, qui eût écrasé une âme moins bien trempée, donna à la sienne une nouvelle énergie ; les œuvres qu’il écrivit vers cette époque ont une ampleur, une force, une chaleur peu ordinaires ; le poète était déjà à son apogée, et il n’avait pas vingt ans ! Sa facilité était inouïe ; ainsi il écrivit alors une grammaire hébraïque complète en vers monorimes (Anak), compliqués encore de l’acrostiche ^ Dans la préface de cette œuvre, il gourmanfle la communauté aveugle (Saragosse) sur son indifférence pour la langue sacrée : les uns, dit-il, parlent Viduméen (la langue romane), les autres l’idiome dekedar (l’arabe).

I. Une partie de ces quatre cents vers a été imprimée dans le Uachhereth do Parchon et dans le Schiré Schelomo, n* 55.

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