Guinzé Oxford, p
CUAPITRE VIII
Abonihusan Yehouda Halévi, sa vie, ses poésies, son système philosophique dans le livre du Chozari, son voyage en Terre Sainte.enEgyple; le prince Samuel Almanioor ; Yehouda Halévi i Jérusalem. Sa mort.
Nous arrivons à l’homme le plus considérable de cette époque, à celui en qui se résume, pour ainsi dire, l’action intellectuelle et morale de ce temps : Aboulhassan Yehouda b. Samuel Halévi (Ibn-Allévi), né vers 1086 dans la Vieille-Castille. Tout est grand, lumineux, élevé et pur dans l’existence de cet homme extraordinaire. Poète, penseur, digne fils d’Israël dont il fut une des gloires les plus éclalantes, il figurera un jour dans le Panthéon de l’Espagne, lorsque les vieux préjugés auront disparu de cette terre classique de l’intolérance et du fanatisme.
Les contrastes les plus frappants et les plus heureux se réunissaient dans cette âme d’élite. Il joignait la gaieté la plus expansive à la religiosité la plus exemplaire ; entouré d’admirateurs ardents, il resta modeste ; dévoué de cœur et d’âme à ses amis, il ne se laissa pourtant jamais influencer parleurs opinions; doué d’une sensibilité exquise, il sut se préserver de toute exagération enthousiaste; enfin, poëte par excellence, il savait néanmoins apprécier la vie et diriger ses actions avec tout le calme et la clairvoyance d’une expérience consommée, et il ne dévia pas un instant des sévères règles de droiture qu’il s’était posées.
Le nord de l’Espagne étant alors dépourvu d’autorités talmudiques, Yehouda alla à Lucena où enseignait Alfassi * . Sa muse
1. Oa peut affirmer que Yehonda n’est pas në à Tolède, cette Tille ne fut conquise par Alphonse VU qu’en 1086 ; les auteurs Juifs continuèrent à appeler les provinces Srfarai et les distinguaient complètement de la Castille et du royaume de I.ëon- Tolède, pour les auteurs, ne faisait pas partie d'Edom, de l’Espagne chrétienne.
s’éveilla de bonne heure avec des chants de joie et d’allégresse, car le bonheur sourit constamment à ce favori du sort. 11 se lia avec la célèbre famille des Ibn-Ezra, et il essaya d’adoucir par une lettre éloquente et persuasive les chagrins de Moïse Ibn-Eîzra dans son exil volontaire * .
Lui aussi éprouva les joies et les douleurs de l’amour ; il chanta les charmes enivrants de la femme adorée et les tortures d’un cœur déçu dans ses espérances. Ses élégies respirent tout le feu de la jeunesse et de la passion, et témoignent d’une richesse d’imagination et d’une perfection de forme extraordinaire à un âge si peu avancé». Mais le jeune poète avait le caractère trop heureux, sans doute, pour se laisser accabler par des chagrins d’amour ; du moins on n’en rencontre plus trace ni dans sa vie, ni dans ses vers. Yehouda ne
1. Dake«, 1. o., p. 99. Divan d’Abonl hassan le Castillan, p. 15.
S. Cuinzé Oxford, 83 ; Divan, 123.
LES JUIFS D’ESPAGNE m
se borna pas à étudier la langue et à s’approprier toutes les formes si diverses de la poésie néo-hébraïque : il avait étudié le Talmud, cultivé les sciences mathématiques et naturelles, et approfondi la métaphysique ; il écrivait l’arabe avec élégance et était très-versé dans la poésie castillane*.
En même temps l’exercice de la médecine subvenait à ses besoins. Cette occupation, si bien faite pour ramener l’esprit aux tristes réalités de la vie, ne fit pas descendre le poète de ses hauteurs idéales. D’après une de ses lettres, il paraît avoir eu une clientèle considérable ; plus tard (vers 1 120), il écri-vit les lignes suivantes, qui méritent d’être rapportées :
« Aux heures qui n’appartiennent ni au jour ni à la nuit, je m’occupe des diverses branches de l’art médical, bien que je ne connaisse pas le secret de guérir. La ville où je demeure est