‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 57 sur 115 · Choutri, 47, 103; IV. IS · texte numérisé non relu

Choutri, 47, 103; IV. IS

de contentement; elle veut qu’on use, bien entendu avec modération, des biens de ce monde, tout en cherchant à mériter, par l’exercice des vertus et de la piété, les félicités du monde à venir : cet équilibre heureux doit être la règle de la vie individuelle aussi bien que de la vie nationale.

Halévi établit ensuite la supériorité du rabbinisme sur le.caraïsme; il rend aussi justice au christianisme et à l’islamisme, tout en faisant ressortir leurs côtés faibles. Tous deux, dit-il, servent à améliorer, à élever l’humanité. Quant à l’oppression sous laquelle vivaient les Juifs, c’était, selon l’auteur, un état passager. Mais un grand avenir est réservé au peuple de Dieu, dépositaire de l’idée divine pure. L’abaissement des représentants d’une foi religieuse ne prouve, du reste, absolument rien contre cette foi. Les chrétiens eux-mêmes placent la vraie grandeur du Christ dans les humiliations et les douleurs; les mahométans exaltent les disciples du prophète parce qu’ils ont

no LES JUIFS D'BSPAÜNE

souffert beaucoup pour l’amour du maître.

Personne, avant Yehouda Halévi, n’avait encore trouvé des accents aussi éloquents pour défendre Israël et sa foi. La pensée, le sentiment et la poésie se sont pour ainsi dire fondus dans le système original du grand écrivain . castillan, pour créer un idéal destiné à relier entre eux le del et la terre.

Les philosophes religieux ses prédécesseurs avaient mis tout leur art à établir la divinité du judaïsme en le justifiant au tribunal de la raison, en établissant que ses principes fondamentaux n’étaient pas en contradiction avec la philosophie et qu’il ne visait qu’à amener les hommes à la perfection morale. Yehouda Halévi répudia ces habiletés qui effleurent à peine, si même elles ne l’amoindrissent, le principe essentiel du judaïsme. Tout cet échafaudage artificiel et sans base réelle ne pouvait conduire, selon lui, à une certitude; de même aussi, la grandeur divine du judaïsme ne pouvait être jugée qu’en lui-même et non à

la mesure d’une pensée ou d’uli système étrangers. Il ne veut partir que de faits incontestables, et c’est sur cette base qu’il édifie le judaïsme, le judaïsme rabbinique et talmudiquei dont les moindres parties lui paraissent* importantes, essentielles.

Ce système a certainement ses côtés faibles, mais il contient de grandes vérités ; il est avant tout national, et le éeul qui conduise à la saine intelligence du judaïsme. Il est remarquable cependant que la pensée philoso* phique développée dans le Choîiari, déjà traduit de l’arabe en hébreu trente ans après son apparition, n’ait pas produit une impression durable chez les contemporains, et n’alt contribué que dans une très-faible mesure à l’avancement du judaïsme pendant le moyen âge.

L’auteur cependant était hantement estimé ; on lui faisait l’application flatteuse do verset : « Gardez-vous d’abandonner le Lévite. » Bien des écrivains s’appropriaient les éléments de la doctrine do l’auteUr, sans profit pour ccfle-ci.

LES JülFS D’ESPAGNE

Les contemporains de .Yehouda Halévi n’avaient pas l’intelligence nécessaire pour comprendre ce livre, création précoce et la plus accomplie de la civilisation hispano-juive. Les idées du poète eurent le sort des recherches bibliques d’Ibn-Djanach : tous deux ne devaient être dignement appréciés que de nos jours.

Un homme de , la trempe de Yehouda Halévi devait mettre ses actions en harmonie avec ses convictions. Il alla jusqu’à renoncer à écrire des vers hébreux, de crainte de profaner la langue sacrée en l’adaptant à la prosodie arabe. La rime et la mesure, dédaignées par les prophètes et le Psalmiste, étaient des artifices indignes du grand style hébreu*. Il fut sans doute aussi découragé par le déluge d’œuvres sans goût et sans valeur que produisaient tant de poètes, plats et ridicules imitateurs des maîtres.

i, Choxari U, 66. ParcboD, Arouch, introd., 56.

Néanmoins Yehouda ne put être fidèle à son vœu ‘ ; la poésie était un véritable besoin pour cette âme ardente ; elle lui servait admirablement pour donner un corps à l’idéal dont sa pensée était remplie.

Mais il est une autre résolution qu’il accomplit au prix de tous les sacrifices. La Palestine était pour lui une terre privilégiée, empreinte des marques spéciales de la grâce et de la prédilection divines. Même dans la pâle lueur de sa décadence actuelle, l’esprit devait y apercevoir quelque sublime rayon de lumière; c’est là qu’on devait trouver la véritable satisfaction, le repos de l’âme. Déjà, en écrivant le Chozarx, U s’était répandu en plaintes éloquentes sur l’indifférence générale à l’égard de la Terre sainte*; peu à peu l’idée de visiter cette contrée s’empara de lui, et devint bientôt un ardent désir de s’y rendre en pèlerinage, afin de

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