Üe Darrios, //iiforia universal judalea, p
quelle ils construisirent nombre de villes avec les mêmes noms et les mêmes situations qu’elles avaient eues autrefois relativement à la ville de David. Les villes espagnoles de Maqueda, Escaluna, Jopes, Aceca. n’auraient été bâties que pour rappeler Makeda,Ascalon, Joppé, Aseka *.
Il J avait au fond de ces inventions un autre mobile que l’orgueil. L’absurde et ridicule accusation de déicide, et les persécutions dont elle fut cause, amenèrent les Juifs d’Espagne à faire accréditer l’idée, assurément originale, qu’ils étaient arrivés dans le pays aux temps les plus reculés. C’était un argument irrésistible et palpable, pour établir qu’ils étaient innocents de la mort de Jésus, puisqu’ils avaient, à les entendre, émigré avant l’époque du Christ. Un ancien monument tumulaire appuyait le fait. CiJte pierre funéraire, con-
1. Parmi les auteurs juifs d’abord, dans Abravanel, fin de son Commentaire lur lei Roû ; puis chez les auteurs clirétisns cités par Arias Montinus.
temporaine de Salomon, avait été trouvée, disait-on, à Sagonte. Elle portait l’inscription suivante ; « Ceci est le tombeau d’Adoniram, le serviteur du roi Salomon. 11 est venu pour recueillir le tribut et est mort le... à Murviedro i. *
La vanité et la nécessité contribuèrent ainsi en même temps à faire reculer l’immigration des Juifs aux époques les plus lointaines.
L’exagération est évidente; ni le règne du roi Salomon, ni l’exil de Babylono ne virent les Juifs se diriger vers l’Espagne; mais il est constant qu’ils y étaient établis avant les grandes migrations des barbares du Nord, qui amenèrent dans la péninsule ibérique les hordes des Alains, des Suèves, des Vandales et des Visigoths.
Les Juifs habitaient les villes et les campagnes; ils se livraient à l’agriculture, soit difec-
1. Ces légendes ont été recueillies et réunies avec soin par Francisco Martinez» Memoria sobre la frimera venida de los Judios en Etpana, dans les Âfevwrias de la real Aeademia, de 17d9, déjà cités.
teinent, soit par leurs esclaves; ils possédaient des vignobles et des plantations d’oliviers, ou bien ils s’adonnaient aux métiers, au commerce et à la navigation entre l’Espagne et les côtes de l’Afrique*. Comme ces colons hébreux avaient immigré sous la protection romaine, ils jouissaient, ainsi que dans toute l’étendue de l’empire, des droits de citoyens à l’égal des autres Romains, et n’étaient soumis à aucune loi d’exception.
Le christianisme avait rapidement pris racine en Espagne, si bien que, avant la conversion de Constantin 1", il y eut déjà à Illiberis (Elvira, près de Grenade) un concile où figurèrent dix-neuf évêques, trente-six presbytériens et autres membres du clergé inférieur; néanmoins, les Juifs avaient continué à vivre su^ le pied de la plus complète égalité avec le
1. Ainsi qu'il résultedela L«x Kùtgoi/iorum, I. XII, t. 111, J 6, conf. Graëtz, dissertation ; la Léfitlaliondeê Vitiguths conctrnanl le» Juif», du programme de 1858 pour lu séminaire rabbioique de Breslau.
LES JUIFS D'ESPAGNI;: 11
reste des populations chrétiennes et païennes. Les adorateurs du Christ, pas plus que les Romains, ne voyaient encore en eux cette race réprouvée dont il fallait éviter le contact.
Les rapports réciproques étaient fréquents et bienveillants. Les cultivateurs convertis au christianisme avaient fort souvent entendu leurs apôtres parler des Juifs et du judaïsme; ils ne se doutaient point de l’abîme qui séparait l’ancienne et la nouvelle foi, et ils faisaient bénir leurs cultures indistinctement par les personnages religieux, Juifs ou chrétiens. Les mariages entre les croyants des deux confessions étaient très-ordinaires, comme cela avait lieu d’ailleurs dans le pays voisin, les Gaules.
Mais le haut clergé ne pouvait tolérer longtemps ces nombreux et trop bons rapports; ils constituaient à ses yeux un danger pour l’Église encore mal affermie. Ce sont les chefs de l’Église catholique d’Espagne qui, les premiers, élevèrent un mur de séparation entre Juifs et chrétiens. Osius ou Hosius, évéque de
ii LËS JUIFS D’ESUAGMi:
Gorduba (Cordoue), qui avait eu des relations personnelles avec des théologiens fanatiques de la cour de l’empereur Constantin, avec Paul de Constantinople et Eusèbe de Césarée, importa leur intolérance çn Espagne.
Le concile d’IUiberis ( Elvira, vers 320), que présida ce fougueux prélat, interdit aux chrétiens, sous peine d’excommunication, d’entretenir aucun rapport d’amitié avec les Juifs; de contracter mariage avec eux et de faire bénir par les Juifs les cultures de la terre. Le motif de cette dernière prohibition est assez remarquable : les bénédictions du clergé auraient pu paraître inutiles et inefficaces*.
Ces premiers germes de haine et de dissensions semés dans les esprits ne portèrent pas immédiatement leurs tristes fruits. Une circonstance particulière vint, pendant un certain temps, en arrêter le développement.
1. Concilimn llliberclinuni) canons 49, 50, cittis dans la Collectio cOHci/iorum d'Aguirre.
Les barbares qui envahirent bientôt après le pays pour s’y dxer étaient ariens ; les conquérants opprimèrent les vaincus et leur imposèrent le double joug politique et religieux.
Ce n’est pas que les Visigoths entendissent grand’chose aux distinctions subtiles qui faisaient un hérétique de l’évêque Arius; peu leur importait au fond que Dieu le fils fût égal au père ou non, mais ils haïssaient cordialement les catholiques, anciens habitants du pays, parce qu’ils ne voyaient en eux que le Romain, c’est-à-dire l’ennemi.
Ils n’avaient aucun motif d’animosité de ce genre contre les Juifs; aussi ces derniers restèrent-ils paisiblement en possession de leurs droits civils et politiques : comme par le passé, ils furent admis aux fonctions publiques. Ils avaient sur ces rudes guerriers l’avantage de la science et de l’intelligence, ce qui les rendait doublement précieux pour les emplois. On ne peut pas dire que les rois ariens aient eu une véritable prédilection pour le judaïsme et ses
adeptes, mais enfin on les favorisait parce qu’ils n’étaient point catholiques et qu’ils ne cherchaient point à faire de la propagande au détriment de la foi des barbares.
Cette situation heureuse dura plus d’un siècle, tant que l’Espagne fut une province de l’E npire tolosano-visigoth, et môme plus tard encore, quand, sous Theudès, le pays devint le centre de cette puissance.
L’égalité civile et politique s’étendit aussi aux Juifs qui habitaient les provinces de Narbonne et de l’Afrique appartenant au même empire. Plusieurs d’entre eux rendirent aux rois visigoths des services signalés.
Ceux qui demeuraient au pied des Pyrénées défendaient bravement les défilés des Gaules contre les incursions incessantes des Francs et des Bourguignons. C’étaient les fidèles gardiens des frontières *, et leur bra-
1. Concilium Toletannm XVII, cilé par d’A^nirre Colleclio conciliorum, II, p. 7S3, D. 6.
voure leur valut des distinctions toutes particulières.
Les Juifs visigoths ont dû nouer des relations avec la Judée ou la Babylonie, soit par l'Italie, soit par l’Afrique, puisque leurs frères d’Orient leur envoyaient des maîtres pour enseigner la religion. En effet, ils suivaient scrupuleusement les lois du Talmud, s’abstenaient de vin fabriqué par des non- Juifs, et recevaient, selon les préceptes talmudiques, leurs esclaves chrétiens et païens dans l’alliance d’Abrabam * . Pendant que leurs coreligionnaires de l’autre côté des Pyrénées étaient opprimés, soumis à la cruelle alternative d’embrasser le christianisme ou de s’exiler, ils jouissaient, eux, d’une liberté religieuse sans entraves ; ils avaient, comme nous venons de le voir, le droit contesté ailjeurs, d’initier leurs esclaves à leur propre foi.
Cet état de choses dura tant que l’arianisme
1. Ainsi qu’il résulte de nombreuses décisions des synodes de Tolède.
fut prédominant eu Espagne; mais l’Église catholique orthodoxe reprit le pouvoir, les ariens subirent à leur tour la loi du plus fort, et r ère des malheurs se rouvrit pour les Juifs.
Le roi Reccared, qui abjura la foi arienne au concile de Tolède, d’accord avec cette assemblée, les soumit à de nombreuses restrictions. Les mariages mixtes furent interdits ; les enfants nés de ces sortes d’unions déjà consommées, étaient baptisés de force; les Juifs ne pouvaient plus occuper d’emplois publics ni posséder d’esclaves, et encore moins les convertir au judaïsme , sous peine de perdre tout ce qu’ils possédaient * (589).
Parmi toutes ces prohibitions, si dures pour des hommes qui jusqu’alors avaient joui des mêmes droits et des mêmes libertés que les autres citoyens, la plus préjudiciable fut celle qui concernait les esclaves : chez tous les habitants aisés, les esclaves et les serfs
1 . Concilium Tolelanum, cite par d'Agiiirre, p. 406, ii* 49,
cultivaient les terres et s’acquittaient des divers travaux domestiques ; ils étaient devenus pur ainsi dire indispensables dans l’économie intérieure des familles.
Vers la même époque, Reccared confirma une résolution du synode de Narbon n e qui défendait aux Juifs de chanter à l’avenir des psaumes lors des enterrements, usage qu’ils avaient sans doute emprunté à l’Église L’approbation papale n’augmenta pas l’autorité des ordonnances du roi, auxquelles la constitution féodale de l’empire visigoth enlevait presque toute efficacité. La puissance royale était fort limitée par celle des seigneurs qui choisissaient le souverain. Les chefs étaient à peu près maîtres absolus dans leurs domaines, et, pas plus que le peuple, ils ne partageaient le fanatisme du roi. Les Juifs continuèrent donc presque partout à posséder des esclaves; on les laissait même arriver aux fonctions publi-
1. Conciliam Narbonense, canon 9, cité par d’Agoirre, Colléelio eonciliorum, 386.
qdes. Viflgt ans snfFiront pour faire foinber totalement en tléslKîtnde les lois de Reccared : Se§ SuccesSédriS, Liüva, Victoric et Gondemar; ne songèrent point à les remettre en vigueur, èt ces pririces se montrèrent généralement favorables à leurs Sujets jdifs*.
L’electioh dit roi Sisebut Vint encore ùhë fois modifier la situation. Ce roi, instruit et d’un caractère bienveillant, devint cepcndaJit le fléau des Israélites, à l’égal de son contemporain l’efnpereur Héraclius. Ce dernier, du moins, était poussé à des mesures de rigueur par les révoltes continuelles des Juifs de Palestine, et aussi par l’influence des moines ■ Siselmt persécuta sans motif, ScOns nécessité, spontanément. Dès 612, au commencement de
1. Ccci résulte du passage suivant des lois de Sisebut. Lex Visigothorum, XII, î, 13 : « Dndum latæ constitutionis auctorilas ab domino Bcceatedo sufflceru polerat, ut mancipia christiananullatenusin Ilebra;orumjurcmanerentobnoxia,si... eorum pravrtas sKbripièbdo principuin anrmos aligna sibi injusta non poposcisset bénéficia. ■ El à la fin de ce paragraphe : t Nam et quisquis dejndæis sub nominc proprietatis fraudulenta suggeslione aliquid a præcessoribus nostris visns est promeruisse. > Sur l'origine de ces lois, conf. la dissertation déjà citée.
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son règne, il fit àpptiquer rigoüreùsémcnt aux Jüifslesloisde Reccared qù’il aggrava encore.
lies Jtiîfs devaient accepter le fcaptême dans ùn court délai oti quitter le territoire visigoth. Les uns, ne voulant renoncer ni à leurs biens ni à leur patrie, subirent la loi de la nécessité, tout en restant secrètement attachés à leur toi; d’autres, plus scrupuleux, préférèrent l’exil, et se réfugièrent en France ou en Afrique (612- 613).' Le clergé tout d’abord n’approuva point ces conversions forcées. Un de ses membres les plus distingués, Isidore de Séville, blâma le roi « qui avait montré beaucoup de respect pour la foi, mais bien peu pour la conscience^. • La date de cette persécution religieuse mé- , rite d’étré particulièrement liotée ; ctest le premier bannissement des Juifs ordonné par un
1. tiidbri UUpàUnnt âhrSiétUnt, A. iitO; tiUhria gdlkoriiM; D. 60. — On ne comprend pas comment Uelferich {Origine el SiiloiVé âé tempire vUi§otk, Berlin, {(SSê) a travesti cette pereécution ordonnée par le roi.comme le rapporte clairement Isidore, en une émeute populaire contre les Juifs (page 70). Deux siècles plus tard, l'ërèqne Arnold invoqua l'acte de Sisebut comme ait exemple louable et méritoire.
roi chrétien. Les suites de cet acte fanatique furent en réalité plus désastreuses pour l’Espagne elle-même que pour les exilés.
Si le pays, au siècle suivant, sévit subjugué par une poignée de hardis aventuriers, si les Juifs môme dominèrent alors les chrétiens vaincus, il faut chercher la cause originaire de ces faits dans l’intolérance de Sisebut; elle fut le premier symptôme de cette dégénérescence, de cette faiblesse, dont soutfrp encore aujourd’hui la monarchie espagnole.
Cette persécution fanatique, comme on le verra plus tard, fut aussi le premier pas vers la dissolution de l’empire visigoth.
Le successeur de Sisebut, le roi Swintila, que les opprimés appelèrent le père de la pairie, abrogea les lois contre les Juifs ; les exilés revinrent dans leur pays, les convertis retournèrent à leur foi première (G21-631 ). On n’avait du reste jamais surveillé ces chrétiens douteux : on se contentait généralement de l’acte du baptême, sans rechercher si les néo-
phytes persistaient dans leurs anciens us et coutumes.
Les Romains, imbus d’idées polythéistes, continuaient à célébrer le jeudi, consacré à Jupiter ; les Visigoths observaient toujours certaines pratiques païennes; les Juifs n’avaient donc guère à se gêner pour remplir les prescriptions de leur foi première.
Mais il était dit que tout changement de gouvernement modifierait la situation des Juifs. Une conspiration de grands et d’évêques renversa le roi Swintila et amena sur le trône Sisenand, docile instrument du parti vainqueur. Le clergé reconquit encore une fois la prédominance dans l’État; encore une fois le concile de Tolède délibéra sur la situation des Juifs (633).
Certes, l’homme qui présidait cette assemblée, l’archevêque Isidore d’Hispalis (Séville), était un prélat instruit et équitable; il n’en subissait pas moins l’influence des idées de son temps.
Le concile déclara, probablement sous Tins-
piration d’Isi4ore (ju’ilne fallaitameperles Ju au christianisme ni par la violence ni par j mesures poerpitives ; mais les lois intolérant de Reccared n’en furent pas moins renouvelée Toute la sévérité des mesures du concile tom' dope spr pepi qui, après avoir été convertis ( forpe spus ^isebpt, étaient retournés à la 1 juive.
Bien que les éyêques eussent autrefo blâmé ces attentats à la liberté de conscieno ils croyaient de leur deyoir dè maintenir dar le giron del’ÉgUse cepjf: qui avaient reçu le
sacrements, i aâp que la foi ne fût poir honnie. »
La religion, à cette époque, était essen tiellement une confession extérieure, visible On croyait qu’un homme pouvait porter er lui une consécration indélébile, qu’il avait reçue malgré lui, contre laquelle protestaient tout ses actes et toutes ses pensées : cette idée absurde domina pendant tout le moyen âge; elle est encore admise aujourd’hui, là où l’on fait
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pfévaljQir les témoigp.3ge^ extérieiii’s et iifuté-r r^ls aij. détriinent de la pensée et des eg^r yiotions in^iiues,
synede décida deUG que les Juifs baptisée préeédeinmeut seraient tepus, s’ils pe voulaient perdre Jeur liberté, de s’abstenir de l’observauee des prescriptions juives et de tout rapport avec leurs anciens coreligionuair.es, et que leurs enfants leur seraient arrachés pour être élevés dans les couvents.
D’après |.a môu^e législation canonique, ni les Juifs convertis de foyce, ni leurs desceud.auts, ne devaient être admis à témoigner en justice ; car, est-il dit avec une logique bien digne dg l’époque, « qui est devenu traître à Dieu u§ peut être sincère envers les bouimes. »
Conaparé à ces rigueurs, le traitemeut appliqué aux autres J uifs paraît yéritabletnent indulgent.
Il faut dire qu® le clergé se donna bèau.coup de peine pour les faire apostasier. L’archevêque Isidore de Séville écrivit deux livres
contre les Juifs *. Il prétendait y prouve vérité du christianisme par les textes de 1’ cien Testament même ; il le fit sans goût raison, et avec ce mépris incroyable du si ordinaire des textes et de l’histoire qu’on r contre dans toutes les polémiques des Pè de l’Église contre le judaïsme.
L’attaque de l’archevêque provoquait na Tellement une réponse.
Les Juifs d’Espagne relevèrent le défi, a\ la double intention de se fortifier dans la : de leurs pères et de réfuter les semblants ( preuve du prélat. Les plus savants d’entre ei opposèrent controverse à controverse, réfuta tions à réfutations, le tout probablement écr en latin. Leur connaissance approfondie de sources bibliques rendait la victoire facile.
Le plus puissant argument d’Isidore étai que « le sceptre était sorti de Juda, » et que le chrétiens, ayant leurs rois, constituaient le vra