‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 65 sur 115 · Abraliam Ibn-Daoud · texte numérisé non relu

Abraliam Ibn-Daoud

ï. Id.

Bientôt Tolède eut une nombreuse colonie d’émigrés juifs ; R. Méir Ibn-Migasch y fonda une académie talmudique, qui compta, peu après, de nombreux disciples.

Yehoudaibn-Ezra, dont l’influence grandis* sait toujours, fut élevé à la dignité d’intendant de la maison impériale. Dans son zèle pour le rabbinisme, le nassi se laissa entraîner à une persécution contre les Caraïtes, qui ternit sa glorieuse réputation.

Les sectateurs d’Anan s’étaient remis des malheurs qu’ils avaient éprouvés en Castille et que nous avons rapportés dans un chapitre précédent. Redevenus nombreux, ils s’eflbrçaient de reconquérir l’importance qu’ilsavaient perdue. Ils faisaient venir d’Orient et d’Égypte les œuvres littéraires de leurs docteurs, et s’affermissaient ainsi dans leur éloignement pour le judaïsme rabbanite.

Yehouda, oubliant combien il est dangereux d’éveiller un fanatisme quelconque, sollicita et obtint de l’empereur le droit de sévir contre

les Garaïtes espagnols. Il les humilia de façon, (lit l’historien Abraham Ibn-Daoucl, à ce qu’ils ne purent plus relever la tête. Nous ne savons pas en quoi consistait cette humiliation. Il est probable qu’on les expulsa de toutes les villes où demeuraient des RabbaniteS (1150-1157).

Gependant cette époque de prospérité fut de courte durée pour les Juifs. Yehouda Ibn-Ezra eut probablement la douleur d’assister aux malheurs qui fondirent sur le pays après la mort de l’empereur et de son fils aîné, le roi de Castille. Pendant la minorité de l’infant Alphonse, une guerre civile acharnée éclata entre les partisans des deux nobles maisons de Lara et de Castro; les autres rois chrétiens se mêlèrent à la querelle, et Tolède devint le théùtre de luttes sanglantes.

Absorbés par ces guerres intestines, les princes furent obligés de confier la défense des frontières contre les incursions des Almohades aux divers ordres de chevalerie, animés d’un fanatisme ardent.

A la différence de leurs frères de France et d’Allemagne, les Juifs d’Espagne ne restèrent pas spectateurs impassibles de ces démêlés politiques; ils y prirent même une part très-active. Ainsi ceux de Grenade entrèrent dans une conspiration formée à la fois par les Arabes nationaux vaincus, les chrétiens et tous les autres mécontents, irrités contre l’intolérance deS Almohades. Le centre de l’insurrection devait être Grenade, la dernière conquête des envahisseurs. Deux chefs mécontents étaient l’âme de la conspiration. Ils parurent devant la ville avec de nombreuses troupes, elles habitants juifs commandés par un certain Sachr Ibn-Ruiz Ibn-Dahri leur en facilitèrent la prise (1102); mais leur succès s’arrêta là. Les Almohades réoccupèrent Grenade, et ceux des Juifs qui tombèrent entre leurs mains furent sans doute rigoureusement punis*.

I. Gayango?, //«tory of the mahomelan dynasties, II, apiien- (lix IV, p. 23.

Au milieu de ces luttes et de ces désordres, les lettres et les sciences juives continuèrent à prospérer dans tous les pays de la dispersion, et à tenir la tête du mouvement civilisateur. Deux hommes notamment, tous deux de Tolède, contribuèrent à maintenir et à augmenter vers ce temps l’éclat du nom juif ; Abraham Ibn-Daoud et Abraham Ibn-Ezra. Différents de caractère, de tendance et de fortune, ils n’avaient qu’un trait commun ; leur inaltérable amour pour le judaïsme et pour la science.

Abraham Ibn-Daoud Halévi naquit vers 1100; il descendait par sa mère du nassi Isaac Ibn-Albalia *. On sait très-peu d% chose de sa vie. Ses études ne se bornèrent pas au Talmud : il avait cultivé avec ardeur toutes les branches des connaissances humaines

1. On sait qu'il était élève de Baruli Albacha, mort en 1I2S, ce qui permet de fixer à peu près l’époque de sa naissance. Un trouve niKT J3H dans les manuscrits et dans le Yochatin éd. Filipcwski; la variante TlK’n=Dior est une altération du vrai nom. 11 ressort des connaissances anatomiques dont Ibn-Daoud fait preuve dans la Emounah liamah, qu'il avait étudié la médecine. Il souffrit la mort du martyre en 1180.

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de son temps ; chose rare chez les Juifs espagnols, il s’était même appliqué à l’histoire, tant générale que juive. Plus tard, il exerça la médecine et se livra tout entier à l’étude des sciences. Ibn-Daoud n’était point un génie profond ni créateur; mais il avait l’esprit vif, rapide, souverainement apte à saisir le fond des choses et à les exposer de la manière la plus claire et la plus logique.

Sa grande préoccupation était la lucidité dans la démonstration des questions les plus abstraites. Entièrement adonné aux grands problèmes de l’esprit humain, il dédaignait dans une certaine mesure les études moins élevées, telles que la linguistique, les mathématiques, la médecine, le droit, toutes matières de valeur relative et qui ne conduisent point l’homme au grand but de la vie. Dans la pensée d’Ibn-Daoud, ce but c’est la vérité philosophique, dont l’essence est la connaissance de Dieu; c’est elle seule qui donne à l’homme sa réelle supériorité sur toute la

création*. Il exposa avec énergie ce système en réponse aux défiances contre la philosophie répandues chez un grand nombre de ses coreligionnaires, incapables de concilier, il le disait bien, la raison et la foi *. Or le judaïsme, précisément, ne craint pas la philosophie, puisqu’elle est d’accord avec ses principes fondamentaux .

La question du libre arbitre servit de thème à Ibn-Daoud pour prouver la nécessité des recherches philosophiques. On se rappelle que YehoudaHalévi, vingt ans auparavant, dans un travail remarquable, avait conclu à la priorité de la foi sur la philosophie. Il faut qu’à Tolède môme ses opinions aient eu peu d’influence, car nous voyons bientôt après Ibn-Daoud se prononcer d’abord dans le sens opposé, puis chercher à concilier la foi et la raison.

1. Emounah Ramah, édit. Weil. Francfort-sur-Mein, 1857, texte hébreu, p. 44-46.

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