Il mourut en 11C
LES JUIFS D’ESPAGNE t67
facultés puissantes, il saisissait à la fois les objets dans leur ensemble et dans leurs moindres détails; il était vif, spirituel, mordant, mais il manquait de sentiment et de chaleur.
L'étendue de ses connaissances est presque incroyable : il avait tout vu, tout étudié, sans excepter même la littérature des Garaïtes.
Néanmoins ce n’était point une personnalité bien ferme, bien accusée ; aussi léger que versatile, tantôt il combattait 1q Garaïsme, tantôt il lui faisait des concessions ; sa polémique impitoyable se soucie moins d’arriver à la vérité que de blesser l’adversaire.
Esprit négatif, il formait la plus complète antithèse avec Yehouda Halévi dont il était^ dit-on , très - proche parent. Lui - même réunissait les contrastes les plus frappants. Son regard pénétrant, sa puissante faculté d’analyse et ses recherches hardies, qui Ini faisaient friser le panthéisme , s’alliaient à une 'foi rigoureuse qui dégénérait en fanatisme ennemi de tout exa-
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men. Sa froide raison, qui allait droit au but, ne l’erapèchait pas de professer une sorte de mysticisme laissant toute chose dans une demi-obscurité. Plein d’une confiance sans bornes dans les décrets de la Providence, il n’en croyait pas moins à l’influence fatale des astres sur les destinées des mortels.
Cet homme étrange fut donc à la fois critique rigoureux et esclave de la lettre, rationaliste et mystique, sincèrement religieux et astrologue. Ces contradictions remplissent toute son existence.
On connaît bien peu de chose de sa vie; on . ne sait pas même s’il appartenait à la célèbre famille des Ibn-Ezra de Grenade. Dans sa jeunesse, il cultiva la poésie et fut le compagnon de plaisir de Moïse Ibn-Ezra *. H aussi en relation avec Yehouda Halévi, et leurs entretiens, qui roulaient souvent sur les problèmes de la philosophie, trahissent la no-