CHAPITRE XI
llAÏiiq^lui; (if Aïan|;iii)
Sa naissance, sa jennesse, ses premiers traranx. — Il émigre à Fex. — Lettres de consolation dn père de Maimonide anx communaotés d’Afriqne. — Première polémique de Maimonide en favenr des Joifs convertis en apparence an mahométisme. — Maimonide et sa famille en Palestine et en Égypte. — Ses revers de fortune. — Le commentaire sor la Mitehruth; sa dogmatique; les articles de foi. — Saladin et les Juifs ; la persécution dans l’Arabie du Sud ; épltre de Maimonide anx habitants de l’Yémen. — Mort dn faux messie dans l’Arabie du sud. — Maimonide rabbin ; son code religieux.
Pendant la seconde moitié du xii® siècle, le judaïsme était menacé d’un morcellement complet, faute de personnalités assez marquantes pour constituer une autorité centrale parmi les Juifs dispersés. Joseph Ibn-Migasch et R. Tarn, de Rameru, en Champagne, avaient été les deux derniers maîtres capables
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de servir de guides à une génération, et ils n’avaient pas eu d’héritiers.
fje fanatisme des Almohades avait anéanti les communautés juives du midi de l’Espagne, folède, devenu le foyer du mouvement intellectuel , n’exerçait qu’une action limitée.
Pe^ communautés du sud de la France étaient encore dans la période de formation ; celles du nord ne s’adonnaient qu’au Talmqd, quand toutefois leur état misérable et précaire le leur permettait. Les Juifs d’Allemagne, réduits à l’état de serfs, appartenant au Saintflmpire, déclinaient de plps en plus; le reste do l’Eqrope était plongé dans la barbarie. Le calife Almuktafi avait bien rétabli l’exilarchat ; mais cette création d’un caprice momen-
tapé avait aussi peu d’influence que d’a-
. < ' venir.
C’est dans cette situation critique ej pleine de germes de dissolution, que parut Maimonide.
Moïse b. Maïmoun naquit à Gordoue le
14 nissan (30 mars) 1135*. Son père, descendant d’une famille de savants talmudistes, élève d’Ibn-Migasch, mathématicien et astronome, était en même temps membre du collège rabbinique de Cordoue. 11 inspira à son fils, dès l’âge le plus tendre, l’amour de la science et des hautes conceptions morales. U émigra avec la communauté de Cordoue, après la prise de cette ville par les Almohades ; Moïse avait alors treize ans. On croit que la famille se réfugia à Alméria * ; mais, trois ans après, cette ville subit le sort de la capitale, et la famille dut chercher plus loin un asüe. En tout cas, elle mena pendant quelque temps une
l.Sur les neherebes relatives à cette date, voyez le Joamalde Geiger, II, p. 127 et suiv. Le nom arabe de Maimonide est Abon Amram Monsa b. Malmoun Ubaïd Allah. Quant à la prononciation dn nom de pD’O > qui est arabe, elle est, de l'avis des arabisants les pins compétents : jfatmoun, selon l'arabe oriental, ut non Mafmon, qui appartient an dialecte arabe-espagnol. Le mot ila'wtonide est une corruption, le véritable nom est Miï- HOONi ; mais le premier est tellement passé en usage, en France surtout, que le traducteur a cm devoir le conserver.
2. Léo Africanus, cité dans Fabricius, BMiotheca Igrœca 1 . Xlll, c. 28, p. 295.
existence errante, et séjourna aussi dans l’Espagne catholique * . C’est au milieu de ces épreuves que Moïse Maïmonide se forma à la vio.
Son père lui enseigna la Bible, le Talmud, les mathématiques, l’astronomie; les maîtres arabes lui apprirent l’histoire naturelle , la médecine et la philosophie. Il acquit ainsi un grand fonds de connaissances, qui lui servirent admirablement dans ses travaux, dont le but, à les considérer dans leur ensemble, était de se rendre raison à lui-même d’abord, aux autres ensuite, des phénomènes du monde visible et invisible.
Esprit logique et systématique, apte surtout à classer, à grouper toutes choses dans un ensemble rationnel, l’ordre et la clarté étaient ses deux quaUtés dominantes ; à ce point de vue, on peut l’appeler à juste titre l’Aristote juif. Gomme tant d’autres penseurs parmi scs co-
1. Dans son commentaire sur la Mischnah, Maimonide emploie souvent des mois espagnols. Il dit lui-raAme qu'il a pareourn la terre et la mer.
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religionnaires ot parmi les Arabes, Maimonide nourrissait une grande admiration jwuile maître de Stagire ; mais, plus que tout autre, il sut pénétrer et s’approprier sa philosophie, et par cela môme, mieux que personne, en saisir les côtés faibles.
Maimonide était en même temps un véritable sage, un caractère moral accompli. Chez lui, la foi, les mœurs et la philosophie étaient à la même hauteur, ou plutôt s’étaient fondues en un ensemble harmonieux qui en faisait une nature d’élite. Sa taille élevée, ses traits nobles et expressifs, portaient en quelque sorte le reflet d’une âme supérieure.
Toutes ses actions étaient rigoureusement conformes à sa loi ; pour lui , la vie n’avait qu’un but, confirmer cette vérité : que l’homme est créé à l’image do Dieu. La vérité était son idole, et il avait une antipathie invincible pour tout ce qui était bas, fiiux et factice. Ainsi il dédaignait absolument la poésie, dont, suivant les idées du temps, le grand mérite
LES JUIFS D’ESPAüNë
était l’imaginatioti, l’invention. Il blâmait ceux qui consaci^îeht leur temps à faire des vers, même en hébreu i. Jamais il ne put s’adonner aux jeux frivoles de l’esprit.
Sévère envers lui-même, Maimonide était plein d’indulgence pour autrui. Dans ses polémiques, on ne trouverait pas un seul mot blessant pour l’adversaire. Il était pourtant caustique, mais son ironie he s’attachait qu’aux opinions; sa modestie et son humilité égalaient sa bienveillance.
Toutes ces qualités étaient relevées par une volonté énergique, qui ne se laissait rebuter par aucun obstacle ; l’adversité, les souffrances, l’ingratitude des hommès furent également impuissantes â le détourner de son but.
Montrer le judaïsme biblique et talmudi^é.
ses dogmes et ses pratiques, sous leur vraie lumière, de façon à fortifier les croyants daih^
I . Commentaire sur SynAedrin, X, 1 ; ssr iHtké Aboi, I (fi' Conf. Tour oraeh chayim, n. 560, fin.
UKS JUIFS D’ESPAÜNF.
leur foi et à convaincre môme les philosophes de sa vérité, cette vaste pensée avait surgi dans l’esprit de Maimonide, jeune encore; elle s’était développée avec l’âge, et il y consacra les efforts et les travaux d’une vie admirablement remplie. Avant tout, il voulut acquérir la somme entière des connaissances qu’exigeait ce travail gigantesque ; il eut l’occasion lui-môme de dire, dans son épître aux communautés de Provence *, qu’il avait attentivement étudié tous les écrits arabes relatifs aux religions et aux cultes idolâtres, étude qui lui paraissait indispensable pour ses travaux. Or, Maimonide était trop modeste pour qu’il soit permis de douter un instant de la véracité de cette parole.
Versé dans toutes les branches des connaissances humaines, il s’était appliqué surtout aux écrits bibliques et talmudiques, à la philosophie, à la médecine, aux mathématiques et à l’astronomie. A vingt-trois ans, il