‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 94 sur 115 · CollfCliiiH rpislolaire, p. U b · texte numérisé non relu

CollfCliiiH rpislolaire, p. U b

i. Pngc 10,1 b.

judaïsme biblique et talmudique, car les deux n'en formaient qu’un pour lui. Il voulait élaguer ce qui était obscur, superflu, défectueux dans l’étude du Talmud : son travail devait résumer et remplacer tout ce qui avait été fait précédemment, et se substituer surtout aux interminables et fastidieuses discussions halachiques. Il fait clairement entendre que son ouvrage doit, sinon faire totalement abandonner le Talmud, du moins offrir la possibilité de s'en passer * .

II écrivit donc son livre dans le facile idiome néo-hébraïque de la Mischnah, afin de le rendre accessible à tous, et de propager rapidement la connaissance plus exacte de la Loi et du judaïsme en général *.

En agissant ainsi, cet homme illustre se.

séparait de l’opinion rabbinique de son temps ; selon cette école, le Talmud avait une impor-

1. lolrodnction au Mitehni Thora et an S. ha-Mitzvoth. Dans sa lettre à Pindhas d’Alexandrie, Maimonide s’efforce (ib. 18 b.) d'altënner l'expression de cette pensée,

% Intrchinctipn au S. ha-Milzvolh,

tance égale à celle de la Bible, et il faUait Soigneusement en étudier le texte comme celui des livres divins. Préoccujié de ramener les faits

de détail à des principes généraux et logiques, (

Maimonide fut nécessairement ëiltraîné à abandonner la méthode râbbitiique pour suivre une direction propre et nouvelle.

Il est un point décisif surtout oû ü se mit au-dessus du Talmud.

Ayant à exposer le judaïsme dans l’enseirlble de ses prescriptions et à définir nettement le rapport entre les parties bibliques et leS parties talmudiques, il devait rigoureusement fixer ce qui appartenait à la Bible ou au Talmud. Il ne fit pas cette distinction de sa propre autorité, mais à l’exemple du Talmud lui-même. Or, suivant les docteurs, le judaïsme biblique comprend 248 commandements positifs et 365 commandements négatifs; Maïmonide s’appliqua donc à établir et à démontrer quelles étaient ces prescriptions et ces défenses. Ses devanciers en ce point.

LKS IIMFS D'ESPAGNE

Simon du Caire et les poètes liturgiques, en indiquant la même énumération, y avaient fait entrer, de leur autorité privée, bien des lois purement talmudiques (rabbiniques) . Pour redresser ces erreurs, Maimonide écrivit, en forme de supplément à son code, le Livre des lois (en arabe, Kitab Aschariyah, en hébreu, Séfer ha-Mitzvothy .

Dans ce travail, il maintint le principe déjà posé dans le Mischné Thora, qu’il ne faut pas considérer comme biblique tout ce que le Talmud donne comme tel, en le déduisant du texte selon les treize règles posées par Rabbi Ismaèl; mais seulement ce qui est reconnu tel par une tradition unanime, incontestée : toute divergence d’opinions sur un pareil sujet était pour lui une preuve qu’il y avait là, non pas tradition réelle, mais simple prescription due aux scribes, Dibré Soferim, et appuyée sur un passage des

1. Traduit en hébreu par Samuel lbn*Tibbon, et imprimé pour la première fois en 1515, A Constantinople.

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sjintes Écritures. La nature des vraies lois traditionnelles, selon lui, ne comportait point unedivergence d’opinions qui implique l’oubli. Pourquoi le législateur sacré, qui a donné des luis écrites, aurait-il classé parmi les lois orales quelques-unes dont la mémoire eût pu s’effacer ?

Maïmonide réduisit donc considérablement le nombre des lois orales acceptées comme bibliques. Déjà, dans son code, il avait accordé à chaque tribunal religieux le droit de ne pas reconnaître une loi déduite d’un verset biblique par un tribunal antérieur. Les recherches sur les Écritures, même au sujet de prescriptions positives, étaient libres, poui*vu qu’elles ne fussent pas en contradiction avec une tradition talmudique claire et incontestée *.

Il est indubitable qu’en posant un axiome

1 Hilchoi Mamrim, 11, 1. Sefer ha-Milzvoth, régi. i. Colteetion tpitlolaire, 2î a. Collection d’avii, n. 144, et Introduction à la Mitchnah, Pour les objections contre cette opinion, conf. Yaïr Qhajrim Dacbrach, Çlmot Fbïr, n. IW.

aussi hardi, Maimonide s’inspirait des idées caraïtes contre la tradition. 11 leur concédait ainsi, sans en avoir bien nettepient conscience, un point important, savoir ; qu’une véritable tradition doit se transmettre dans toute sa pureté d’une génération à l’autre, et ne peut supporter aucune contradiction, aucun doute.

U n’en crut pas moins être demeuré complètement sur le terrain talmudique. En général, Maimonide pensait n’avoir que très-rarement introduit ses propres idées dans le Mischné Thora : tout, selon lui, y était fondé sur des sources talmudiques ou des documents qui s’y rattachent ; il exprima même plus tard, dans sa correspondance, le regret de ne pas avoir indiqué cos sources, au moins sommairement*.

La théorie de Maimonide, appliquée rigoureusement, était certes faite pour ébranler ce même judaïsme talmudique, qu’en pratique l’auteur plaçait au-dessus de tout. Les maîtres

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