‹ Les juifs d'Espagne, 945-1205Chapitre 98 sur 115 · EpUre à Pinéhas, Collection épislulaire, 17 tel · texte numérisé non relu

EpUre à Pinéhas, Collection épislulaire, 17 tel

S. Né verd lltK), mort en 12S6; en arabe AboulliailjaiJj Youasouf Ibn-¥acbia Ibn-Scbinioun Alsabli Aliua|;brebi. Cuijf. l'cxcellenlo monographie de Munk : Notice sur Joseph b. yehowla, ainsi qu’Ersch et Gruber, Reateneyelopiedie, 11, 32 sub voce ; sur la date de la naissance d’Abrabam Maïmouni, roy. Meor Etusyini c. 25 fin, cité par Roasi.

rence, mais élevé secrètement comme Juif, et venu à Alexandrie pour pouvoir vivre selon sa vraie foi.

Maimonide avait été médecin pendant vingt ans avant d’obtenir quelque réputation. Le vizir deSaladin, Alfadhel qui avait su apprécier ses mérites, le fit placer sur la liste des médecins du sultan. Dès ce moment, sa clientèle augmenta à un tel point que la médecine l’obligea de négliger en partie ses autres travaux. Il faut dire cependant qu’ü se distingua plutôt par sa connaissance des travaux médicaux antérieurs que par son habileté pratique. Traitant la médecine comme les matières talmudiques, il se dirigeait d’après les autorités reconnues, sans se permettre des expériences ou des méthodes nou-

I. Ainsi le dit expressiiment un contemporain, Alkifti, Tarich Alehoukamah, cité par Casiri, Bibliotheca arabico-hispana, I, 196, texte 194. Mais c’est à tort qu’on a avancé qu’il fut en réalité médecin de Saladin ; ce prince était toujours en guerre, loin d’Alexandrie. La lettre de Maimonide à Ibn-Aknin, Munk, 14, 19, permet d'établir à peu prés l’époque où il acqni quelque renom dans l’ar uérir.

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velles J. Mais en môme temps il coordonna, simplifia et élucida les matériaux existants, ici comme dans ses autres travaux : car il composa un code de médecine, de même qu’il avait rédigé un code de législation religieuse. A ce titre, sa réputation fut très-grande, et il eut de nombreux admirateurs. S’il faut en croire Alkifti, écrivain du temps, Richard Cœur-de-Lion, lors de sa croisade en Palestine, voulut l’attacher à sa personne comme médecin : Maimonide refusa cette proposition 2.

On se rappelle cet Aboul-Arab Ibn-Moïscha, poète et théologien arabe, qui avait autrefois

1 . Voici ce qu'il dit dans son épttre à Ibn-Aknin, traduction Monk (1. C.31); > Car tu sais combien cet art est long et dilficile pour celui qui a de la religion et de l’exactitude, et qui ne veut rien dire qu’il ne puisse appuyer d’un argument, et sans savoir où cela a été dit et de quelle manière on peut le démontrer. > Alkifti lui conteste toute espèce de talent comme médecin, Ibn-Abi Osaïbiya l’élève aux nues ; la vérité est qu’il fut bien plus théoricien que praticien.

3. Alkifti s’exprime ainsi : Et Francomm regis Ascaloniæ ipsum (M.) maxime optantis medicus eleclus est.quod tamen munus et bonorem omnino recusavit. Ce jk'7Pdj; 3 jjnaVN fSa ne peut désigner d'autre prince que Kichard ; c'est lui qui rebâtit Ascalon et en fit la base des opérations militaires contre Jérusalem (Weill, les Califes, III, 433),

protégé Maïmonide en Arabie. Les événen^ents amenèrent cet homme en Égypte, vers l’année 1187^ Il fat fort surpris de voir à la tête de la communauté juive l’homme qu’il avait connu autrefois comme musulman. 11 l’aocusa publiquement d’apostasie, crime qui était alors puni de mort. Le vizir et grand juge Alfadhel, devant qui parut Maïmonide, l’acquitta en déclarant qu’une foi imposée n’avait aucune valeur. La bienveillance du ministre pour son protégé ne s’arrêta pas là. Maïmonide fut bientôt nommé chef (/îew‘j Naguid) de toutes les communautés égyptiennes, dignité qui fut transmise à son fils et à son petit-fils.

Maïmonide, toujours dévoué à ses coreligionnaires, employa son influence à améliorer leur situation partout où il le pouvait. Son intervention ne contribua pas peu à adoucir le sort des Juifs de l’Yémen; c’est grâce à son inspira-

I . Tous Ira auteurs arabes qui s’occupent de Matmonidc lui donnent lu titre de IkU.

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tion aussi, sans doute, que Saladin permit aux Juifs de rentrer dans Jérusalem, qu’il venait de reprendre aux chrétiens ^

Maïmonide se montra moins bienveillant pour les Garaïtes 5 il favorisa les Rabbanites au détriment des pemiers, dont il parvint, à sa grande satisfaction, à ramener quelques-uns au talmudisme^.

La réputation toujours croissante de Maimonide n’était pas faite pour apaiser la jalousie du présomptueux chef de l’école de Bagdad, Samuel b. Ali. Il chercha à soulever l’opinion contre ce rival qui l’éclipsait, et trouva des partisans complaisants qui ne craignirent pas de répandre d’adroites calomnies contre le docteur de Fostat ^ . Ils lui reprochèrent surtout de ne pas être un adhérent sincère du

1 . il 87. Voyex Chariri, Taehkemoni, porte i. Naclimani, Grande Epitre anx rabbins français.

3. Colleetions 6pistolaires p. i6 a, reproduites par Guldberg, introduction au Birkat Abraham, f. 4a. Epitre à Joseph Ibn-ÜJabar dans Chemda Guenouza d’Edelinanii, p. 6, et dans Eliczor Tunensis, Taam Zdcénim, p. 76.

Talmud. A force de recherches, ils finirent par découvrir quelques erreurs dans son commentaire sur la Mischnah, œuvre de sa jeunesse ; et ils s’en prévalurent pour déclarer que Maimonide ne connaissait pas suffisamment la matière et ne méritait aucune attention.

Bientôt ces malveillants trouvèrent un nouveau motif pour continuer leurs attaques aussi passionnées que méprisables. Plusieurs rabbins, à Damas et dans l’Yémen , qui avaient adopté les principes de Maimonide, en tiraient des conséquences que lui-même n’aurait pas admises. Gomme il n’avait guère insisté sur la résurrection, ses disciples enseignaient que le corps est soumis à la destruction complète, et que l’âme seule s’élève à la vie spirituelle : c’était s’en prendre aux textes précis du Talmud. On engagea Maimonide à s’exprimer nettement sur ce sujet; il le fit sans ambages et en maintenant avec fermeté l’opinion qu’il avait émise sur ce point délicat. Samuel b. Ali trouva encore moyen d’attaquer

3So

Maimonide sur le terrain talmudique à propos d’autres questions * ; il fut secondé dans ces agressions fanatiques par un autre talmudiste des plus exagérés, Mar-Zacharia d’Alep, jaloux de la renommée d’Ibn-Aknin, l’élève favori du grand docteur, et même par les deux exilarques de ce temps,

A toutes ces violences, Maimonide n’opposa que le silence et l’impassibilité.

Ennemi des luttes et des discussions talmudiques et autres, il détourna son élève Ibn- Aknin du projet qu’avait conçu celui-ci d’ouvrir à Bagdad même une école et d’élever enseignement contre enseignement. Malgré sa correspondance étendue, malgré la pratique continue de la médecine, Maimonide trouva le temps de terminer, vers IIQO^, sa principale œuvre de philosophie religieuse, le

1. Voyez la Collection êpislolaire, p. 36-40. Les lettres sur ce sujet forent écrites avant le Traité sur la résttrreelion (solvant la lettre à Joseph Ibn-Djabar), c’est-à-dire avant 1190, mais après les faits rapportés dans ce Traité, soit après 1188. Voyez aussi la même lettre à Joseph Ihn-Djabar.

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