tome I, page 8 y seg
3 Wolf, Bibliolheca hebr., tome I.
1 Marieta, Bis 1. eccl. — Kodr. de Castro. Bibl. espan., tome I, page S y seg.
‘ Abrah. Bcn-Zacutb, Juchasin (les lignées). — Rodr. de Castro, Bibl. espan.
‘ Abrab. Bcn-Zacutb, Sepher Juchasin. Cracovie, in-4°. — J. Buitorf, Biblioili. rabbin.
6 Imprimé dans le Goram nacen, publié par Marcariah, à Riva de Trento, 1802.
AU MOYEN AGE
un juif de Séville ‘ . Le même rabbin composa des cantiques et prières pour les synagogues, et écrivit en outre quelques traités religieux *. Il paratt que ses poésies sont estimées, puisque les juifs d’Allemagne les ont adoptées , et qu’un de ses coreligionnaires le qualifie de poëte illustre 1 * * * 5 * * . D’autres poésies sacrées furent composées par un chef de l’académie de Cordouc, le rabbin Izchacq-Ben-Giath, appelé vulgairement Abben-Giath, dont on vante en outre le profond savoir dans le grec ancien*. Un de ses disciples, le thalmudiste Izchaq-Ben-Reuben, fut également poëte *, ainsi que Moseh-Aben-Esrag , qui composa aussi des prières encore usitées chez les juifs d’Allemagne, et d’autres ouvrages de piété 8 * . Un autre rabbin, Izchaq , fut un médecin distingué. La bibliothèque de l’Escurial possède de lui un traité fort étendu sur les fièvres, en espagnol 1 . L’astronome Abraham-Ben- Chija rédigea un traité sur le système du monde, qui a été publié dans la suite par Sébastien Munster 8 ; un autre sur les planètes, les sphères et les calendriers® ; un autre surla géométrie, et un quatrième sur la rqasique 10 .
Pour traiter tant de sujets divers, il fallait bien qu’il y eût alors un grand fonds de connaissances positives chez les juifs , au milieu de leurs rêveries mystiques.
; Mais tous ces hommes ne furent que les précurseurs de ceux qui donnèrent le vrai lustre à la littérature hébraïque , et qui parurent pour la plupart dans le xu* siècle, la plus belle époque de cette littérature. Par ce motif il faudra l’examiner plus en détail. On pourrait appeler ce siècle celui d’Aben-Hezrah et de Maimonides, d’après les deux
1 Publié sous le litre de Uibchar hapeninim, ou Recueil de Rubis Crémone, 1358, in-4°. Voyez aussi Drusii Apophthegmata Bebrœorum ac Arabum. Francfort , 1612, in-4°.
1 Wolf, Bibliolh. hebrœa, tomo 1. — Rodr. de Castro, Biblioth. esp., tome I.
* Manuel Aboab, Nomologia.
* Voyez Hyde, Catalogue des il SS de la Biblioth. d'Oxford.
* Abrab. Ben-Dior, Sepherha Hhabalah. — R. Jédalia, Salseleth ha Hhabalah. Les Asarolh, ou Exhortations d’Izcliaq-Bcn-Reuben, ont été imprimées, pour la première fois, avec celles de Sal. Ben-Gabirol, à Livourne, 1656.
* Voyez le Machzor Sepharadim, ou Cercle des Espagnols. Venise, 1636, in-8°. — D. Ganz, Tschémach David. — R. Jédalia, Salsel. ha Hhabalah.
’ Rod. de Castro, Biblioth. espan., tome. 1, art. lichaq.
* Sphera mundi. Bâle, 1546, in-8°.
8 Barlholocci, Biblioth. rabbin. Rome, 1675, in-fol.
10 Assetnani, Bibliolh. Vaticani, Codic. HSS catalog. Rome, 1656, in-fol.
grands hommes qui l’ont illustré. Aben-Hezrah, né à Tolède en 1119, et surnommé par les juifs Chacam ou le Sage, était à la fois philosophe, astronome, médecin, poète, et surtout interprète de la Bible 1 : c’est dans cette dernière qualité qu’il s’est fait une grande réputation.
„ Avant lui les juifs avaient noyé l’écriture sainte dans une mer d’explications et de commentaires où l’esprit le plus intelligent se perdait; d’un autre côté , leur imagination orientale , amie des allégories, en avait cherché dans toutes les parties de la Bible , et avait produit d’étranges rêveries et les systèmes les plus bizarres. Aben- Hezrah, très-versé dans l’arabe et le grec, entreprit de purger l’interprétation de la Bible de cet amas d’explications indigestes, et d’y porter le flambeau delà critique et de la saine raison. Dans une savante introduction à ses commentaires il examina d’abord les divers systèmes d’interprétation, en montra les défauts ou les avantages, et fit voir quel esprit il fallait porter dans ce travail important. Il pensa avec raison qu’il fallait s’en tenir à la lettre du texte, l’expliquer mot à mot, et n’y chercher des allégories que quand elles se présentent naturellement à l’esprit. Un homme aussi versé dans la langue dfcges pères que l’était Aben-Hezrah, et doué d’ailleurs d’un esprit philosophique qu’il avait éclairé encore par ses voyages en Europe , était fait pour commenter le plus ancien monument de la littérature sacréé. Son commentaire intitulé Seder Olam, ou l’ordre de l’univers, explique parfaitement le texte hébreu dans un style élégant et pur, mais tellement concis qu’il perd quelquefois de sa clarté , et qu’il a fallu de nouveaux commentaires pour éclaircir le sien C’est principalement sur le Pentateuque que ce profond interprète s’est étendu. Son travail a été utile, non-seulement aux juifs, mais encore aux chrétiens, et les nombreuses éditions et traductions faites des diverses parties de son commentaire, dans plusieurs pays de l'Europe, prouvent le cas que l’on a fait de sa profonde instruction et de sa grande sagacité 3 .
Un travail de cette nature était fait pour occuper la vie entière
' Voyez, sur Aben-Hezrah , les écrivains juifs ou chrétiens Aboab, Abrab. Ben- Zacutb, Bartbolocci, Assemani, Wolf, Castro, Boissi. •
* Simon, Hist. cril. du vieux Testant . , liv. III, chap. S. — De Boissi, Dissertation sur Aben-Hezrah, dans le tome II de ses Dissertations critiques.
* Voyez, sur les éditions, traductions et manuscrits d'Aben-Hezrab, son article dans la Bibliothèque de R. de Castro, tome I.
▲C MOTEN AGE.
d'un homme; mais Aben-Hezraha laissé bien d’autres ouvrages sur les matières les plus différentes entre elles, dont les manuscrits sont répandus dans les diverses bibliothèques des grandes villes. Quelques-uns ont été imprimés à plusieurs reprises ‘. On a de lui des traités de grammaire où il entre dans les moindres détails sur les lettres ; des livres de morale, de géométrie et même d’astrologie, ce qui prouve que ce vaste esprit n’avait pu se débarrasser de tous les préjugés de sa nation et de son temps. Dans un petit traité sur Us astres *, il veut que pour les maladies on consulte la conjonction de la lune et des planètes. C’étaient les rêveries dé toutes les nations de cette époque .
On a aussi d’Âben-Hezrah des cantiques, et même un poëme sur les échecs, que Hyde a inséré dans son histoire de ce jeu s . Aben- Hezrah mourut en 1168, ou, selon d’autres, en 1192, dans l’ilc de Rhodes, où il s’était retiré/.
Sa mort coïncide à peu près avec celle de Maimonides, son ami, et celui qui contribua, avec Aben-Hezrah, à l’éclat de ce siècle. Moïse- Ben-Maimon , plus connu sous le nom de Maimonides, était né à Cocdoueen 1139 B . Esprit universel comme Aben-Hezrah, il s’était fonhé par l’étude et les voyages, et avait porté ses méditations sur plusieurs sciences à la fois. On dit pourtant que dans sa jeunesse, loin d’annoncer ce qu’il serait un jour, il désespéra son père , juge de sa hation , par le peu de dispositions qu’il manifestait ; mais après quelques années d’études très-opiniitres, il débuta, au grand étonnement de sa famille , par un discours public prononcé à Cordoue. Depuis , il fit des progrès rapides dans l’étude de la loi mosaïque, de la philosophie, des mathématiques, de la médecine et des langues. Ce fut sous le célèbre Averroès , philosophe arabe , qu’il se perfectionna dans l’art du médecin, art dans lequel il acquit une grande renommée, et qui lui valut ensuite, en Égypte, la confiance du sultan Saladin, à la cour duquel il fut appelé. A l’exemple des autres rabbins, il ne
1 Voyez U note 3, page précédente. — De Boisai, Dissertation sur Aben-Bexral t.
* De luminaribus et diebus entier» , petit traité imprimé dans le recueil Tabula aetronomieœ Elisabeth, regina. Lyon, 1888, petit in-4?.
* Histor. ludi Scacchor. Oxford, 1604, in-8".
4 Abrab. Ben-Zscuth , Sepher Juchasin, — De Boisai, Dissertation sur Aben- Bexrah.
1 Ibid. — Manuel Aboab. A’omolog. — D. Ganz, Tschémaeh David.
négligeait point la théorie pour les sciences mondaines, et trouvait du temps pour les discussions religieuses au milieu des nombreuses occupations qu’il avait comme médecin des juifs et des Arabes. Mais, dans la théologie comme dans la médecine, il portait un esprit éclairé qui le distingue éminemment des autres rabbins de son temps, presque tous imbus de préjugés superstitieux. Il était versé dans les mathématiques, et un des plus grands jurisconsultes que les juifs avaient eus jusqu’alors; il écrivait également bien l'arabe et l’hébreu.
« Si je voulais rapporter tous ses écrits, dit un de ses coreligionnaires, le rabbin Jédalia, le temps me manquerait. En elTet, il a écrit une foule de livres, des institutions de droit, des controverses, des lettres et des commentaires trop connus pour que j’aie besoin de m’y arrêter et de les mentionner ; mais il en a écrit beaucoup d’autres que nous ne connaissons pas, qui traitent de la théologie, de la philosophie, de la logique et de la médecine , et qui sont écrits en différentes langues, c’est-à-dire en arabe , en hébreu, 'éiTgtec et en chaldéen. Je puis assurer pour ma part avoir vu, traduits en latin, beaucoup de livres de médecine qui portent son nom, et j’ai entendu comme une chose certaine qu’il y en a beaucoup d’autres en grec et en irabe, et qu’on a encore les réponses qu’il fit en Égypte aux sages de Ltifnel et d’autres pays. Dans la préface de la Mischna il assure avoir commenté les trois parties de la Géraara ; mais ces commentaires n’existent plus. Les livres les plus précieux qu’on ait pu conserver de lui sont la Mischna-Thorah, le More Nébochim et les Perusim, ou commentaires de la Mischna, qu’il commença d’écrire à l’âge do vingt-trois ans, qu’il continua, pour me servir de l’expression de son éditeur, dans les cavernes de l’Espagne , et qu’il acheva en Égypte , à l’âge de trente ans *. »
Il faut se rappeler que la Mischna, qui, avec les Gémaras ou explications, constitue le Thalmud, est un code de préceptes religieux, de rites et traditions mosaïques, de lois civiles et de police, de décisions des docteurs, enfin de préceptes de conduite. Les grandes lois de la religion et de la morale y sont consignées, comme les pratiques les plus minutieuses du judaïsme; le sacerdoce y commande, de môme que la justice civile. C’est l’ensemble des lois et pratiques judaïques. Un tel code méritait les soins d’un commentateur érudit tel que
1 Jédalia, Salteleth ha Khabalah.
AD MOYEN AGB.
Maimonides ; aussi l'a-t-il expliqué avec toute son érudition et toute sa piété. Une belle introduction sert de péristyle à cet ouvrage du savant rabbin. Il faut la lire pour savoir à quelles hautes vues a pu s’élever un juif du xu* siècle. Je crois devoir donner ici , dans une traduction libre, le passage décette préface où l’auteur, après avoi r passé en revue toutes les parties de la Mischna, est conduit à des considérations philosophiqueset religieuses dignes de Platon et des pères de l’Église.
« Sachez, dit Maimonides, que tout ce qui est sous la sphère de la lune est fait à l’usage de l’homme. S’il y a des animaux et des plantes dont l’utilité n’est pas apparente, c’est que notre ignorance n’a pu la découvrir. Ce qui le prouve, c’est que chaque siècle fait des découvertes sur l’utilité de certains animaux, de certaines plantes. Les objets mêmes qui nous paraissent des poisons ont leurs qualités salutaires. Nous en avons un exemple frappant dans les vipères, que l’on a rendues utiles à l’homme, quoique ce soient des animaux très-nuisibles. Or. puisque l’homme est la fin de toute la création, nous avons à examiner quelle est sa fin à lui, pour quel but il existe. Nous voyons chaque objet de la création produire l’effet pour lequel il est créé : la palme est là pour produire des dattes, l’araignée pour tendre ses filets. 'Coûtes ses qualités rendent l’animal ou la plante propre à atteindre ce but. Or, quel est celui de l’homme? Ce ne peut être de manger, de boire, de se livrer à l’amour, de construire des murs, de commander ; car ces occupations sont en dehors de lui et n’ajoutent pas à son essence, et il les a presque toutes eu commun avec les animaux C’est donc l’intelligence seule qui augmente son être, et qui l’élève d’un état humble à une condition sublime. Ce n’est que par la raison que l’homme se distingue des autres espèces animales ; il n’est lui-même qu’un animal raisonnable. Par la raison j’entends l’intelligence des choses compréhensibles, et surtout de l’unité d’un Dieu : toutes les autres connaissances tendent à le conduire à celle-là ; mais, pour y arriver, il faut qu’il fuie les voluptés, car, trop de soin donné au corps tue l’àme. L’homme qui s’abandonne aux passions, qui soumet son intelligence à ses désirs corporels ne montre point la puissance divine qui gtt en lui, c’est-à-dire la raison ; c’est une matière flottant dans l’océan de.Yhylé.
a 11 résulte de ce qui vient d’être dit que le but de notre monde et des objets qui s’y trouvent est l’homme doué de science et de bonté. Pour que l’homme soit parfait, il faut qu’il unisse la i. s