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favorable , par laquelle ceux de Montpellier étaient condamnés. Ceux-ci, cédant à une autorité qu'ils reconnaissaient supérieure, se réconcilièrent enfin, après quarante ans de troubles, en 1232 , avec leurs coreligionnaires en France '.
A la fin d’un manuscrit du Moreh Nebokim conservé au Vatican, on lit la censure de quelques rabbins d’Espagne qui accordent la permission de posséder et de lire ce livre, quoique la doctrine qu’il contient, au lieu d'être fondée sur le Thalmud ou la Cabale, le soit sur la philosophie des gentils ; ce qui prouve qu’en Espagne aussi Maimonides passa pour hérétique *. 11 est de fait qu’on voit aisément qu’il avait été prévenu en faveur du système des péripatéticiens et de la philosophie d’Aristote. On lui reproche aussi de la subtilité dans ses raisonnements et un étalage inutile d’érudition s .
Cependant le mérite de l’ouvrage ne tarda pas à être reconnu partout où il y avait des juifs. Ceux de l’Orient engagèrent le rabbin espagnol Samuel, fils de Jehuda Ben-Thibon, qui alors se trouvait à Jéricho, à traduire le Moreh Nebokim en hébreu. Maimonides donna son approbation è ce travail et le déclara conforme à l’original arabe, lien a été fait jusqu’à quatre traductions latines, et la version hébraïque est un des premiers livres que les juifs aient imprimés, comme je le dirai plus bas *.
La confusion qui régnait dans l’enseignement du judaïsme avait déterminé Maimonides à rédiger un symbole de la foi juive, et ce symbole, consistant en treize articles , est devenu le fondement des doctrines religieuses dans les écoles juives s .
On peut les exprimer en peu de mots, ainsi qu’il suit :
1° Dieu est le créateur et le maître de toute chose ; c’est lui qui a tout fait.
2° 11 est l'unique et seul Dieu.
' Abrah. Ben-7acuth, Sepher Juchasin. — Jédalia, Salseleth ha Khabalah. — Lettre de David Dimchi et Juda Alphacar, dans le supplément des Instit. epist. hebr. de Buxtorf.
‘ Rodrig. de Castro, Bibliolh. espan., art. Maimonides.
* Simon, llist. critiq. dunouv.Testam. — De Boissi, Dissertation sur Maimonides.
1 De Rossi, Annal, typog. kébr. — Voyez aussi J. Buxlorf, préface de sa tradoct.
lat. du Moreh Nebokim ; — de Boissi, Disserl sur Maimon. — Sur l’original arabe, voyez Nicol, Bibliolh. Bodlejana Codicum MSS Orient, catalogi, part, n, vol. I. Oxford, 1821, in-fol.
* Publié sous le titre de Jesodolh ou Ikkarim, ou Sherchi Emunecli, à Worms , 1529, in-8”, avec la traduction laliDe de Sebast. Munster.
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3° Il n’est point corporel et ne peut être compris par aucune raison matérielle.
4° Le Créateur est le premier et le dernier.
5° Il faut adorer le Créateur et aucun autre.
6° Toutes les paroles des prophètes sont vraies.
7* Moïse est le père de tous les sages passés et futurs ; toutes ses prophéties sont vraies.
8° Toute la loi qui est aujourd’hui dans nos mains nous a été transmise par Moïse notre maître.
9° Aucune autre loi ne nous a été transmise par le Créateur ; elle ne devra jamais être changée.
10° Le Créateur connaît toutes les œuvres des hommes et toutes leurs pensées.
11° Il rétribue les bons qui observent ses commandements, et punit ceux qui les transgressent.
12° Le Messie viendra, et il faut attendre son arrivée, quelque tardive qu’elle puisse être.
13° Les morts ressusciteront quand il plaira au Créateur.
Pour empêcher les juifs de s’écarter de ce» principes fondamentaux, Maimonides termina son symbole de foi par une menace d’exclusion de la communauté des juifs contre tous ceux qui rejetteraient ces treize articles. Us devaient être mis au nombre des hérétiques et des apostats, et encourir la haine et la persécution des fidèles 1 .
Tout juif, de quelque secte qu’il fût, pouvait souscrire sans aucun scrupule cette profession de foi , et le judaïsme eût été bien plus exempt de superstitions, si l’on s’en fût tenu aux principes établis par le fils de Maimon. L’immortalité de l’âme et la résurrection des morts n’étaient pas, à la vérité , admises chez toutes les sectes judaïques ; les saducéens les rejetaient ; ils ne voyaient dans l’homme que l’intelligence unie à la matière, et ils pensaient qu’à la mort cette intelligence disparaissait du corps, comme l’instinct disparaît avec la vie des animaux. Il est vrai aussi que ce dogme n’est nullement exprimé dans les livres de Moïse, quoique les thalmudistes aient employé beaucoup de subtilités pour l’y découvrir*, ou pour justifier le silence
1 Quem odio habere et perdere jussi sumus. u. Jesodoth ou Ikkarim , ou Shtrchi Emunech. Worms, 1829, in-8°.
’ Voyez Menasseh Ben-Israel, de Rctuneclione morluorum, lib III. Amstelodami, 1630, in-12.
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du législateur. Chez les prophètes, et surtout dans les psaumes de David, la résurrection des corps et leur réunion à l'ôme ressortent un peu plus ; enfin , dans le judaïsme plus perfectionné , ce fut une croyance assez généralement admise. Les thalmudistes la soutinrent en y mêlant leurs rêveries absurdes, entre autres sur l’osselet luth, qui seul suffit pour restaurer toute la machine humaine, et les cabalistes allèrent jusqu’è admettre la métempsycose. Maimonides a donc cru devoir comprendre aussi la résurrection, et implicitement l’immortalité de l’âme parmi les articles fondamentaux de la foi judaïque; mais il ne put s’élever à toute la hauteur d’un théologien universel; il crut, avec les autres rabbins, que les juifs seuls ressusciteraient , et même les seuls justes. Les anciens rabbins disaient à ce sujet : Le bienfait de la pluie est pour le bon et le méchant, mais la résurrection n’est que pour les justes.
Au sujet des doctrines sur la résurrection, le rabbin Abraham, lévite, raconte ( Cabala , page 13) une singulière anecdote. Le capitaine d’un bâtiment more nommé Demachin croisait, par ordre du roi de Grenade, Ibod-Al-Bachman-Alnazar, sur la côte de Syrie , et captura un bâtiment ennemi dans lequel se trouvaient quatre rabbins qui se rendaient à Sébaste. On les mit dans les fers. L’un d'eux , le rabbin Moïse, père de R. Chanochin, avait avec lui sa femme, qui était très-belle. Elle plut au capitaine more, et fut obsédée de ses déclarations amoureuses, presque en présence du mari enchaîné. La femme ne vit d’autre moyen de sauver sa vertu que de se plonger dans la mer. Un seul doute l’arrêta. Ceux qui périssent dans la mer ressusciteront-ils un jour comme ceux dont les corps sont confiés à la terre? Elle adressa cette demande en hébreu, à haute voix, au rabbin. Celui-ci répondit par le vingt-troisième verset du soixante-huitième psaume : « Le Seigneur a dit : Je te ramènerai des abîmes de la mer. » Dès que la femme eut entendu cette réponse, elle s’échappa des mains du capitaine brutal, et se précipita dans le gouffre des eaux.
Si nous revenons aux connaissances de Maimonides en médecine, nous en trouverons des témoignages dans son Régime de la santé (Pkitabdir af Schhal), dédié au Soudan d’Égypte ; dans ses Aphorismes de médecine ( Pirke moscheh), tirés de Galien, où il se montre le digne disciple d’Averroès; dans plusieurs traités inédits que possèdent les bibliothèques de Paris, Rome, etc. La bibliothèque de l’Escurial a même de lui un traité complet de la médecine, composé en arabe et
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écrit en caractères'cufiques*. On voit, par une lettre de Maimonides écrite du Caire, que, pendant qu’il était à la cour du sultan, il était consulté non-seulement par ce prince et par tous les gens attachés à son service, mais encore par toutes les classes d’habitants, qui assiégeaient sa maison du matin au soir pour profiter de son savoir profond. Aussi un auteur arabe l’appelle-t-il le phénix de son siècle dans l'art de la médecine. Ce fut en Égypte que Maimonides mourut , l’an 1209, âgé de soixante et dix ans. Sa mort fut honorée des juifs par un jeûne et par un deuil de trois jours *, et son corps fut porté dans la terre desesaïeux, la Palestine. Cequi prouve la vénération qu’il avait inspirée de son vivant, «'est qu’au vœu exprimé tous les jours dans les synagogues de voir arriver enfin le règne de Dieu, les Israélites, ceux du moins qui le regardaient çpmme la lumière de leur siècle , ajoutaient : « Puisse ce règne arriver pendant la vie de notre sublime guide et maître Maimonides ! » On disait de lui qu'il était le premier grand homme qui eût paru dans la nation juive depuis le législateur Moïse, et sur sa tombe on le déclara l’élu du genre humain ’.
C’est une chose remarquable que la réputation que les juifs s’élaient acquise alors dans l’art de la médecine. On trouve leurs médecins établis â cette époque dans nn grand nombre de cours, tant chrétiennes que musulmanes. En France, en Angleterre, en Espagne, en Portugal, partout les souverains avaient des médecins juifs 4 . Les papes en ont eu jusqu’au xvi' siècle 5 , et les rois de France les ont consultés encore dans le même temps. Quoiqu’on eût renouvelé dans l’Espagne chrétienne la défense faite anciennement aux fidèles de communiquer avec les juifs et de les consulter en cas de maladie, le roi de Leon n’en eut pas moins, au commencement du xn' siècle, un médecin de cette nation à qui il accordait toute sa confiance. Ce fut même à ce juif que s’adressèrent les états du royaume pour détourner le roi d’une alliance avec l’ Aragon. Personne n’osait parler dans ce sens au prince , dont on connaissait le caractère impétueux : le juif seul lui fit connaître le vœu de la nation 6 . Nous ne tarderons
1 Rodr. de Castro, Biblioth. espan., tomel.
5 Abulpharage, Hislor. — Salomon Ben-Yirga, Shevet Jehudah.
* Jcdalia, Salseleth ha Khabalah.
* Voyez David de Pomis, Apologia pro medico hebrœo.
1 G. L. Marini, Degli archialri pontifici. Rome, 1784, lomesl et II, in-4°.
* Zurita, Histoire d’Aragon, — Marhna, Histoire d' Espagne,
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pas è voir également les médecins juifs en crédit à la cour de Castille. Youseph, qui , au commencement du xii° siècle , possédait l’Andalousie et le Maroc, avait également un médecin juif, Aben-Zoar, dont le père et le grand-père s’étaieut fait un nom en médecine. Son père avait langui longtemps en prison pour avoir sauvé la vie au frère d’un roi de Séville qui avait été empoisonné par ses propres parents. Singulière récompense de la part de cette famille vindicative ! Quand elle fut chassée par Youseph, il recouvra sa liberté et devint le médecin de ce prince. 11 eut pour disciple le célèbre Averroès, qui déclare dans un de ses ouvrages que la vraie science médicale doit tout à la famille Aben-Zoar. C’était un grand médecin en effet et un bon observateur de la nature. Son flls vécut è la cour de Youseph, à Maroc. Léon Africain 1 raconte que cp prince étant entré un jour dans le cabinet d’Aben-Zoar , et ayant vu parmi ses papiers des vers qui exprimaient des regrets d’être séparé de sa famille restée en Espagne, il la Gt venir secrètement à Maroc, l'installa dans une belle habitation , et jouit ensuite de la surprise agréable de son médecin. On n’a publié que quelques petits traités de médecine d’Aben-Zoar le père.
Cependant les juifs eurent quelques moments d’adversité dans cette même Andalousie où leur prospérité était si grande. Abdeimoumen, chef des Almohades, ayant conquis l’Andalousie vers 1160, voulut y faire triompher la nouvelle secte. 11 ordonna en conséquence que les chrétiens et les juifs qui n’embrasseraient pas le mahométisme dans un espace de temps donné sortiraient de ses états. II parait que beaucoup d’Hébreux , trop accoutumés aux douceurs de la vie en Andalousie , acceptèrent la doctrine imposée par le chef rigide des Almohades , et quelques auteurs prétendent que ce fut pour s'y soustraire que Maimonides alla Gnir ses jours en Égypte.
Au reste , la sévérité d’Abdelmoumen n’eut pas de longs effets, et sous les chefs almohades qui lui succédèrent, les juifs, loin d’être opprimés, se ressentirent de t’influence heureuse de la dynastie musulmane sous laquelle la littérature arabe refleurit presque comme du temps des califes. La rabbin Moseh Ben-Jehudah Ben-Tibon Mérimon, né à Grenade en 1134, que ses compatriotes appelaient Abi-
' Ve Medicis st Philosophie arabis et hebrais , Unis la Biblioth. quodriparl., de Hottioger.
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Hamaha-Thiqim, ou le père des traducteurs, à cause de son habileté à faire passer dans l’hébreu les écrits arabes, traduisit, pour l’instruction de ses compatriotes, les meilleurs ouvrages des Mores sur la jurisprudence, la philosophie, la médecine et l’astrologie. Une de ses traductions, celle de la grammaire et du livre des racines, composé en arabe par le rabbin Jonah Ben-Genach , de Cordoue , fut faite , comme il l’assure en note, dans la tour et 1 ’acazar de Lunel , en France, dont la synagogue était alors renommée 1 .
Ce fut le même traducteur qui mit en hébreu le livre Coari, de Jéhudah Hallevi ou le lévite*. Dans ce livre, un roi de Khazares, en Perse , s’entretient avec un rabbin sur la religion juive , et se fait instruire par lui dans les principes du judaïsme. Cet ouvrage a fait quelque sensation à cause d’une question intéressante qui s’y rattache. On a en hébreu deux lettres , l’une écrite par Khasdaï , chef des finances d’Abderrahman , de la dynastie des Ommiades , au roi des Khazares Joseph, pour savoir s’il était vrai, comme on le disait, que les Khazares pratiquassent la religion juive, et l’autre lettre contenant la réponse du roi, qui affirma que les Khazares se reconnaissent descendants de Japhet et qu’ils sont frères des juifs 3 .
On a rejeté ces lettres comme apocryphes, et on n’a voulu y voir qu’une tentative des juifs modernes pour faire croire à l’existence d’un royaume juif. Cependant il paraît en effet que les Khazares pratiquaient des coutumes israélites * : c’était probablement un mosâïsme perverti, comme l’est le christianisme de quelques peuples du Caucase.
Le rabbin Moseh Géqatilah, né à Cordoue, fut poëte et grammairien. Dans une grammaire manuscrite delà langue sacrée on cite un grand nombre d’autres savants qui, à cette époque, écrivirent sur la grammaire 8 . Beshaï-Adaijan, de Barcelone, fut un profond théologien ; un autre irabbin barcelonais. Abraham Ben-Schamuel Chasdaï composa des livres de morale en hébreu et en arabe. Celui qu’il a in-
' Rodr. de Castro, Biblioth. etpan., tome I , art. Moseh Ben-Jehudah, etc.
3 I.iber Cotri, publié par J. Builorf. Bâle, 1660.
• Publiées pat R. Isaac Ben-Àbrahant, «ms le titre de Caoul-Màubesier.
4 Voyez B’Ohsson, Det Peuples du Caucase. Paris, 1828. page 242.
* Marini, Opuscula hebrœo-samaritica. — Simon , Histoire critique du vieuas leslam., liv. I, chap. 90 — Wolf , Biblioth. hebreea, tome I, page 337. — Rodr. de Castro, Biblioth. etpan., tome I, art. Moseh Geqatila.
titulé Thigun Middoik Hanephea, Direction des coutumes de l’âme, et qui est divisé en dix traités, savoir : de Dieu, de i’éme, de la pénitence, etc., a été souvent imprimé Enfin, Benjamin de Tudèle, devenu célèbre par ses voyages, fit connaître par son Itinéraire, ouvrage précieux auquel je reviendrai plus tard, la statistique et l’état de l’instruction de la nation hébraïque de cette époque. II ne fut pas le seul rabbin qui cherchât à s’instruire par de longs et pénibles voyages, dont les difficultés naturelles se trouvaient pourtant diminuées par l’accueil hospitalier que l’on faisait aux rabbins errants partout où il y avait des synagogues.
Dans le royaume d’Aragon, la conversion d’un rabbin nommé Moïse Sephardi se fit en 1106 avec’quelque éclat. L’évêque le baptisa dans la cathédrale, et Alphonse VI, roi de Castille et de Leon, lui servit de parrain et le nomma son médecin. Depuis lors Sephardi, ayant pris le nom de Pierre d’Alphonse, écrivit contre la religion des juifs et celle des musulmans. C’était un homme d’un esprit médiocre quoique assez instruit; mais il est l’auteur d’un recueil qui a exercé de l’inlluence sur la littérature d’Europe : c’est la Discipline cléricale *, titre sous lequel on ne soupçonnerait point un recueil de contes moraux imités de l’arabe : quelques fables de Pilpay et quelques-uns des contes des Mille et une Nuits se trouvent là ; car les Arabes s’appropriaient les inventions des Indiens et des Persans, et, grâce au juif converti, elles passèrent de l’arabe dans le latin, que toute l’Europe comprenait. Pierre d’Alphonse reproduit ces contes sans grâce, sans poésie ; cependant, sous cette enveloppe grossière même, ils ne perdirent pas tout leur éclat; l’Europe les accueillit avec acclamation : ils furent traduits, imités et embellis en langue vulgaire sous la forme de fabliaux. On en a une heureuse imitation en vers français du xv c siècle 3 qui vaut déjà mieux que la sèche latinité du juif d’Huesca. Plus tard quelques-uns de ces contes furent arrangés pour la scène ou présentés sous d’autres formes agréables ; les contes d’origine arabe ou indienne
1 A Amsterdam , 1716 , in-4° et in-12 ; A Wiimersdorf, 1726, in-4», etc. Voyei Bartholocci, Biblioth. rabbiniea, tomes 1 et II. — Rodr. de Castro, Biblivth. espan. tome I, art. Chasdai.
’ Disciplina clericalis , auctore Pctro Alphonsi , avec la traduction française , sous le titre de Discipline de clergie, et une préface de l’abbé de Labouderie. Paris, 1824, première partie, in-8°.
3 te Chastoiemenl d'un pire à son fils, trad. en vers français, deuxième partie de l'ouvrage précédent. <•
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devinrent le bien commun des diverses littératures européennes.
Le grand essor qu’avait pris l’étude de la littérature sacrée, et l’ascendant qu’exerçaient sur les esprits les rabbins qui interprétaient l’Écriture et qui rivalisaient de savoir et de réputation, ne purent manquer de faire naître des querelles religieuses ; ce furent les seuls troubles qu'éprouva le judaïsme dans l’Andalousie pendant cette période si heureuse. Nous avons déjà vu que les juifs étaient divisés au sujet de la tradition. Les rabbanites, partisans de la loi orale, comme étant un complément de la loi écrite, vivaient encore assez d’accord avec les cabalistes, qui n’avaient d’autre tort à leurs yeux que de creuser trop dans le texte de la Bible pour y trouver des sens cachés. S’ils disputaient les uns contre les autres, leurs controverses étaient ordinairement noyées dans de doctes et volumineux ouvrages, plus obscurs et plus embrouillés les uns que les autres. Mais le zèle et même le fanatisme religieux furent éveillés au xn c siècle par l’apparition des caraïtes, secte qui, par opposition aux rabbanites, n’admettait que l’interprétation littérale du texte sacré , et rejetait avec dédain les traditions thalmudiques et rabbaniques, ainsi que tous les dogmes et rites auxquels elles servaient de fondement 1 . Cette secte fut portée de la Palestine en Espagne par un disciple d’Abou-Alfarage *. Aussitôt les rabbanites furent en rumeur. Attaquer le Thalmud leur paraissait une impiété, car ils en étaient venus au point de regarder ce recueil informe comme aussi important et aussi sacré que la Bible. Un savant rabbin de Tolède, Abraham Ben-Dior , écrivit contre les caraïtes son fameux livre de la Cabale, devenu classique i chez les juifs. Il y étale une série non interrompue de doctrines traditionnelles des docteurs de la loi, depuis le commencement jusqu’à son temps ; et, tout en entassant des arguments pieux, il traite le fondateur de la secte cardite en Espagne de vieux méchant et d’impie s . Les caraïtes n’ont jamais été grands disputeurs. Leur foi était simple mais ferme ; ils étaient les protestants et les puritains du judaïsme, mais des protestants tacites qui n’imposaient point leur doctrine aux autres juifs. Us se propagèrent en Espagne *; ils firent même plus de
1 Yoyei Trigland , Diatribe de seetd Karaeorum, — Warner, Dieiertatio de Komis. — Wolf, Nolitia Karœorvm. Hambourg, 1714, in-l°.
1 Abrab. Ben-Dior, Cabota. Paris, li?72, in-8°.
* Abrab. Ben-Dior , Cabota.
* Alphonse de Spina, Fortalitiumfidei, lib. III.
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progrès dans les États chrétiens que chez les Arabes. Peut-être les rabbanites ne pouvaient-ils les persécuter sous les rois chrétiens autant que chez les mahométans et dam les grandes synagogues de l’Andalousie. Cependant les querelles entre les rabbanites et les caraïtes devinrent tellement vives et âcres, que le roi Alfonsede Castille fut obligé d’interposer son autorité pour les faire cesser. Dans la suite plusieurs rabbins distingués entrèrent encore en lice pour combattre la doctrine caraïfe, dont les sectateurs, se servant habituellement de la langue arabe, avaient, à ce qu’il paraît, plus de popularité que les rabbanites écrivant en hébreu. Ainsi que la plupart des sectes persécutées, celle-ci se distingua par la vie austère de ses sectateurs, et elle fut d’autant plus affermie dans sa foi, qu’elle fut en quelque sorte isolée au milieu de la nombreuse communauté juive en Espagne. On dédaignait de faire des alliances avec ces hommes réprouvés. Il est probable qu’on les excluait également des entreprises commerciales et industrielles. Les caraïtes furent donc pauvres et obscurs ; ils écrivirent peu de livres et ne laissèrent pas beaucoup de monuments de leur existence et de leur doctrine * . Ils finirent par disparaître de l’Espagne longtemps avant l’expulsion de la nation hébraïque *. Ils ont disparu de même dans la plupart des pays d’Europe où il y a des juifs. On en trouve particulièrement en Pologne *, où il y en a de riches, et ils posssèdent une colonie de six mille âmes à Thifoudkale ou ville des juifs, dans la Tauride, à 3 versets de Bakchisaray ; leurs maisons y sont suspendues, comme des nids, autour d’un rocher escarpé et peu accessible *. Le jour ils vont faire le commerce dans le plat pays, mais la nuit les volt revenir dans leurs demeures aériennes. Ils disent que leurs ancêtres sont venus, il y a cinq siècles, de Damas, dans la Crimée, où ils résident depuis ce temps, et où ils sont estimés à cause de leur bonne conduite. Ils parlent tatare , ét ont une Bible
' Trigland, Diatribe de secld Karœorum. — J. Moine, Exercitat. biblic., pars I. Paris, 1643, eierc. 4, de Karaitis.
* Voyez, sur les causes de leur disparition, Ant. Ribeiro de SaiitOs, Memoria I da litteratura sagrada, etc., dans le tome II des Memorial de littéral, pertugueza. Lisbonne, 1792.
* Peringer, Lettre t sur les Caraïtes de Lithuanie , dans les Dialogues de Ten— zel. 1691.
4 Mouravief Apostol , Voyagé an Tauride. — Henderson , Biblical ttesearches and Traoels in Russia... teith observations on the State of the rabfctmeai and ka~ raite Jews . Londres, 1826. Ces Caraïtes tirent leurs bibles de la Pologne, et ne reçoivent aucun juif qui ne rejette comme eut le Thalmud,
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traduite dans un dialecte tatare particulier ; aussi a-t-on cru que ces caraïtes sont venus de la Boukharie.
La Palestine et la Tatarie renferment encore un assez grand nombre de ces juifs. Il parait qu’ils ont trouvé dans ces pays un asile contre la persécution des rabbanites , et même des Turcs d’Ègypte et de Constantinople. Un des plus savants rabbins exilés d’Espagne en 1492, Gédaliah , les trouva établis dans cette dernière ville , et écrivit pour les convertir, mais sans fruit. Ils n’avaient point trouvé, pendant plusieurs siècles de méditations , des motifs suffisants pour échanger la Bible contre les extravagantes doctrines des thalmudistes. Moïse n’a pas eu de sectateurs ni plus fidèles ni plus sincères.
Quoique l’on regarde les caraïtes comme issus de l’ancienne secte saducéenne 1 , il parait pourtant qu'indépendamment des caraïtes il existait en Espagne une secte de saducéens ; ils n’admettaient point l'immortalité de l’âme. Ce n’est pas qu’ils fussent des hommes entraînés par leurs penchants mondains au matérialisme, mais ils n’apercevaient pas ce dogme dans la loi mosaïque, leur seul guide en matières religieuses. Ils ont même refusé longtemps de croire aux récompenses et aux peines futures Tout hérétiques qu’ils étaient, ils avaient quelque crédit, du moins ils étaient la secte dominante dansquelques villes d’Espagne, entre autres à Burgos ; mais leur crédit ne dura pas longtemps ; et comme ils ne survécurent pas beaucoup aux caraïtes, je vais dès à présent achever leur histoire , quoiqu’elle appartienne à l’époque suivante.
A Burgos , ils avaient donc la supériorité , et les rabbanites étaient obligés de renoncer à leurs usages thatmudiques devant les saducéens qui les rejetaient. De ce nombre était l’usage d’allumer la lampe du sabbat. Chez les saducéens on n’allumait point de lampe , et on n’y souffrait pas ce signe de la célébration du sabbat. Les rabbanites gémissaient en silence de l'oppression impie sous laquelle ils vivaient. A la fin, un rabbin nommé Néhamia , ne pouvant supporter davantage cet oubli des lois thatmudiques , résolut de tout braver pour l’amour des usages sacrés. Il alluma donc la lampe un jour de sabbat, au
1 « Baddueei vocamur nostro tefnpore Karæi. » R. Lipmao, Niaachon , nam. 62. Selon Maimonides (Comment., ad Pirke-Abboth, cap. 1), les saducéens s’appelaient déjà Caraïtes avant Jésus-Christ.
* Carpiov, Intreduêtio in therilegiam judakam, cap. III, à la tfite de son édition du Pugio fi dsi.
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risque de ce qui en aviendrait. Aussitôt, grande rumeur parmi les saducéens : partout la nouvelle court qu’on a vu des lumières chez Néhamia ; on s’agite, on s’attroupe ; l’émeute est sur le point d’éclater; les deux parties étourdissent de leurs querelles les chrétiens. Alfonse , roi de Castile, est appelé à se prononcer . Grand embarras pour un prince qui regardait comme des mécréants les uns et les autres !
Heureusement il avait un médecin juif, Rabbi-Huy, né dans le royaume de Grenade. Celui-là était rabbanite. Grâce à son influence, ce fut le parti du Thalmud qui triompha. Le roi défendit aux saducéens de pratiquer leur culte particulier, et leur enjoignit de se conformer à la religion de la masse de la nation juive ' .
Depuis ce temps l’histoire ne parle plus de la secte saducéenne en Espagne. Persécutés à la fois par leurs coreligionnaires et par les chrétiens, ils ont dû ou se retirer dans des lieux cachés, ou se fondre dans la secte rabbanite. On eu a vu en Hollande, et, au xvu* siècle , la synagogue d’Amsterdam condamna au fouet un malheureux coupable de croyances saducéennes *.
Il ne parait pas qu’il y ait eu jamais en Espagne quelque communauté samaritaine. Cette secte, aussi ancienne que celle des saducéens, était persécutée dans la Palestine même. Cependant elle habita toujours l’ancien Sichem, maintenant Naplouse, où une trentaine de familles indigentes forme une petite communauté qui évite toute alliance avec les autres juifs, s’en tient aux livres de Moïse, et fait ses sacrifices en se tournant vers le mont Garizin s . Sa pauvreté et l’obscurité de sa retraite l’ont préservée des malheurs qui sont venus fondre sur les descendants d’Abraham et de Jacob, et du moins les
samaritains n’ont pas été réduits à manger le pain de l’exil comme les pharisiens, qui autrefois les regardaient avec tant de dédain.
Vers la fin du xn* siècle il arriva en Espagne un événement qui prouvait que le peuple ne pardonnait pas même à ses souverains d’avoir de la condescendance pour les juifs. Il est peu parlé des femmes
1 Alfoose de Spina , Fortalitium fidei, lib. 111, cap. de Judæorum diversitate in suâ Gde et credentii.
J W8genseil, Sota, hoc en liber mùchnicus de uxore aduUerii suspecté. Altorf ,
1674, in-4°, page 1182. 4
* Grégoire , Histoire des sectes religieuses , 3* édition , tom. 111. — Silvestre de Sac;, Notice sur les Samaritains de Naplouse, dans le tome XII des Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi.
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juives dans l’histoire du moyen âge, et en effet les Hébreux les réduisaient à cette existence obscure et séquestrée qui paratt être le sort des femmes chez la plupart des peuples de l’Orient. Elles étaient obligées de se couvrir avec soin de la tète aux pieds ; on ne leur permettait même pas de laisser voir leur chevelure *. Plusieurs rabbins leur refusaient tout droit à recevoir quelque instruction, et les excluaient de l’enseignement de la loi divine. Ils prétendaient que les femmes n’avaient d’autre devoir que de prendre soin du ménage *. Étant mariées très-jeunes, elles passaient de l’autorité paternelle sous celle du mari, sans pouvoir acquérir de l’empire sur lui, et demeuraient toujours en tutelle. Quelques femmes pourtant savaient s’affranchir de cet asservissement et exercer l’empire de leurs charmes, même sur des chrétiens. Telle fut la belle Israélite qui captiva le cœur d’Âlfonse IX, roi de Castille. Ce prince en fut épris au point qu’il négligea les. soins du gouvernement pour s’occuper de plaire à la femme qui le dominait. Le peuple vit le royaume menacé à la fois par les musulmans , les chrétiens navarrois et les Léouais. Dans sa superstition, il attribua les désastres qui fondaient sur le royaume à la colère de Dieu, au sujet de l’amour impie du prince. On ne balança plus è sacrifier la maîtresse du roi au salut de la nation. Une émeute éclata dans la résidence du roi, on pénétra dans son palais, et ce fut sous ses yeux que les rebelles massacrèrent l’Israélite à l’influence de laquelle ils attribuaient toutes les calamités publiques. Alfonse, voyant la fureur de ses sujets, depuis les grands jusqu’à la populace, n’osa punir aucun des assassins, dans la crainte de partager le sort de la favorite. L’oubli couvrit ce crime , qui fut pour Alfonse un terrible avertissement de ce que son peuple serait capable de faire s’il n’opposait que la mollesse de son caractère à la gravité des circonstances : il se mit à t la tète de ses gens d’armes, et vengea dans les plaines de Tolosa la défaite d’Alarcos*.
1 Wagenseil. Sota, page 42.
3 Wagenseil, Sota pages 405 et 1188.
* Mariana, üistor. de Etpana, règne d'Alfonse IX.
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