‹ Les juifs dans le moyen age essai historiqueChapitre 15 sur 34 · J52 LES JUIFS · texte numérisé non relu

J52 LES JUIFS

Un ne pourra rien leur extorquer pour les morts qu'ils jugeront à propos de transférer d'un lieu dans un autre. Quiconque violera leors cimetières sera puni sévèrement selon la coutume du pays, et ses biens seront dévolus à notre chambre. Quiconque molestera leurs synagogues payera deux livres de poivre à notre juge palatin. Tout juif condamné par le juge à l'amende appelée tcandal payera une livre de poivre, selon l'ancienne coutume. Tout juif qui blessera un autre juif sera condamné par le juge à la peine staluée par la coutume du pays ; il en sera de môme du chrétien qui aura assailli violemment un juif. Pour les causes légères les juifs prêteront serment à l'entrée de la synagogue ; dans les causes graves ils jugeront sur leurs rhodal. Les causes des juifs doivent être jugées dans la synagogue ou dans tout autre lieu qu'ils croiront à propos de choisir ; le juge chrétien ne pourra évoquer la cause devant lui que lorsqu'on aura appelé à son jugement. Quiconque aura enlevé un enfant à des juifs sera puni comme voleur. Au bout d'un an et jour le prêteur juif pourra vendre le gage de l'emprunt, à moins que ce gage ne dépasse la >aleur du prêt, dans lequel cas il en fera la déclaration au juge avant de procéder à la vente. Aucun juif ne pourra forcer un juif à lui rendre son gage un jour de sabbat. Tout chrétien est obligé de rendre au préteur juif la somme qu'il a empruntée de lui, avec les intérêts. Des chevaux ne pourront être donnés comme gages qu'en plein jour. Conformément aux constitutions des papes, il est défendu d'accuser à l'avenir les juifs de se servir de sang humain , puisque d'après leur loi ils ne peuvent verser le sang. Si un chrétien veut accuser un juif d'avoir immolé un enfant chrétien, il sera obligé de se présenter avec trois témoins chrétieuset autant de juifs. Le juif est-il trouvé coupable, il sera puni selon les lois ; mais s'il prouve son innocence, son accusateur subira la peine que le coupable aurait subie. Les maîtres de la monnaie ne pourront détenir ou arrêter un juif pour délit de faux monnayage, ou pour autres délits, qu'avec notre assentiment ou celui de notre juge palatin, ou en présence de citoyens bien famés. Si un juif, dans un moment de détresse pendant la nuit, crie au secours, tout voisin chrétien qui ne viendra pas à son secours payera une amende de trente sous. Les juifs pourront librement vendre toutes choses, acheter et toucher le pain comme les chrétiens; ceux qui voudront les en empêcher encourront une peine pécuniaire »

• Privilegiuni libertatis et juris Judcorum per Bolcslaum ducera msjoris Poloniae

AU MOYEN AGB. 153

On voit que cette charte protège les juifs contre toutes les injustices auxquelles ils étaient en butte dans d'autres contrées d'Europe. Elle ne fixe même pas le taux de l'intérêt , et laisse ce point important entièrement à la convention entre les parties. Il faut croire qu'il n'en résulta point d'abus, puisque la charte de Boleslas, signée de Kalisz en 1264, fut dans le siècle suivant, en 1343, confirmée sans aucune modification, à Cracovie, par le roi Casimir. C'est pour avoir été traités en Pologne avec cette équité , je dirais même avec cette faveur que les juifs se sont si bien naturalisés dans ce pays , et qu'ils y sont maintenant riches, puissants et maîtres de presque tout le commerce. Les chrétiens n'ont jamais pu soutenir la concurrence contre eux sous ce rapport.

Dans quelques contrées voisines il existait des dispositions semblables à celles de la Pologne. C'est ainsi qu'en Silésie le duc de Breslau, Henri IV, leur avait assuré par un acte formel la protection du gouvernement pour leurs personnes, leurs biens , leur religion , leurs écoles et leurs spéculations mercantiles ; protection qui leur fut assurée également dans d'autres parties de la Silésie. Pour les affaires judiciaires ils étaient placés sous la juridiction immédiate du comte palatin ou de son lieutenant. En Silésie , le chrétien qui n'accourait pas lorsque le juif, dans sa détresse , appelait à grands cris son assistance, étaitcondamné à l'amende. 11 était défendu de proférer l'accusation banale de l'infanticide contre les juifs, à moins de soutenir la charge par le témoignage de trois chrétiens et d'autant de juifs. Si l'accusateur ne pouvait la prouver, il encourait la peine qui aurait frappé le juif coupable 1 .

Dans ce pays ils payèrent, depuis lexiv" siècle, le cens royal pour la protection efficace dont ils jouissaient. Quand ils étaient agriculteurs, ils payaient la dtme. Dans les villes, ils ne contribuaient qu'aux frais de garde pour la sûreté publique. Quelques autorités municipales leur interdisaient certaines branches de commerce 9 .

Dans la Moravie ils furent protégés par des lois spéciales, comme en Silésie et en Pologne : Ottocar II, roi de Bohême et margrave de

in Kalicz anno 1264 editum, tandem Cracoviœ anno 1313 per magnum Casimirum regem Polonie et Boleslai pronepotcm confirmait! m.

1 Soromcrsbegg, Scriptor. rerum siletic, tome III, page 91.

* Tzschoppe et Stenzel, Urkunden-Sammlnng zurGeschichte... in ScMetim, etc. Hambourg, 1832, in-4% chap. 5.

Moravie, en promulguant, en 1254, la protection que le pape Innocent IV accordait aux Israélites contre les fausses délations et les violences odieuses des fanatiques , statua des amendes pour ceux qui troubleraient les synagogues ou exerceraient des actes de violence contre les juifs ; il voulut que l'on puntt comme des brigands ceux qui tueraient des individus de cette nation ou qui enlèveraient leurs enfants. On rédigea des lois qui les concernaient, sous la forme de statuts ; les Israélites connurent leurs droits et leurs devoirs ; ils furent citoyens. Dans la suite ils furent même appelés à peupler un quartier de la ville d'Iglau dont on voulut relever l'industrie Ils y vécurent tranquilles et heureux pendant quatre-vingts ans. Ils s'enrichirent, et, comme partout ailleurs , l'argent des bourgeois passa peu à peu entre leurs mains. On mit en gage chez eux jusqu'à la mitre de l'abbé de Trebisch. Les bourgeois s'irritèrent, conçurent de la jalousie, et obtinrent euGu , en mettant le clergé dans leurs intérêts , qu'on dépouillât les juifs de leurs biens, et qu'on les expulsât de la ville ; les bannis allèrent se réfugier dans d'autres villes de la Moravie où on les a laissés tranquilles jusqu'à ce jour 4 .

En Autriche, ou du moins à Vienne, les juifs avaient obtenu de Frédéric II une charte fort étendue qui stipulait leurs obligations et leurs droits; elle est de l'an 1238. Mais ils n'en jouirent pas longtemps.

En 12670ttocar, roi de Bohême et duc d'Autriche, fit renouveler par les États de la basse Autriche toutes les restrictions que l'intolérance et le fanatisme avaient inventées pour empêcher les juifs de se fondre dans la population européenne. Il leur fut enjoint de porter un costume particulier, avec une coiffure haute et large, probablement ce chapeau pointu avec lequel on représente les juifs sur les monuments du moyen âge, et qu'on appelait en Allemagne chapeau de juif s .

11 leur fut défendu de bâtir des synagogues nouvelles ou d'agrandir et d'embellir les anciennes, d'employer des ouvriers ou des domestiques

• Charie du roi Charles de Bohême, de l'an 1345, aux archives d'Iglau, insérée par le baron de Hormayr dans son Tatehenbueh fiir vaterUend. Geschichte. Nouvelle série, 4 e année. Munich, 1833, page 299.

3 Charte d'Albert, duc d'Autriche, de l'an 1426. Ibid., page 303.

• Fr. Adelung, die Korssuiuchm Thuren in der Ealhedralkirche zu Novgorod. Berlin, 1823, in-4°. :

chrétiens» d'occuper des emplois publics, d'exercer la médecine, de vendre des comestibles et des boissons. Les chrétiens et les juifs ne devaient jamais se trouver ensemble aux repas, aux marchés, aux bains et aux noces. C'est aux curés qu'on remettait le droit de prononcer sur les plaintes d'usures excessives, et de percevoir un impôt que les juifs payeraient aux chrétiens, à titre d'indemnité, dans les endroits où ils s'établissaient. Le commerce charnel d'un juif avec une chrétienne devait être puni d'une amende de dix marcs d'argent au moins, et la femme devait être bannie du pays

C'est ainsi qu'en Autriche on cherchait à isoler les juifs comme une nation marquée du sceau de la réprobation, et qu'on tolérait sans lui reconnaître aucun droit.

Encore, si dans ces pays on se fût contenté d'opprimer les juifs ! mais en 1290 la fureur populaire éclata contre eux dans la ville de Prague, se répandit dans toute la Bohême, la Moravie, puis en Allemagne, et, au mépris du peu de lois qui avaient été faites pour protéger la nation hébraïque, on la massacra, sans que les autorités fussent capables ou assez justes pour arrêter ces meurtres épouvantables qui coûtèrent la vie à dix mille personnes, d'après l'assertion des historiens. C'est une des plus sanglantes et des plus funestes persécutions que la nation juive ait éprouvées depuis son entrée en Europe.

1 Lasii Commenlarii de urbe Vindobonâ.

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