‹ Les juifs dans le moyen age essai historiqueChapitre 24 sur 34 · LIS JUIFS · texte numérisé non relu

LIS JUIFS

grande correction, qui fit toujours donner chez les juifs la préférence eux manuscrits espagnols et portugais sur ceux des autres pays

Aujourd'hui encore les sophers ou copistes de la Bible trouvent une occupation importante chez les juifs de Pologne et de Russie, lis sont astreints à copier avec une exactitude scrupuleuse; le parchemin sur lequel ils écrivent doit provenir d'animaux pure, et avoir été préparé par des mains israélites; aucun goï ou non-juif ne doit y avoir coopéré. Il est prescrit au sopher de ne commencer sa tâche qu'avec un profond recueillement d'esprit *, car c'est un acte religieux de copier les livres sacrés.

On poussait les scrupules encore plus loin autrefois. Les juifs de Palestine rejetaient le Pentateuque quand il était écrit avec Yalchibber ou l'encre faite de noix de galle et de vitriol. Maimonides n'approuve point cette répugnance 5 ; au reste, on copiait servilement en imitant jusqu'aux formes de lettres; ce qui fait qu'il y a une grande ressemblance entre les anciens manuscrits des livres hébreux *.

Dès que fart de l'imprimerie se fut répandu dans le midi de l'Europe, les juifs, avec leur activité ordinaire, profitèrent de cet art nouveau pour multiplier leurs livres sacrés; aussi compte -t-on les Israélites parmi les premiers imprimeurs portugais. Dès l'an 1489 ils imprimèrent le commentaire sur le Pentateuque par le rabbin espagnol, Moïse Bar Nachman, écrivain du xu e siècle. Cet ouvrage infolio fut exécuté à Lisbonne dans les maisons du rabbin Tzorba et de Haban Èlieier . Immédiatement après, versle commencement de 1490, ils imprimèrent en beaux caractères carrés le commentaire du rabbin David Ben-Joseph Avudraham sur le recueil des prières de l'année. On voit par les vers qui y sont jointe qu' Avudraham avait composé •cet ouvrage à Séville vers 1340. Dans ces vers la synagogue de Lisbonne est appelée la mère des synagogues, et Eliézer est vanté comme un homme grand par ses œuvres, qui aime à répandre les livres pour l'instruction de ses coreligionnaires 3 . En 1491 l'imprimerie d'Éliézer produisit la belle édition du Pentateuque avec la paraphrase chal-

1 Simon, Hûtoire critique du Vieux Testament. — Wolf, Biblioth. hebrœa, tome II de Colligendis variis lectionibus.

3 Henderson, Biblical Researches and Travels m Ruttia. Londres, 1826.

* Wagenseil, Sola, page S75.

* Ibid.

« Voye2 la description de ces éditions rares dans les Annales hebrœ o-typographici seculi X V, par de Rossî.

déenne d'Onkelos et les commentaires de Salomon Jarchi en deux volumes in-4° : c'est, suivant l'avis des bibliographes, le plus bel ouvrage que la typographie hébraïque ait produit au x? e siècle La Bibliothèque du Roi, à Paris, possède un exemplaire de cette édition devenue très-rare; les lettres hébraïques y sont carrées, et pourvues de points et d'accents. Comme on a suivi pour l'impression le texte des manuscrits les plus anciens et les plus corrects des synagogues espagnoles, et comme il a été revu selon toutes les règles de la critique judaïque, cette édition fait autorité chez les Hébreux, et elle a servi de modèle pour plusieurs éditions données postérieurement. Cependant elle diffère en plusieurs endroits du texte masorétique.

La même imprimerie fit paraître en 1492, presque avec autant d'élégance, le texte d'Isaïe et de Jérémie avec le commentaire de David Kimchi, dans lequel les passages dirigés contre les chrétiens ont pourtant été ou supprimés ou tronqués. Ce livre fut réimprimé bientôt après. Leiria eut aussi son imprimerie juive : dès 1492 on y imprima les proverbes de Salomon avec la paraphrase chaldéenne et les commentaires de Lévi Gerson et du rabbin Ménachem Meiri, auxquels succédèrent, deux ans après, les premiers prophètes, également avec la paraphrase chaldéenne et les commentaires de David Kimchi et Lévi Gerson.

Tels furent les premiers ouvrages de la littérature hébraïque dans la Péninsule. Sous le rapport typographique, ces essais égalent déjà les plus beaux modèles, étant sur de beau papier, en caractères parfaitement moulés, imprimés avec de belle encre et à grandes marges d'où Ton peut conclure que les juifs, qui, en si peu de temps, avaient égalé et peut-être surpassé les plus habiles typographes, auraient excellé également dans d'autres arts, et auraient rivalisé d'industrie avec les chrétiens, si on les avait laissés suivre leur génie naturel, au lieu de leur fermer imprudemment toutes les carrières. Quant au style hébraïque, il s'était nécessairement beaucoup corrompu depuis le temps que les Hébreux étaient venus de l'Orient se fixer en Espagne. Cependant, grâce aux académies qui s'étaient établies, on avaii toujours donné nn grand soin à la pureté du style, et sous les rabbins d'Espagne la langue hébraïque avait conservé un caractère grave et antique qui convient à cette langue sacrée*.

1 De Rossi, loco citato. — Lelong, Bibliothèque sacrée, tome I. * Voyea le mémoire 1* de lUbeiro dos Stotos, cilé plu» h»ut.

L'académie de Lisbonne commença à fleurir, et promit de reproduire le lustre de celles de Tolède et de Séville ; on vit sortir de son sein David Jédaliah, grand jurisconsulte venu d'Espagne avec toute M famille ; David Jachia versé dans la poésie, la grammaire, la langue sacrée, la philosophie, et bien vu du roi Alfonse V à cause de son instruction; Isaac Avuhaf, mort en 1493, et auteur du Menoras Hamtnaor, ou Chandelier de la lumière, dans lequel il enseignait que les paroles des rabbins devaient être reçues comme la parole de Dieu 1 ; les médecins Joseph et Rodrigue , que le roi Jean II chargea avec le géographe Martin de Behem d'établir, pour les vaisseaux qui allaient à la découverte le long des côtes d'Afrique, la méthode de se régler sur la hauteur du soleil, et de dresser des tables de la déclinaison de cet astre *. Ce furent les mêmes sans doute que le roi consulta avec l'évéque de Viseu , quand Christophe Colomb lui présenta son projet de voyage de découvertes, et qui furent assez mal avisés pour déclarer que ce projet était inexécutable.

Abraham Zacuth, qui avant son exil d'Espagne avait enseigné l'astronomie à Salamanque , à Sarragosse et à Carthagène , fut nommé astronome et chimiste du roi don Manuel ; il ne faut pas le confondre avec un autre Zacuth, mathématicien juif, qui fit les tables astrologiques ; d'autres rabbins enfin commençaient à rendre célèbre la nouvelle académie, lorsque des persécutions, suscitées par les partisans de l'inquisition de Rome et d'Espagne, vinrent anéantir encore ces établissements nouveaux , qui auraient remplacé avec succès les écoles de l'Espagne. Le roi Jean mourut dans un âge encore peu avancé. Quoiqu'il eût donné asile aux juifs et qu'il leur eût laissé pratiquer leur cuite, il avait tiré de cette hospitalité des sommes considérables. Un auteur juif, Samuel Usque, prétend que le roi n'avait accordé l'entrée en Portugal qu'à six cents ménages, et qu'il fit saisir tous les autres émigrés pour les faire déporter dans des fies désertes, malgré les cris déchirants de leurs parents et amis s .

Les historiens portugais disent que le roi Jean n'accorda aux émigrés que dix ans de séjour, à condition que, ce terme passé, ceux qui ne sortiraient point du Portugal resteraient esclaves *. Le terme étant

• J. Buxlorf, Synogog.judaka, cap. 3.

2 Barcos, Da Asia. Dec. I, liv. IV, ebap. 2.

' Sam. Usque, Consolaç. de Ysraè'l, dial. 8 e .

* Osorio, De rebut Etnanuelis virtute et autpieio gtttit. Lisbonne, 1571..

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expiré, une foule de malheureux, ne sachant vers quel pays se diriger , ou n'ayant pas le moyen de se transporter plus loin, tombèrent réellement dans la servitude, qu'ils préférèrent aux horreurs d'une nouvelle émigration. En ne leur ouvrant qu'un seul port, et en tolérant les vexations des mattres de navires, on les empêcha d'ailleurs de s'embarquer en grand nombre.

Ces dispositions ne concernaient probablement pas les juifs qui depuis longtemps habitaient le Portugal, et au sujet desquels on voit les cor lès du royaume proposer diverses mesures de rigueur ; c'est ainsi que les cortès avaient fait observer au roi que les juifs habitaient pêlemêle avec les chrétiens ; ils demandaient qu'on les reléguât dans les juivcries, et qu'on les forçat de porter une marque distinctive. D'autres cortès se plaignirent du luxe qu'étalaient les juifs en portant des habits de drap fin, des bijoux, des soieries, des épées dorées, etc. Ils demandèrent qu'on les exclût des emplois publics, et qu'on les empêchât de servir d'intendants aux bourgeois Un grief exposé aux cortès d'Evora en 1482 est d'une nature singulière. Les représentants du royaume exposent au roi que les ouvriers ou aljabtbes juifs, tels que savetiers et autres, vont dans les campagnes chercher de l'ouvrage, et dans l'absence des paysans, occupés aux champs, demeurent avec leurs femmes et leurs filles, ce qui, ajoutent les cortès, est très-nuisible aux bonnes mœurs et à la sainte foi catholique. Les cortès demandent en conséquence que l'on ne permette plus aux ouvriers juifs de parcourir les campagnes, et qu'on les relègue dans les juiveries, où ceux qui auront besoin de leur travail seront sûrs de les trouver.

A ce grief le roi fit une réponse très-sensée. 11 répliqua que c'était pour la commodité des gens de campagne qu'il avait permis aux ouvriers juifs d'aller offrir leurs services aux laboureurs, et que si ces ouvriers commettaient quelque délit , il suffirait de les accuser eu justice *.

Ce fait nous présente les juifs comme artisans et comme séducteurs ; jusqu'à présent nous ne leur avons pas connu ce double caractère. On peut juger par la réponse du roi que la plainte de séduction avait été exagérée par les cortès.

• Vicomte de Santarem, Memoriat para a hittoria dot cortet geraet. Lisbonne, 1827, part. 2».

* Algunt documentai para servirent de provat a parte 2« das memoriat para a hietoria e theoria dae cortet geraet, Lisbonne, 1828.

Manuel, qui succéda au roi Jean, rendit la liberté aux juifs émigrés ; mais ce bienfait fut suivi de rigueurs qu'il n'avait pas donné lieu de craindre : c'est que, foulant s'allier avec Ferdinand te Catholique, et ayant besoin d'une dispense du pape pour le mariage de sa sœur, il fut obligé, peut-être malgré lui, de se conformer à la politique et aux préjugés de Borne et de l'Espagne, et de sévir contre les juifs et contre les Mores pour faire preuve de dévouement *.

Il s'était a peine passé quatre années depuis l'expulsion des joifs de l'Espagne, lors qu'en 1496 nn édit de Manuel ordonna un bannissement semblable ; il y joignit même l'ordre cruel d'arracher aux parents les enfants au-dessous de quatorze ans pour les faire baptiser. D'après le rabbin Samuel Usque, on menaça les parents de les priver à jamais de la vue de leurs fils et de leurs filles, s'ils n'embrassaient aussi le christianisme : il ajoute qu'une foule de juifs se tuèrent de désespoir *. Cest ce que confirme l'historien portugais Osorio : quoique chrétien , il convient que la conduite du roi Manuel était injuste ; mais il croit que la sainteté do but excusait le moyen odieux qu'on employait *, sophisme par lequel on a toujours cherché à colorer les persécutions religieuses.

Taot de tyrannie navra le cœur des réfugiés , qui n'avaient que trop de motifs de se souvenir des calamités de leur première émigration, et qui ne voyaient aucune terre voisine disposée à les recevoir. Cette fois beaucoup d'entre eux, cédant à la nécessité, aimèrent mieux abjurer le judaïsme que de s'exposer aux horreurs d'un second exil, et prirent les nomsdes grandes familles de noblesse qui les assistèrent an baptême. Mais, ayant l'esprit frappé encore de la persécution abominable de Torquemada, et instruite par le bruit public de la -situation déplorable dans laquelle le saint office tenait les convertis en Espagne, ils demandèrent que l'inquisition ne fût pa s établie en Portugal avant vingt ans. Leur crainte de l'arbitraire de l'inquisition leur fit même stipuler que lorsque cette institution serait établie, les accusés auraient au moins la faculté de connaître d'avance les témoins, «et que dans le cas de condamnation leurs biens ne seraient point enlevés à leur famille*. C'étaient de bien faibles garanties que deman-

* Llorente, Butoir* critique de l Inquisition d'Espagne, tome II. - F. Gordo, Mémoire sur les juifs de Portugal.

* Consolaç de Ysraël, disl. 3». — - * De rebut Emanuelis, lib. I, et p. 8.

4 Monteiro, Bistoria de la Inquisition de Portugal, totne II, lib. II, cap. 42.

daient les juifs contre la tyrannie des inquisiteurs ; on voit quelle réputation odieuse ces hommes avaient acquise dans l'espace de peu d'années. Le roi consentit à ces demandes, et renouvela son assentiment en 1507.

A cette époque on leva aussi la défense qui avait été faite aux. chrétiens convertis d'émigrer avec leurs biens. Ils essuyaient, malgré leur conversion, de violents outrages de la part des Portugais, qui ne voulurent jamais les considérer comme de vrais chrétiens, tandis que les juifs les qualifiaient du sobriquet de girouettes. En 1506 la populace, irritée de ce qu'un juif converti avait mis en doute un prétendu miracle d'une image de l'église d'Abrantès, tomba impitoyablement sur les maranes, et en massacra un grand nombre. Ce fut probable* ment pour faire cesser ces rixes sanglantes que don Manuel ordonna qu'à l'avenir il ne serait plus fait de distinction entre chrétiens anciens et nouveaux.

II parait que les juifs qui n'avaient pas voulu embrasser le christianisme furent chassés du Portugal avec la même inhumanité qu'ils l'avaient été de l'Espagne. A Lisbonne le peuple pilla leurs maisons, déshonora les femmes, et massacra les habitants. Ce furent des moines qui l'encouragèrent à ces atrocités : si l'on en peut croire l'assertion des auteurs hébreux, ces moines promirent des indulgences à ceux qui tueraient des juifs ou des judaïsants. On ajoute que les autorités civiles furent étrangères à celte émeute, et qu'elles procédèrent même à une enquête contre les plus coupables 1 ; mais l'histoire se tait sur le résultat de cette enquête.

Les Israélites qui sortirent du Portugal se rendirent pour la plupart en Italie ou à Constantinople, où ils eurent une synagogue, une école, et même une imprimerie, qui a fourni dans la suite un grand nombre d'éditions de livres hébreux. Ils ont toujours été méprisés par les Turcs , mais au moins ils n'ont plus été persécutés par un clergé et des peuples fanatiques.

Ceux que la peur avait convertis en Portugal furent en grande partie des chrétiens assez tièdes, et penchèrent longtemps pour les coutumes et superstitions de leurs pères; on dit même que jusqu'à nos temps plusieurs familles ont pratiqué en secret les rites du culte

' Sara. Usque, Consolaç. de Tsraé'l. — Salomon Ben-Virga, Schevet Jehuda, chap. 60.

mosaïque 1 ; beaucoup de convertis émigrèrent pour pratiquer en liberté le culte de leurs pères ; aussi leur défendit-on de nouveau de quitter le Portugal. Lorsque après des plaintes fréquentes on voulut e:;fln instituer, en 1534, une iuquisition pour surveiller leur conduite et punir leurs faute?, ils firent valoir leurs stipulations, et obtinrent en effet qu'on respectât leurs privilèges , mais ce ne fut pas pour longtemps ; l'Église voulait absolument persécuter. Deux ans après l'inquisition fut introduite en Portugal d'un commun accord entre le pape et le roi* , sous prétexte de poursuivre non-seulement les judaïsants, mais aussi les hérétiques, c'est-à-dire ceux qui professaient les nouvelles doctrines du protestantisme. Depuis lors les bûchers affreux de l'inquisition, renouvelés de temps en temps , quoique moins fréquemment qu'en Espagne, et transportés même au delà des mers, répandirent une si grande terreur que les restes du judaïsme s'effacèrent peu à peu, et qu'il ne fut plus question de juifs dans le royaume : cependant on défendit et permit tour à tour aux juifs convertis de quitter le Portugal.

Un académicien de Lisbonne, Ribeiro dos Santos, auteur de mémoires sur la littérature sacrée des juifs portugais 5 , avoue que les chrétiens du Portugal ont de nombreuses obligations, sous le rapport des études, aux juifs qui s'étaient établis dans le royaume, a En effet, dit-il, nous leur devons en grande partie les premières connaissances de philosophie, de botanique, de médecine, d'astronomie et de cosmographie , ain<i que les éléments de la grammaire de la langue sacrée, et presque toutes les études de la littérature biblique. Ce qui contribua encore beaucoup à répandre ces connaissances, ce fut l'introduction ou la perfection de la typographie portugaise, surtout de l'hébraïque, qui nous mit à même d'entrer en concurrence avec les nations les plus avancées de l'Italie et de l'Allemagne. » L'expulsion de taut d'hommes utiles, qui eut lieu dans le temps même où les expéditions et conquêtes maritimes enlevèrent à la Péninsule des milliers de Portugais, et où l'on fonda trop de couvents, bâta la décadence de la population du royaume *.

1 Basnage, Histoire dis Juifs, tome IX.

7 Voyez la bulle du pape parmi les preuves, o. 120 do tome II de l'Hist. géo. de h maUon royale de Portugal, par Cajetan deSousa.

• Insérées dans le tome II des Uemorias da litteratura portuguesa. Lisbonne, 1792, in-4».

4 Memoria para a historia de AgricuUura em Portugal, dans le même volume.

Un phénomène ethnographique, c'est l'existence de deux espèces de juifs dans les anciennes possessions portugaises au Malabar , particulièrement à Cochin, les uns noirs , et les autres blancs ou plutôt très-basanés , et probablement établis depuis moins longtemps sur cette côte que les noirs, avec lesquels ils refusent de s'allier 1 . Peutêtre ces noirs sont-ils venus très-anciennement de l'Afrique.

En Espagne tous les supplices furent à peine capables d'étouffer l'ancien esprit national chez les juifs convertis quoiqu'ils ne pussent ignorer que la moindre pratique d'un ancien usage mosaïque suffisait pour les faire accuser et condamner. Us se plaignirent dans la suite auprès de Charles-Quint de cet acharnement de l'inquisition, qui épiait leurs moindres actions et contrôlait leurs paroles. On poussait ^surveillance jusqu'à observer le samedi les cheminées des maisons habitées par les convertis, afin de noter comme des indices de judaïsme celles d'où il ne sortait aucune fumée pendant ce jour fêté par les juifs* ; état vraiment insupportable pour des hommes qui, d'ailleurs flétris du nom de nouveaux chrétiens, étaient peu estimés de leurs concitoyens, et délaissés par le gouvernement. Il paraît que des prélats ou d'autres personnages marquants de la cour de Charles-Quint empêchèrent que leur demande ne fût prise en considération ; ils continuèrent donc de gémir sous l'oppression du tribunal redoutable jusqu'à ce qu'ils se fussent confondus avec les autres citoyens, et que les progrès des lumières eussent enfin inspiré une horreur générale contre les meurtres affreux qualifiés du nom à'auto-da-fé.

* Pcrcira de Paiva, Noticia dos Judeos de Cochim. Amsterdam, 1680, in-4°, cité par Grégoire, Histoire des sectes religieuses, tome III, liv. Y, ebap. 8. 2 Salomon Beo Virga, Shevet Jehuda.

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