‹ Les juifs dans le moyen age essai historiqueChapitre 25 sur 34 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

On peut faire sur l'Italie à cette époque la même remarque que précédemment : l'esprit de spéculation des Italiens effaça celui des juifs, et dans aucun pays peut-être ceux-ci n'eurent moins d'éclat pendant le moyen âge qu'en Italie , où des républiques maritimes, riches par leur commerce et leur navigation, faisaient abonder l'argent sans qu'on eût grand besoin des juifs , qui n'étaient pas plus habiles d'ailleurs que les usuriers de Florence , Sienne , Lucques, Àsti et d'une foule d'autres villes, qui , toutes , se livraient aux spéculations usuraires. Ce n'est que de loin en loin que les spéculations des Hébreux sont aperçues au milieu de ce tourbillon d'affaires dans lequel s'agitaient alors les grandes villes d'Italie. Peut-être fut-ce là ce qui engagea les juifs de ce pays à s'adonner aux arts mécaniques plus que ceux de France. Nous avons vu que Benjamin de Tudèle trouva des teintureries juives dans le royaume de Naples. Frédéric II, roi de Sicile et empereur d'Allemagne, céda la teinturerie juive de Cosenza à l'archevêque de cette ville 1 . Ce prince, soutenant toujours la prétention des Césars qui s'arrogeaient, comme nous l'avons vu, le droit de possession sur les juifs, céda en outre au prélat la synagogue et même les juifs de la ville*, parce qu'il trouve convenable, dit-il, que les ennemis du Christ, qui l'ont crucifié, servent son église. Par une autre charte il donna à l'église de Palerme tous lesjuifs de cette ville 5 .

Il entendait, en général, que lesjuifs fussent sous sa juridiction et non sous celle du clergé 4 , loi que l'Église sut renverser sous des souverains moins fermes 5 . Au xiv e siècle, en effet, les rois des Siciles abandonnaient par des actes publics cette juridiction aux évéques.

1 Acte de cession de Frédéric II, de l'an 1212, dans le tome VIII de Ferd. Ughelli, ltalia sacra, sive de Episcopis ltalia t etc. Venise, 1721, in -roi.

• Damus et concedimus libéré tibi tuisque successoribus ecclesis cosentins Judœos omnes et tincioriam in civitate Cuzentia?. Ibid.

• Charles de l'année 1210 et 1211, publiées par Roccbus Pirrus, tome I, p. 143. Homines sint ecclesi», et yobis in omnibus reditibus et tribulis gisiae, vini, macelli ei aliis servitiis respondeanl.

4 Boeehi Pirri ltalia sacra, tome II.

• ibid.

Frédéric H avait prohibé l'usore dans ses Étais d'Italie, sous peine d'excommunication ; mais il avait statué en même temps que cette défense ne concernerait pas les juifs, à qui les canons de l'Église ne pouvaient s'appliquer. Il leur permit de tirer de l'argent un bénéfice qu'il appelle lui-même immoral , mais qui toutefois ne devait pas excéder dix pour cent du capital par an: « C'est, dit-il, pour qu'ils, n'abusent pas de la licence que nous sommes obligé de leur laisser* vu l'état nécessiteux des hommes 1 . » Tout en flétrissant les juifs, le prince reconnaissait donc qu'on ne pouvait se passer de leurs opérations financières.

Ce fut encore par leur usure que les Hébreux attirèrent l'attention des autorités. En 1215 le quatorzième concile de Latran se plaignit de ce qu'ils poussaient leurs fraudes usuraires au point de ruiner en peu de temps les fortunes des chrétiens : il ordonna en conséquence que, si les juifs continuaient d'extorquer des usures immodérées , on les privât du commerce avec les chrétiens jusqu'à ce qu'ils eusseut restitué le montant des usures 1 . Ce fut à cause de leurs richesses acquises sans doute par la cupidité qu'en 1260 ils faillirent être victimes d'une émeute populaire dans le royaume de Naples. Ils avaient dans ce royaume un grand nombre de synagogues à la tète desquelles se trouvaient des rabbins instruits 3 : aussi les lettres hébraïques llorissaient-eHes comme les lettres chrétiennes sous le règne (TAlfonse d'Aragon. Ils avaient du crédit auprès du gouvernement et de la cour, à laquelle ils avaient fait des avances dans les temps difficiles, et les grands du royaume, qui sans doute profitaient aussi de leur* Onances, les protégeaient également; mais le peuple, ne voyant que leurs extorsions, s'insurgea contre eux immédiatement après la mort du roi ; il en massacra plusieurs, et aurait fart éprouver le même sort aux autres, si, pour échapper à la fureur populaire, ils ne se fussent hfttés de se faire chrétiens , du moins en apparence. Samuel Usque

• Quos etiam auctoritale nostr» lfcentiœ improbum Tenus volamus» esercere ; sed m élan» ipsis imponimus... Quidquid ultra acceperiat, in nom i ne curie nostre connpo riant, ne ex abusu licenliae quant eisdem propter nécessitaient hominum coacti relinquimus, commodum ultra licentiam consequanlur. Lot de l'an 1231, dans les ConstUutionetregum utriusque Sic M a. Neapoli, 1786, in-fol.

2 Sjnodali decreto statuimus ut si de catero quoeumque prsteitu ludsî à ehristiarris graves et immoderatas unira* exioeserint, cbtistianerum eia parlieiptum sabtrabalur, etc.

» Salomon Ben-Virga, ScAeurt JeAiuia.

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est le seul auteur qui raconte que, dans une guerre où le roi de Naples avait épuisé ses trésors et toutes les ressources de l'État, les Israélites vinrent à son secours et sauvèrent la patrie ; que le roi en mourant chargea son Gis et successeur d'acquitter sa dette envers la nation hébraïque ; que ses conseillers lui persuadèrent que le meilleur moyen de les récompenser serait de sauver leurs âmes par le baptême, et qu'en conséquence on les contraignit, sous les menaces les plus terribles, de se faire chrétiens ! .

A Messine le grand rabbin Aron Favi et un autre juif, nommé Gaude de Tripoli, qui avait apparemment l'autorité dans la synagogue, avaient excommunié en 1304 un médecin de leur communauté, appelé mattre Aron , probablement pour avoir pensé et parlé trop librement; le docteur excommunié alla porter plainte devant la justice royale contre l'abus de pouvoir commis par les deux rabbins, qui avaient violé les statuts du judaïsme en expulsant un membre de leur communauté sans avoir soumis l'affaire au conseil des douze anciens de la synagogue, élus expressément pour ces fonctions importantes. Le juge du roi donna raison au plaignant, et condamna chacun des deux excommunicateurs arbitraires à une amende de dix onces 9 .

Comme l'Italie était divisée en un grand nombre d'États, il ne put jamais y avoir de mesure générale contre les juifs ; et si un Élat jugeait à psopos de les opprimer, un autre trouvait son compte à les protéger. C'est ainsi que la ville de Ferrare leur accorda la faculté d'avoir des magistrats de leur choix et de leur nation, et de ne pouvoir être distraits de ces juges, ni par le peuple ni par le marquis d'Est 5 . Par l'institution de professeurs d'hébreu aux académies ordonnée en 1320 par le pape Clément, on voit que l'instruction des rabbins attira l'attention de l'Église, et que l'on crut nécessaire de s'instruire aussi dans les académies chrétiennes afin de pouvoir disputer avec avantage contre eux. Un autre pape, Jean XXII, crut qu'il valait mieux brûler leurThalmud; mais cet ordre, probablement mal exécuté, n'empêcha point les juifs d'Italie d'avoir des synagogues et des rabbins érudits. A Bologne ils avaient formé une académie où vinrent enseigner, vers la fin du xiv" siècle , des rabbins fameux , lorsqu'une riche famille

« Sam. Usque, Consolaç. de Ytraël, dial. 3 e .

* Lettre de Philippe de Parisio a l'archevêque, dans le tome I de Roeehi Pirri Sicilia sacra, page 410.

1 Muratori, Dittertat. de Judœit, dans le tome I de ses Antiquit. ital.

AU MOYBK AGE. 27T

juive de Rome, celte des Hannaroim, y eut fondé une nouvelle synagogue magnifique. Quelques livres sacrés d'une haute antiquité, qui proviennent de cette académie, se conservent encore dans Bologne. Les juifs de celte wlle avaient fait présent au dominicain Èméric, inquisiteur, d'une Bible qu'ils prétendaient avoir été écrite de la main même d'Esra. Gomme on cherchait toujours des occasions d'humilier celte nation , on la forçait à Bologne de pourvoir aux frais du régat annuel des écoliers de l'université. A cet effet une loi de l'an 1401' obligeait les Israélites de la ville à payer cent quatre livres à la faculté' de droit et soixante et dix à celle des arts *.

Le sort des juifs des Etats de l'Eglise dépendait , beaucoup plus que celui des juifs du reste de la chrétienté , du caractère personnel des papes. On a pu voir dans le cours de cette histoire , des papes servant de protecteurs a un peuple opprimé , et d'autres papes approuvant ou secondant les rigueurs des rois et la haine du peuple. Je crois devoir mettre ici cette conduite variable de l'Église dans un plus grand jour.

Un concile s'assembla en 1213 à Paris; Robert de Gourzon y assista en qualité de légat*. Ce concile enjoignit aux chrétiens de déclarer aux prêtres tout ce qu'ils savaient des transactions usuraires, et aux usuriers de rendre compte de leurs prêts , de restituer les gains usuraires , ou de transiger avec les emprunteurs , sous peine d'excommunication et de confiscation des biens usurairement acquis. Les usuriers impénitents devaient être abandonnés par leur propre famille, et leurs corps jetés à îa voirie.

a Gomme les usuriers et exacteurs ont établi et fondé trop solidement , continue le concile , presque dans chaque ville , bourg et village du royaume de France, des synagogues qui se nomment vulgairement communes , pour la subversion de toute juridiction ecclésiastique , nous ordonnons, sous peine de responsabilité au jugement dernier, que personne ne se soumette aux punitions que lesdites synagogues ont décernées contre tous ceux qui dénoncent en secret aux évêques les exactions et autres crimes des usuriers s .

1 Voyez Savigny, Geschickte des rœmischen Redits, vol.liî.

» Durand et Martenne, Vet. script, amplùs. collée t., tome VII, col. 97. — Mansî. Saer. eoneil. amplùs. collectio, tome II, col. 827.

• Cùm ex iosità aniiqui hostis maJitiâ, siot à feneratoribus et exactoribus ferè in singulis urbibus et opptdis et villis totius regni Francis pertinacissimè synagog» constitué» quas vulgarité? communias vocant, quœ diaboltca insliluta, ecclesiasticis iDStitutis contraria, penitùs in subversionem totius ecclcsiasiic» jurisdictionis adin-

LES JDIFS

« Nous statuons , sous peine de suspension et d'excommunication, que nul avocat ne pourra défendre la cause de ces synagogues ou communes contre les églises et les évèques. » Et plus loin les pères du concile disent : « Comme les usuriers et les persécuteurs de l'Église forment de tous côtés des synagogues ou assemblées de méchants , armés contre Dieu et l'Église; qu'ils ont depuis peu fondé de nouvelles écoles et de nouvelles sciences , opposées aux véritables scieuces qu'on enseigne dans les écoles, et comme ib n'instruisent leurs enfants qu'à tenir le compte des créances acquises par leurs pères au moyen de l'usure , le concile ordonne a la jeunesse d'abandonner ce genre d'études, de n'apprendre que des sciences utiles, attendu qu'H est illicite de s'enrichir aux dépens d'autrui. »

Quelles étaient ces sy nagogues ou communes établies dans les villes et villages de France qui soutenaient les usuriers, et qui poursuivaient ou mettaient à l'amende le dénonciateur de l'usure auprès du clergé, qui organisaient de nouvelles écoles et enseignaient de nouvelles sciences à la jeunesse , le tout au grand scandale de l'Église ? Ce pouvaient être les communes civiles naissantes , dont l'établissement déplaisait en effet beaucoup au clergé *.

Cependant comme les communes dans ce concile sont appelées aussi des synagogues , on peut présumer que c'étaient des communes juives organisées peut-être à l'instar de celles des bourgeois. De pareilles communes existaient ailleurs, mais elles ne purent prendre racine dans le nord de la France.

Cependant les communes ou synagogues se plaignirent de ces vexations nouvelles au roi de France et au pape, et il fallut que le fougueux légat qui avait été l'âme du concile modérât son zèle pour

l'Ùrrlico J Ijgllac.

Un autre pape , Innocent IV, voulant mettre fin aux éternelles accusations au sujet de prétendus meurtres commis par les juifs sur des enfants chrétiens , avait sagement ordonné au'à l'avenir tout chrétien qui proférerait une charge semblable sans pouvoir l'appuyer

venerint, precipimus, sub intermioatione district! judicii, nequis occukatiooe conquestioois finUe coj-am episcopp de ixsyrà vel allia erimiuibus iUaUsi prcdîcti» feneraloribus, compellatur sustineri panas statutas à prajdiclis sjnagogia, quas ia defensione sua? usur* et subversion» totius ecclesiaj statuerunt, etc. Voyes la note suivante.

1 La Porte Dutheil, Mémoire sur Robert de Courson, dans le loue Yl des Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque, eu. Paris, an îx.

sur le témoignage de trois juifs et d'autant de chrétiens serait puni lui-même comme meurtrier », loi juste et sage qui aurait prévenu bien des crimes, si le fanatisme avait pu s'y soumettre.

Au xm e siècle, Tordre monastique des frères mineurs, qui déployait partout une ferveur outrée pour la propagation de l'église catholique, voulait empêcher aussi les juifs de pratiquer les rites du mosaïsme. Ceux-ci réclamèrent îa protection du pape contre ces prédicateurs hostiles. Le saint-siège était occupé alors par Nicolas III, pontife qui comprit sa mission de paix et de douceur. Il expédia en faveur des juifs une bulle qui est un rare monument de tolérance dans ces temps de haines et de persécutions religieuses; aussi les juifs la conservèrent-ils précieusement. On en garde au trésor des chartes, à Paris, une copie figurée qui leur a appartenu *. Le pape rappelle au clergé par cette bulle que la religion chrétienne commande la mansuétude, que c'est là l'exemple qu'ont donné ses prédécesseurs les Galixte, les Eugène, les Alexandre, les Clément , les Célestin , les Innocent, les Honoré. Le pontife commande de laisser les juifs jouir des concessions qui leur ont été faites ; il défend de les forcer à embrasser le christianisme, de les molester, de porter préjudice à ce qu'ils possèdent, et d'exiger d'eux pins que les services accoutumés , de troubler leurs fêtes, de profaner leurs cimetières ; il prononce des peines ecclésiastiques contre ceux qui useraient de violence à leur égard. Par ce que le pape défend on voit ce que le fanatisme se permettait alors. On accablait ces malheureux de coups de pierres ou de bâton quand ils voulaient célébrer les fêtes du culte mosaïque, on déterrait leurs morts, on bouleversait leurs champs de repos.

Cependant, la même année, te pape avait permis «a prieur provincial des prédicateurs de la Lombardie d'assembler les juifs quand îi le jugerait à propos, de leur adresser des exhortations, de leur faire des sermons et de tâcher de les convertir au christianisme 8 . On sent à combien d'abus cette faculté de tourmenter la conscience des juifs devait donner lien.

On dénonça au saint-siége, non-seulement des juifs relaps, mais aussi

* Haynatdt Annal eeelmart., ad ann. 4247.

9 Bulle sur parchemin, de l'an 1378, carlon J, 427. Au haut du parchemin on lit . Hoc est translalum literftquarn habuimus a domino papa rations fratrum miuorum qui impediebant orationes nostras rattone sermonis.

1 Bulle de l'an 1278. Bullarum amplis*, coltotio, tome TU, part. 2.

des juifs qui faisaient des prosélytes parmi les chrétiens ; on rapportait même que beaucoup de chrétiens apostasiaient. Cette délation est à peine croyable : qu'est-ce qui pouvait engager les chrétiens à partager le sort d'une caste proscrite et méprisée? Peut-être les juifs riches avaient-ils tiré de la misère quelques chrétiens sous la condition qu'ils renonceraient au christianisme. Quoiqu'il en soit, le pape lança une bulle dans laquelle il exhorta les évêques à être inexorables pour les relaps et surtout pour les juifs adonnés au prosélytisme. Il ordonna môme de livrer les récalcitrants au bras séculier 1 .

Le saint-siége fut au contraire plein de douceur et de générosité pour les juifs convertis. Jean XXI trouva absurde et injuste que l'on dépouillât les convertis, précisément à cause de leur baptême, de tous leurs biens, et qu'on les réduisit à la mendicité. Il prescrivit aux autorités publiques dans les terres papales, non-seulement de les laisser jouir de ce qu'ils possédaient, mais encore de les protéger contre toute violence *. Nous verrons bientôt que tous les papes n'eurent pas autant de justice.

Urbain V aima à se rappeler la protection charitable que plusieurs de ses prédécesseurs, les Galixte, les Eugène, les Alexaudre, les Célestiu, les Innocent, etc., avaient accordée aux Hébreux ; et comme ce peuple avait invoqué son autorité pour être garanti contre le fanatisme, le pape Urbain renouvela la défense de les forcer d'embrasser le christianisme. Il défendit également de les maltraiter, de les dépouiller, de profaner leurs cimetières 5 .

Au commencement du xv e siècle un concile s'assembla dans la ville de Constance. La plupart des réunions du haut clergé romain avaient produit quelque rigueur nouvelle contre le peuple Israélite; celui de Constance, où devaient paraître Jean Huss et Jérôme de Prague pour rendre compte de leurs doctrines, devait faire trembler les juifs. Les bûchers que l'on préparait aux hussites ne pouvaient-ils pas être destinés aussi pour eux? Qui pouvait savoir ce que les cardinaux et évêques statueraient de nouveau pour la persécution du judaïsme qui leur était si odieux?

Aussi, quand le pape Martin fit son entrée solennelle, les juifs de Constance, ayant plus de motifs que les autres de trembler, vinrent

1 Bulle de l'an 1288. Bullarum ampliu. collectif), tome III, part. 2. * Bulle de l'an 1320. J&td.

« Bulle de l'an 1363. Ibid.

AD MOYBN AGE. 281

humblement lai rendre hommage, en lai présentant dans la place publique delà ville ceux de leurs livres sacrés que les chrétiens admettaient, c'est-à-dire les cinq livres de Moïse et le Décalogue. Selon quelques historiens , le pape accueillit dédaigneusement cet hommage, et rendit les volumes sacrés, en disant : « Cette loi que vous avez, vous ne voulez pas l'entendre. » Selon d'autres, ce fut l'empereur qui dit aux juifs : « Vous avez des lois justes et bonnes, mais vous ne les observez guère. » Cependant les observait-il ce souverain qui, au mépris du sauf-conduit donné, fit jeter Jean Huss vivant dans les flammes? Le pape se contenta de prier Dieu pour qu'il dessillât les yeux du peuple Israélite 1 .

Lorsqu'à la fête suivante du jeudi saint il fulmina cette terrible bulle d'excommunication contre les païens, les hérétiques, les schismaliques, les faux-monnayeurs et les faussaires, il y comprit les juifs avec les Grecs et les musulmans, comme si leur religion ne les avait pas suffisamment exclus du sein de l'Église 1 En signe de cette exclusion solennelle, il jeta un cierge allumé par la fenêtre du palais, et à son exemple les cardinaux répétèrent ce symbole de réprobation *.

Heureusement tout se réduisit à cette vaine cérémonie de malédiction, et le concile de Constance se passa mieux, pour les juifs, qu'ils ne pouvaient l'espérer , surtout à la vue du supplice de Huss. Plût à Dieu que l'on eût toujours jeté des cierges par la fenêtre, au lieu d'allumer des bûchers sur la place publique !

Tout ce que le concile de Constance décréta relativement aux juifs, ce fut un ordre ou règlemeut au sujet des convertis. Nous avons vu que dans plusieurs contrées, lorsqu'ils se convertissaient, on leur enlevait leurs biens pour dédommager l'Église de la perte du cens qu'ils avaient payé comme juifs, ou, selon le prétexte de l'Église, pour les faire renoncer à des biens acquis par l'usure. Le bon sens devait faire sentir que cette confiscation était le plus puissant obstacle aux conversions ; voilà ce qu'avait proclamé le pape Jean XXI, il y avait juste un siècle. Le concile de Constance n'osa pas imiter ce pape ; il réduisit seulement la saisie à la moitié des biens. Le cardinal Pierre Dailly était plus raisonnable : il aurait voulu qu'on laissât aux convertis tous leurs biens; mais l'Église voulait des pénitences et

1 Leofuit, Histoire du concile de Conitancr, tmt II, à l'année 1417.

' Ibid., Ht. VI.

Le pape Eugène IV donna en 1442 un décret où il réduisit les juifs, du moins ceux de la Castille, presque aux termes de la bulle sévère de Benott XIII à Valence. Il leur interdit d'avoir des relations de familiarité ou d'entreprises avec les chrétiens , d'exercer aucun emploi public, de faire l'usure, d'être les agents, régisseurs, associés ou commis des chrétiens. Il les soumit & la dîme pour toutes sortes d'objets, ne voulut pas que les chrétiens pussent leur rien léguer par testament , et défendit de bâtir des synagogues nouvelles, ou même d'embellir et d'agrandir les anciennes *. On verra plus bas les décrets des papes du xvi° siècle.

Nous avons trop peu de monuments pour bien juger de l'état civil des juifs du reste de l'Italie à cette époque. Dans les villes libres, il ne parait pas qu'ils aient été assujettis à d'autres contraintes qu'à celles de demeurer ensemble, et de payer de certaines sommes ou compositions pour être tolérés, et on ne trouve au reste aucune preuve de quelque servitude à laquelle ils y aient été soumis comme en France au xiu* siècle. Ce fut à la fin du xiv e que deux juifs établirent à Venise, avec la permission du gouvernement, une banque destinée à prêter à intérêt * ; ce qui montre qu'auparavant les juifs, comme nous le verrons plus bas, ne faisaient pas encore de grandes affaires commerciales. Dans un État où tous les citoyens étaient commerçants, et avaient des privilèges comme chrétiens, 'rien ne devait engager en effet des Hébreux à soutenir la concurrence. Il n'en fut pas de même dans l'intérieur de l'Italie , surtout dans les États romains, où il y avait moins de commerce et souvent autant de luxe, et où par conséquent on était obligé d'emprunter.

Quoique les canons des conciles leur eussent fréquemment défendu d'avoir, des chrétiens à leur service , ils en employaient pourtant , particulièrement dans leurs boucheries, ainsi qu'on le voit parce qui arriva dans la ville de Plaisance. Le patricien plaisantin Ripalta raconte ingénument 5 qu'un prédicateur de cette ville ayant prêché contre les juifs, qui faisaient abattre leur bétail par des chrétiens, mais d'après le rite mosaïque, l'évêque de Plaisance convoqua une

» Bulle du pape Eugène IV, de l'an 1443. ttvllarum emplis*. eqUectio, tome III, part. 3.

* Daru, Histoire de Venise, tome III.

• Anton, de Bipalta, AfHuxles placenthd, 4 l'année U73, dans le tome XX de

Muratori, Rerum seriptor. italic.

assemblée de docteurs et de magistrats, pour savoir s'il était permis de distribuer de la viande apprêtée de cette manière. Il y eut une grande dispute ; « mais , ajoute Ripait» , moi je leur ai prouvé que cela était défendu par les lois canoniques , civiles et divines : grâce à Dieu nous remportâmes la victoire, et nous envoyâmes des députés à notre prince pour qu'il forçât les juifs d'avoir leurs tueurs particuliers, et déporter un signe extérieur. Nous obtînmes ce qui concernait les viandes ; mais quant à l'obligation de porter une marque, les juifs s'en rachetèrent par la sommede sept mille ducats qu'ils payèrent à la chambre ducale. »

Cet ordre de porjer une marque était une affaire aussi difficile à obtenir en Italie qu'en France, et fut renouvelée autant de fois. Frédéric II y obligea les juifs de Sicile; le synode de Ravenne en 131t assujettit également la nation hébraïque à la marque sur ses vêtements, en statuant en outre que les juifs ne pourraient séjourner plus d'un mois dans les lieux où il n'y avait pas de synagogues «, A Malte l'évèque avait les fonctions de gardien de la rouelle rouge, c'est-à-dire qu'il veillait à ce que les juifs portassent au-dessous de la barbe une marque rouge de la grandeur du sceau royal *. Ce soin entratnait probablement une rétribution de la part des juifs. Le pape Paul II les obligea de porter des tabares rouges, et n'excepta de cet ordre que les juifs qui pratiquaient la médecine ou se livraient a l'étude de cet art *. Plus tard on leur imposa à Rome des barrettes jaunes ; mais les barrettes furent aussi difficiles à introduire que les tabares.

Dans quelques lieux les évêques maintinrent avec zèle la juridiction qu'ils étaient parvenus à obtenir sur les juifs. C'est ainsi que l'archevêque de Cosenza, Pirrus-Caraccioli profita de l'influence qu'il eut dans le conseil du roi Ferdinand I er , successeur d'Alfonse, pour faire rétablir les anciens droits de son siège sur la juiverie de la ville. En vertu de ses droits, les juifs de Cosenza étaient tenus à porter leurs procès devant la cour ecclésiastique ou devant la cour temporelle de Farchevèque; ils pouvaient appeler de la dernière à la première, mais non pas de la cour ecclésiastique à la temporelle *. Il paratt que ce prélat inves- ' M uratori, Dissert, de Judœis.

2 Rocchi Pirri Sicil. saora, tome H, page 907. Acte de Cataqe, de l'an 1393.

* Statuts tirés des archives du Vatican, par Mariai, tome I de ses Arehiatri.

* Charte de Ferdinand I", de l'an 1467, dans le tome IX de Ferdinand Ughelli, ialia sacra.

tissait des vassaux de biens et de droits sur la juiverie; car il fit confirmer aussi ces vassaux dans ce qu'ils tenaient de la juiverie de Cosenza 1 .

Les évêques de Mazzaraen Sicile avaient également obtenu au xiv* siècle des lettres royales qui reconnaissaient la juridiction épiscopale sur les juifs du diocèse. C'est aux évêques qu'appartenait la connaissance des causes d'adultère, tant des juifs que des chrétiens. Aux .grandes fêtes de l'année, c'est-à-dire à Pâques, à l'Ascension et à Noël, ils se faisaient donner une certaine quantité de poivre par la communauté juive, qui payait aussi des impôts appelés sisioa. C'étaient encore les évêques qui nommaient les rabbins ou harem, chargés de chanter dans les synagogues, et de dresser en hébreu tous les contrats civils des juifs selon les us et coutumes de leur nation

Au xv* siècle les juifs furent menacés en Italie de plusieurs persécutions violentes. A Trente on répandit le bruit de l'assassinat d'un enfant, que trois juifs de la synagogue de cette ville avaient voulu immoler pour leurs paques. On saisit tous les juifs pour les charger de chaînes et les jeter dans les cachots; on épuisa contre ces malheureux tous les genres de supplices barbares 5 ; l'année suivante, eu 1475, on renouvela ia même accusation contre les juifs du Milanais; on les jeta aussi dans les prisons ; mais du moins, au lieu de les livrer aux bêtes féroces et de déchirer leurs corps en lambeaux comme à Trente, le duc se contenta de leur arracher une somme de vingt mille pièces d'or; après quoi il les remit en liberté *.

D'autres ennemis n'en voulurent point à leur vie; mais ils nuisirent beaucoup a leurs spéculations en servant la chose publique : ces ennemis furent les fondateurs des monts-de-piété. Cette matière demande quelques développements. Un moine récollet nommé Barnaba et surnommé JnUramnensis , parce que probablement il était natif de Terni, fut amené par les plaintes générales des chrétiens contre l'usure des juifs, à chercher un remède à ce mal universel. En prêchant, sous le règne du pape Pie II, à Pérouse , où les pauvres étaient opprimés par les usuriers Israélites, il eut l'idée de proposer des quêtes par le moyen desquelles on pût former un capital propre à servir d'un

1 Autre charte du même empereur, de l'an 1469, dans le tome IX Je Ferdinand Ughelli, Ualia sacra,

* Actes de 1318 et 1392, cités par Eoccb. Pirrus, SicMa taera, tome II, p. 849. 1 Anton, de Ripalle, Annales placent., ad ton. 1474.

♦ Ibid.

fonds à la disposition des emprunteurs. Les pauvres devaient toujours y trouver, contre des gages, à emprunter les petites sommes dont ils avaient besoin, moyennant un léger intérêt ; le montant en était destiné à couvrir les frais d'entretien. Cet établissement fut en effet organisé, et conGrmédansIa suite par le pape A l'exemple des Péruviens, les habitants de Savone, qui avaient également à se plaindre des usuriers juifs, érigèrent une pareille institution et obtinrent en 1479 la confirmation du saint-siége *. Quelques années après la ville de Mantoue fonda un établissement semblable, qui devait être géré par douze directeurs dont quatre religieux, deux nobles, deux jurisconsultes ou médecins , deux marchands et deux autres bourgeois. Les religieux en étaient membres perpétuels, les huit laïques ne siégeaient que deux ans, et se renouvelaient chaque année par moitié *.

Depuis lors plusieurs moines récollets regardèrent comme un devoir pieux de contribuer à la fondation de monts-de-piété dans les diverses villes d'Italie. Ce qui stimulait peut-être leur zèle d'une manière particulière, c'était la jalousie des dominicains, qui accusaient leurs rivaux de favoriser l'usure, et appelaient leurs institutions des monts~d 'impiété *. Le récollet Bernardin Thomitano , né à Feltre en 1439, fut un des plus zélés promoteurs de l'institution des montsde-piété, et par contre-coup un des ennemis les plus ardents des banquiers et usuriers juifs. Orateur populaire très-habile, il allait préchant en Italie contre le luxe et l'usure, soulevait la multitude contre les usuriers , et embarrassait les autorités locales par les émeutes et les scènes de fanatisme qui étaient quelquefois les résultats de ses prédications 5 .

C'est ainsi qu'à Florence, à la sortie d'un de ses sermons, les jeunes gens voulurent fondre sur les maisons des juifs, les piller et en assassiner les habitants dans la nuit. Les magistrats ordonnèrent sagement à l'imprudent prédicateur de cesser sa mission et de quitter la ville. Un historien de l'ordre des récollets les accuse de n'en avoir agi ainsi que parce qu'ils avaient été gagnés par l'or des juifs 6 .

1 Wndding. Seriptor. ordinii minorum, tome VII. Lyon, 1648. ' Bulle du pape Sixte IV, insérée dans le recueil Bolle e privilegi del sacro monte dtlla pietà di Roma. Rome, 1658, in-fol.

• Ibid. Wadding, Annalei minorum, tome VII.

4 Vio, De mont» pieiatis, dans le tome VI de Tractatus tractatum. Venise, 1584, in-folio.

• Wadding, Scripto*. ord n. mînorun. Rome, 1680, in-fol. — • /6id.

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Cependant l'amour de Tordre et de la justice pouvait également leur înspirerla résolution d'éloigner un homme qui excitaiUe peuple contre une classe protégée par les lois. Les magistrats de Yenise lui interdirent pareillement de prêcher contre les juifs de cette capitale; mais, infatigable dans son zèle, Bernardin réussit à fonder des monts-depiété à Assises, Parme, Cesène, Chieti, Rieti, Narni et Lucques. A Campo-San-Pietro, petite ville auprès de Padoue, il chassa d'abord le juif qui prêtait sur gages, avant de fonder on établissement.

Toutes les entreprises , toutes les occupations du peuple israélite étaient l'objet des poursuites du moine fougueux. Les habitants de Sienne avaient fait venir depuis quelque temps un médecin juif, dont la réputation était probablement bien établie ; ils lui avaient assigné un salaire pour qu'il eût soin de la santé des habitants. Bernardin de Feitre ne cessa de discréditer le médecin. Il prêchait que c'était une impiété d'avoir recours à l'art des juifs ; il rappelait tous les contes répandus chez le peuple sur la haine que les juifs portaient aux chrétiens ; il racontait qu'un médecin juif d'Avignon , étant sur le point de mourir , s'était souvenu avec délices d'avoir fait mourir par ses drogues des milliers de chrétiens

Ces insinuations perfides portèrent leur fruit en répandant le fanatisme parmi les habitants» surtout chez les femmes ; il y eut dans les familles des scènes affligeantes. Un noble voulut appeler le médecin juif pour un fils dangereusement malade ; mais sa femme s'y opposa vivement ; le fanatisme étouffa en elle l'amour maternel. Une autre femme noble , Lucrèce Salimbeni , aima mieux supporter pendant plusieurs jours les douleurs de l'enfantement que de recevoir les secours du même médecin*. C'étaient des héroïnes chrétiennes aux yeux de Bernardin de Feitre.

A Lucques il éprouva plus de difficulté. Il commença par prêcher contre ceux qui prenaient les juifs sous leur protection : on lui opposa les bulles des papes favorables à ce peuple. Le moine ne se laissa pas déconcerter ; il soutint que la bulle de Nicolas V avait été arrachée à ce pape par fraude, et qu'il l'avait signée sansen connaître le contenu. Il citait d'autres bultes dans lesquelles les papes traitaient fort mal les juifs. Les habitants de Lucques firent venir un habile théologien de Florence pour réfuter les arguments du moine récollet. Cepen-

1 Wadding, Annales minorum, tome VII, ad ann. Ii89.

2 Ibid.

dant la confiance da peuple était ébranlée ; on sentait d'ailleurs l'utilité d'an mont-de-piété, et il fut enfin résolu d'en fonder un aux frais publics. Un capitaliste qui avait été associé avec des préteurs juifs, et qui s'était opposé d'abord a l'établissement des monts-depiété, donna quarante mille pièces d'or, lorsque l'institution eut été organisée *.

A Gênes la banque de Saint-George avait déjà fondé un lombard ; Bernardin de Feltre lui donna plus de consistance. A Plaisance tes usuriers prenaient jusqu'à cent pour cent de leurs capitaux. On n'eut pas de peine à y adopter l'idée d'une maison de prêt. Il en fut à peu près de même à Padoue. Les juifs y prenaient vingt pour cent d'intérêt par an ; le mont-de-piété prêta gratuitement des sommes audessous de trente sous : pour des sommes plus fortes, il se contenta d'un intérêt de cinq pour cent 9 . Il n'est pas étonnant qu'une institution aussi utile et recommandée par la charité publique ait été bientôt généralement approuvée, et que les juifs aient perdu beaucoup de leurs chalands.

Ravenne, Crémone, Vicence, Bologne, et Florence même, ainsi que beaucoup d'autres villes d'Italie, eurent leurs monts-de-piété à la fin du xv e ou au commencement du xvi* siècle, et le pape imposa silence à la jalousie des dominicains, en déclarant les monts-de-piété une chose licite et utile, et en menaçant du ban de l'Église quiconque écrirait contre cette institution 5 . Rome et Naples n'en eurent qu'en 1539 et 1540. Dans la dernière de ces villes deux citoyens charitables dégagèrent tous les effets mis en gage chez les juifs, et les restituèrent sans intérêts, et dès que le mont-de-piété fut fondé, le vice-roi de Tolède renvoya les juifs du royaume de Naples *. Bernardin de Feltre, dans sa haine contre les juifs, n'avait pas manqué d'exciter Èléonore, femme du marquis de Mantoue, à écrire à son frère le duc de Galabre, pour lui reprocher l'indulgence qu'il avait pour les juifs de ses États.

1 Wadding, Annales minorum, tome VIT, ad ann. 1480. 7 Ibia\, ad ann. 1491.

* Omnes qui contra hanc decîarationem predicare sed disputare et seribere ausi fuerint, excomrounicationis latae sententiœ pœnam incurrere yolumus. Bulle insérée dans Sacr. Lateran. concxlium novissimum. Rome. 1$21 ; dans le tome IX des Acta conciliorum de Harduin ; dans le tome I du Bullarium magnum de Cheru— bini, et dans le tome 1Y des Annales ord. minor. de Wadding.

* Rocco, Dei banehi diNapoU a délia 1er ragim: Napoli, 1*785, 3 roi. in-8*.

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ta ville allemande de Nuremberg, en 1490 , expulsa les juifs dans le moment où elle établit des monts-de-piété Un siècle après Augsbourg interdit aussi aux juifs les prêts sur gages, qui ne furent autorisés que dans les monts-de-piété*. Nous avons vu plus haut que la France a eu un mont-de-piété au &m' siècle ; il n'eut pas de suite , tandis que ceux d'Italie devinrent des exemples et des modèles pour plusieurs nations, et servirent beaucoup à arrêter l'esprit usurier. C'est que la France u'avait pas des moines assez fanatiques pour faire des monts-de-piété une entreprise religieuse capable de ruiner les Israélites.

Florence s'élevait au rang des villes les plus riches et les plus commerçantes de l'Italie ; les Florentins avaient été les plus grands spéculateurs, et d'impitoyables usuriers. Muratori avoue que c'est à ces usures que Florence était redevable en grande partie de son éclat ; ainsi cette république usurière et commerçante devait quelque indulgence à un peuple malheureux qui avait de commun avec elle cet esprit de spéculation et d'usure , mais qui n'avait recueilli en Europe, au lieu de la splendeur du peuple florentin , que l'exil et l'opprobre.

Il lui avait permis depuis longtemps de tenir des banques à Florence , et c'est un banquier Israélite , nommé Valori , que cette république avait choisi , en 1414, pour porter plainte à Milan contre le seigneur de Forli, qui en mourant avait confié au duc Visconti l'administration de son pays. Ce seigneur fier refusa de recevoir un ambassadeur juif et le renvoya à son secrétaire. Florence se sentit atteinte par l'affront fait à son représentant, et déclara la guerre à Visconti 3 .

Une république dans laquelle les Israélites jouissaient de celte considération dut les secourir dans leur malheur.

Les Médicis venaient de fonder Livourne , dont la situation présageait une place de commerce importante. On y assigna un quartier aux juifs réfugiés d'Espagne et de Portugal ; ils furent reçus dans cette ville plutôt eu colons qu'en étrangers tolérés ; ce fut donc une véritable colonie que les juifs fondèrent , et , chose remarquable, cette colonie est de tous les établissements juifs dans le midi de l'Europe

» Wurfel , Histor. Naehrichten von der ehemal. Judm-Gemeinde in Mrnberg, -Nuremberg, 178tf, io-4*.

a Voyez Beckmao, Beytrage xur Getchichte der Erfindungen, tome III, ctb. 3. * Daro, Butoir* do Venue, 3* édition, tome II, page 35V.

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celui qui a le plus prospéré , et qui a le plus duré , puisque aujourd'hui encore nous le trouvons dans l'état le plus solide , et , on peut dire , le plus satisfaisant. Soit que le malheur eût rendu les exilés prudents, soit que les colons admis par les Médicis dans la nouvelle Livourne fussent des hommes naturellement amis de Tordre et de la justice , et pourvus encore des moyens de soutenir un établissement naissant , il est certain qu'ils procédèrent avec beaucoup de sagesse dans la fondation de leur colonie, et surent lui mériter la faveur des grands-ducs.

Ils se donnèrent une constitution où la théocratie ne fut pour rien, ce qui prouve que ce furent non pas des rabbins , mais des négociants qui fondèrent la communauté juive à Livourne. Ce fut sur les républiques italiennes que les exilés modelèrent leur gouvernement ; ils le placèrent dans un sénat ou corps aristocratique , composé de soixante membres qui élisent dans leur sein une espèce de petit conseil formé de cinq membres ou mawari , dont une partie est renouvelée tous les six mois; en sorte que l'ambition n'a pas le temps de se fortifier chez ces directeurs , qui d'ailleurs ne sont élus que sur le choix du grandduc , auquel le sénat juif présente la liste des candidats 1 .

Ce sénat juge les procès de la communauté, peut même infliger des peines corporelles, et bannir les coupables de Livourne. La langue espagnole s'est conservée dans ia liturgie et même dans le commerce journalier ; le culte mosaïque se célèbre dans la communauté avec beaucoup de pompe. Elle possède des biens considérables dont les revenus , joints à quelques droits, servent à entretenir la synagogue, les écoles et l'hospice. La médecine et là chirurgie sont encore comme autrefois l'objet des études de plusieurs Israélites , même des marchands et des rabbins. Les premiers ont fait par leurs spéculations commerciales , surtout avec l'Afrique , des fortunes considérables ; et tel a été l'accroissement des richesses du ghetto, ou de la juiverie de Livourne, que les dix mille habitants de ce quartier obscur et malpropre possèdent une grande partie de la ville et des terres d'alentour *. Ils tiennent des banques et font le courtage.

Si les juifs n'avaient pas trouvé à Naples un accueil aussi prévenant, on les avait tolérés du moins , ou plutôt on les avait laissés s'accrottre ;

1 Voyez la notice sur les juifs de Livourne dans l'ouvrage périodique allemandjulien, et par traduction dans le tome Y des Archives littéraires. 1 Ouvrage périodique allemand-italien, et tome V des Archives littéraires.

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car nous «yods tu qu'ils étaient établis dans le midi de l'Italie depuis bien des siècles.

De temps eu temps on leur faisait payer cher cette tolérance , et les princes catholiques se plaisaient à accabler les juifs des mêmes avanies que les musulmans ont fait depuis subir aux chrétiens. On prenait de singuliers prétextes pour être injustes envers les juifs et pour les tourmenter. Vers l'an 1428 les Sarrasins avaient enlevé aux frères de l'ordre religieux des mineurs, au mont Sion en Palestine, la chapelle qu'ils desservaient, ainsi que d'autres oratoires. Ces moines en accusèrent les juifs qui , disaient-ils, avaient gagné les hommes influents de la cour du Soudan , pour que la chapelle fût convertie en synagogue.

Il n'en fallut pas davantage pour exciter le courroux du saint-siége. Les moines réussirent pourtant, en prodiguant l'argent, à ce qu'il parait, à recouvrer leur chapelle ; mais le pape Martin Y trouva naturel de faire payer par les juifs d'Italie les frais que les moines du mont Sion avaient encourus. Du moins les juifs des États vénitiens et «eux de la Marche d'Ancône furent taxés à une certaine somme. Peut-être tomba-t-on sur eux de préférence, parce qu'ils étaient en relation avec le Levant, et par conséquent avec les juifs de Palestine qui avaient mis les moines en frais.

Jeanne II , reine de Naples, qui n'aimait pas les Israélites , et qui peu de temps auparavant avait déjà douné des ordres pour qu'on restreignit la liberté de ce peuple *, ne manqua pas d'imposer, pour la même fin que le pape Martin, aux juifs de Naples et de Sicile, une contribution d'un tiers de ducat d'or par tête, sans distinction d'Age et de sexe 4 .

Vingt-sept ans après cette avanie, le pape Galixte III leur en fit subir une nouvelle sous un autre prétexte. Il y avait à cette époque un moine de l'ordre des frères mineurs, ehargé dans les Deux-Siciles pour le compte du saint-siége, h ce qu'il paratt, de la perception des dîmes payées par les juifs, et des amendes auxquelles on les condamnait pour leurs usures. J'ignore comment le gouvernement napolitain

» Lettre de la reine Jeanne a Jean de Capistran, «I coerceat libertatem Hebrœorum, dons le tome V de Wadding , Annales ord. fratr. minorum. Lyon , 1642, in-fol., diplom., n° 1.

3 Lettre de Jeanne II à Louis III, duc de Calabre et d'Anjou, de l'ao 1429. Ibid. t diplom., n«2.

abandonnait ainsi ses droits. Quoi qu'il eu soit, le pape, voulant hâter les armements préparés dans la chrétienté contre les Turcs qui pénétraient dans l'empire grec, trouva très-juste et même très-pieux de consacrer à cet usage l'argent tiré des juifs *. En conséquence, il enjoignit au moine collecteur, dans les Deux-Siciles, de faire payer aux juifs la dîme de tous les biens meubles et immeubles, et de faire rendre par eux toutes les usures qu'ils auraient perçues ou qu'ils percevraient, et d'employer à cela, s'il le fallait, le bras ecclésiastique et le bras séculier.

C'était livrer les malheureux juifs à la merci de leurs grands en~ nemis.

Cependant il faut croire que cette calamité passa comme tant d'autres, et ne laissa pas;de traces. Du moins l'historien n'en parle plus.

C'est à Naples que s'était réfugié, avec d'autres juifs exilés d'Espagne, le célèbre Abarbanel qui, autrefois, avait dirigé les finances de la Péninsule. Il fut bien accueilli par Ferdinand I" qui sut apprécier ses grands talents financiers.

Les autres réfugiés s'étaient mêlés aux juifs napolitains ; et, comme je le dirai tout à l'heure, les juifs de Naples commençaient déjà à se signaler dans les lettres, grâce à leur sécurité et à la facilité de vivre moyennant un peu d'activité sous le beau ciel de Parthénope, quand tout à coup une invasion militaire détruisit leur bonheur, et les exposa à de nouvelles persécutions. Charles VIII, roi de France, marcha sur Naples et occupa le royaume. Les juifs s'enfuirent en grande partie; Abarbanel accompagna en Sicile le roi Alphonse IL Ceux qui restèrent, saisis d'une terreur panique, se montrèrent disposés à embrasser le christianisme, uniquement pour conserver leurs biens et leur liberté. Mais dès que le péril fut passé, ils oublièrent leur profession de foi et leur baptême, et retournèrent au mosaïsme, ou du moins ils cessèrent de pratiquer le culte catholique. On se soucia peu de garder de pareils chrétiens. Aussi, lorsque Gonzalve de Cordoue se fut emparé de Naples pour le roi d'Espagne, il fut question de chasser tous les juifs afin de parattre au moins conséquent, puisqu'on les avait

1 Nos maturà consideralione cogitantes quod decimœ per Judœos soif end», nccnon usurœ per eosdetn Judœos restituend» in nullo magis pio, neque magis pio ipsâ fide nostrft christ, necessario opère, qoatn contra illem sceleralissiraum Turcam deputari aut converti possent , etc. Lettre de Caliite III à Laurent de Païenne , de. l'an i486. Ibid., tome VI.

expulsés des États espagnols. Mais le capitaine do roi, appelé par ses compatriotes le grand capitaine, sentit qu'ils se retireraient à Venise au grand détriment de l'État, et qu'il y avait peu de véritables juifs, puisqu'ils passaient la plupart pour des chrétiens baptisés; il crut, selon Zurita *, qu'il valait mieux les poursuivre comme mauvais chrétiens que de les chasser comme juifs. En conséquence, au lieu de promulguer l'édit de bannissement, il voulut introduire l'inquisition. Ceci se passa en 1504. D'autres affaires occupèrent le gouvernement dans cette conquête si récemment faite et si difficile à maintenir ; en 1510 enûo on voulut tenter l'introduction du tribunal des inquisiteurs. Quand le peuple et les juifs virent qu'on allait imposer a la nation vaincue une autorité ecclésiastique qui couvrait l'Espagne de sang et de deuil, il y eut d'abord des émeutes, et l'indignation éclata dans tout le royaume. On s'écria : Vive le roi et périssent ses mauvais conseillers ! et l'on se promit de mourir plutôt que de souffrir des inquisiteurs à Naples. Après avoir essayé sans succès d'étouffer cette insurrection générale, le gouvernement espagnol sentit que le parti le plus prudent serait de céder ; mais en promettant aux Napolitains de ne pas introduire l'inquisition , il se vengea de cette concession sur les juifs, qui furent tous bannis du royaume, et obligés de se retirer dans d'autres États de l'Italie ».

Telle fut la fin des établissements des Israélites dans le midi de la Péninsule. Quelques familles osèrent, à la vérité, revenir après la mort de Ferdinand. Àbarbanel était allé mourir à Venise où il avait su mériter la confiance du gouvernement comme partout où il avait séjourné. Les Vénitiens l'avaient même chargé de négocier pour leur république un traité de commerce avec le Portugal.

Malgré sa vie toute politique, il avait trouvé le loisir de composer des commentaires très-estimés sur quelques parties de la Bible. Il a des opinions particulières sur quelques points de la religion, mais il ne parait pas qu'elles aient choqué la foi de ses coreligionnaires. Ainsi il croit qu'après la résurrection des corps commencera une nouvelle vie sur la terre, mais sans passions, sans dissidence de cultes, sans rois et sans gouvernement. La paix régnera parmi les hommes ; ils n'auront

' Annal, de Aragon, tome V, Ub. V, eap. 70.

* Ibid., lome VI, Ub. IX, cap. 26. — Tristan Caraccioll, de Inqviritione epittoto, lome XXII des Script. Btr. italic.

qu'un Dieu, et ce Dieu fera régner la justice parmi eux *. Cet espoir de l'âge d'or a peut-être beaucoup consolé le vieux Abarbanel après son triple exil, et à la fin de sa vie agitée. Le Portugal l'avait banni parce qu'on le soupçonnait favorable aux prétentions de l'Espagne sur la couronne portugaise. L'Espagne l'avait compris dans l'exil général des juifs, quoiqu'un ministre aussi habile que lui eût mérité une exception. Enfin, par attachement pour son nouveau maître le roi de Naples, il s'était réfugié avec lui, comme nous avons vu, dans la Sicile, et lui était resté fidèle jusqu'à la mort de ce prince ; ce n'est qu'alors qu'il s'était retiré à Venise.

Cependant sa maison de commerce avait continué de subsister à Naples : Samuel Abarbanel, son chef, fils du ministre, était homme à la fois savant, riche et bienfaisant ; il employait ses richesses à soulager les indigents de sa nation, à racheter les captifs et à doter les orphelines ; sa femme Ben-Venida sut intéresser au sort des exilés les dames les plus distinguées de Naples ; elles sollicitèrent auprès de Charles-Quint le rappel des bannis. L'empereur , quoique peu favorable à la nation hébraïque, parut disposé à accorder l'objet de leur demande; mais d'autres personnes l'en dissuadèrent, et au bout de quelques années, pendant lesquelles sans doute ils avaient commencé de rentrer, les juifs reçurent définitivement l'ordre d'évacuer les États de l'empereur en Italie. Us se dispersèrent alors en Turquie , dans les États du pape et ailleurs *.

Il était venu de l'Asie un juif, nommé David le Rabanite, qui possédait quelque éloquence. Il s'était fait des partisans, entre autres un secrétaire du roi de Portugal, Salomon Molchu, qui était circoncis en secret, et dont il fit un rabbin animé de zèle et de ferveur. Ces deux hommes parcoururent divers pays, préchant et cherchant à faire des prosélytes ou à prouver du moins l'excellence du judaïsme. Ils portèrent leur prosélytisme jusqu'à la cour de François 1 er et à celle de Charles-Quint, qui se trouvait alors en Italie. Cette témérité leur coûta cher. Charles-Quint, cet ennemi des protestants, fut encore bien plus grand ennemi de la loi judaïque; il fit saisir le malheureux Molchu et le condamna à être brûlé vif. Molchu avait de l'éloquence ; il avait prêché en Italie et en Turquie ; on craignit ses paroles : aussi

1 Voyez Dattovii Diatribe quà Judaorum de ruumctione tnortuorum tententia explieatur, etc., cep. 4.

' SemueJ Ueque, Ccnsolaf. de Ytroël, 3* dial.

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lui bâillonna-t-on la bouche avant de le conduire au supplice ; c'est à Mantoue, en 1533» que la sentence fut exécutée. Quant à son compagnon David» it fut traîné, à ce qu'il paraît, à la suite de Charles- Quint en Espagne, et y fut également mis a mort

Le due de Ferrare avait accueilli, dès 1496, les exilés de Portugal, et leur avait permis de s'établir dans la viHe de sa résidence et dans ses États ; seulement, comme le grand nombre de juifs et de maranes dont la ville refluait, parut exiger quelque mesure de police, il renouvela l'ancien règlement qui les obligeait de porter sur la poitrine un petit cercle jaune *. Mais en 1551 une maladie pestilentielle apportée par les partisans suisses et allemands ayant éclaté dans Ferrare, le peuple s'écria en fureur que les juifs répandaient cette maladie; il y eut uu soulèvement, et le duc fut obligé de souscrire au nouvel exil des malheureux Israélites, qui, attaqués eux-mêmes de la contagion, se traînèrent avec peine, pendant la nuit, aux bateaux qui devaient les transporter ailleurs. Les uns tombèrent en proie à des pirates, les autres, repoussés de tous les ports de l'Adriatique, furent enfin accueillis charitablement par les juifs de Pesaro s .

Les exilés d'Espagne et de Portugal avaient porté dans plusieurs provinces de l'Italie leur misère extrême. L'historien Cena-Rega, qui en vit aborder des milliers au port de Gènes, dit que ceux qui débarquaient ressemblaient à des spectres ambulants ; que quelques-uns expirèrent en mettant le pied sur la plage, que d'autres furent noyés par les matelots, et que d'autres encore furent obligés de vendre leurs enfants pour pouvoir sortir des bâtiments *. Un auteur hébreu ajoute t]ue des chrétiens allèrent dans les rues tenant un crucifix d'une main et un pain de l'autre, qu'ils offraient le pain aux enfants affamés des juifs, à condition d'adorer la croix, et que de cette manière ils firent beaucoup de prosélytes s . Les juifs de Rome, qui ne se souciaient point d'avoir de la concurrence, firent tous leurs efforts pour empêcher les exilés de s'établir dans cette métropole. On assure même qu'ils offrirent au pape mille pièces d'or pour rester seuls, mais que le pon-

1 Schemaeh David, page 61.

» Fri«i, Memorie di Ferrara, tome IX, page 168.

* Ssrnuel Us^Ht, Con$olaç. dô Ysrocl f 3* disloque

4 HislQT. genuens. dans le recueil de Muratori, Script or. rerum {faite.

* -Salomon Ben-Yirga, Schevet Jthuda, chap. 86.

tife, plus humain ou plus politique, les menaça de les bannir euxmêmes s'ils ne recevaient leurs frères *.

Par ces exils plusieurs chefs des grandes synagogues d'Espagne et de Portugal se trouvèrent jetés en Italie. David Ben-Joseph Ben-Jachia fut élu recteur , président et juge des juifs de Naples ; on le vante comme grammairien , poète et philosophe. J'ai parlé plus haut du célèbre Abarbanel qui suivit le roi Ferdinand dans sa fuite en Sicile, et termina ses jours à Venise, tandis que son fils Juda , plus connu sous le nom de Léon Hébreu , se retira à Gênes après avoir deux fois partagé l'exil de son père. Dans sa nouvelle et dernière retraite il pratiqua la médecine , et enseigna la philosophie telle que les juifs la concevaient alors; c'était la métaphysique de Platon et d'Aristole mêlée aux idées d'Averroès, d'Avicenne et des rabbins qui marchaient sur les traces des Grecs et des Arabes, surtout des rabbins cabalistes. Léon Hébreu nous a laissé un exposé curieux de cette philosophie ambiguë dans ses Dialogues à* amour, ouvrage galant dans lequel Philon enseigne la philosophie de l'amour à une dame nommée Sophie; il lui apprend l'amour platonique , l'amour des anges, des planètes, des éléments. On peut appliquer à l'auteur de cet exposé philosophique ce qu'il fait dire par Philon à son interlocutrice : Vos raisons, dame Sophie, démontrent plus de subtilité en votre entendement que de vérité en votre opinion. Cet ouvrage fut écrit et publié en italien * ; bientôt après il en parut une traduction française avec une dédicace à Catherine de Médicis s . Le langage mystique de ces dialogues était dans le goût du temps; aussi l'ouvrage du juif exilé passa dans plusieurs langues d'Europe.

Un autre rabbin exilé de Lisbonne , Joseph Ben-Don-David, commentateur des hagiographes, et auteur de plusieurs ouvrages sur le Thalmud , fut pendant vingt-deux ans premier rabbin de la synagogue d'Imola , et laissa trois fils, dont l'un fut médecin à Padoue.

1 Zurita, Annal, de Aragon.

* Dialoghid'amore. Rome 1835, in-4». Venise, 1845, 1588. » Philosophie d'amour de M. Léon Hébreu, traduicte d'italien en françoys, par le sieur Du Parc, Champenois. Lyon, 1581, in-8«.

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