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\outés. L'enclos de la juiverie fat donné dans la suite, par Philippe le Bel, à la ville, et on y établit le marché aux herbes *. A Êtampes* leur synagogue fut convertie en une église de la Sainte-Croix, pour laquelle le pape réclama les franchises dont la synagogue avait joui. Il voulut aussi qu'on y instituât un maître de musique, ainsi qu'un maître pour d'autres objets d'étude *.
Dans le midi de la France ils furent à l'abri de ces grandes calamités, grâce au régime tutélaire des seigneurs , qu'au reste ils payaient à deniers comptant. Le vicomte de Béziers et Carcassonne s'engagea , en 1193, probablement à la suite de quelque don gratuit ou d'un emprunt, à ne jamais imposer de taille aux juifs sans la laisser répartir sur ceux de Carcassonne, Limoux etAleth 5 . C'était une faible concession en apparence. Les juifs , habitués au système de la cotisation proportionnelle , paraissaient y tenir beaucoup, parce que c'était un moyen d'alléger le fardeau des charges qu'on leur imposait.
Ils étaient traités avec indulgence dans la Bourgogne, où ils étaient établis dans les principales villes. Le duc Eudes III leur accorda , en 1196, la permission de résider à Dijon ; ils y occupèrent deux rues, et y eurent une synagogue et un cimetière. Dans la suite , quoiqu'ils eussent disparu de cette ville , le lieu où étaient déposés les restes des Israélites du moyen âge demeura sacré pour le peuple. On dit qu'à la fin du xvni* siècle encore , les juifs qui passaient sur la route qui longeait l'ancien cimetière ne manquaient jamais de s'y arrêter pour faire leur prière 4 . A Maçon on a trouvé, il y a trois siècles, des tombes Israélites avec des inscriptions pieuses.
Il faut reprendre un peu plus haut l'histoire des juifs d'Angleterre. On ne sait à quelle époque ils s'introduisirent dans les îles Britanniques 5 . En l'an 740 Egbricht, archevêque d'York , défendit aux chrétiens d'assister aux fêtes juives 6 . Les lois d'Edouard 7 déclaraient
1 Farin, Histoire de la ville de Rouen, tome I.
* Lettre d'Innocent III aui doyen et chapitre d'Élampes. Dutheil, Diplomata, lome II, n° 30.
» Charte de Roger II, n« 60 des preuves du tome III de l'Histoire générale du Languedoc.
4 Amanton, Notice sur ht mœurs et costumes, dans l'Annuaire du département de la Côte-d'Or. Dijon, 1827.
4 De Blolssiers Tovey, Anglia judoka, or The Hittory and Antiquities of the ïews in England. Oxford, 1738.
* Exceptiones canonicœ de Egbricht.
* Leges boni régis Edouardi , cap. 19. Jud«i etomnia sua régis sunt. Houard, 1. 1.
les juifs et leurs biens propriétés royales ; personne ne pouvait se les attribuer sans la permission du roi. Fidèle à ce système de propriété, Guillaume le Conquérant , dans la quatrième année de son règne, ordonna, après un conseil de ses barons , entre autres choses , que les juifs de son royaume seraient sous la protection royale ; qu'ils ne pou-, vaient se soumettre à aucune autre sans son consentement ; qu'ils appartenaient avec tous les leurs au roi ; et que dans le cas où quelqu'un obtiendrait un de leurs biens , le prince pourrait le réclamer comme sa propriété Sous Guillaume le Roux, les juifs furent assez bien traités, et ce prince eut même la fantaisie d'ordonner une discussion religieuse entre les docteurs chrétiens et juifs , jurant, selon son ordinaire , par la face de saint Luc , qu'il se conformerait au résultat et se joindrait au parti victorieux. C'était assurément de la part d'un roi chrétien une grande condescendance ; dans d'autres pays les rois ne se plaçaient pas ainsi sur un terrain neutre entre les deux religions. La dispute eut lieu à Londres. Les docteurs hébraïques se défendirent avec adresse an point d'inquiéter les théologiens anglais ; et, quoique les chrétiens prétendissent ensuite être sortis victorieux de la lutte , les juifs ne s'avouèrent point vaincus , ou plutôt ils prétendirent qu'on avait employé la ruse pour les réduire au silence. Guillaume resta chrétien , mais il continua de protéger les juifs : aussi les historiens chrétiens l'accusent de faiblesse et d'aveuglement , et ajoutent qu'il y eut de violents orages et des tremblements de terre en signe de la colère divine 2 . Il paraît que le roi n'en fut guère touché. Pendant son séjour à Rouen , des juifs vinrent se plaindre à lui de ce qu'on avait converti presque de force plusieurs de leurs coreligionnaires ; ils le supplièrent , en lui offrant de l'argent , de permettre qu'ils retournassent à la foi de leurs pères. Le roi non-seulement y consentit, mais il engagea lui-même les nouveaux convertis à rentrer dans le judaïsme. Un père avait payé une somme d'argent pour faire annuler la conversion de son fils. Guillaume accepta l'argent et parla lui-même à ce fils. Celui-ci reprocha au prince de manquer à ses devoirs chrétiens, en voulant ramener aux erreurs judaïques quelqu'un qui les avait abjurées. Le roi se désista , et garda la moitié de l'argent pour prix de la peine qu'il s'était donnée s . Ainsi l'intérêt était le fond de
1 Chronique de Hoveden, — Angl.jud., p. 22.
a Guill. de Malmsbury, dê Gettis, etc.
• Bollingihed ChronicUt, 1087.
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celte indulgence du monarque anglais. C'était par les juifs qu'il faisait administrer les revenus des diocèses vacants. Ils avaient des hôtels à Oxford , et y logeaient beaucoup d'étudiants. Cependant ils n'avaient droit de sépulture qu'auprès de Londres ; l'emplacement de ce cimetière se trouve aujourd'hui au milieu de la capitale ; il est encore connu sous le nom de rue des juifs 1 .
Sous le roi Etienne, en 1135 , ils furent accusés, à Norwich comme ailleurs , d'avoir cruciûé un enfant. Il ne paraît pourtant pas qu'ils aient été persécutés à la suite de cette accusation ; mais ils furent maltraités par Henri II. Sous ce règne on voit un juif condamné à une amende pour avoir fourni des secours en argent aux insurgés d'Irlande , et un autre pour avoir reçu en gage la vaisselle de l'abbaye de Saint-Edmondsbury. Lors des préparatifs de ce prince pour son expédition à la terre sainte , les chrétiens forent taxés à soixante-dix mille livres sterling , et les juifs à soixante mille. Ces taxes ne furent pas perçues ; mais dans un nouveau besoin d'argent , le roi imita l'exemple des autres gouvernements chrétiens : il bannit les juifs les plus riches , et ne laissa les autres dans le royaume que moyennant une rançon de cinq mille marcs 1 . Pendant le temps qu'on les tolérait, ils étaient , comme en France , sous la garde de commissaires royaux. On les assujettissait à la taille ; la communauté juive de Londres payait trois mille cinq cents marcs d'argent. La répartition de cet impôt donnait lien , comme partout , à des vexations particulières : Samuel Blunt offrit nn demi-marc d'or au roi , seulement pour être taxé suivant son avoir, et non suivant le caprice ou l'avidité des préposés 3 , ce qui fut accepté. Il fallait que , pour obtenir justice , les juifs abordassent le roi même avec de l'or à la main. Il y avait un grand rabbin pour tous les juifs d'Angleterre; il était reconnu dans cette qualité par le roi , et justiciable uniquement de ce prince ; c'était le juif Jacob à Londres 4 .
1 Tevey, Anglia judaica. — Wood, Hitiory and Antiquités ef Oxford. * Chronique du moine de Cantorbery.
' Sam. Blundus obtulit nobis dimidiam marcam auri ut de tallagio 3,500 morcarurn talltaretur secundùm catalla sua, sicuti carteri Judsi de communitate Londonià talliantur. Close Rolls, extraits par Cooper, Account on the public Rttords, Londres, 1832, tome I.
4 Sciatis nos concessisse... Jacobo, Judfjo de Londoniis... Bresfcyteratum omnium Judaeorum totius Anglie. Charte de confirmation du roi Jean, chez Seldeo, Bistory oftithes.
Ce fut sous le règne de Richard que les juifs essuyèrent une persécution cruelle. Ils possédaient à Londres des maisons qui ressemblaient, suivant un historien du temps, à des palais royaux *. Ces richesses éclatantes furent ce qui les perdit, en soulevant la populace contre eux. Au couronnement du roi Richard I er , à Londres en 1189, ils se présentèrent à la cérémonie, soit pour offrir des dons et se rendre le roi favorable, soit par simple curiosité. A leur aspect l'archevêque Baudoin, qui sacrait le roi, fut si courroucé, qu'il engagea ce prince à les repousser. Cet ordre exécuté avec dureté encouragea le peuple à y joindre ses outrages. Le bruit se répandit qu'on allait s'emparer de tous les biens des juifs. A l'instant l'avidité de la multitude rompit tous les freins. On se jeta avec la dernière animosité sur les malheureux Israélites, qui ne s'attendaient point à cette trahison dans un jour d'allégresse publique. Ils furent égorgés à Londres et dans les campagnes, et leurs biens pillés et ravagés ». Le roi vit ces horreurs avec peine ; mais, dit un historien, comme le peuple en était l'auteur, il laissa le crime impuni 5 . Un autre historien ose même louer le Seigneur d'avoir livré les impies 4 . Quel devait être le fanatisme de la tourbe ignorante, si les historiens qui écrivaient loin des événements, et dans le silence des cloîtres , reniaient ainsi les sentiments d'humanité !
Les croisés anglais joignirent leurs massacres à ceux qu'avait commis la populace. Ce fut par des traces de sang qu'ils marquèrent leur passage à Norwich, Stamford et Lincoln. Dans la Yille d'York le peuple pilla et brûla la maison de Bénet, riche Israélite qui avait été immolé dans l'émeute de Londres. Tous les autres juifs de la ville se réfugièrent alors avec leurs familles et leurs effets précieux dans le château fort, où ils soutinrent un siège contre le peuple insurgé. Après avoir fait d'inutiles tentatives pour apaiser son animosité, le désespoir leur fit commettre des atrocités semblables à celles que les
1 Domus eorum, qu» quasi palatia regum erecl* fuerant. Annales Waverley. Monast.
1 Guill. Neubrigensis, de Rebut anglicis, Mb. IV. — Radulphi Coggeshale Chron. anglic. — Annal. Waverîey. — Chronieon anonymi Laudun. canonici , dans le tome XVIII des historiens de France.
* Quia multitudo in causa fuit, totum inultum permansit. Chronieon anonymi Laudun. canon.
4 Per omnia benedictus Dominus qui tradidit impiosl Annal. Waverîey. Monast.
persécutions avaient causées en Allemagne. Les assiégés enterrèrent leur or et leur argent, brûlèrent leurs autres effets, égorgèrent leurs femmes et leurs enfants, et s'entre-tuèrent eux-mêmes. On voit encore auprès d'York les ruines de la vieille tour de Clifford qui, selon la tradition , fot la scène de ces horreurs.
Le peuple, doot la rage n'était pas encore assouvie par la mort des juifs, se transporta à la cathédrale, et, s'étant fait rendre par les officiers publics les contrats des créances juives, il livra tous ces actes aux flammes dans la nef de l'église. Cependant le gouvernement ne resta pas spectateur oisif de cette insurrection populaire. Les principaux coupables furent poursuivis, le shérif et le. gouverneur de la ville furent déposés, et les bourgeois cités en justice pour répondre de leur conduite *. Les juifs continuèrent de résider et de traGquer en Angleterre, et Bichard se contenta de soumettre leurs prêts d'argent à plus de formalités, afin d'empêcher la fraude , comme on le verra dans l'époque suivante.
' Malh. Paris, Hi$t. Angl. - Tovey, Anglia judaiea.