MENSONGES DE LA CHARTE
en argent; impôt de consommation, de débit, de circulation, d’octroi, impôts indirects dont les frais de perception absorbent 28 pour 1 00 delà somme perçue; la contribution frappe sur eux sous toutes les formes avec une admirable insistance.
Mais il n’en est point ainsi pour le riche capitaliste, je l’ai dit tout à l’heure; les capitaux ne payent pas d’impôt. Son industrie, qui ne redoute ni le feu, ni la grêle, ni les épizooties , est franche comme la terre du seigneur d’autrefois. Le gouvernement n’oserait pas l’imposer, parce que ce riche retirerait au gouvernement sa voix et son journal. Les droits d’octroi et de débit qui écrasent l’artisan des villes, et qui lui interdisent l’usage de la viande de boucherie et du vin non falsifié, ne sont pas sensibles pour le riche qui n’achète pas au détail, et qui ne consomme que des produits de qualité supérieure.
Et cet autre impôt, le plus cruel de tous, Fimpôt du sang, c’est le peuple qui l’acquitte seul. Le capitaliste qui possède par son hypothèque de rentier et de prêteur toutes les terres du royaume, et qui en écréme le revenu, ne se considère même pas comme tenu de les défendre. Il laisse ce soin aux mercenaires, aux indigents qui n’ont pas quinze cents francs à donner pour un remplaçant. Tomber au sort, c’est pour l’infortuné paysan, l’obligation de renoncera ses projets d’établissement ; un mauvais numéro , c’est la ruine de sa famille, la perte de sa liberté, sans aucun espoir de compensation ambitieuse. Pour le riche capitaliste , ce n’est pas même un souci. Ces quinze cents francs qu’il Tant donner pour un remplaçant ne sont pas l’enjeu d’une matinée de Bourse, pas même celui d’une psirti©
OE LA FÉODALITÉ FlPiAlNÉiÈRfc.
do bouillotte dans une nuit de plaisir. 11 serait de trèsmauvais ton de s’affliger dans ce monde-Ià d’une perte aussi minime.
àrt. 3. Tous les Français sont également admissibles oAioo emplois civils et miliiaires •
Il fallait que le sens moral fût déjà cruellement perverti en 1814 chez la nation française, pour que les légisiateurs de ce pays aient osé inscrire au frontispice de sa charte, une contre-vérité aussi audacieuse. Je veux laisser parler les faits et non l’indignation que soulèvent en moi ces mensonges.
Je crois qu’il n’est pas exact d’affirmer que tous les citoyens sont également admissibles aux emplois civils et militaires.
Parce que d’abord il faut payer deux cents francs d’impôt pour être électeur, et cinq cents francs pour être éligible; et que l’électorat et l’éligibilité sont des titres tout-puissants pour être admis aux emplois civils sous un gouvernement représentatif.
Le gouvernement représentatif, ne l’oublions jamais, est une importation britannique. C’est par conséquent une institution destinée à favoriser exclusivement le capital et à écraser le travailleur. La gratuité des fonctions de député ouvrirait à elle seule la porte à toutes les corruptions. « Ce sera bien cher ces députés sans traitement, » disait M. de ïalleyrand à l’auteur de la charte. Comptons ce que la majorité de M. dé Villèle qui vota le milliard a coûté à la France; ajoutons ce que lui coûte la majorité d’aujourdhui, et nous verrons si M. de Talleyrand disait vrai. 11 est bien évident qu’une administration qui ne vit que par la majorité et qui dispose des emplois pu-