‹ Les juifs, rois de l'époqueChapitre 15 sur 22 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

moyens d'nccai>ai*cments tic la fortune publique.

Les moyens qu’emploie la féodalité financière pour arriver à raccaparement de la fortune publique, sont ; le monopole du commerce et de tout ce qui est industrie parasite, monopole de V-mnrc, déguisée sous le nom de crédit; monopole de la chicane, du notariat, de la presse, et de toutes les hautes positions financières. On va voir qu’à chacune de ces fonctions sont adaptées d’innombrables privilèges constituant une véritable Féodalité.

liC comiucrce.

Le commerce étant le pouvoir qui règne et gouverne aujourd’hui en France, tous les Français ont le droit de publier leur opinion sur le commerce. Le commerce peut être discuté; il lui reste assez d’autres privilèges d’inviolabilité sans celui-là.

Il n’y aurait besoin que d’une ligne pour faire l’histoire du commerce. Les nations qui se sont le plus particulièrement adonnées au commerce , dans les temps anciens comme dans les temps modernes, sorlt celles qui ont laissé, dans la mémoire des hommêS, la réputation la plus honteuse et la plus exécrée. Isocrate l’Athénien écrivait il y a vingt-deux siècles,

de la féodalité financière.

qin5 toute» les nations sont forcées de s armer et de s'unir contre ceux qui ont usurpé l'empire de la mcvy et qui sont les tyrans du genre humain. Il dit encore que la domination de la mer est une chimère qui trouble l’esprit de ceux qui y aspirent.

Les juifs, qui sont avec les Genevois et les Grecs les plus habiles négociants du monde, et qui ne font que du commerce, n’ont pas encore obtenu le droit de cité dans tous les Etats civilisés. Ij’inquisition a été instituée contre eux en Espagne. En France et ailleurs, on les a considérés longtemps comme empoisonneurs de fontaines. Le kaid de Blida était venu me demander un jour justice de l’insolence d’un juif. Comme je cherchais à excuser les torts de celui-ci, et que je m’étais hasardé à émettre cette opinion hardie qu’après tout, ce juif était un homme, le kaïd me prit la main droite dans les deux siennes, et me demanda d'un air consterné si c était bien sérieusement que j’affirmais qu’un juif était un homme comme lui et moi. Les enfants de Lorraine sont persuadés que les juifs ne s’abordent jamais sans se demander : Combien as-tu volé de chrétiens aujourd’hui ? Et de fait , qu est-ce que peuvent se dire aujourd’hui deux juifs sortant de la Bourse I

Parmi les nations civilisées, la France a été la dernière à revenir de ses préventions contre le négoce, •le me rappelle parfaitement que nos mères nous défendaient, dans notre enfance, de fréquenter les fils des marchands , sous prétexte qu’il n’y avait que de mauvaises leçons et de mauvais exemples à récolter dans la société de ces petits. Et il n’y a pas de cela bien longtemps, puisque je suis né plusieurs années après

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le siècle, et que je n’ai encore vu en France que cinq ou six révolutions tout au plus. Les femmes conservent bien mieux, que nous les instincts nobles et généreux. Les peintres ont résisté courageusement aussi à la contagion des idées des économistes qui ont réhabilité le commerce parmi nous. Mais je sais de grands poëtes qui dédient leurs plus charmants ouvrages à des quarts d'agents de change en faillite, à des misérables qui coupent de leur cravache le visage de leurs maîtresses et leur volent leurs cheveux la nuit.

Détiuîtiou il U conuueree-

11 existe trois ou quatre définitions très-célèbres du commerce.

Montesquieu a dit : Les financiers soutiennent l’Ètal comme la corde soutient le 'pendu.

Fourier : Le commerce est Vart di acheter trois francs ce qui en vaut six , et de vendre six, francs ce qui en eaut trois.

Jésus-Christ a dit aux marchands qui avaient établi leur boutique dans le temple : La maison de mon pere est une maison de prier e^ et vous en faites une caverne de voleurs.

L’allégorie grecque est plus jolie et plus complète que ces diverses définitions. Les Grecs, ces merveilleux esprits qui s’entendaient si bien à peindre la vérité sous le voile de l’allégorie, qui disaient l’Amour fils de la Beauté, et qui faisaient sortir Minerve tout armée du cerveau de Jupiter, pour exprimer que la Sagesse avait mission de combattre l’Erreur, les Grecs avaient placé sous le patronage du même dieu, FÉlo-

de la féodalité FINAÎÎCIÈÎIE,

quence. le Commerce, et, les Voleurs;... et ce dieu, leur Mercure ïrismégiste, était en outre chargé de conduire les âmes aux Enfers.

Jésus-Christ, Fourier, Montesquieu, le paganisme , c’est là un concours assez écrasant d’autorités contre la moralité du commerce.

La nature , qui ne varie pas dans l’expression de ses sentiments comme riiomme, n’est pas moins cruelle que le Christ et l’antiquité grecque dans les emblèmes du commerce qu’elle nous offre.

C’est le gui , une plante parasite qui vit aux dépens de l’arbre sur lequel elle s’implante, — qui fleurit quand cet arbre perd ses feuilles, — qui a la feuille double, comme la langue du juif, — et dont l’écorce contient un suc visqueux (la glu), propre à prendre les oiseaux (les dupes).

C’est le ténia , un ver parasite qui se nourrit de la substance alimentaire de riiomiiie, qui le débilite et le réduit à rien.

C’est surtout l’araignée, cet admirable et saisissant emblème du boutiquier. Un insecte hideux, tout griffes, tout yeux, tout ventre, mais qui n’a point de poitrine , c'est-à-dire de place pour le cœur! — L'araignée tend sa toile comme le trafiquant sa boulique, dans tous les lieux, dans tous les passages où il y a des mouches ou des chalands à prendre. — Elle se retire dans une espèce d’antre noir pratiqué au fond de son réseau, et d’où elle voit tout ce qui se passe au dehors, comme le trafiquant dans son arrière-boutique derrière son judas (un nom juif). — Elle construit son piège do telle sorte, qu elle est avertie de la moindre visite par l ébranlement général de sa toile, comme le

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boutiquier par les souneltes dont toutes ses portes et toutes ses fenêtres sont garnies. — L’araignée ne rejette le cadavre de sa victime qu’après lui avoir sucé tout le sang, à l’instar du marcliand qui ne renvoie sa pratique qu’après lui avoir soutiré tout l’argent de sa bourse. — H y a des araignées venir meuses, comme il v a des dcbilanls de vin et de tbé

qui empoisonnent leurs marchandises. — Enfin , dans cette espèce, les gros mangent les petits! Messa-

geries, chemins de fer, concurrence anarchique....

L’époque actuelle témoigne de sa dévotion à Mercure , dieu du commercé , de réloquenco et des voleurs. La statue de ce dieu aux pieds légers, en posture d’acrobate, figure admirablement au milieu de la cour d’honneur <les riches hôtels de la rue Laffitte. Elle est aussi d’un charmant effet au rond-point de ces galeries obscures et enfumées, qu’on aupelle des passages et qui sont exclusivement consacrées au commerce. Le Mercure en bronze de la galerie de l’Argue à Lyon , eut le corps traversé de plus d’une balle prolétaire en avril 1834. L’effigie du dieu du commerce , percée d’outre en outre par le plomb des ouvriers tisseurs — il y aurait là pour M. Michelet matière à d’ingénieux rapprochements.

La statue du dieu de l’éloquence manque au palais Bourbon , où tant d’orateurs semblent avoir des chaînes d’or dans la bouche.

Mais débarrassons la définition du commerce de toute allégorie et de toute épjgramme , et appeions-le de son nom véritable.

DE LA FÉODALITÉ FliNA3N‘GlÈRE.

Cü qw** être le eommerce* et par qaelleK luaiuM il cloU

être exerc'e.

Le commerce est Fageut de la distribution des pro- ' duits, l’agent intermédiaire entre la production et la consommation. C’est une fonction administrative par essence. Le commerce distribue et ne crée pas.

La richesse sociale se résume en deux termes , la production et la consommation. La production est le premier terme de la richesse, ün sol est riche, un pays estriche, indépendamment du travail de l’homme, par sa nature, son climat, sa puissance végétative. Mais l’honime ne produit pas pour le seul plaisir de produire ; et pour qu’il produise au delà de ce qui pourrait suffire à sa consommation, il faut qu’il soit stimulé par la certitude d'échanger le superflu de sa production contre des produits étrangers dont il tirera avantao'e et bien-être. Le travail était inconnu dans

l’ère paradisiaque ainsi qu’à Taiti, lors de la découverte , parce que la richesse du sol fournissait amplement à la consommation des habitants. La production est donc l’esclave de la consommation. C’est ce qui fait dire que la valeur du produit est proportionnelle à la demande, ou bien que la valeur est le rapport de l’offre à la demande du produit. La mission du commerce est d’opérer les échanges entre les produits des diverses latitudes et des divers peuples, de voiturer ces produits là où la consommation les réclame, et d établir la balance entre l’offre et la demande pour fixer la valeur des produits.

L activité de la consommation réagissant sur la production, il importe de favoriser la consommation par

MOYENS d’accaparements DE LA FOftTUNE PUBLIQÜE. 153

tous les moyens imaginables. L’homme a intérêt à tirer parti de toutes les ressources du globe que Dieu lui a donné à exploiter, et la consommation est la mesure du bien-être des populations; c’est l’élément ind ispen sable du bonheur matériel de l’individu. La difi^rence qui existe entre Fopulence , le confort, l’aisance, la pauvreté, la misère, n’est qu’une différence de consommation.

Pour activer la consommation , et par suite la production , il est nécessaire de réduire au minimum les frais de transport , c'est-à-dire la rémunération de l’agent intermédiaire chargé de voiturer les produits là où ils doivent être consommés. C’est pour cela que dans tous les pays du monde l’établissement et le perfectionnement des voies de communication , par eau ou par terre, qui rendent les transports moins dispendieux et plus rapides , sont justement considérés comme les premières entreprises d’utilité publique. C’est pour cela également qu’il importe que l’État soit seul chargé de la construction et de l’administration , de ces voies commerciales.

Dans une société bien organisée , le commerce , agent de la distribution, n’a droit qu’à une simple prime de courtage proportionnelle à la valeur du service rendu. Dans cette société , le prix de l’objet livré à la consommation représente le prix de revient de l’objet, plus le bénéfice légitime du producteur, plus le prix du transport.

Le prix de revient de l’objet, et la rémunération légitime due au producteur, sont donnés par la concurrence véridique, élément d’appréciation inconnu sous le régime anarchique actuel. Les frais de transport

DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE

et la rémunération due au transporteur sont fixés par des juges arbitres. Je n’ajoute pas à ce prix général la prime à prélever pour rimpôL national, parce que, dans une société bien réglée, fimpot ne se prélève ni sur la production, ni sur la consommation, ni sur le transport, mais bien sur le cbilTre du revenu général, sur la richesse effective. La commune , aussitôt qu’elle est organisée , fait chaque année le bilan de ses bénéfices. IClle prélève pour l’État, sur son revenu , la part que l’Etat lui demande. Tout impôt qui n’est pas pris sur le revenu retombe fatalement à la charge du travailleur. L’article 3 de la charte ne sera une vérité que lorsque la loi aura trouvé le moyen d imposer le revenu , et le résultat est moins difficile à obtenir qu’on ne pense, bien qu’il s’agisse de substituer la loyauté au mensonge dans les opérations commerciales. Le compte des proGts et pertes d’une commune, n’est pas plus difficile à établir que celui d’une maison de commerce. La seule institution du comptoir com-' munal, dont rorganisatioii a clé exposée dans divers livres d'une école socialiste et dans le journal la Democratie Pad[iriuQ^ avancerait déjà considérablement la question. L’usage de percevoir l’impôt sur les bénéfices s’est longtemps mainleuu dans radministration de quelques cités importantes du Nord , les villes anséatiques, Lulieck, IJreme , où la loyauté et la bonne foi ont présidé jusqu’en ces derniers temps aux relations du commerce.

Dans cette société régulière et organisée, la distribution n emploie que le nombre d’agents nécessaires pour assurer le transport et le placement des produits. Elle se débarrasse de cette foule d’intermédiaires para-

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sites qui faussent aujourd’hui son institution , qui surchargent les produits de primes onéreuses, qui sophistiquent les denrées, qui les revendent au-dessous du prix de revient, ce qui ne les empêche pas de s’en retirer avec bénéfice, au moyeu de la banqueroute. Enfin Tageiice de distribution, sagement organisée , remplace le mensonge et la fraude par la loyauté et la vérité, la complication des ressorts par la simplicité et la régularité des atiributions , le gaspillage par Téconomie, et ranarchie commerciale par Tordre.

J’ai dit ce que le commerce devrait être, rescla%m docile de la production et de la consommation, l’agent fidèle de la distribution des produits. Voyons ce qu’il est aujourd’hui.

Ce qtt’cst le commerce.

Le commerce n’est pas l’esclave docile de la production, ni celui de la consommation ; au contraire, il est leur maître à toutes deux et un maître tyrannique.

Le commerce tient la production et la consommation à sa merci, le capital sur la gorge. C’est lui qui fixe sous son bon plaisir, le prix de production, c’est-àdire la rémunération due au travailleur. Il réduit ce prix au minimum en même temps qu’il élève au maximum celui de consommation dont il est également Tarbilre. 11 achète trois francs ce qui en vaut six et vend six francs ce qui en vaut trois.

Le capital est allé dans l’origine au commerce, parçq que les bénéfices du commerce n’étaient pas limités, cpuime ceux do la production , parce que le commerce

de la féodal [Té financière.

était le champ clos des poursuivants aventureux de la fortune j puis enfin parce que les consciences les plus larges s’y trouvaient toujours à Taise. L’alliance du capital et du négoce a marché se resserrant de jour en jour jusqu’à fusion complète , et cette fusion des deux éléments en un seul a doublé la puissance d’écrasement de chacun d’eux. La prééminence de l’élément commercial , daus une société quelconque , est un signe certain que l’anarchie règne an sein de cette société. Le capital doit aller à la production dans une société régulière, c’est sa pente naturelle.

Le commerce armé du capital fait la baisse quand il a besoin de faire tomber le prix d’une matière première, coton, soie, huiles, céréales. Le producteur, privé d’avances, ne pouvant pas attendre ses rentrées aussi longtemps que les gros capitalistes, est obligé de vendre au prix que celui-ci lui impose. Le capitaliste accapare aussitôt le produit et puis il fait la hausse ; il a mille moyens* pour cela. Alors le manufacturier qui a besoin de soie ou de coton pour alimenter sa fabrique; le boulanger qui a besoin de farine pour faire du pain , achète au prix qui convient au détenteur unique de cette denrée.

Le jeu du commerce n’a qu’un coup, l’accaparement , mais ce coup est à peu près sûr.

Quand les capitalistes ont envie d’un monopole , ils ne reculent pas devant l’emploi du moyen de la concurrence à perte. Ils sacrifieront dix millions, s’illefaut, pour ruiner une entreprise rivale, une messagerie, une adjudication d’emprunt, un chemin de fer. Ceci est de la haute comédie.

La charte dit qu’aucun impôt ne peut être perçu,

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S il n a été voté par les chambres. Pauvre charte ! la prohibition est bonne pour les agents du fisc, mais ceux du commerce libre n'ont pas à s’inquiéter des prescriptions de la loi souveraine. Ils frappent sur la nation les impôts qui leur conviennent , sans plus se soucier de l’autorité des chambres que de la gêne des contribuables. Mais il est juste de reconnaître que jamais les contribuables ne se sont avisés de se plaindre de ces usurpations du commerce. Quand le contribuable est ruiné par les exactions du haut commerce , par les coups de bascule de l’agiotage dont le haut commerce tient en mains le levier ou le fléau, comme on dit , cet honnête contribuable exaspéré s’en prend au gouvernement , il s’unit même volontiers contre le gouvernement avec les artisans de sa propre ruine. Le libéralisme ne se lavera jamais de son alliance avec les banquiers.

Le haut commerce ou la haute banque , ces mots sont synonymes (le gros banquier étant toujours plus ou moins raffineur, débitant de chandelles ou fabricant d’aâsiettes) , le haut commerce a le monopole de la banque et des transports, ces deux branches d’industrie que l’empereur Napoléon eut un jour la velléité de prendre pour l’Etat. La banque et les transports sont les deux grands tuyaux d’une machine aspirante et foulante qui soutirent en un temps donné tout l’or acquis par le travailleur, pour le verser dans la caisse du capitaliste fainéant , et la puissance d’attraction du capital est en raison directe de sa masse.

Voici comme le commerce est l’esclave soumis et docile de la production et de la consommation.

Les juifs , j’appelle de ce nom , comme on sait, tous

^53 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE

les marchands d’espèces, les juifs détiennent aujourd’hui les messageries 7 les chemins de fer, les canaux. les canaux qui ne leur appartiennent pas en propre, l’État leur en aliène la jouissance pour quatre-vingtdix-neuf ans, avec le droit d’en reviser et d’en modilier les tarifs. Ce droit de révision des tarifs n’est autre chose que le droit de vie et de mort sur l’industrie de telle ou telle contrée. L’ordonnance du 1 7 avril 1 843, que les banquiers de Genève imposèrent au gouvernement français, a supprimé immédiatement plusieurs branches de commerce entre le midi de la France et T Allemagne. L’Etat qui n’a pas le droit de se dessaisir de son droit souverain de révision de tous les impôts, l’État, dans le paroxysme de sa dévotion à la haute finance, a fait plus que le possible pour elle. On peut juger cependant d’après un seul exemple , du danger d’accorder autant de latitude , en matière de tarifs, à l’intérêt privé. Parmi les compagnies propriétaires des canaux , il y en a une, celle du canal du Loing, qui n’a jamais voulu réduire un seul de ses tarifs, ni élargir ses écluses; qui a chassé du marché de Paris les houilles de Saint-Étienne et les vins de l'Auvergne; qui a rendu à peu près inutiles toutes ces entreprises si dispendieuses de canalisation qui devaient relier la navigation des bassins du Rhône, du Pihin , de la Saône et de la Loire, à celle du bassin de la Seine. La résistance de la compagnie du Loing, que le ministre actuel des Ünances a déclaré être une véritable calamité publique y paralyse le commerce de trente départements de la France; mais ce qu’il y a d’incroyable, c’est que le ministre des finances possède les moyens légaux de faire cesser ce qu’il

MOYENS D’accaparements de la fortüne publique. 159

appelle une calamite publique et qu’il n’ose pas en user.

Il existe, en effet, un décret impérial de mars 1810, constitutif de la propriété du canal du Loing, qui dispose que les tarifs de ce canal seront révisés en 1840. Il y a donc six ans que l’État est nanti de tous les moyens de faire cesser cette calamité publique que déplore le ministre des finances , six ans que le ministre recule devant l’application de la loi. 11 attend peutêtre qu’un nouveau député du centre vienne demander une seconde fois l’expropriation pour cause d'utilité publique d’une propriété appartenant au domaine privé de la, couronne.

Car c’est là une chose douloureuse à penser et à dire : La propriété du canal du Loing , clef de la navigation de la Loire, fait partie du domaine privé de la couronne. Comme si la presse légitimiste et la presse radicale n’avaient pas noirci la royauté d’un assez grand nombre de méfaits imaginaires, messieurs les administrateurs du domaine privé ont voulu que cette presse hostile eût au moins un grief fondé à exploiter, et qu’elle eût le droit de dire : que Lâpreté argentière des administrateurs du domaine privé, faisait obstacle à la prospérité teriâtoriale et industrielle de trente départements. Je ne pense pas que le gouvernement de juillet, qui a beaucoup d’ennemis, en ait eu de plus dangereux que les administrateurs du domaine privé, que ceux de la liste civile, ces gens dont la iésinerie proverbiale a maintenu pendant quinze ans la place du Carrousel à l’état de cloaque, en dépit des prescriptions de la loi constitutive de la liste civile, qui laissait rentretien de cette place à la charge de celle-ci.

de L^ FÉODALITÉ FINAÎSCIÈRE.

Ainsi , pour en revenir à la tyrannie du commerce, on ne voit pas une prétention mlarnüeuse du capital, sans une lâcheté de radministration à côté.

Quand ces hauts barons de la banque se firent concéder la ligne de Normandie , ils tirent appel à leurs frères d’Angleterre, comme font les corbeaux qui se récrient dans Tair à l’odeur d’une grande proie. Ce sont des ingénieurs anglais et des ouvriers anglais qui ont construit le chemin de Rouen, Ce sont des ingénieurs anglais qui ont construit ees tunnels du chemin de fer de Rouen, dont les vorites délicates réclament tant de ménagements; ce sont des étrangers qui ont exécuté ces travaux que les commissaires du gouvernement n’ont pas voulu recevoir. Le viaduc deBarentin, qui n’a pas meme attendu, pour s’écrouler, le passage du premier convoi de Paris au Havre , est aussi de fabrique anglaise; s’il eût pu tenir debout six mois de plus, sa mort eût occasionné la mort d’un millier de personnes. Il paraît que nos écoles savantes n’avaient pas été jugées capables de fournir des ingénieurs de force à construire le viaduc de Barentin! Le lendemain de l’accident, le ministre des finances se félicitait devant les chambres, d’avoir pu mettre à profit, pour la France, l’expérience des Anglais, en matière de chemin de fer. Nos écoles savantes n’étaient pas en état de fournir des ingénieurs assez experts pour diriger cette entreprise nationale! La France, qui possède trois à quatre milliards de numéraire, n était pas assez riche pour fournir les capitaux qu’exigeait ce travail î

On dit que ce sont les juifs d’Espagne qui introduisirent les Mores dans la Péninsule , et ceux de Polo-

MOYENS d’accaparements DE LA FORTUNE PÜBLIOUE. 161

gne les Russes à Varsovie. Ce Mendizabal qui a voulu vendre TEspagne à l’Angleterre doit être juif. Les juifs de France auront doté leur patrie de l’ingénieur et de l’ouvrier anglais. On n’a pas voulu non plus que ce fût l’État qui bénéficiât sur le prix dé transport des voyageurs français et des marchandises françaises ; on a trouvé plus national et plus conforme aux saines doctrines de l’économie politique de réserver ce bénéfice à des spéculateurs anglais !

L’Anglais à Rouen I l’Anglais recevant des o\ ations publiques et des décorations de la main du ministre du commerce dans la ville où les Anglais firent brûler la Pucellel Pauvre Jeanne d’Arc ! ils ont amnistié tes bourreaux, avant d’avoir glorifié ta mémoire au lieu de ton supplice; et les grands poètes et les grands sculpteurs n’ont pas encore osé te venger des injures de Voltaire. Quel beau sujet pour la sculpture cependant!.., L’Anglais, sous la figure de l’ange des. ténèbres, terrassé et foulé aux pieds par la vierge radieuse, dans l’attitude de l’archange libérateur, là, sur la place même où les Anglais vaincus la brûlèrent toute vive.

Noble princesse Marie, vous seule, vous, la fille du roi, avez songé à consacrer par l’art la mémoire de la vierge héroïque, fille du peuple; c’est pour cela que la postérité, qui commença sitôt pour vous, unira désormais, dans son admiration pieuse, votre gloire immortelle d’artiste à la gloire nationale de celle dont votre ciseau poétique a retrouvé les traits î

Pour consolider la puissance de l’aristocratie financière déjà maîtresse de la banque, des canaux et des messageries, ces grands ressorts du commerce, on lui 1 11

DE LA FÉODALIÏÊ FINANCIÈRE

concède les chemins de fer. Toutes les idstitutions de crédit lui appartiennent depuis uU demi-siècle. Jmnt vingt ans , elle aura été poussée par la force des choses à se rendre maîtresse de toutes les industries. Ils s’étonnent à Paris que l’administration du chemin de Rouen ait accaparé l’industrie du camionnage pour le transport des marchandises arrivant à Paris par cette voie. Que diront-ils quand ils verront les juifs des chemins de fer en possession de toutes les forges, de toutes les usines, de toutes les manufactures? Il faut bien que le monopole s’établisse, comment lutter contre des industriels qui font transporter leurs produits gratis! Le tribunal de Versailles se lassera de condamner le chemin de fer de Rouen à cent mille francs de dommages-intérêts envers les mariniers de la Seine. Continuons l'examen des privilèges oppresseurs du commerce.

Itaniine.

Comme nous vivons bien dans 1ère des fictions et des mensonges constitutionnels ! Les juifs ont une banque à Paris qui leur rapporte des monceaux d’or, une institution au moyen de laquelle ils ont accaparé le bénéfice de tout l’escompte de Paris et d’une grande partie de celui de la France. Il ne revient pas, de toutes ces opérations d'escompte, un centime de bénéfice à l’État, et ils ont fait appeler leur banque, la Banque de France !

Celle prétendue. banque de France, cette coalition de gros banquiers, si vous aimez mieux, a reçu le privilège de battre monnaie et i!e faire l’usure, mais de l usure triomphante et à frente*six carats.

MOYENS d’accaparements DE LA fORTüNE PÜBLIQÜE. W6

Elle a droit d’émettre en papier trois fois la valeur de son capital numéraire. Comme elle prête à 4 pour 100 sur un seul capital et qu’elle a trois capitaux pour un, il en résulte qu’elle prête réellement à 12, quelquefois même à 15 et à 16, et la preuve, c’est que les actions de la banque, qui sont de mille francs, valent aujourd hui trois mille trois cents francs, et à ce tauxdà rapportent 4 pour 100. Le dividende de chaque année approche de cent cinquante francs. Et quand je dis que la banque de Paris prête à 4, je suis fort généreux pour elle. Les gros banquiers, actionnaires de la banque, ne prêtent à ce taux que sur des effets revêtus de leur propre signature , et cette signature précieuse , qui donne le privilège de l’escompte , ils l’ont déjà vendue 1 , 1 1 /2, 2 pour 100 au porteur de l’effet à escompter. C’est un admirable mécanisme que cette banque de France, et il est bien dommage que tout le monde n’en comprenne pas la puissance et le jeu î

Non que je blâme cette disposition de la loi qui permet à la banque de tripler la représentation de son capital, au contraire; rien ne me semble plus ingénieux que cette combinaison qui permet de réduire le taux de l’intérêt pour l’emprunteur, en même temps qu’on augmente le taux de cet intérêt pour le prêteur, au moyen de la création d’un capital fictif. C’est là un des plus merveilleux résultats du crédit et un résultat dont les conséquences iraient loin , avec un gouvernement doué d’un peu d’intelligence. Mais que je trouve de souverainement absurde et de souverainement inique dans cette concession du privi«>légc de l’usure, c’est que le l)énéfico de éette usure;

Ot LA FÉOJ>ALlXÉ FIISANCIÎîRt.

16fl

réalisé sur les transactions générales du pays, ne revienne pas à l’État, c’est-à-dire à nous tous. Je me demande encore pourquoi , puisque la banque a le droit de tripler son capital, et qu’il n’est pas prouvé qu elle ne puisse aussi bien le quadrupler, pourquoi l’on n’essayerait pas de réduire le taux de son escompte à 8 pour 100. Trois fois trois feraient encore neuf, à ne parler que de l’escompte, et c'est éncore là un assez joli denier pour des capitalistes raisonnables. Puis, il n’y aurait plus de raisons pour ne pas descendre successivement jusqu’à deux, c’està-dire jusqu’à six, puisque 3x2=6, et je crois qu’il y aurait moyen, par ce procédé, d’amener une baisse générale dans le prix de loyer des capitaux sur toute la surface du royaume et dans toute espèce de transactions. La baisse indéfinie du revenu du capital oisif est la loi de progrès des sociétés. La banque d’Angleterre a pris un jour la résolution de réduire son escompte à deux et demi. Qui nous empêche de faire en France ce qu’on fait en Angleterre ? Et comment nos industriels ne comprennent-ils pas qu’il leur sera complètement impossible de soutenir la concurrence avec l’Angleterre , aussi longtemps que l’argent sera à meilleur marché sur la place de Londres que sur la place de Paris?

Si la banque de France était digne de porter ce titre, si la banque de Paris était véritablement la banque nationale , une banque hypothéquée sur la for-jj tune publique, il suffirait aujourd’hui d’un vote de la chambre des députés pour réduire le prix de l’argent à 3 pour 100 en France j et le petit cultivateur et le petit industriel qui verraient s’opérer cette réduction

MOYENS d’accaparements DE tA FORTUNE PUBLIQUE. 1^5

sur le taux des emprunts qu’ils sont obligés de contracter par-devant notaire, et qui verraient le capital s’humaniser, sous une décision de la chambre, commenceraient à comprendre la solidarité qui existe entre leur fortune et celle de l’État; et ils s’habitueraient enfin à considérer le chiffre du revenu public comme le thermomètre de leur prospérité.

Je conseille à tous les faiseurs de révolùtion de retirer la banque aux juifs et d’en donner le monopole à l’État. La banque, les transports et des assurances sont des institutions qui ne peuvent produire tous leurs résultats utiles qu’entre les mains du gouvernement. Tout cela sera prouvé plus tard.

C’est un grand malheur pour la France que l’Empereur, qui n'admettait pas la légitimité des bénéfices du commerce, et qui se méfiait des banquiers et des fournisseurs, n’ait pas osé donner suite à l’idée qu’il eut un jour de s’emparer de la banque et du roulage. La catastrophe de Moscou n’aurait pas eu lieu d’abord , car c’est la coalition des juifs du temps qui , en retardant le départ de l’expédition de six semaines, amena le désastre; et l’Empereur, après avoir sauvé la France du régime sanglant de l’anarchie , l’eût affranchie également du joug ignominieux de la féodalité d’argent; il eût laissé dans la mémoire des hommes le plus glorieux de tous les noms, et sa dynastie populaire régnerait aujourd’hui sur nous.

Nous n’avons pas eu de Napoléon à la tête du gouvernement depuis 1815, et le gouvernement , depuis ce ]Our, n a pas été moins coupable dans ses complaisances pour les empiétements de la féodalité industrielle, que le peuple ef les journaux n’ont été aveu-

gles dans l’expression de leurs sympathies pour les juifs. J’ai lu dans un journal libéral qui a joui d’une grande popularité dans son bon temps, un article trèschaleureux contre le monopole du télégraphe par l’État. L’estimable organe des intérêts démocratiques demandait que chaque particulier eût le droit d’établir sa ligne télégraphique à lui et d’agioter à son aise sur les fonds publics.... Cependant le peuple n’agiote pas; le peuple n’a pas d’argent pour bâtir des lignes télégraphiques.... C’est vrai, mais les journaux d’opposition systématique s’inquiètent bien de la vérité! Leur patriotisme consiste à accuser le pouvoir et non à défendre le peuple.

La banque de France qui appartient à des capitalistes de Genève et de Juda, a décidé récemment qu’il n’y aurait plus de banques de province, la concurrence de celles-ci étant devenue nuisible à ses intérêts. Elle demande en conséquence que l’État ne renouvelle pas le privilège des banques de Bordeaux, Lille, le Havre , et elle s’offre de remplacer chacun de ces établissements par un de ses comptoirs. Salomon, qui était juif, a bien eu raison de mettre la bourse du marchand au nombre des trois choses qui ne sont jamais soûles.

Il est probable que le gouvernement obéira aux injonctions de la banque de France.

Usure.

L’usure grève le travail national de France d’un impôt que les écrivains les plus compétents évaluent à plus de deux milliards par année ! Non-seulement le gouvernement ne fait rien pour s’opposer aux ravages

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