‹ Les juifs, rois de l'époqueChapitre 16 sur 22 · MOYENS D’ACCAPAHEMENTS DE LA FORTUNE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

MOYENS D’ACCAPAHEMENTS DE LA FORTUNE PUBLIQUE

du fléau , mais il n’ose pas même tirer parti contre les juifs de l’oppression qu’ils exercent sur le peuple par Fusure. Il n’est pas assez roué pour faire comprendre! au peuple des travailleurs que c’est l’impôt de l’usure et non celui du budget qui les tue. 11 se laisse accuser de fiscalité et représenter sous l’image d’un vampire altéré des sueurs du peuple , parce qu’il rétribue d’un salaire insuffisant de pauvres fonctionnaires publics , et il n’a pas le courage de montrer du doigt au peuple ses véritables ennemis, les véritables vampires, et de lui dire : « Voilà ceux que ta malédiction doit frap-^ perî... )) Ce livre a été écrit dans l’intention de venir en aide au pouvoir et de lui donner du cœpr.

Au surplus, je soupçonne véhémentement le législateur qui a rédigé la loi française contre l’usure, d avoir voulu encourager le métier d’usurier. Si je calomnie sa pensée, je suis fort excusable; il est bien permis de se tromper sur l’intention, en jugeant d’après îe fait.

Ainsi , la loi prononce une peine sévère contre le capitaliste qui prête à un taux supérieur à 5 ou à 6 pour 100. C’est là une faute législative énorme : Targeut est une marchandise comme toutes les autres,

une marchandise dont la valeur est fixée par le rapport de l’oifre à la demande. L’intérêt du capital composé ou prêté doit être en rapport avec les chances de perte ou de réussite et la solvabilité de l’emprunteur. On ne peut pas prêter sur le résultat d’une machine à expérimenter au même taux que sur la, première hypothèque d’un immeuble. Défendre au capitaliste honnête homme de prêter au-dessus du taux légal au spéculateur, à l’artisan sans garantie ,

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à Tindustriel aventureux, c’est tout bonnement livrer ce spéculateur, cet artisan , cet industriel , pieds et poings liésà Fusurier; c’est abandonner exclusivement à Fusure tout le domaine des affaires chanceuses; et Fusurier, qui n’a plus à craindre la concurrence de Fhonnête homme, profite du monopole pour exploiter doublement le malheureux qu’on lui livre à merci. Non-seulement il lui fait payer à des prix excessifs les chances de non-remboursement du capital prêté, mais il sc fait indemniser encore des chances de périls judiciaires qu’il encourt, en sa qualité d’usurier. Au moins l’emprunteur n’aurait pas à solder cette dernière prime à Fusure , si le capitaliste honnête était admis à concourir dans ces sortes de transactions. C’est un avocat certainement qui a rédigé cette loilà, si ce n’est un ami des juifs. Turgot, le grand ministre qui disait que la propriété des bras, c’est-àdire le droit au travail^ était plus sacrée que toutes les autres propriétés , ne partageait pas l’opinion de nos plus grands jurisconsultes sur Fusure. Solon , le législateur des Athéniens, laissa toute latitude au commerce des espèces et autorisa Fusure, ce qui fit affluer For de tous les pays dans les coffres des négociants d’Athènes, les plus hardis spéculateurs de Fantiquité^ Mais il n'y a pas besoin d’être Turgot ou Solon pour comprendre que toutes les lois faites contre Fusure tournent au bénéfice de Fusurier.

Il faut observer que tel honorable , qui est devenu ministre pour avoir fait rogner de cent écus les ap-

’ Les Athéniens du temps de Périclès connaissaient la lettre de change y l asaurance maritime et la baraterie

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pointements de quelques-uns de ses anciens frèresd’armes, au nom des intérêts du peuple, n’a pas demandé la réduction du plus petit centime sur le budget de DEUX MILLIARDS de l’usure.

C’est que T usure est une industrie dont le monopole a appartenu de tout temps aux juifs,. et que par le temps de tolérance et de philanthropie qui court , tout ce qui tient chez nous aux juifs est inviolable et sacré. Ils avaient fait graver autrefois sur leurs billets de banque , que le contrefacteur était puni de mort* Violer les privilèges des banquiers, quel cyime abominable! Rieïi que la mort n était capable d'expier ce forfait, Allez donc demander la peine de mort contre les empoisonneurs publics qui falsifient la larine, le vin, le thé, avec des drogues vénéneuses, qui les colorent ou les alléj^ent avec le sulfate de cuivre et le chromate de plomb ! Il ferait beau voir comme le Journal des Économistes recevrait la seule prétentioll qu'on voulût entraver la liberté du commerce. Le Journal des Éconoînistes ^ ayant appris qu’une Académie de province, celle de Rouen ou de Reims, avait mis au concours la question d'arrêter les malversations de la concurrence^ sans gêner la liberté du commerce ^ a répondu à cette question si importante et si digne d’être prise en considération, par la bouffonnerie ciaprès : on demande le moyen de faire courir un cheval y en lui liant les quatre membres. C’est la même feuille qui, entendant parler d’une émeute à Elbeuf, proposa sérieusement comme remède à la crise la création d’une chaire d’économie politique audit lieu.

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FailUte.

Il est un autre droit d’usure connu sous le nom de crédit commercial , et qui a pour corollaire le privilège de l’impunité du vol ; c’est le droit de faillite , encore un droit sacré aux yeux des économistes et du peuple français.

Tel négociant dont l’avoir commercial est de trente mille francs, se lance dans une spéculation téméraire qui n’est, à proprement parier, qu’un pari sur la hausse ou la baisse de la première denrée venue, huile, sucre, savon. Il se lance avec d’autant plus d’ardeur qu’il n’a que trente mille francs à perdre en cas de sinistre , et qu’il a cent mille francs à gagner en cas de réussite. La chance a-t-elle bien tourné , voilà un homme habile, un négociant honorable. Le peuple ^orifie l’heureux spéculateur, qui, grâce au crédit qu’il a su se procurer par ses mensonges, en enflant le chiffre de son avoir, a retiré, de ses trente mille francs un intérêt usuraire de 500 , de 1000 pour 100. Que la chance tourne mal , au contraire , notre joueur en est quitte pour dire aux pauvres diables qu’il plonge dans la misère : «Que voulez -vous, mes amis , j’avais placé vos économies et mes espérances sur la rouge y et c’est la noire qui est sortie; accusez l’injustice du sort et respectez mon infortune. Je vous offre 10 pour 100 du capital que vous m’avez confie, quand je pourrais ne rien vous offrir : allez en paix , et rendez grâce à Dieu . »

On pourrait cependant lui répondre, à cet infortuné négociant :

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(( Nous ne vous avions pas confié nos économies pour les jouer à la roulette de la Bourse , mais pour voua aider dans les opérations d’un commerce honnête. C’est donc un véritable vol, un véritable abus de confiance que vous avez commis , en exposant aux chances du jeu un argent qui ne vous appartenait pas. Le voleur de grand chemin qui dépouille le passant le soir au coin du bois , court risque de l’échafaud en commettant son crime ; il n’a pas cherché à capter la confiance du voyageur, pour s’emparer de sa bourse; il est moins criminel que vous. Le crédit commercial a une limite naturelle et qui donne à vos spéculations assez de latitude encore pour que vous n’ayez pas besoin de la franchir. Piiiscpie les opérations commerciales ne sont que des séries d’achat et de revente , vous deviez calculer approximativement les différences, c’est-à-dire les chances de pertes auxquelles vous exposent ces opérations, et vous arrêter au chiffre de ces différences que peut couvrir votre capital à vous. Passé cette limite , vous jouez avec de l’argent qu’on ne vous a pas remis pour jouer; vous jouez avec l’argent d’autrui, vous volez... ))

Tout cela est fort juste, mais il ne manquera pas de savants économistes, pour répondre à ce raisonnement, que si on admettait de semblables , théories, toute transaction commerciale deviendrait impossible y et qu’ avec de tels scrupules, M. le marquis Aguado de Las Marismas n’aurait jamais pu gagner en quelques années une fortune de vingt millions, le château de Petit-Bourg et son hôtel de la rue Grange-Batelière! Un gros malheur vraiment , quand M. le marquis de Las Marismas n’aurait pas gagné vingt millions ! Un

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journal Juif a cité un jour la fortune de M. Aguado comme un exemple d’encouragement pour les ouvriers laborieux.

Ils ne veulent pourtant pas comprendre que si M. le marquis de Las Marismas a gagné des millions, c’est que probablement d’autres les ont perdus. Vous ne voyez qu’un riche heureux; avez-vous calculé de combien de misères , de désespoirs , de suicides peut-être, se composait le bonheur de ce favori du hasard ?

Hélas ! ces protestations de la probité et de la raison sont trop faibles pour lutter contre le torrent des idées d’aujourd’hui , et la loi qui encourage la banqueroute a été faite pour un peuple chez lequel le sens moral ; était déjà perverti. Je l’ai dit : nous étions Anglais par nos théories révolutionnaires, nous le sommes encore plus par nos théories commerciales. Nous avons glorifié le spéculateur que méprisaient nos pères. Les banqueroutiers sont les Bayards de la féodalité financière, les nobles blessés des grandes batailles industrielles. Bardes et ménestrels, accordez votre Ivre sur le diapason des idées du siècle, et tirez-en les accords les plus touchants et les plus suaves pour chanter la déconfiture des preux de la mélasse. Habitants de Montmorency, simples villageois aux mœurs pures, tressez des couronnes de tleurs pour orner le front du vertueux Kessner, cet homme de bien si compatissant pour les misères du travailleur, si généreux pour les pauvres de sa paroisse , mais qui s’oublia un jour jusqu’à voler huit millions au trésor dont il était le caissier. Huit millions, n’est-ce que cela!

A propos de voler le trésor, les fournisseurs et les

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gens du peuple ont adopté la maxime , que voler le gouvernement était péché véniel. J’ai souvent entendu l’homme du peuple, le bourgeois lui-même, exprimer le vœu d’être seulement deux heures ministre des ûnances. Il v a certaines classes de la société où tout le monde est parfaitement convaincu qu’un ministre des finances est un homme qui n’a pas d’autre besogne à faire que d’empiler des écus , et à qui il est permis d en distraire la quantité qu’il juge convenable, pour son compte personnel. Pour ces genslà , le ministère des finances est le seul enviable. Ils ont aussi l’habitude de ne tenir aucun compte du chiffre connu des salaires d’un employé. « Vous ne parlez pas du tour de bâton , >> vous objectent- ils d’un air profondément entendu, quand vous leur apprenez le chiffre des émoluments d’un sous-préfet ou d’un juge. Il est bien pénible de songer que tout ce mondelà ne fait que prêter à l’administration qu’il incrimine ses habitudes et les vices qui sont dans sa propre pensée. Certes, ce peuple a besoin qu’on s’occupe de le moraliser!

En principe, la faillite n’est jamais excusable j elle est toujours banqueroute, à moins de cas de force majeure, comme un vol qui vous dépouillerait complètement, un naufrage , un incendie, ou une inondation. La loi, en l’encourageant par son excessive tolérance , en a fait sortir des abus dont le travailleur est principalement victime. En effet, toutes ces faillites que nous voyons se succéder quotidiennement sur les grandes places du commerce , se résument forcément en interruption de travaux et en chômage d’industrie quelque part. Or, un chômage de quel-

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ques jours, dans ce temps où la concurrence anarchique a réduit les salaires au minimum, et où l’ouvrier vit presque partout au jour le jour, c’est la venue de la misère , de la faim et du désespoir pour le ménage du pauvre industrieux» Ces statistiques criminelles dont les chiffres s’enüent si rapidement d’année en année, dénotent péremptoirement les ravages de la dépravation des mœurs ; mais cette dépravation n’est que la conséquence de la misère générale ; et la stagnation périodique des affaires et le contre-coup des crises industrielles sont pour beaucoup dans Taggravation de cette misère. Tous les jours on signale le mal, le romancier et le poète comme l’administrateur; tous les jours la presse enregistre l’iiistoire de quelque malh^eureuse morte de faim; tous les jours les tribunaux ont à recueillir la supplication de quelque individu ramassé sur la Yoie publique et sollicitant le bienfait de l’incarcération, et pourtant ni le désespoir du peuple, ni l’effroi du riche n'aboutissent à tirer le pouvoir de son incurable apathie.

Il y a deux ans, des travailleurs d’Angleterre s'avisèrent de présenter au parlement une pétition dans laquelle ils demandaient que les ministres fussent contraints de garantir à chaque travailleur la rémunération de son travail, sinon d’abdiquer le pouvoir pour cause d’incapacité — Ces braves gens, qui s’étalent imaginé comme moi que les ministres étaient faits pour veiller à ce que le peuple ne mourût pas de faim! La lecture de la pétition excita une hilarité touchante dans le sein de l’honorable assemblée. De ce côté du détroit , les journaux ministériels le Globe et les Débats accueillirent par de charmants sar-*

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casmes les réclamations si logiques et si simples des pauvres travailleurs. Comme si les ministres d’une grande nation n’avaient pas d’autres chats à fouetter! Ces travailleurs deviennent aujourd’hui vraiment d’une exigence Riez jusqu’au bout, scribes sans entrailles, et servez la quiétude des égoïstes repus, en niant la misère des masses; tâchez surtout de reculer le jour où ces masses déchaînées rappelleront à vos ministres qu’ils eurent autrefois charge de peuple, et leur demanderont compte de ce qu’ils auront fait pour ce peuple , quand ils tenaient le pouvoir.

B^roit de toI en détail.

Le droit de faillite , c’est le droit de vol en grande échelle ; mais la féodalité industrielle ne méprise pas les petits profits pour préférer les gros. Elle a fait accorder au commerce le privilège de l’impunité du vol en détail.

Le boulanger qui vend à faux poids , qui mélange sa farine de froment de farine de fève ou de plâtre; le droguiste qui sert au fiévreux du carbonate de magnésie pour du sulfate de quinine ; le marchand de vin qui débite à sa pratique, sous le nom de Bordeaux ou de Bourgogne, une boisson fabriquée de toutes pièces et dans laquelle il ne manque d’autre ingrédient que du jus de raisin; tous ces honorables industriels de boutique ont le droit de voler et d’empoisonner impunément le peuple. La loi, quand elle est bien sévère, prononce une amende d’un franc, quelquefois de troils francs , contre le boulanger prévaricateur, à qui sa prévarication a rapporté cent francs le matin mému>

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elle n’a jamais osé prononcer Içi suspension, même iemporaire, de l’industriel coupable; elle garde toutes ses rigueurs pour le malheureux que la faim a poussé à dérober un pain d’une livre , offert à sa convoitise sur la devanture d’une boutique , ou bien la gerbe de blé étalée dans le champ du voisin., Il y a peine de réclusion pour ce dernier crime , sous prétexte que la gerbe est confiée à la bonne foi publique. Le boulanger apparemment n’abuse pas de la bonne foi publique, lorsqu’il pèse son pain avec une balance boiteuse. La loi est plus juste en Turquie : d’abord, elle ne laisse pas mourir l’homme d’inanition, faute d’un morceau de pain ; ensuite , elle cloue le boulanger par les oreilles à la porte de son établissement, et l’enseigne prévient du moins le passant du péril. Je ne demande pas que la loi française fasse ici un emprunt à la loi musulmane ; mais je voudrais seulement que la justice prît soin d’indiquer aux chalands , par un écriteau qu elle ferait suspendre à la porte du boulanger infidèle , le nombre de condamnations que le voleur a subies. Il est d’usage, sur les grandes routes, de border d’un garde-fou les passages dangereux; pourquoi ne pas signaler au public, par une précaution analogue , les ateliers insalubres dans lesquels il court risque d’être empoisonné ou volé ?

C’est ici le cas d’opposer à la fraude des petits débitants libres la loyauté habituelle des agents du monopole de l’Etat, des débitants de tabac et de poudre, par exemple. Quand un débitant de tabac est pris en flagrant délit de contrebande chez nous, il est surle-champ suspendu; son débit est fermé; il est condamné à une très-forte amende qui diminue consi-

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dérablemeiit ses bénéfices illicites. L’amende est prise sur le cautionnement; on le destitue si la fraude a été par trop préjudiciable aux intérêts du trésor. Aussi la complicité de contrebande est-elle fort rare en France parmi ces débitants, malgré l’énorme consommation de tabac de contrebande qui s’y fait. Et puis, c’est que les débitants sont soumis à une surveillance active et au contrôle de leurs concurrents. Ce châtiment qui menace l’agent prévaricateur est pour le consommateur la garantie de la quantité et de la qualité de tout produit vendu par le gouvernement. Ces garanties sont bien plus complètes encore avec le contrôle de la monnaie dont la fabrication est un monopole de l’État et une institution modèle. Le contrôle de l’essayeur, qui est nommé par le gouvernement auquel il fournit un cautionnement proportionné à l’importance de ses opérations, est, pour l’acheteur d’un bijou ou d’un couvert d’or ou d’argent, une garantie certaine de la valeur de ces objets. 11 ne peut pas y avoir fraude, car l’essayeur et le gouvernement sont responsables de cette valeur attestée par la marque du contrôle. Aucune de ces garanties n’existe pour le chaland vis-à-vis du marchand libre, et ce défaut de garantie, vis-à-vis d’un seul négociant de mauvaise foi, entraîne le plus souvent pour la masse des commerçants des conséquences incalculables. Par exemple, le commerce de Bordeaux ou d’uu autre port expédie à Constantinople, sous le nom de vin de Champagne , une boisson qui n a d’autre analogie avec le véritable champagne que la faculté de faire sauter le bouchon. Les consommateurs de Constantinople reconnaissent la fraude et re-

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Doncent au vin d’Aï et de Sillery, par crainte du champagne de Bordeaux. Voilà un débouché perdu pour les vignobles d’Epernay et de Reims, pour une industrie nationale importante; et tous les propriétaires et tous les loyaux négociants de ces contrées vont payer pour le crime de deux ou trois fripons. Les mêmes fripons expédient à Rio-Janeiro ou à Mexico des rouleaux de sapin coloriés en guise de rubans de soie de Saint-Étienne, et les consommateurs du Mexique et du Brésil , révoltés de la fraude de ces expéditeurs sans loyauté, s’approvisionnent désormais en Angleterre, en Suisse, en Allemagne.

Les journaux du commerce et T Académie des sciences morales^ représentée par le Journal des Économistes, exigent que la loi respecte ces infamies individuelles qui compromettent l’honneur et les intérêts matériels d’une nation. Ils prétendent que ce ne sont là que de légers inconvénients de la liberté du commerce, qui, semblable à la lance d’Achille, guérit les blessures qu elle fait. Je vois bien jusqu’ici les blessures qu’a faites à nos intérêts commerciaux la lance d’Achille de la concurrence; je ne vois pas aussi clairement les blessures qu’elle a cicatrisées et guéries. La plaie, en effet, saigne encore : nos produits sont expulsés du Levant, qui jadis n’achetait que de nous. L’Amérique méridionale aporté ses demandes ailleurs. Le consommateur de la Chine à qui les fabricants d’Elbeuf ont expédié des draps qui métamorphosent les pantalons en culottes courtes, du jour au lendemain, fie voudra pas s’exposer à une seconde mésaventure de meme sorte. Pendaiitce temps, les négociants de l’Ünion américaine et de l’Angleterre qui sont de trop habiles

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gens pour se permettre ce genre de friponnerie, lafraud> sur la cpianlité et sur la qualité de la marchandise nos rivaux, dis-je , travaillent activement à nous sup planter, et y réussissent sans beaucoup de peine; ca; tous leurs produits sont de qualité supérieure. C’es que r Angleterre et FUnion , l’Union surtout, com prennent les principes de la solidarité en matière à commerce. Aux États-Unis , il y a des contrôleurs d tabac et de farine , dont les appointements dépasser ceux de nos ministres de France , parce qu’on a sen • qu’il fallait les mettre à l’abri de la corruption. Ce contrôleurs ont soin qu’il ne sorte pas des ports d la république un seul produit de qualité inférieur qui déshonorerait le pays; et pour donner toute gr rantie aux acheteurs , ils écrivent sur le baril qui con tient la farine, le tabac ou la salaison, la quantité, 1 qualité et le lieu de provenance de la denrée expé diée. Le gouvernement se rend ainsi garant de h loyauté de l’expéditeur.

Rien ne serait plus facile que de faire adopter un semblable méthode pour nos expéditions maritimes Mainte fois , cette garantie de l’État a été réclamée a nom de rhonneur du commerce ; mais le gouverne ment a eu peur d’indisposer la majorité du corps com mercial. L’opinion publique a dit d un autre coté qu-i si on investissait l’autorité du droit d’empêcher I: fraude, elle s'en servirait pour corrompre les électeurs,, . Hélas ! les électeurs sont plus corrompus que le gou^ vernement. M. de Cormenin, qui était autrefois ui ami du peuple puisqu’il attaquait le gouvernement M. de Cormenin a reconnu cette vérité il y a long temps> et eu cela, 1 ami du peuple a fait preuve d

Ig0 i»ii LA Féodalité îtnancière.

courage autant que de raison, pourquoi ses électeurs Tout rendu à la vie privée.

En attendant, le droit illimité de fraude, traduction exacte du mot de libre concurrence, continue à désrhonorer le commerce français à l’étranger. Mais je ne puis raisonnablement m’étonner de rindifférence du gouvernement, à l’égard des fraudes du commerce international. Je ne vois pas, en effet, pourquoi ce gouvernement qui ne veut pas protéger ses nationaux contre la vente du vin, du pain, du thé empoisonnés, SC départirait de cette indifférence en faveur de l’étranger.

PrîvUéjsfe de Pîncareérabilité.

Un jour, pourtant, la loi a fait semblant de se montrer sévère pour le commerce. Elle a décerné la contrainte par corps contre le négociant qni ne remplirait pas ses engagements écrits. Le savant jurisconsulte qui a écrit dans le Code cette disposition rigoureuse, doit être le proche parent de Fauteur de la disposition qui concerne l’usure. La sévérité de la loi a fait au négociant un privilège magnifique avec Yincarcéra^ hüité.

En effet, le privilège de Fincarcérabilité fait que l’individu patenté qui n’offre aucune espèce de garantie, qui n’a aucune solvabilité, trouve à emprunter, sur l’engagement de sa liberté individuelle, des sommes importantes , ce qui nous reporte aux mœurs des Germains racontées par Tacite. Ce privilège est meme si précieux, que le citoyen non patenté abdique tous les jours le sien, c’est-à-dire le privilège qu’il a

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<3e ne pas être emprisonné à défaut de payement, pour être admis aux mêmes avantages que le patenté. C est-à-dire que remprunteur non patenté se fait tous les jours négociant, au moyen d’une lettre de change, un simple changement de formule dans l’obligation qui le constitue momentanément négociant et le rend incarcérable. Avec ce changement de formule, il trouve à emprunter à un taux raisonnable. En fin de compte , lorsque le patenté veut éviter la prison, il lui reste la grande ressource de la faillite. La faillite est une espèce de confirmation commerciale qui relève le négociant de tous les péchés qu’il a commis depuis le baptême.

On connaît l’histoire de ce grand financier, de cet agioteur célèbre, qui passa cinq années à Sainte-Pélagie pour gagner trois millions qu’il devait à un créancier farouche, un de ses anciens associés en fournitures d’armées. Le public a généralement trouvé la plaisanterie de fort bon goût.

Que dites-vous maintenant de cette sévérité de la loi qui condamne à la peine de mort ou à la réclusion, le contrefacteur de billets de banque, et qui permet au premier patenté venu de fabriquer de la fausse monnaie avec sa signature?

Voici venir encore une de ces anomalies monstrueuses qui se rencontrent à tout moment dans nos institutions et qui déshonorent nos Codes.

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