‹ Les juifs, rois de l'époqueChapitre 17 sur 22 · I.e nAjÇOçîant et le cultivateur · texte numérisé non relu

I.e nAjÇOçîant et le cultivateur

Nous venons de voir le négociant, le patenté, admis à faire escompter son papier ou à emprunter à la

152 i>E la féodalité financière.

banque, à raison de h pour 100, les sommes dont il a besoin pour ses opérations plus ou moins illicites.

Le négociant n’a que son crédit, un avoir purement chimérique, ainsi que le démontrent les faillites quotidiennes. Comparons cependant sa position avec celle du propriétaire foncier, du cultivateur. Nous verrons, d’un côté, le marchand, l’industriel parasite, qui n’a d’autre garantie que son privilège d incarcérabilité , entouré de toutes les faveurs de la loi ^ — de l’autre, le travailleur utile, l’ouvrier du sol, le possesseur d’un gage dont la valeur est connue, écrasé sous la rigueur du Code* Le sujet est assez grave pour valoir quelques éclaircissements.

L’industriel sans garantie emprunte à 4 pour 100, ai-je dit, sur du papier libre, sans intermédiaire d’agent rétribué. Le propriétaire le plus favorisé n’emprunte jamais sur première hypothèque, à moins de... dix à DOUZE pour cent! et par la grâce d’un intermédiaire.

Je vois tout le corps des notaires se lever comme un seul homme, comme lorsqu’il s’est agi d’enterrer la proposition Teste , et se récrier d’une seule voix contre l’exagération de ce taux de 10 pour 100. Je m’empresse de répondre aux notaires :

« Vous prêtez fréquemment à 5 pour 100 sur première hypothèque J vous prêtez même à 4, quand le chiffre de l’emprunt est un peu fort et le placement très-sûr ; et généralement vos honoraires nUiigmentent guère de plus de 1 pour 100, l’intérêt de l’emprunt. Je conviens de tout cela : mais entendons-nous un peu, pour quelle somme prêtez-vous?

« Je vous demande pour quelle somme vous prêtez à 4 ou à 5 , relativement à la valeur totale du gage que

MOYENS d’accaparements DE LA FORTUNE PUBLIQUE. 183

VOUS hypothéquez? Je vous demande si vous prêtez à 4 pour 100, pour la totalité de la valeur de Timmeuhle? »

Le corps des notaires me répond que non, qu’il ne fait prêter à 4 et à 5 sur première hypothèque que pour la moitié, les deux tiers au plus de la valeur de l’immeuble; cinquante mille francs, soixante mille francs sur un immeuble estimé cent mille francs. Alors, je suis d’accord avec les notaires et ils avaient grand tort de se récrier tout à l’heure contre mon affirmation.

Quand un immeuble de cent mille francs est grevé d’une hypothèque de cinquante mille francs, c’est-àdire pour la moitié de sa valeur, le propriétaire ne peut plus emprunter qu’à un taux usuraire pour l’autre moitié. Le fait est incontestable et il est naturel. On sait parfaitement que le propriétaire qui doit cinquante mille francs sur un immeuble de cent mille francs , ne remboursera jamais cette dette avec son revenu en cinq ans, terme habituel des obligations hypothécaires, ni en dix années non plus. Si donc cet immeuble ne peut être libéré que par expropriation , un capitaliste n’ira pas placer ses fonds sur une éventualité à peu près assurée de procès ; et comment placer encore? Sur une seconde hypothèque, quand la valeur des terres peut diminuer de moitié tout à coup, par l’effet d’une révolution, de manière à ce que la valeur de son gage soit complètement anéantie. Four faire passer un capitaliste expérimenté sur les inconvénients du prêt sur seconde hypothèque, il est nécessaire de lui offrir de gros avantages, c’est-à-dire de gros intérêts. Voilà pourquoi le propriétaire qui a emprunté à 5 sur première hypothèque , pour moitié

D£ LA FÉODALITÉ FIN ANC! ÈRE

de la valeur de sa terre, emprunte à 10 pour l'autre moitié, plus souvent à 12 qu’à 10. Je parle du propriétaire qui n’a pas d’autres revenus que ceux de son immeuble.

Une terre de cent mille francs n’a donc qu’une valeur de cinquante à soixante mille francs pour le capitaliste honnête. Je demande alors si un emprunt à 5 ou à 6 pour 100, qui commence par réduire de cinquante mille, de quarante mille francs la valeur d’un gage de cent mille francs, est bien un emprunt à 5 pour 1 00 ? Et si emprunter à 1 0 pour 1 00 sur la totalité de l’immeuble ou à 5 sur la moitié seulement, n’est pas à peu près la même chose. Je me trompe, il y a avantage à emprunter pour la plus forte somme. On voit que l’hypothèque la plus charitable traite le propriétaire comme le Mont-de-Piété le malheureux.

Maintenant, si au lieu de parler d’emprunts de cent raille francs contractés au moyen d’obligations qui ne seront renouvelées qu’au bout de cinq ans , emprunts fort rares dans un pays où l’on compte onze millions de parcelles sur cinquante-deux millions d’hectares ; si de cette sphère du petit nombre des privilégiés, nous redescendons à la catégorie la plus commune, à la masse des emprunts hypothécaires de cinq cents et de mille francs, c’est alors que la scène change et que l’on voit se déployer dans tout son luxe l’usure du taux légal y Vumre privilégiée.

Il est comiii que dans les pays d’élève de bétail, situés loin des grandes villes , comme la Marche , le Cliarolais, le Bourbonnais , le Limousin, l’Auvergne, le taux de 1 intérêt que payent les éleveurs qui exploitent cependant une des branches les plus lucratives de

MOYENS d’accaparements DE I.A EORTCNE PÜBUQÜE. 185

riiKÎustrie agricole , est de 1 5 à 20 pour 1 00. L’intérêt que payent le vigneron et le manouvrier passe toute croyance. Je parie qu’on peut vous donner à l’administration des hypothèques , à la seule, inspection des registres, l’étendue exacte de la portion du territoire occupée par la vigne. 11 faut voir combien d’industries parasites vivent en France des misères de cette pauvre agriculture, mère nourricière du pays, et qui donne du travail aux trois ejuarts de ses habitants !

Ainsi donc, pendant que le petit laboureur qui a un capital à lui, un capital au soleil, emprunte cent écus à 20 à 30 pour 100, pour acheter une vache ou faire marner son champ, l’industriel qui n’a que son crédit, emprunte sur billet a 4 pour 100 tout l’argent dont il a besoin pour jouer.

Il sera curieux de présenter le tableau comparatif du budget de l’État et du budget de l’usure , pour voir lequel des deux pèse le plus lourdement sur ce peuple qui s’en tient à maudire exclusivement la cupidité du fisc. J’ai entendu faire quelquefois sur ce sujet des calculs instructifs.

Le sol de la France, disait-on, est grevé d’une hypothèque de quinze milliards au profit du capital. Admettons le taux légal à 5 pour 100, c est un impôt de sept cent cinquante millions que l’agriculture paye au capital, après avoir soldé une large part de la contribution des deux cent cinquante millions que les juifs prélèvent sur le pays, à titre d’intérêts de la dette nationale.

A supposer que les notaires se contentent de prélever 1 pour 100 pour leurs honoraires sur toutes les obligations hypothécaires qu’ils passent ; ù supposer

DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE

que toutes les obligations hypothécaires qu’ils passent ne se renouvellent que tous les cinq ans — quinze milliards d’hypothèques nous donnent chaque année pour trois milliards de titres hypothécaires à renouveler, le cinquième. Que sur ce chilïre de trois milliards, le notaire prélève 1 pour i 00 pour la quittance, 1 pour 100 pour le nouvel acte. , c’est-à-dire 2 pour 1 00; 2 pour 1 00 sur trois milliards, c’est soixante millions par an. La propriété immobilière hypothéquée payerait donc au notariat, rien que pour la rédaction des contrats hypothécaires, un impôt annuel de soixante millions, en tablant sur le taux légal de T intérêt et en prenant la période de cinq ans comme durée moyenne du contrat. Je répète ces chiffres, je n en garantis pas l’exactitude.

Quand on ajoute à tous ces chiffres, quels qu’ils soient, les trois quarts de tout ce qui s’engloutit chaque année dans le gouffre de la chicane, les trois quarts de ce qui se perd de la fortune publique au profit des parasites qui s’appellent huissiers, avoues, avocats, garnisaires, gens d’affaires, — les deux milliards à payer à l’usure, et le milliard à payer pour prime aux grands industriels , raffineurs , manufacturiers , fabricants de fer, etc., et les millions à payer à l’inondation, à la grêle , à l’incendie, aux intempéries des saisons, à la conscription, on arrive à ne plus savoir ce qu’il faut admirer le plus , ou de la puissance de vitalité prodigieuse qui soutient chez nous la propriété foncière, ou de la patience du travailleur, ou de la profonde inintelligence du gouvernement et des législateurs qui regardent, les bras croisés, tous ces gaspillages et toutes ces misères, sans avoir l’air de s’in-

MOYENS d’accaparements DE LA FORTUNE PUBLIQUE. 167

quiéter le moins du monde de savoir comment tout cela finira.

Pauvres législateurs ! Ils ont fait de l’agriculture une branche du ministère du commerce !

Ils ont fait ministre de l’agriculture depuis trois ou quatre ans, un estimable manufacturier de Sedan, qui avait passé toute sa vie à fabriquer du drap noir.

Le manufacturier devenu ministre par la puissance du capital, a eu un jour à nommer trois inspecteurs généraux de Tagriculture. Son premier choix tomba 'naturellement sur un candidat qui n’avait jusque-là étudié l’agriculture que dans les livres de caisse du journal de M. de Girardin, mais qui était le cousin de

M. de L C’est de la propre bouche de M. Cunin-

Gridaine que je tiens cette innocente épigramme, à l’adresse du cousin du poète. Ce ministre, qui ne m’a jamais adressé la parole que cette seule fois, me confia que la première instruction par lui donnée au nouvel inspecteur général^ avait été de se rendre immédiatement à l’école vétérinaire d’Alfort, pour apprendre au moins les premiers mots de son métier, M. Cunin-Gridaine est un homme de probité et de sens, qui eût été parfaitement placé, je suppose, comme directeur général des manufactures do tissus, mais qui n’est pas aussi bien placé, dans l’intérêt du pays, comme ministre de l’agriculture.

Je me résume : tous les privilèges, tous les moyens d’accaparer la fortune publique, toutes les faveurs du budget sont pour l’industriel parasite, pour le commerce, simple agent de distribution, mais possesseur presque exclusif du capital.

Et toutes les iniquités légales , toutes les charges de

jgg DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE.

l’impôt retombent sur le travail, sur la production, élément supérieur de la richesse sociale.

Et la couardise du pouvoir et l’aveuglement de Vopinion publique concourent également à maintenir cette abominable situation.

C’est que le commerce a rallié à sa cause, sans le vouloir, de formidables auxiliaires; ce qui va dire le pourquoi des terreurs du pouvoir et de la sottise du peuple.

Page 1