CHAPITRE X
l/m lxtoeratlo Hnauclère. seule lesponsable de la politique du dedans et de celle du dehors*
Du parallèle abrégé qui précède entre l’aristocratie du sang et l’aristocratie d’argent, de l’histoire surtout, il ressort :
Que Taristocràtie de sang, la caste conquérante, n'a que sa propre force pour appui, et que rien ne peut la soustraire à sa destinée, quand son heure est venue.
Que l’aristocratie d’argent, au contraire, a pour elle toutes les industries parasites, le barreau, le notariat, la presse et l’opinion publique, toutes puissances qui se liguent en cas de conflit contre l’aristocratie de sang.
La féodalité nobiliaire a pour caractère de développexnent le servage individuel ; /
La féodalité financière : le servage collectif des industrieux. J ai démontré le fait avant d’exposer ia formule scientifique. Le salaire n’est que le nom déguisé du servage. Le travailleur des champs n’est pas plus libre de ce servage que le travailleur de la manufacture. La misère du cultivateur irlandais n’est pas moins effroyable que celle du mechanic de Manchester.
Une différence essentielle à signaler entre le servage du moyen âge ou le servage russe si l’on veut, et le
DK LA FÉOÜALITt: FliNANCiËHF .
Aervage industriel, c’est que le seigneur est tenu dtf protéger le serf et de lui fournir les instruments de travail, le capital, la terre; tandis que le manufacturier peut se débarrasser de son travailleur et le jeter sur File du Tibre quand il n’a plus à en tirer parti. Le noble, comme le monarque , comme le colon même des Antilles, accorde une retraite à l’ancien serviteur; le haut baron industriel le renvoie à la charité publique, a la charge du budget des Étais , conformément aux principes de la saine morale antique , professée par le vertueux Caton.
Cependant, ne nous y trompons pas, quand la féodalité financière sera plus parfaitement constituée, c’est-à-dire lorsque les chefs de la nouvelle caste comprendront mieux leur puissance^ ils se diront qu’il y a imprudence grave à eux d’abandonner tant d’anciens serviteurs aux suggestions de la misère. Dès qu’ils reconnaîtront que cette misère, qui engendre les révolutions, ne menace plus qu’eux seuls, ils s’entendront pour en prévenir les explosions, pour accorder une retraite aux infirmités et à la vieillesse, et ils feront pour leurs serfs ce que la noblesse faisait jadis pour les siens, ce que le planteur des colonies fait aujourd’hui pour ses noirs.
Il existe dans la société actuelle quelques germes de ces institutions de garantisme. Quelques hauts industriels, plus prévoyants que leurs confrères, ont songé à établir entre les travailleurs et les maîtres quelques liens de solidarité. Dans l’usine d’Anzin , par exemple, les enfants sont déjà instruits, les malades soignés, les infirmes nourris aux frais de la société. J ai vu d bon-
nêtes gens, des préfeîs fort capables même, s extasier
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‘ievaiitce résultat magnifique de I espritde pliilantliro-* pie. j aurais voulu partager renthousiasme de tout ce monde ; mais, pour m’amener là, il aurait fallu qu’on me prouvât d’abord que le magnifique résultat de l’esprit de pliilantliropie n’était pas le magnifique résultat d’un calcul fort sensé de la part de MM. les administrateurs de l’usine modèle, un ingénieux procédé de concurrence , pour retenir à Anzin, tout en les payant un peu moins cher qii ailleurs y des travailleurs spéciaux que des établissements rivaux auraient pu leur débaucher, car Anzin paye moins clier ses ouvriers que les usines voisines, au moyen de sa philanthropie qui séduit l’ouvrier et Vattache a ses maitres. Une autre considération me défend encore d’être aussi facile à l’éloge; c’est que l’adoption générale, par les hauts industriels, du système de prévoyance philanthropique pratiqué à Anzin, déciderait immédiatement rinstallation de la féodalité industrielle, un régime on le travailleur, réduit à l’état de bête de somme bien nourrie, perd bientôt sa dignité d’homme, et accepte le joug du capital pour un temps indéterminé. Ou sait que la situation du noir s’est incomparablement améliorée dans les États du sud de FUnion, depuis que les philanthropes de ce pays se livrent à l’élhve de l’espèce pour lavente. Je doute que la race se soulève de longtemps dans ces États philanthropiques, où le noir ■mâle et sa femelle sont traités avec les mêmes égards et dans le même but que l’étalon et la poulinière du haras- Les bons apôtres de Saint-Simon, qui dirigent les affaires de la féodalité, n’ont pas manqué d’appliquer aux employés de leurs administrations de chemins de fer les mêmes principes de garantisme et
SS2 tA FÉODALITÉ FIMA^HClBaE.
de solidarité. Les journaux de l’école libérale, et les économistes, et les badauds, ont poussé à ce sujet des cris d’allégresse vers le ciel.
Cet établissoiuent d Anzin, dont il est si souvent question dans cet ouvrage, et dont la prospérité conte si cher à la France, peut donner, par son administration actuelle, une idée de ce que sera un jour le gouvernement de la féodalité financière.
Les affaires de la société sont gérées par six administrateurs d vie y qui ne relèvent que d’eux-mêmes, et qui nomment le directeur et les nouveaux membres du conseil, en cas de décès ou de retraite de l’un d’eux. Ils ne rendent compte de leurs décisions àpersonne. Les actionnaires n’ont le droit de se défaire de leurs actions qu’après en avoir reçu l’autorisation du conseil des six, qui les achète, si le prix lui convient. Ce régime vénitien, armé du système protecteur, a maintenu l’établissement d’ Anzin dans les voies d’une prospérité merveilleuse. Le sol d’Ânzin, titre primitif des actions, fut émis, il y a cent vingt-cinq ans, sous la régence, au prix de deux mille quatre cents livres. Ce même sol d’ Anzin vaut aujourd’hui près de deux millions de francs. Mais je parierais bien que le prix de la journée du mineur n’a pas varié, à moins qu’il n’ait baissé. Les actions d’ Anzin appartiennent, pour les deux tiers ou les trois quarts, à la famille Périer, qui a aussi la manie de posséder, dans toutes les grandes villes de France, les emplacements où 1 on doit bâtir des quartiers neufs ou de nouveaux ports, à Pans (Boule rouge), au Havre et partout.
Il était une fois un des membres les moins fortunés de cette opulente famille qu’on avait fait directeur de