BUT DE L OUVRAGE
il est dans la vie des nations^ comme dans celle des individus, des époques critiques où il semblerait que le sang se fige au cœur; des temps d’arrêt terribles où toutes les conquêtes du passé peuvent se perdre par une faute ; où Fusurpation, provoquée par Finertie générale et l’engourdissement des esprits, s’assied sur les institutions avilies et se consolide pour des siècles.
La nation française est arrivée à Fune de ces époques fatales.
L’impuissance parlementaire est manifeste : on la dirait passée à l’état chronique depuis peu. La Chambre des députés, représentation trop jidéle du pays y morcelée, fractionnée comme lui, vote les lois par tronçons ; les mots de système et d’unité lui font peur. Si quelque misérable question de portefeuille ou de
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fonds secrets réussit parfois à galvaniser sa torpeur, la majorité, ralliée un moment par la crainte, se débande aussitôt que le péril est passé; et chaque mandataire , reprenant à la hâte le collier de l’intérêt local, se remet à tirer pour son compte de plus belle. La loi , dépouillée de tout caractère grandiose et national, n’est plus qu’une transaction d’argent entre d’avides prétentions de clocher. Il ri'y a de majorité assurée pour les ministres qu’à la condition, par ceuxci, de ne pas gouverner. Acheter des consciences et pallier des bassesses , voilà l’œuvre édifiante et à peu près exclusive que les mœurs de ce temps ont assignée au pouvoir; et les huissiers, chargés de la police des antichambres ministérielles , ne suffisent pas à expulser les mendiants qui les assiègent à toute heure de jour et de nuit.
Et quand ces ministres sont surpris en flagrant délit de fraude électorale, ils ne se donnent pas môme la peine de nier; ils se contentent de répondre à ceux de l’opposition qui les accusent : Vous ne valez pas mieux que nous.... Et ces ministres disent \Tai; il n y a plus de question de conscience dans ce régime soi-disant représentatif, où deux cent mille électeurs à deux cents francs sont censés représenter trente-cinq millions de Français; il n’y a plus que des questions de boule. Les mêmes ministres ont bien ri un jour qu’un député naïf avait cité à la tribune le nom de quelques ministres anglais morts de honte pour avoir été pris la main dans le sac de la corruption.
On ne meurt plus de honte, en ce temps ; on en vit,
A 1 intérieur, tons les ressorts de l’administration
r>UT l>E l’ouvbagf.
centrale sqnt brisés; car ce n'est plus le préfet qui administre, mais bien le députe, qui règne dans le pays et qui dispose des emplois. Les ministres ayant pris pour habitude de payer en préfectures ou en moitiés de recettes générales les voies à eux livrés, les plus hautes fonctions de FÉtat ont perdu leur prestige aux yeux des populations., et les titulaires de ces fonctions leur ancienne influence. Les accusations de concussion contre les magistrats de Fordre le plus élevé sont à Fordre du jour : un maréchal de France avoue devant un tribunal qu’il a eompromü la dignité du commandement ^ par une attribution fautive de l’argent du tribut imposé à l’ennemi ; un ministre de la marine confesse ingénument à la tribune que la comptabilité de son département n’est pas exempte de quelques irrégularités, La banqueroute a pris pied chez les receveurs des finances aussi facilement que chez les notaires et chez les agents de change; on a même commencé à en traduire devant les cours d’assises pour attentats à la pudeur. Vingtcinq fonctionnaires publics d Algérie ont été traduits à la fois devant les tribunaux, révoqués ou sim-plement censurés pour faits de concussion, d’indiscipline ou d’incapacité ; et les tribunaux de la métropole ne chôment pas plus que ceux d’Algérie d’affaires scandaleuses de concussions et de pots-devin. On peut même affirmer qu’il y a sur ce chapitre concurrence entre certaines administrations de la guerre et de la marine. Des commis de la régie sont de moitié dans les opérations et dans les bénéfices des falsificateurs de boissons. Des employés de la monnaie sont accusés d’avoir vendu les poinçons du
de. la féodalité financière.
contrôle. La fraude, la démoralisation et le mépris de la probité sont partout.
La magistrature elle-même, si longtemps la dernière sauvegarde de nos libertés, de notre honneur, semble avoir perdu la notion du juste et de l’injuste dans le naufrage général des mœurs publiques et de l’équité. Il s’est trouvé des juges pour condamner à la prison et à l’amende de pauvres ouvriers coupables de s’être coalisés pour vivre de leur travail^ sans que l’idée soit venue à ces exécuteurs si rigoureux de la loi, de mettre en cause les maîtres, coupables de s’être coalisés pour vivre du Iravail de leurs ouvriers. A peine s’est-il trouvé dans le sein du parquet un seul magistrat courageux pour invoquer cette coalition des maîtres comme circonstance atténuante en faveur des malheureux mineurs de Saint-Étienne. Encore moins la justice de France, si dure au pauvre monde, s’estelle avisée de mander à sa barre, pour crime de pillage du trésor public, ces banquiers de Juda, de Londres et de Genève qui se coalisent si effrontément tous les jours pour se faire concéder à vil prix le monopole des emprunts et des chemins de fer.
A l’extérieur, la France est tombée au rang de puissance de second ordre : les États absolutistes la tiennent en quarantaine, comme a dit le poëte. Ils traitent sans son concours les questions d’équilibre européen, et la chassent de leurs congrès; et la France , au lieu de se retirer noblement dans son isolement formidable et de faire payer d’un haut prix son retour au sein de ces congrès , où rien ne peut se décider sans elle, la France mendie honteusement la faveur dy reprendre sa place ; et, pour qu’on lui
BUT DE l’ouvrage.
pardonne, elle se fait humble et modeste ; elle accorde à la marine anglaise le monopole de la police des mers; elle permetàdes croiseurs étrangers d’inspecter ses navires: ou bien lorsque l’opinion publique, soulevée par tant d’indignités , proteste, le gouvernement français ruse et tourne la question, et s’engage à tenir désormais sur la côte occidentale d’Afrique une flotte de vingtsix voiles, chargée de faire le guet pour l’intérêt anglais. Vingt-six voiles pour faire la police de la côte occidentale où nous n’avons à sauvegarder que des intérêts minimes; deux ou trois bâtiments à peine pour surveiller la côte orientale où sont Madagascar et Bourbon !
Or, à la faveur de cette impuissance parlementaire , à la faveur de cette inertie du pouvoir et de la torpeur des esprits, la féodalité mercantile avance rapidement au cœur de nos institutions. Profitant avec habileté des divisions que la presse fomente entre la royauté et le peuple, elle s’implante chaque jour plus profondément dans le sol, appuyant de ses deux pieds sur la gorge à la royauté et au peuple. Elle n’est pas encore complètement organisée aujourd’hui, elle le sera demain; elle tient déjà le producteur et le consommateur à sa merci. Le juif règne et gouverne en France.
Je signale dans cet écrit l’origine, les tendances et les envahissements successifs de la féodalité financière; j expose les dangers de la situation actuelle et j’indique les moyens d’en sortir; je fais voir qu"il est possible encore de mater le pouvoir insolent des écus ; j’appelle la royauté et le peuple à s’unir pour se débarrasser de l’aristocratie d’argent, comme la royauté et le peuple ont déjà fait sous Richelieu, pour jeter à
OE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE
bas l’aristocratie de caste, .le démontre que la royauté n'a qu’à vouloir encore pour sauver une fois de plus les libertés du peuple , et pour se transfigurer glorieusement à ses yeux.
Et, maintenant, à ceux qui seraient tentés de me demander qui je suis , je réponds ;
Je suis de ceux qu’on pourrait appeler les hommes du jour, par opposition à ceux qu’on appelle les hommes du lendemain ; je suis de ces' gens dévoués et maladroits qu on est toujours sûr de rencontrer au plus chaud de la mêlée dans les circonstances orageuses, mais qui oublient volontiers de faire leurs conditions la veille dü combat et de réclamer leur part dans le butin le lendemain de la victoire. J’ai servi dix ans la cause du pouvoir avec une énergie de dévoûment que les périls de la lutte n’ont pas im moment attiédie. Et cette cause de l’ordre et de rautorité, je la servirais encore, s’il était bien permis à un homme de cœur de se faire le souteneur de cette politique déshonorante qii ils appellent et dont le vrai nom est servile. Quand
j ai vu que ces ministres qui m'avaient donné mission de les délendrc , trahissaient le pouvoir et vendaient la V rance aux jiiils, j’ai déserté leur camp , afin dé ne pas passer à l’ennemi avec eux.
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROTAltTÉ DES JUIFS. 7