CHAPITRE PREMIER
j%. <|ue9«i lignes sc reconnaît la royauté de« Juifé.
Le juif règne et gouverne en France. Où trouvet-on écrites les preuves de cette royauté ? Partout.
Partout , dans toutes nos institutions , dans tous les faits du jour, dans toutes les déterminations de la politique du dedans ou du dehors, dans les votes des chambres, dans les sentences des juges, jusque dans les discours du roi.
Oui , le roi î le roi , qui doit savoir que la fortune du juif ne peut se faire que de la ruine du peuple; le roi , qui doit savoir que la misère du travailleur n’a jamais été plus épouvantable qu aujourd’hui, puisque c’est à lui que s’en prennent les travailleurs à bout de courage et d’espoir; le roi, pour complaire à ces juifs dont le coffre-fort déborde, est obligé de se féliciter tous les ans, dans une circonstance solennelle, des progrès toujours croissants de la prospérité publique.
Et ces juifs lui font dire que la condition de toutes les classes s’améliore et s’élève, quand les prisons crèvent partout de pléthore, quand la progression des délits certifiés par les documents de l’administration court cinq fois plus rapidement que celle des naissances ; quand le chiffre officiel de l’indigenceliausse, pour Paris seulement , de Soixante-deux mille à quatrevingt-six mille en six ans; quand il est constaté enfin
g DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈBE.
que l’infanticide , cette dernière raison de l’abrutissement et de la misère de l’espèce humaine, a gagné, depuis i830, en France, soixa?<te et onze pour cent!
La royauté du juif se reconnaît à ce que le juif est en possession de tous les privilèges qui formaient autrefois l’apanage de la royauté.
Le privilège de battre monnaie était jadis un de ces droits réguliers. Qui bat monnaie aujourd’hui, sinon le juif?
Leroi prête bien son effigie au métal, mais c’est tout. Il n’en peut augmenter ni diminuer la valeur. C’est le juif qui fixe cette valeur au moyen de Xagio^ une industrie à lui, une industrie monopolisée comme les autres , et qui donne à celui qui la tient le monopole de la vente et de l’affinage des métaux précieux \
Qui perçoit l’impôt sur le sel, sinon le juif? la dîme du travail des populations, sinon le juif, créancier du capital de la dette nationale?
La charte dit bien que le roi nomme aux emplois publics, fait les traités, commande les armées; mais c’est faux.
Le roi peut bien nommer aux fonctions d’officier et de juge, à des emplois dont les titulaires jouissent d’un traitement de douze cents à trois mille francs ; mais tous les emplois élevés ou lucratifs de la finance
‘ J’ai vu plus d’uno fois, vu de mes yeux , s’élancer de la cour d’un hôtel de la rue Lanitle, au trot pénible de six vigoureux chevaux de poste, une lourde et massive voiture en destination de Naples. Construite pour cette destination exclusive , la voiture contenait dans ses doubles fonds une somme de quatre millions en or, louis , guinées et lingots. Chacun de ses voyages, qui se renouvelaient, me disait-on, plusieurs fois dans l’année, rapportait à l’expéditeur un bénéfice de deux ou trois cent mille francs.
et de radministration, voire ceux de la magistrature, sont à la nomination du juif. C’est le juif qui distribue les recettes générales à ses pieux serviteurs et qui destitue les receveurs généraux qui le gênènt. C’est lui qui donne à M. Émile Pereire et à M. Enfantin des places de trente mille francs et des bénéfices de cinq cent mille francs à deux millions sur la vente des actions de ses chemins de fer. Le juif, possesseur exclusif de radministration des transports par tout le royaume, aura bientôt à lui plus d’employés que rÉtat.
Le roi ne fait pas les traités. Je défie le roi et les chambres de faire un traité d’alliance douanière, un traité de coton, de houille et de fer dont les juifs ne veuillent pas. Anzin n’a pas voulu de la réunion de la Belgique à la France, et cette réunion n’eut pas lieu.
Je demande si un roi bien maître de sa volonté et qui commanderait véritablement les armées, aurait laissé une heure à la tête de l’armée d’Afrique, d’une armée de cent mille hommes, ce sabreur incapable et brutal qui n’a jamais su que riposter par des insultes aux humbles dépêches des ministres du roi; et reconnaître , par de nouveaux outrages, les faveurs inouïes dont la main du roi l’a comblé ?
Et la justice non plus ne se rend pas au nom du roi, mais au nom du juif, roi par le capital. Si les coalitions du capital échappent à la loi, c’est que le capital est plus puissant que la loi, c’est que le capital seul est inviolable et sacré. Que l’équipage du roi renverse un malheureux, le blesse, la loi viendra au secours du blessé, si la générosité de la liste civile ne devance pas la sollicitude de la loi. Que le juif
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jonche de cadavres les voies de circulation dont il a le monopole, la loi se rangera pour laisser passer l’impunité du juif.
Avant que la loi eût concédé les chemins de fer au juif, tout voyageur pouvait circuler librement sur la grande route, sur le jmvé du roi. Depuis que toutes les voies de communication , railways , canaux , rivières, sont au juif, nul n’y peut plus passer sans lui payer tribut.
Qui tient le monopole de la banque et celui des transports, les deux bras du commerce? Le juif.
Qui a le monopole de l’or et du mercure? Un juif.
Qui tiendra bientôt le monopole de la houille, des sels et des tabacs ? Le meme juif.
Qui a le monopole des annonces? Les saint-simoniens, valets du juif.
Qui a le monopole de l’impression des journaux? Un juif que le ministère public accuse de frauder le timbre.
Si l’air pouvait s’accaparer et se vendre , il y aurait un juif pour l’accaparer demain.
Qui règne dans les chambres, du roi qui n’a pu obtenir en quinze ans une misérable dotation de cinq cent mille francs pour l’ainé de ses fils, ou du juif, à qui la chambre de 1843 voulut un jour allouer d’un seul vote un bénéfice de trois à quatre cent millions 7
Un Allemand écrivait naguère : « U y a quinze ans que le roi Louis- Philippe sert de paratonnerre révolutionnaire à ces marchands d écus qui régnent et
^ Atîaire de la ligne du Nord, ou la chambre livrait gratis la voie tDastmile des deniers de l’État.
gouvernent en France.,* Eh bien! qu’on fasse entendre à tous ces bourgeois gorgés d’or> qu’ils gagne*raient seulement demi pour cent à échanger leur roi constitutionnel contre un président de république, l’échange aurait lieu dès demain. »
Cet Allemand-là connaissait bien la France,
Mais citons quelques faits importants du jour, pour faire voir à tous où les choses en sont venues. Esquissons à larges traits la politique de nos gouvernants, au dedans et au dehors ; suivons l’action du Juif dans toutes les péripéties de cette politique delà peur, et établissons la toute-puissance de l’aristocratie financière avant d’aborder son histoire.
Polîti«![iie extérîesirc. »
Quand nos ministres ont fait semblant, dans ces dernières années , de craindre que la guerre n’éclatât entre l’Angleterre et la, France, à propos d’une question de Taïti ou du Maroc , ils affectaient une terreur qui n’était pas dans leur âme. S’ils ont fait tonner leurs innocents canons des Invalides, à l’occasion du bienheureux traité de paix conclu avec Abder-Rahmann, croyez qu’ils n’ont pas voulu autre chose que se rendre intéressants auprès du haut commerce; ils savaient parfaitement que la guerre n’aurait pas lieu, car le juif n’y joue pas.
Lg jmî joiiê à la c’est-à-dire à la hausse, et
voilà pourquoi la paix européenne dure depuis quinze ans. Vainement l’empereur Nicolas , que ses instincts de chef barbare poussent invinciblement à la conquête et à la guerre, a-t-il essayé dix fois de railu-
12 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE
mer la contlagration uaiverselle, en soufflant sur les cendres éteintes des vieilles coalitions; ses efforts ont échoué. Les juifs Font tenu en bride; les juifs ont mis l’autocrate au ban de toutes les bourses européennes; et lorsque en dernier lieu , sous préteptte d’une gracieuse visite à la reine Victoria , Fempereur de toutes les Russies est venu requérir Fassistance des banquiers de Rotterdam et de Londres, l’empereur de toutes les Russies s’est vu tourner le dos. Et ne remercions pas le juif de la paix qu’il nous donne; s’il avait intérêt à ce que la guerre se fît, la guerre se ferait.
Autre garantie du maintien de la paix. Les actionnaires des chemins de fer anglais ont la majorité dans la chambre des communes de Londres ; ils Font également dans la chambre des députés, à Paris. Or, ces spéculateurs tout-puissants ont des millions engagés dans les chemins français , comme dans ceux de leur patrie, et la guerre leur porterait un préjudice énorme. Donc elle n’aura pas lieu.
Et puis il y a en Angleterre six millions d’Irlandais affamés et trois millions de chartistes, qui font que l’Angleterre ne saurait de longtemps déclarer la guerre à la France.
On dit que la reine Christine , à qui Fambassadeur anglais de Madrid voulait faire des remontrances à propos du mariage de l’infante Luisa avec le duc de Montpensier, l’interrompit brusquement dès les premiers mots, en disant : « Ce mariage est décidé, et il aura lieu tel jour. » Cette princesse a parlé en digne souveraine qui ne s'effraye pas plus qu’il ne convient de la mauvaise humeur de l’Angleterre. L’Angleterre
A QUELS SIGl^S SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 13
ne fera plus peur désormais à quiconque osera la regarder en face.
Mais je dis plus ; tous les motifs d’une guerre sainte seraient là pour la France, qu’on ne se battrait pas. Les Anglais bombarderaient Saint-Jean d’Acre et Beirouth , et menaceraient d’arracher Alexandrie et Suez à Méhémet-Ali ; les Russes descendraient le Bosphore, qu’on ne se battrait pas , par la simple raison que la direction des affaires de France appartient aux marchands , et que ces marchands auront toujours soin de la remettre aux mains des trembleurs et des vieillards, sachant bien que la vieillesse est hostile à tout ce qui s’appelle le mouvement et l’idée, et que l’oreille se fait dure à quatre-vingts ans aux mots de patrie et d’honneur! Si les Anglais bombardaient Saint-Jean d’Acre en vue de nos escadres, nos ministres, j’en suis sûr, ordonneraient à nos escadres de rentrer à Toulon , pour laisser aux Anglais la mer libre. Si les Anglais forçaient le pacha d’Çgypte, le poignard sur la gorge, à leur abandonner Alexandrie et Suez; s’ils mettaient en même temps la main sur l’isthme d’Amérique , la France laisserait faire ; et le Journal des JDebats ^ feuille anglaise qui s’imprime à Paris et dont les rédacteurs s’appellent John, trouverait de charmantes raisons avec des expressions nouvelles , pour nous démontrer que la France n’a qu’à gagner à ces accaparements de l’Angleterre, où le Journal des Débats ne voit que des triomphes de la civilisation sur la barbarie. Et en attendant l’événement, le Journal des Débats y qui a mission expresse d’endormir l’opinion publique sur les envahissements de l’Angleterre et sur les concessions du gouvernement français , conti-
DE r,A FÉODALITÉ FINANCIÈRE.
nuerait de railler très-agréablement les publicistes naïfs qui oseraient accuser la politique britannique de convoitise insatiable et de duplicité.
Ce qui n’empêchera pas que demain ou après l’Angleterre ne prenne Suez; car l’acte de cession est depuis longtemps préparé; et il ne faut plus, pour forcer la signature, qu’une circonstance favorable que des agents habiles peuvent faire naître à toute heure.
Un des plus jolis mots politiques du Journal des Débats, le journal officiel des juifs, est celui que lui a inspiré la lecture du traité de paix avec l’empereur du Maroc. La France, qui a été provoquée et quia vaincu à Tanger, à Mogador, à Isly, s’est laissé condamner, comme on sait, à payer tous les frais de la guerre et à faire amende honorable de ses triomphes aux pieds des ministres anglais. Pour justifier cette abnégation déplorable , le Journal des Débats a dit que la France était assez riche pour j)ayer sa gloire.
Assez riche pour payer sa gloire ! Mais la gloire des armes se paye avec le sang et le travail des enfants du peuple ; et ce sang et ce travail ne doivent pas se dépenser en pure perte.
Le lendemain de la bataille d’isly, Abd-el-Rader trouvait asile, comme devant, dans les États du vaincu, et quelques mois après, la guerre d’Algérie, qu’on croyait terminée, recommençait de plus belle, et le gouverneur général de la colonie demandait à la métropole un renfort de douze mille hommes et je ne sais pas combien de millions de plus.
Mômes sottises, mêmes lâchetés partout. Lâchetés, j ai dit le mol, car c’est la peur, rien que la peur qui a signé pour la France au traité de Maroc. Ft s’ils
n’avaient pas eu peur d’inquiéter l’Angleterre, iis auraient bien laissé le chef de l’armée victorieuse dicter les conditions de la paix; ils n’auraient pas remis cette charge à un consul anglais.
La France de la restauration avait mené à fin les deux expéditions d’Alger et d’Espagne, malgré le gouvernement anglais et contre le gouvernement anglais. La France de la restauration avait aidé la puissance égyptienne à s’établir, pour créer un contre-poids à la puissance britannique dans la Méditerranée. L’Angleterre a pris rudement sa revanche contre nous depuis 1830; elle a substitué son influence à la nôtre, en Espagne ; elle a détaché la Syrie des possessions du pacha d’Égypte, et presque anéanti la marine égyptienne. L’Angleterre a refusé de reconnaître la légitimité de notre domination en Algérie. Depuis seize ans que nous occupons l’Algérie, le consul anglais de cette résidence n’a pas encore trouvé le moment d’exhiber son exequatur à l’autorité française.
L’Angleterre veut Suez , la clef des mers de l’Inde, comme elle veut Panama , comme elle veut la garde de tous les détroits qui commandent les grandes routes commerciales du globe. C’est pour cela qu’elle ne veut laisser à Méhémet-Ali ni repos ni trêve avant que le vieillard ait consenti à lui livrer son passage , comme il lui a livré déjà ses ports et ses vaisseaux. Le gouvernement français est disposé à regarder se consommer cette spoliation l’arme an bras, plutôt que de rompre la paix chère au cœur d’Israël.
On sait que l’Angleterre entretient sur tous les points du globe des missionnaires de discordes, chargés de débiter des Bibles et des drogues et surtout d’en-
DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE
traver les établissements des puissances rivales. Quand l un de ces missionnaires a réussi quelque part à ameuter contre nos troupes des populations paisibles et à faire couler le sang de nos soldats, l’Angleterre ne permet pas que les représentants de la France dérangent son agent dans son œuvre, ou bien, s’il y a empêchement, elle exige que le gouvernement français indemnise de ses deniers l’émissaire empêché. La France s’incline et paye, paye toujours, honte ou gloire.
Il n’y avait dans tout l’arsenal de Toulon , au moment de l’expédition du Maroc, ni canot, ni grand mât pour vaisseau de haut bord... Mais le ministère trouve moyen de fournir une subvention de douze mille francs par mois sur les fonds du matériel de la marine à un journal bien pensant!
On disait qu’ils avaient décidé l’expédition de Madagascar en vue de reprendre la grande île et les projets de Colbert. Je n’ai jamais cru à ces projets; ils n’avaient décidé l’expédition que sur le papier et pour avoir un prétexte de dépenses extraordinaires, un moyen de grossir les chiffres et de naasquer les vraies causes du déficit du budget maritime- Subterfuge inexcusable , car la chambre a toujours eu assez de patriotisme pour dépasser, dans sa générosité, les demandes du ministre de la marine.
rSotrc commerce maritime est en voie de complète décadence, pendant que le chiffre de nos exportations augmente. Dans le commerce général de la France , qui met en mouvement une valeur de deux milliards et plus, représentée par trois millions de tonneaux, les importations et les exportations par navires étran-
gers figurent pour plus des deux tiers , et cependant la marine française est investie du monopole du transport des denrées coloniales et de l’approvisionnement de nos colonies.
La France , qui a vue sur trois mers et qui semble avoir été placée à F extrémité occidentale de l’ancien continent pour servir d’entrepôt au commerce de l’Europe avec l’Amérique ; la France , arrosée par de nombreux fleuves qui courent dans toutes les directions et pénètrent partout dans l’intérieur des terres ; la France, un des pays les plus fertiles et les mieux cultivés du monde, se laisse enlever successivement tous les avantages d’une position exceptionnelle admirable, Avant peu, si l’on n’y prend garde, Anvers et Trieste auront dépossédé Marseille et le Havre de l’approvisionnement du marché central européen. Le commerce du Havre se plaignait, il n’y a pas longtemps, de n’avoir pas vu sortir un seul navire de ses chantiers de construction en deux ans.
Mais le 5 pour 100 a dépassé cent vingt, et les actions de chemins de fer se placent avec avantage; la nation, ahsorhée par la fureur du jeu et de l’agiotage, n’a plus de cœur aux choses de la patrie. L’impôt rentre, et le juif parasite bâtit sur cet impôt des fortunes fabuleuses... Que voulez-vous de plus?
Et non! la guerre n’est pas à craindre, et il n’est besoin que d’un seul argument pour en démontrer l’impossibilité évidente. La chambre des représentants a voté une indemnité à Pritchard, pour dire qu’elle tenait moins de compte de la vie des soldats français que des intérêts de boutique des trafiquants anglais. Une nation qui proclame une pareille politique, qui
DE la FèODAfcITÉ FINANCIÈRE.
décerne législativement des indemnités pécuniaires aux agents de rennemi , pris en flagrant délit de provocations à la révolte contre son autorité à elle, cette nation-là ne se bat plus, elle a abdiqué son rang de puissance inviolable.
Un coup d’œil maintenant à la politique du dedans.
1<A politique dn dedans.
Folies minislériellcs. — ta Fraoce saignée à blanc.
Où l’omnipotence des juifs apparaît dans toute sa splendeur, c’est dans la grande question intérieure, je veux dire la question financière. Il n y a plus que les questions financières qui soient de grandes questions.
Choisissons, dans le programme législatif des sessions dernières , les trois grandes propositions financières qui, avec la question des rentes, y ont fait le plus de bruit. Le sort de ces trois propositions ministérielles nous donnera la mesure de la puissance parlementaire, et démontrera, d’une façon claire pour tous, que le gouvernement n’est déjà plus que l’humble vassal de la féodalité financière et le servile exécuteur de ses hautes volontés; car il faut bien laisser cette excuse au pouvoir, que les malheureux ministres qui ont apporté de semblables projets à la tribune, ont eu la main forcée.
Ces trois propositions sont la loi des sucres, la loi des chemins de fer, le projet de rachat des actions de joumances. Le gouvernement n’a pas encore osé prendre l’initiative sur la question des rentes; il se la laissera imposer.
U est bien entendu que je ne veux pas entrer, pour
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. l‘j
le moment , au cœur de ces questions , que je traiterai plus amplement à leur place ; je me borne à exposer le texte des propositions .ministérielles et à citer des noms propres, pour faire voir quels intérêts ces propositions devaient servir, et quel esprit les avait inspirées- '
Questions des sucres.
Voici une question qui tient en échec, depuis dix ans, toutes les forces intellectuelles de la France, et que deux hommes de bon vouloir, sains d’esprit , résoudraient sans peine en deux heures.
La France a épuisé le génie de ses hommes d’État et la science de ses professeurs d’économie politique j la presse a noirci des myriamètres carrés de papier blanc avec cette formidable question des sucres^ et tant de génie dépensé, tant de travaux pénibles ont abouti à ceci :
Nos colonies agonisent et notre commerce maritime avec elles. La betterave métropolitaine, dont la culture n’occupe pas la millième partie du territoire français, a reçu de la munificence du trésor national une prime de sept cent vingt francs par hectare, sans que cette prime inique concédée à la betterave, au détriment de la canne à sucre et au mépris de la foi jurée, ait suffi à assurer la prospérité de la betterave. La racine indigène se meurt comme le roseau des tropiques^ et le trésor a subi, depjuis quinze ans, au dire des ex-ministres eux-mêmes , une perte de deux cent millions sur le revenu de Timpôt du sucre h
* C’est-à-dire que le trésor aurait perçu deux cent millions de plus sur Timpôt du sucre , si tout le sucre entré dans la consommation française avait été fourni par nos colonies ou par le commerce étranger.
2Q DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE
Écoutez bien ceci : pendant les quinze dernières années, la consommation du sucre a presque doublé en France, le tarif de Fimpôt n’a pas baissé, et le revenu de cet impôt est demeuré stationnaire, si même il n’a décru.
Le 7'evenu de V impôt demeurant stationnaire ^ pendant que la consommation de r objet imposé double et quand te tarif de l’impôt n a pas diminué!... Je défie les plus fortes têtes de Charenton d’imaginer, à elles toutes, une combinaison financière susceptible d’aussi merveilleux résultats !
Et notez que pour en arriver là, que pour créer cette situation, mortelle aux colonies comme à l’industrie indigène , au trésor comme au commerce maritime, il a fallu violer ouvertement la charte coloniale, briser le contrat synallagmatique qui existait entre la métropole et ses îles à sucre, et dans lequel il était dit que les colonies ne pourraient s’approvisionner que dans les ports de France , et par navires français, de tous les produits naturels ou manufacturés dont elles auraient besoin, et qu’en revanche la métropole achèterait toutes les denrées de ses colonies , sucre, café, cacao.
Or, la métropole a bien forcé les colonies de continuer à s’approvisionner exclusivement chez elle; mais elle n’a pas acheté toutes les denrées de ses colonies. Elle a permis au sucre de son territoire de faire concurrence au sucre colonial sur son propre marché; et le sucre de ses colonies ruinées est demeuré invendu. Le gouvernement français n’avait pas même ici à invoquer l’excuse de son intérêt fiscal pour justifier cet abus criant de la force.
N’accusons pas cependant le pouvoir avec trop de rigueur. M. Duchâtei, en 1837, et M. Lacave-Laplagne , en 1 842 , ont essayé de mettre un terme à cet état de choses, ruineux pour le pays, déshonorant pour l’administration des finances. M. Duchâtel a voulu tuer la betterave par une voie détournée, par le dégrèvement du sucre colonial, proposition rationnelle et équitable s’il en fut, favorable à la production et à la consommation, aux intérêts du trésor comme à ceux du commerce, et dont le résultat était sûr. La chambre de 1 837, mal inspirée , rejeta ce projet.
M. Lacave-Laplagne proposait loyalement de supprimer la culture de la betterave à sucre , moyennant indemnité aux fabricants et rachat des usines. La chambre de 1842 trouva la proposition gouvernementale trop généreuse d’une part; de l’autre, pas assez favorable aux intérêts de la toute-puissante coterie des raffmeurs. Elle adopta un mezzo termine y un système bâtard qui doit tuer en un temps donné l’une et l’autre industries. On a vu , dans cette discussion, un ministre du roi battu à la chambre élective sur un projet de loi présenté par lui, ramasser les débris de ce projet, le raccommoder tant bien que mal, le reporter ensuite à la chambre des pairs , et se faire au palais du Luxembourg l’avocat ardent du système qu’il avait combattu de toutes ses forces au Palais- Bourbon, huit jours auparavant.
Pourquoi ces tergiversations législatives , ce mépris de la foi jurée et des intérêts nationaux? Parce que , dans la question des sucres, tous les intérêts nationaux sont en opposition directe avec les intérêts de la
22 0£ LA féodalité FINANCIÈRE-
coterie desraffineurs, qui tiennent à> haute banque, et que les chambres et le pouvoir ne savent se préoccuper que d’une chose : bien mériter des puissances financières.
Chemin» île fei-.
Il y a mieux pourtant , en fait de débonnaireté gouvernementale et d’absurdité financière, que la combinaison qui vient d’être exposée : il y a, ou plutôt il y avait celle des chemins de fer. Je me contenterai , pour édifier le public, de rapporter le texte du projet de concession du chemin de fer du Nord, le projet primitif, celui de 1843.
Ce chemin tle ter du ?Vord.
Le gouvernement dit à une compagnie Rothschild : « J'ai grand besoin que vous me veniez en aide pour la construction de mon chemin de fer du Nord. Le trésor est à sec : ces maudites fortifications me ruinent et m’interdisent de songer à aucune entreprise d’utilité publique. Si vous compatissiez à mes peines, nous partagerions la besogne. Je vous concéderais tous les profits et je garderais pour moi, c’est-à-dire pour le contribuable, pour la nation, toutes les dépenses et toutes les charges. Voici mes conditions :
« Je me charge d’abord de tous les terrassements et de tous les travaux d’art, la seule partie chanceuse de 1 entreprise; en un mot, je construis toute la voie à mes frais. J achète les terrains, j’indemnise les propriétaires. Toutes ces dépenses ont été évaluées par les devis à quatre-vingt-sept millions, mais elles dépasseront la centaine assurément. Maintenant, écou-
tez Quand la voie sera parfaitement aplanie ,
préparée; quand j’aurai déboursé cent millions pour l’amener là (moi qui n’avais pas tout à l’heure un centime à consacrer aux entreprises d’utilité publia* que)^ je vous la livrerai gratis. Vous poserez les rails, vous fournirez les voitures et le matériel, toutes choses dont la dépense est connue d’avance à une obole près, et qui pourront bien vous coûter une soixantaine de millions. C’est une avance que je vous demande, une simple avance : un jour je vous rembourserai le tout.
(c En attendant, et pour vous payer de celte avance de soixante millions, qui m’auraient coûté deux mib lions quatre cent mille francs par an, si je les avais empruntés , je vous abandonne pendant quarante ANS tous les bénéfices de l’exploitation du chemin de fer du Nord , le grand cliemân de l’Angleterre et de la Hollande sur l’Inde, le grand chemin entre le nord et le midi de l’Europe , la ligne la plus fructueuse du globe, un revenu net annuel évalué par vous-méme à quatorze millions , au minimum. »
Quatorze millions de revenu net par année , pendant quarante ans, pour intérêt d’un prêt de soixante millions î
« L’affaire vous va-t-elle? Voyons, pour ne pas vous engager à la légère , méditez , pesez bien tons les termes de ma proposition. Je la répète : Je dépense cent millions pour construire la voie, et vous soixante millions pour l’apport du matériel ; je renonce pendant quarante ans , en votre faveur, à tous les bénéfices de la ligne ; je vous les concède intégralement ; et puis, à la fin de votre bail, quand je vous aurai payé quarante fois quatorze millions , cinq cent
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soixante millions, si vous aimez mieux, pour l’intérêt de vos soixante millions pendant quarante ans; quand les embranchements de Calais, de Dunkerque, de Boulogne, vous auront remboursée à eux seuls, par leur péage, le montant de cette première avance, je vous la rembourserai une fois de plus!.... Je vous payerai le prix de votre matériel à dire d’estimation. »
La maison Rothschild, qui a rendu tant de services au gouvernement actuel, ne pouvait pas le laisser dans l’embarras pour si peu, pour une soixantaine de millions, une misère. La maison Rothschild, qui possède parfaitement ses quatre règles et qui sait sa bourse comme si elle l’avait faite , a dû se dire qu’il lui serait facile, à de telles conditions, d’émettre avantageusement ses promesses actions ÿ et qu’en bornant ses profits à un simple bénéfice de 100 à 200 pour 100 sur ces promesses, elle se trouverait dispensée de débourser pour l’opération un centime. En conséquence , la compagnie avait daigné accepter les offres du gouvernement , et l’affaire allait s’arranger quand la chambre des députés s’avisa de proposer quelques modifications au projet. La chambre demandait que le prix du matériel ne fût pas remboursé au concessionnaire après l’expiration du bail. C’est alors que le juif, ayant laissé entrevoir qu’il consentirait à passer par ces impitoyables exigences , le Journal des Débats versa d’abondantes larmes sur l'imprudence et la générosité de l’enfant d’Israël. Il est évident pour tous les gens senses, écrivait le Journal des Débats en juillet 1843, que M. de Rothschild sollicite le privilège de se ruiner! 11 n y avait guère, en effet, âur cette affaire, que deux ou trois cent millions à gagner.
Je n’exagère rien ici; je prends les chiffres d’évaluation de la compagnie elle-même. Dans le principe, l’ingénieur de la compagnie, un Anglais, avait fixé à dix millions le chiffre du revenu net de la ligne du Nord. Ce chiffre était déjà suffisamment raisonnable pour l’intérêt d’une avance de soixante millions ; mais les discussions qui ont eu lieu devant les journaux et devant les chambres, les comparaisons faites avec les revenus d’autres lignes moins favorables, et les données de la statistique, ont apporté depuis des révélations instructives qui ont poussé une infinité de mauvaises langues à conclure que l’Anglais s’était trompé en moins dans ses évaluations , et que la compagnie avait sur fait y suivant l’antique et loyal usage du commerce, demandant énormément pour qu’il lui fût accordé beaucoup^ L’ingénieur anglais, dont la religion a été éclairée par les révélations de la tribune et de la presse , a donc porté le revenu brut de la ligne du Nord à vingt-huit millions. Or, comme il avait été admis par l’expérience, jusqu’à ce jour, que les frais généraux et dépenses d’entretien absorbaient la moitié à peu près des revenus bruts des chemins de fer, c’est à quatorze millions que l’ingénieur de la compagnie Rothschild a évalué le revenu net annuel du chemin de fer du Nord. M. le baron Dupin a parfaitement démontré néanmoins que ce chiffre était de beaucoup inférieur à celui que donnait la résultante de toutes les comparaisons avec les lignes exploitées depuis dix ans ; il a fixé le revenu net de la ligne du Nord au minimum de quinze millions. C’est un chiffre que nous pouvons prendre en toute sécurité , d’autant que l’expérience a démontré déjà (chemins de Rouen et
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d’Orléans) , que les frais d’entretien et le prix des machines diminuaient chaque année ^ tandis que le nombre des voyageurs , c’est-à-dire le retenu normal , augmentait.
Récapitulons. Le gouvernement débourse :
1 ** Pour la construction de la voie ,
indemnités, etc 100 millions’.
2® Pour la perte d’intérêt de son capital déboursé, rinlérêt de cent millions à 4 pour 100 pendant quarante ans , et abstraction faite des intérêts composés, ci 160
3® Pour l’abandon des revenus de la ligne du Nord , à quinze millions par an pendant quarante ans, ci. ...... . 600
4® Enfin pour remboursement du matériel à dire d’experts, à fin de bail , ci 40
Total. . . 900 millions.
Un petit capital de neuf cent millions sacrifié par l’État, dans quel but, pour quel résultat grandiose?...
Pour devenir possesseur et administrateur exclusif de la ligne du Nord dans quarante ans d’ici !
Neuf cent millions qui ne seront représentés au bout de ces quarante ans que par la propriété même du chemin de fer, valant cent quarante millions, le matériel y compris ; plus par l’économie des intérêts
‘ €• chiffre s’est bien en5é depuis .
qu’on n’aura pas payés pendant quarante ans pour soixante millions avancés par la compagnie, c’est-àdire une somme de quatre-vingt-seize millions, à raison de deux millions quatre cent mille francs par an. Quatre-vingt-seize et cent quarante, deux cent trente-six millions pour neuf cents!
Le gouvernement abandonne un revenu net annuel de quinze millions pour ne pas s’imposer un surcroît de dépense annuelle de deux millions quatre cent mille francs , un bénélice qui lui donnait le moyen de rentrer immédiatement dans ses déboursés de construction, d’acquisition et de terrassement.
Et tout cela, sous prétexte que le trésor est à sec. Admirable recette, pour en combler le vide, que de le frustrer d’une rentrée de six cent millions et plus I
Je demande si les tribunaux laisseraient la libre disposition de sa fortune au lils de famille qui l’administrerait comme le gouvernement actuel administre la fortune publique.
Or, il n’y eut que deux ou trois journaux dans la presse parisienne, le National et la Phalange entre autres , qui osèrent dénoncer à l’opinion publique ce gaspillage honteux du trésor et ces scandales de prodigalité néronienne. Et quand nous écrivions dans la dernière de ces feuilles que la sottise et l’ignorance ministérielles, parvenues à cette puissance, constituaient une véritable félonie j quand nous adjurions tous nos confrères de la presse de se croiser avec nous contre les juifs, quelques-uns des écrivains de la presse libérale n’ont pas craint de nous traiter de dabaudears obscurs , et la presse con- 1 2*
2g de ea féodalité financière.
servatricc nous a rangés au rang des émeutiers. L organe officiel de la banque, \e Journal des Débats , écrivait de son style le plus éloquent et le plus lamentable, que la cause de V association était perdue en France, si la chambre avait le malheur de se laisser entraîner par de mesquines considérations d’économie financière. L’État ne pouvait trop faire pour encourager les compagnies sérieuses, au dire A\x Journal des Débats!... De l’association et des compagnies sérieuses !
L’État se chargeant de toutes les dépenses des chemins de fer, et renonçant pendant quarante ans à tous les bénéfices de l’exploitation, c’est là ce que les professeurs d’économie politique du Journal des Débats appellent V association. Les agioteurs qui spéculent sur des promesses d'action et qui commencent à prélever, par le moyen du jeu, sur la bourse des actionnaires, toutes les sommes qu’ils auront à verser pour la fourniture des rails et du matériel ; voilà ce que les Débats appellent des compagnies sérieuses. Jamais on ne tortura aussi impudemment les mots pour leur faire dire le contraire de ce qu’ils signifient.
Et l’écrivain de la feuille mercantile qui a soutenu avec le plus d’ardeur les intérêts des juifs dans la question des chemins de fer ; celui qui s’est acharné le plus vigoureusemnt à démontrer l’impuissance de l État , en matière de travaux publics, appartenait, disait-on, au corps royal des mines. C’était le même qui avait publié, quelques années auparavant, les meilleurs pages qu on ait jamais écrites en faveur de 1 exécution de tous les grands travaux d’utilité publique par l État. Que voulez-vous? on ne devient pas député et ministre à demeurer fidèle à ses convictions.
AQÜEtS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 29
Je ne sais pas s’il y aura palinodie de tout ce mondera vers le bien , comme il y a eu palinodie vers le mal; mais je veux qu’avant vingt ans les fils de tous ces traîtres, écrivains, députés, ministres, qui auront vendu la France aux juifs , dans les mauvais jours où nous sommes, soient réduits à changer de nom.
Car le crime de gaspillage et de prodigalité des deniers du trésor est prouvé. Les juifs, les juifs euxmêmes ont déclaré qu’on leur faisait le marché trop beau, et que leur délicatesse ne leur permettait pas d’abuser de l’incapacité ministérielle, et d’accepter des conditions léonines.
Les juifs consentent à des réductions de douze années dans la durée du bail (vingt-huit ans pour quarante, ligne de Bordeaux). Une semblable réduction pour la ligne du Nord eût fait un petit rabais de cent quatre-vingt millions, douze fois quinze millions!
Ils renoncent à la clause du remboursement du matériel après l’expiration du bail. Ci, pour le chemin de fer du Nord, un second rabais de quarante millions, sinon plus.
C’est-à-dire que la compagnie Rothschild, dans l’affaire du nord, aurait pu sans se compromettre et en se contentant des mêmes bénéfices que les compagnies de Bordeaux, Vierzon et Avignon, qui font de brillantes affaires..., rabattre de trois à quatre cent millions sur le chiffre de scs premières prétentions.
Je demande de quel nom qualifier les ministres coupables d’une transaction conçue en de tels termes, qu’elle laisse à un adjudicataire généreux le droit de renoncer à des espérances de bénéfices de trois à quatre cent millions sur une seule affaire !
DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRFJ
Et je vous dis maintenant que la compagnie Rothschild ne s’arrêtera pas à ce misérable chiffre dans sa générosité. Je vous dis que cette compagnie imprudente et novice qui sollicitait, il y a deux ans, lepivilége de se ruiner y persévérera dans ses folles entreprises , en dépit des avertissements des Débats^ etqu’après avoir renoncé au remboursement du matériel, elle est capable de proposer au gouvernement de lui rembourser les cent millions que la construction de la voie a coûté à celui-ci, ne demandant au gouvernement français, en échange de tant de sacrifices, qu’un peu de gratitude. . . , avec une prolongation de bail d’une vingtaine d’années*.
Jeviens d’esquisser Thistorique abrégé, mais fidèle, des projets de concession de tons les chemins de fer... ,
* Ceci était écrit trois ans avant l’adjudication du chemin de fer du Nord. M. de Rothschild a renoncé à la clause du remboursement du matériel. M. de Rothschild a consenti à rembourser à l’État tous les millions que la construction de la voie a coulés, M. de Rothschild a consenti à un rabais de cinquante ans sur soixante-quinze pour le bail de l’embranchement de Crcil à Saint-Quentin ; il a dépassé dans sa générosité jusqu’à nos prévisions ; et , le jour de l’adjudication , les actions de cinq cents francs ont monté à huit .cents, c’est-à-dire que M. de Rothschild, possesseur de quarante mille actions, dit-on , a pu réaliser ce jour-là un bénéfice tie douze millions pour lui seul.,., Rt le Journal des Débats, qui écrivait, en 1843, que M. de Rothschild solh'~ citait leprimUge de se ruiner, quand l’afiaire présentait deux cent millions de plus, au minimum , à gagner, le Journal des Débats écrivait, en novembre 1845 , que les actions de cinq cents francs étaient encore de beaucoup au-dessous de leur valeur à quatre-vingts. Et le Journal des Débats, notez bien , était un des forts actionnaires du Nord. Dans (piel siècle et sous quel régime vivons-nous, mon Dieul que la loi puisse rester désarmée en présence d’aussi incroyables roueries , et qu’il n’y ait pour les llétrir que le mépris des honnêtes gens! Où est le temps où Colbeil instituait la fameuse chambre de justice et forçait les agioleiirs et le» juifs (h‘ sDii époque à rendre gorge de cent dix millions?
aù uno dîsce omnes. On a pu voir, par cet exposé rapide , comment se traitent les questions de finances en ces temps d’énervement et de sénilité politique. Ce sera jusqu’au bout le même spectacle, toujours et partout le pouvoir courant au-devant du servage et se rapetissant à plaisir, pour mieux passer sous les Fourches- Caudines de la féodalité nouvelle.
Rachat clet» actions de Jouissance*
Cette troisième question n’est pas moins curieuse et moins instructive que les deux qui précèdent : même sottise d’une part., même rapacité de l’autre. Mercure a endormi tous les Argus de la fortune publique.
Le gouvernement de la Restauration aimait peu les banquiers, qui le lui rendaient bien, et ce fut son malheur, Mais ce gouvernement avait compris qu’il lui serait impossible de se passer du concours des banquiers dans ses projets de réédifications aristocratiques. En conséquence, il les appela à lui et les baronisa. Et l’on eut des barons Rothschild et des comtes Lap..., comme on avait déjà des comtes Pourt... et des comtes Yig.... M. Jacques Laffitte, l’ami du peuple, fut le bras droit de M. de Yillèle dans l’affaire de la conversion et dans celle d’Haïti. Le gouvernement de la Restauration était parfaitement disposé à faire bon marché de la fortune publique aux traitants. C était à cet égard le vrai cousin-germain du gouvernement actuel.
Ce gouvernement ayant donc à construire des canaux en 1 821 et en 1822 , comme celui-ci des chemins de fer, s’adressa aux marchands d’espèces et leur dit : « J’ai besoin de cent vingtrhuit millions, voyez un
de la féodalité financièbe.
peu à me les procurer, je payerai généreusement le service.
« D’abord je vous servirai Tintérêt ko ] j2 et k 6,
(( Ensuite, je vous rembourserai en quarante-cinq ans, au moyen d’une prime d’amortissement ou annuité de 1 1/2 pour 100 sur le capital de cent vingthuit millions J une prime qui sera toujours la même jusqu'au jour du remboursement complet^ si bien que cette prime représentera, à la dernière année, un intérêt de 50 pour 100 du capital restant à rembourser. Tout cela , prime et intérêt à 5 1 /2 et à 6 , calculé de manière à équivaloir à un intérêt net de 8 pour 1 00.
« Je vous accorderai, de plus, à titre de supplément d’amortissement, l’excédant des revenus de mes canaux sur l’annuité à payer, s’il arrive jamais que ces revenus me donnent un intérêt de plus de 8 pour 1 00 de mon capital.
« Je m’engage à vous livrer les canaux à époque üxe; si je ne tiens pas fidèlement ma promesse, je vous servirai en indemnité une augmentation d’intérêt de 2 pour 100, jusqu’au jour de la livraison.
«Et vous, capitalistes et spéculateurs, juifs. Hollandais, Gène vois, vous serez les mai très de fixer ^ selon votre bon plaisir^ les tarifs des droits de navigation sur mes canaux; et moi, l’État, moi le représentant et le défenseur-né des intérêts généraux du pays , je n’aurai pas ce droit; je ne pourrai toucher à ces tarifs sans votre permission.
« Ce n est pas tout : quand je vous aurai complètement remboursé vos cent vingt-huit millions , capital, intérêts, prime, surprime; quand vous ne serez plus pour rien dans l’affaire..., je vous donnerai la jouis-
sance de la moitié du revenu de tous ces canaux ; des uns , et les meilleurs , pendant quatre-vingt-dix-neuf ans, des autres pendant quarante. »
Voilà ce qu’on appelle, en argot de finance, la superbe affaire des canaux de 1 821-22.
Les juifs de la Restauration , qui avaient le caractère accommodant comme ceux de notre époque, souscrivirent gracieusement à la proposition du gouvernement : ils commencèrent par emprunter à cinq l’argent qu’ils prêtèrent à huit, au moyen de la création de cent vingt-huit mille actions de mille francs , représentant les cent vingt-huit millions à fournir à l’État; et ils portèrent d’emblée le chiffre de ces actions à douze cents francs , à l’aide d’un système de prime et de tirage au sort éminemment ingénieux, La loterie n’était pas encore abolie sous ce règne.
Cela ne suffisait pas : il s’agissait de réaliser l’avenir, de donner immédiatement un corps, une valeur commerciale à cette éventualité de droit de partage et de jouissance qui ne devait courir que dans quarantecinq ans (à partir de 1867 ). Pour ce faire, les compagnies financières^ c’est-à-dire les compagnies qui avaient soumissionné l’emprunt, créèrent ce fonds devenu si célèbre sous le nom à^actions de jouissance y cent soixante-huit mille morceaux de papier cotés en ce moment à cent vingt ou cent quarante francs à la Bourse.
Ces cent soixante-huit mille actions de jouissance représentent donc le droit de partage que les compagnies auront un jour dans les revenus des canaux de 1 821-22. Il y a des actions de jouissance attachées à chaque canal : celles du canal du Rhône au Rhin, pour lequel le
34 DE EA FÉODALITÉ FIÎ^ANCiÈRE.
partage doit durer quatre-vingt-dix-neuf ans^ sont les plus recherchées.
Or, F avenir de ce droit de partage ne paraît pas fort brillant aujourd’hui, puisque cet avenir repose entièrement sur le chiffre du revenu de ces canaux, et que ces canaux, qui ont déjà coûté à l’État trois cent millions et qui ne sont pas achevés, ne rapportent en ce moment que deux millions par an, c’est-à-dire un peu moins de 1 pour 100 du capital déboursé. D’un autre coté se présente la question de la concurrence des chemins de fer, qui n’avait pas été prevue en 1 821 , et qui ne semble pas de nature à améliorer le chiffre de ce revenu, qui ne s’élève pas même à 1 pour 1 00 aujourd’hui. Alors les porteurs des actions de jouissance, qui sont pour la plupart des capitalistes genevois, se sont effrayés à l’aspect de ces éventualités peu rassurantes; et ils ont désiré naturellement c^étacàcr la réalité de r espérance y comme a dit M. Dupin , dans son langage pittoresque. En conséquence, ils ont exigé que le gouvernement leur rachetât immédiatement leur droit de futur partage dans les canaux de 1821-22, droit dont la valeur est tout à fait problématique, et dont l’exercice ne devrait couimencer à courir que dans vingt-deux ans.
Eeurs prétentions ont été fort modestes suivant l’usage : les capitalistes génevois , porteurs des actions de jouissance, ont demandé ouaraxte millions de ces cent soixante-huit mille chiffons de papier qui, au cours actuel de la Bourse , en vaudraient à peine la
moitié; et remarquez que ce cours est soutenu par l’agiotage.
Ees compagnies financières, soumissionnaires de
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. 3f)
Temprunt , se sont chargées en cette circonstance de faire la main aux capitalistes genevois. Ce sont elles qui ont inspiré au gouvernement Tidée de la propo^ sition de rachat.
Repoussées avec perte en 1842, les compagnies financières, agissant dans Fintérêt de Genève, sont revenues à, la charge en 1 843. Pour forcer la résistance du gouvernement, elles ont mis en jeu leur formidable droit de modifier les tarifs, droit qui leur avait été concédé par la loi financière de 1 822. Elles ont imposé au gouvernement une ordonnance en date du 17 avril (1 843) qui décuplait les tarifs des bois de construction, et triplait celui des houilles sur le canal du Rhône au Rhin.
C’était un coup admirablement monté. Le raisonnement que se faisaient en agissant ainsi les capitalistes génevois et leurs féaux serviteurs, messieurs des compagnies financières, était fort logique et fort simple. Ils se disaient :
(( Voici une ordonnance qui supprime le commerce des bois de construction entre FAlIemagne, la Suisse et la France J qui ferme le marché de Mulhouse aux houilles de Saône-et-Loire et de Saint-Étienne , déjà exclues du marché de Paris par l’élévation des tarifs du canal du Loing , propriété du domaine privé. Cette ordonnance va faire jeter les hauts cris dans tous les départements de l’est, ce qui nous touchera fort peu, nous autres qui ne sommes pas Français. Aussitôt, tous les mandataires de ces départements vont pétitionner et s’unir pour faire rapporter l’ordonnance. Il va être écrit de tous côtés qu’il est impossible de supporter plus longtemps la tyrannie des compagnies fînan-
2g DE LA FÉODALITÉ FJINANCïÈRE.
cières, et qu’il faut s’en affranchir à tout priœ. A tout prix, c’est précisément notre affaire; c’est ici que nous attendons le gouvernement français , et que nous lui offrons sa rançon pour quarante millions. Quarante millions sont bons à prendre ! On ne sait pas ce qui peut advenir de nos actions de jouissance dans vingt-deux ans d’ici, tandis que nous savons parfaitement qu’il y a aujourd’hui de magnifiques bénéfices à réaliser sur les chemins de ferw Avec ces quarante millions que va nous donner le gouvernement français, nous allons spéculer sur les concessions des meilleures lignes ; avec ces quarante millions , nous allons poser les rails et les wagons sur les chaussées qu'une administration généreuse va nous livrer toutes prêtes. Brave gouvernement, qui s’était déjà chargé gratis de toutes les acquisitions de terrain et de tous les terrassements, et qui va finir par fournir au même prix les rails et le matériel , pendant que nous autres Génevois, qui n’avons pas déboursé une entime, nous toucherons des intérêts de 25 pour 1 00 d’un capital purement imaginaire! »
Nos ministres, comme on le pense bien, n’ont eu garde de se jeter à la traverse d’une combinaison aussi merveilleusement tissue; ils ont cédé aux exigences des compagnies financières; ils ont eu le courage de. proposer aux chambres, en 1 843, le rachat des actions de jouissance, au prix imposé de quarante millions.
Malheureusement l’attention de la chambre élective avait été mise en éveil par les cris d alarme de la presse , et notamment par ceux des écrivains de la Phalange et du National y les seuls, avons-nous dit, qui fussent restés fidèles à la cause des contribuables,
au milieu de ce gaspillage effréné des deniers du trésor. La chambre élective , éclairée par les protestations vigoureuses de MM. Schutzenberger, Dupin aîné et Billault , mit son veto à la proposition ; mais elle s’est reproduite à la session suivante, et cela se conçoit. Le Genevois est tenace et ne renonce pas pour un échec aune idée d’argent. Disons que, depuis lors, l’ordonnance du 17 avril a été rapportée.
J ai admiré, lors des débats de cette affaire, l’attitude éplorée de M. le ministre des finances. L’infortuné homme d’État, qui avait déclaré, en 1838, que la résistance des compagnies financières aux vœux du gouvernement et du commerce était une véritable calamité publique y exposait de nouveau les misères de la situation du pouvoir en face des exigences des banquiers. M. Lacave-Laplagne, dans la ferveur subite de son zèle gouvernemental, s’oublia une fois jusqu’au point d’inculper sévèrement l’impéritie des ministres de la Restauration, coupables d’avoir aliéné aux compagnies financières les droits inaliénables de rÉtat dans la question des canaux. Risum teneatisl M. Lacave-Laplagne , un membre du cabinet qui a abandonné depuis six ans , à toutes les compagnies financières de Juda, de Londres et de Genève, toutes les lignes de chemins de fer du royaume ; M. Lacave- Laplagne, travaillant de complicité avec ses collègues à assurer à la haute banque le monopole des transports de la France, et déplorant la faiblesse de ses prédécesseurs de la Restauration !
Mais que dire de ce gouvernement impotent qui s’en va répétant sans cesse son éternel refrain de misère et de pénurie du trésor, pour excuser sa fainéantise, et
0E iA FÉODALITÉ FINANCIÈRE.
qui semble saisir avidement toute occasion de faire curée de la fortune publique à tous les loups-cerviers du pays et d'ailleurs?
Le trésor est à sec, et le gouvernement choisit , dans l’exécution des chemins de fer, les seuls travaux qui coûtent et s’interdit les travaux qui rapportent 1
Le trésor est à sec, et le gouvernement propose de faire cadeau de quarante millions à des spéculateurs étrangers , pour leur racheter un droit dont ces spéculateurs ne jouiront que dans vingt-deux ans , et dont la valeur est tout à fait problématique.
Et ces quarante millions pourront servir à la pose de ces rails et à la fourniture de ce matériel, dont la
déjiense a si fort effrayé le gouvernement, qu’il a mieux aimé jeter dans l’eau plus d’un demi-milliard, que de la prendre à sa charge*
On est ruiné, et l’on pourrait réduire facilement d’un dixième et même d’un cinquième , le capital de la rente 5 pour 100, au capital de trois milliards. Le résultat de l’opération est certain, et le gouvernement n’ose pas la tenter !
Et pourquoi ii’ ose-t-il pas la tenter? Ah î voici la raison de sa timidité : Réduire la rente , cest imposer le capital. Or, soüs le régime de la féodalité d’argent, l’argent doit être franc de tout impôt, comme la terre
du seigneur sous le régime de la féodalité nobiliaire.
Voici pourquoi le gouvernement français n’ose pas
plus toucher à la rente que le gouvernement anglais au sol.
Ees trois propositions ministérielles ci-dessus révèlent coinpletemeut l’état des choses, l’omnipotence pea juifs et la prostration du pouvoir. Je dirai plus loin
A QUELS SIGNES .SE RECONNAÎT LA lioŸAUTÊ DES JUIFS. 39
les moyens de tirer le pouvoir malgré lui de son asservissement honteux, et de le forcer à redresser la tête. Mais avant de terminer, citons quelques noms propres, pour que Ton sache à quels maîtres notre patrie obéit.
La dernière loi sur les sucres , funeste au sucre de betterave, funeste au sucre colonial, à notre puissance maritime et au commerce de nos ports; la dernière loi sur les sucres ne pouvait avoir d’autre effet que de favoriser exclusivement les intérêts de la coterie des raffineurs. La raffinerie du sucre est une haute industrie parasite qui compte parmi ses chefs des hommes ayant nom : Périer, Delessert, et tant d’autres. M. d’Argout, ministre des ünances, a apporté un jour à la tribune le détail des sacrifices que la prospérité de messieurs les raffineurs imposait à la France. Il était question d’une prime de vingt millions payée en une seule année, en 1 832, je crois, à messieurs les raffineurs, à titre de drawback, c’est-à-diro de remboursement de l’impôt perçu à l’entrée sur le sucre brut. Puisqu’il était en train , M. d’Argout aurait bien dû nous apprendre ce que la prospérité des usines d’Anzin, propriété de la maisonPérier, avait coûté aussi à la France. La dernière loi sur les sucres a été rendue sous Pinfluence des menées d’un banquier raffineur et Suisse d’origine , un conservateur dévoué , un philanthrope protestant qui fait écrire, dans des journaux qu’il solde , que la misère est le lot fatal des masses y et que les écrivains qui demandent pour tous les travailleurs une rémunération suffisante ont le cerveau détraqué. L’intérêt (le la puissance maritime et coloniale de la France a cédé devant l’intérêt des raffineurs, dans la question des sucres , comme l’intérêt de notre puissance con-
de LA. FÉODALITÉ FINANCIÈRE.
tinentale a cédé devant celui des maîtres de forges et des propriétaires de houilles , dans la question de l’union belge.
Le concessionnaire du chemin de fer du Nord s’appelle le baron Rothschild, le roi de la finance, un juif baronisé par un roi très-chrétien.
Celui de la voie d’Avignon àMarseille, Rothschild ou Talabot; < — d’Alais à Nîmes , Rothschild ; — de Versailles, rive droite, Rothschild; — de Saint-Germain, Rothschild; - — > de Saint-Quentin, Rothschild; — de Versailles, rive gauche, Fould; — ■ de Rouen à Paris, Anglo-Français ; ■ — de Tours à Bordeaux , Anglais ; ■ — d’Orléans à Paris , d’Orléans à Vierzon , des coalisés de toutes les nations, juifs et Génevois en majorité.
Le tiers de la rente 5 pour 1 00 est à Genève ; et c’est pour cela, je le répète, qu’elle est inviolable et sacrée.
Ainsi la haute banque, la banque cosmopolite domine tout; partout sont en saillie les intérêts des juifs.
Ainsi les énormes bénéfices prélevés sur la richesse française, sur le travail du laboureur et de l’artisan français , ne profitent pas même en entier à des spéculateurs français.
Quand l’émigration victorieuse prit, en 1815, sa revanche de 93, et frappa la France révolutionnaire d’une indemnité de révolution d’un milliard, il y eut au moins une compensation au sacrifice : d’abord la
une indemnité était due à ceux-ci Ensuite l’inter-
dit qui pesait sur les biens nationaux fut levé, et la conscience des détenteurs rassurée; ce qui fit que la propriété immobilière haussa immédiatement de va-
A QUELS SIGNES SE RECONNAÎT LA ROYAUTÉ DES JUIFS. Ul
leur, et que le chiffre de l’indemnité fut diminué d’autant.
Mais les juifs n’avaient pas été spoliés par une révolution , quand le gouvernement actuel leur a distribué la curée des chemins de fer; et les législateurs de 1842 ont été bien autrement magnifiques envers les juifs que ceux de 1 825 envers les émigrés , puisque sur la seule ligne du Nord ils laissaient au concessionnaire un demi-milliard à gagner.
Calculez les centaines de millions que les lignes à construire encore coûteront au trésor, ajoutez à la somme ce que le gouvernement aurait pu gagner s’il avait gardé pour lui les bénéfices qu’il a abandonnés à la spéculation cosmopolite, vous arriverez à des chiffres fabuleux.
Qui paye à l’agiotage toutes ces primes de centaines de millions ? — Le travailleur, le peuple.
Qui pâtit de l’ignorance et de la lâcheté du pouvoir? — Le peuple.
Mais que leur fait, je vous le demande, à ces Anglais, à ces Génevois, à ces juifs, à tous ces étrangers, que la France soit saignée à blanc?
Pourtant Dieu sait combien était facile la solution de chacune de ces questions financières , sucres, conversion, canaux et chemins de fer, et combien d’exemples étaient là pour indiquer la voie à suivre.
Pour la conversion, il s’agissait d’oser, et rien de plus. Pour les canaux et les chemins de fer, il y avait la théorie du monopole exclusif de l’État, théorie justifiée par l’exemple des États-Unis, de la Belgique et de la France elle-même.
Je veux démontrer, à la fin de ce volume, que le
^2 DE LA FÉODALITÉ FINANCIÈRE
gouvernement, en s’emparant mojiopolv de la vente et de la fabrication du sucre , avec indemnité préalable , peut réduire de moitié le prix de cette denrée; en doubler ou en tripler la consommation ; en doubler ou en tripler le revenu fiscal. Et j’ajoute, dès ce moment, que cette solution est la seule qui puisse concilier les immenses intérêts de politique nationale et de politique chrétienne engagés dans la question.
Mais quand une' nation tout entière en est arrivée à ce degré de cécité intellectuelle, que ses ministres n’ont pas honte de présenter à ses mandataires des projets de loi comme ceux que je viens d’exposer, aucune démonstration n’est facile. Il faut d’habiles ménagements et de longs détours pour faire entrer la vérité dans les cerveaux malades; et il est presque aussi dangereux d^avoir trop raison que d’avoir tort avec eux.
Je craindrais donc pour le moment d’avoir trop raison contre mon pays, si j’entrais au cœur de ces questions de chemins de fer, de conversion et autres. Je sais bien qu’il n’existe pas d’objection spécieuse contre la conversion, contre l’attribution du monopole des canaux et des chemins de fer à l’Etat; je sais encore que le pays accepterait avec reconnaissance une loi sur les sucres qui débuterait par apporter une immense réduction dans le prix de la denrée, en même temps qu’un accroissement notable dans les revenus du trésor. Maiç il y a mieux que des arguments contre le monopole de 1 État : il y a des préjugés; il y a la sottise du peuple et son ignorance fanatique, et la mauvaise foi de ceux qui le mènent et qui lui crient qu’il est moins dangereux de se laisser empoisonner par l’industrie
anarchique , que d’accroître les moyens d’influence du pouvoir. Il y a aussi la couardise de l’autorité, qui tremble sous la férule des gros marchands députés et des empoisonneurs patentés qui votent, cette auto^ rité qui n’ose pas dire au peuple : « Notre cause est la même : levons- nous et marchons contre l’ennemi commun. »
Enfin il y aurait encore, contre les conséquences annoncées du monopole du sucre , cette objection , toutepuissante et terrible parmi nous, que ce serait trop beau ! Car je veux augmenter de soixante à quatrevingts millions, entendez bien, le revenu de l’impôt du sucre et supprimer, par contre-coup, l’impôt du sel. Trouvez donc, en ce pays, des gens seiisés qui veuillent prendre au sérieux de pareilles utopies!
Les gens sensés sont ceux qui pensaient , en 1 843 , queM. de îlothschild sollicitait le privilège de se ruiner. Nous qui ne redoutions pas une pareille catastrophe, et qui disions pourquoi, nous étions des utopistes, des émeutiers, des fous. Voilà pourtant que ces utopistes , que ces dahaudeiirs obscurs ont gagné à la France, rien que pour le chemin de fer du Nord, une économie de trois cent millions en minimum, trois cent millions, que les gens sensés des Débats voulaient prendre à la France , et que nous lui avons gardés.
je disais donc que le peuple français a horreitr du grandiose et du beau en fait de réformes financières ou sociales. Ses mandataires, il est vrai, lui ont ménagé jusqu’ici les améliorations avec tant de prudence, que ce. n’est pas de sa faute si tout changement trop brusque de régime lui fait peur. Les vieux édifices replâtrés lui vont mieux que les édifices neufs. Il s’ir-
de la féodalité financière.
ritera, ce peuple aveugle, s’il apprend qu’on veuille faire rendre gorge aux traitants qui le saignent; il s’enflammera d’un beau zèle, en revanche, pour des rognures de cent écus, appliquées aux émoluments déjà insuffisants de l’officier ou du juge. Je sais un des Colberts de ce temps-ci, un économiste de la haute école, qui est devenu ministre des finances avec ça.
Or, ces préjugés funestes, cette défiance du pouvoir que les marchands entretiennent activement dans l’esprit de la masse par leur presse menteuse, sont les obstacles les plus terribles à Fesprit de progrès. Je dis qu’il est impossible d’obtenir une réforme quelconque, financière ou politique, quelque peu importante, aussi longtemps que le pouvoir et le peuple se regarderont en ennemis.
Voilà pourquoi je veux essayer de démontrer au pouvoir et au peuple le danger et l’absurdité de leurs mutuelles défiances , avant d’aborder la discussion d’aucune question politique ou financière. Quand j’aurai établi, dans toute son évidence, cette vérité palpable, que F État y cest nous ÿ — que ses intérêts et sa bourse sont les nôtres ; — - que les champions du pouvoir et ceux du peuple sont des troupes amies qui se combattent dans les ténèbres ; — que la féodalité financière profite seule de ces collisions ; — • alors il me sera facile d’arriver à la preuve de la légitimité du monopole gouvernemental qui tuera la féodalité financière. Et de ce principe découleront d’elles-mêmes de nombreuses conséquences , fécondes en solutions heureuses pour toutes les questions de l’époque; et ces solutions s’adapteront aussi aisément à la question des sucres qu à celle des canaux , des rentes , des
unions douanières, qu’à toutes les questions financières , en un mot , qui portent dans leurs flancs le sort des libertés nationales, quoiqu’elles semblent, au premier abord, n’être gonflées que de chiffres.
J’ai dit la toute-puissance de la féodalité d’argent et la vassalité du pouvoir. Passons à l’examen des causes qui ont amené cette situation honteuse : je veux parler de la scission qui existe entre la royauté et le peuple.
DE LA FÉODALITÉ flNANClÈBE.