CHAPITRE ïï
Scisflioii cMitrc 1» royaïité et le peuple. — Origine dert déflanee» populalrcf^. — 'ïhéorie du gouyerpemeut-ulcère.
Il est facile de pousser à la vengeance un peuple ignorant et qui souffre ; le sentiment de la haine contre la royauté est généralement plus tenace dans le cœur des populations que l’amour. Diderot a écrit que r histoire des rois était le martyrologe des nations ; et les meneurs du peuple, qui connaissaient Diderot et qui ne connaissaient pas Thistoire , ont répété à ce peuple les oracles du fougueux encyclopédiste. Après Diderot sont venus les économistes, qui ont publié que les gouvernements étaient les ennemis-nés des peuples. Le peuple qui souffre est toujours disposé à considérer comme ses amis tous ceux qui veulent changer le régime sous lequel il vit. Le peuple avait adopté, dès avant 89, cette doctrine fatale; et, de ce que. les gou~ vernementsélaient les ennemismés des peuples, il avait conclu logiquement que les peuples sont dl autant plus heureux que r action dm gouvernement est plus faible ^ que le pouvoir est plus désarmé.
Si le peuple pouvait lire dans sa propre condition, dans les faits quotidiens de sa vie de travailleur, il saurait aujourd hui ce que lui coûte sa foi dans de semblables dogmes.
Ces dogmes constituent ce qu’on appelle la théorie
L'ANGLETERRE
kl
du (]ouvernement-xdchre y une théorie dont l’adoption a fait plus de mal à la France que tous les revers et toutes les catastrophes qui l’ont assaillie en ces cinquante années.
Il importe de rechercher Torigine de cette hérésie.
La théorie du gouvernement-ulcère est anglaise de naissance? puisqu’elle vient des économistes. L’Angleterre est le foyer de tous les faux principes , de toutes les révolutions? de toutes les hérésies.
Voyons le rôle que joue cette puissance dans le drame de l’histoire moderne? et essayons de caractériser son influence néfaste.
Ah erre.
L’Angleterre est l’impure Bahel , est la grande boutique où se préparent et se débitent avec un égal succès les doctrines et les drogues vénéneuses : et l’esprit de feu qui brûle les Veaux rouges? et l’opium qui empoisonne les Chinois? et les principes qui font s’armer citoyens contre citoyens? peuples contre peuples? races contre races.
L’hérésie du gouvernement-ulcère allant droit à l’abolition de la royauté? l’aristocratie de sang? qui règne et gouverne on Angleterre? avait un intérêt puissant à ce qu’elle s'impianlât solidement dans le royaume de France? où la haine de l’Angleterre était comme une tradition héréditaire de la vieille monarchie. Aussi cette théorie a-t-elle parfaitement réussi parmi nous. Des économistes anglais? qui la produisirent d’abord sous le patronage vénéré de leur fausse science, elle passa chez les encyclopédistes français.
de la féodalité financière.
Les philosophes du dernier siècle, affiliés à cette secte, lui donnèrent le poli et l’éclat de leur style, et parvinrent à la faire entrer, à coups d’épigrammes , dans la monnaie courante des idées de l’époque. Quand cette théorie eut dit son dernier mot et fait son 21 janvier, on put croire qu’elle avait été tuée par l’expérience du même coup que la royauté. Malheureusement, l’impopularité du gouvernement de la Restauration permit à l’école libérale d’exhumer l’hérésie mortelle des ruines de 93, et de la réhabiliter auprès d’une nation généreuse, impatiente de se débarrasser d’un pouvoir qui lui rappelait, par son origine, le jour de ses revers. La théorie du gouvernement-ulcère s’incrusta donc de nouveau dans les esprits, à la faveur d’un louable sentiment de fierté nationale. Les économistes français, les libéraux , les philanthropes inféodés à l’idée anglaise comme les encyclopédistes dont ils n’étaient que la mauvaise queue , aidèrent aux ravages du mal en propageant leur absurde doctrine du laisser-faire tendait à l’annihilation de l’autorité. Les écrivains radicaux, qui déclament contre tous les pouvoirs, avancent l’œuvre de démolition chaque jour. Le succès éphémère de la doctrine saint-simonienne, qui suivit de près la révolution de 1830 et qui essaya de réhabiliter le pouvoir, ne parvint pas même à enrayer un moment la marche de l’opinion.
Et tout ce monde-là a si bien travaillé de la voix et de la plume , que l’opinion publique est complètement égarée aujourd’hui sur le compte du pouvoir. Peut-elre même faudrait-iL aller fouiller dans les archives du pur radicalisme, pour retrouver quelques
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idées raisonnables sur la mission providentielle du gouvernement. Le peuple français et ses représentants en sont arrivés à ce degré d’aveuglement, qu’ils adoptent la proposition funeste au pays, mais répressive de l’influence de l’autorité centrale, de préférence à la proposition utile et nationale, mais susceptible de servir les intérêts du gouvernement. De par MM. Adam Smidt, Jean-Baptiste Say et leurs continuateurs, la fonction du pouvoir dans l’État a été assimilée à celle du chat dans la maison privée. On a écrit que le gouvernement était un mal nécessaire, un ennemi qu’on était forcé d’entretenir, pour se débarrasser d’un autre ennemi plus dangereux, l’anarchie. La comparaison est boiteuse , car l’animal domestique a été beaucoup mieux traité que le pouvoir. On ne lui a pas ôté sa liberté ni ses griffes, c’est-à-dire ses moyens d’action : tandis que le pouvoir aujourd’hui ne peut ni se défendre, ni défendre le peuple.
La politique anglaise n’a pas eu d’auxiliaires plus dévoués, plus funestes à nos intérêts nationaux que ces économistes français, copistes et plagiaires de Malthus, qui n’ont jamais écrit qu’en faveur des privilégiés de la naissance et du sort. Bonaparte savait les liens secrets qui unissaient la cause de l’Angleterre à celle des idéologues, et il chassa ceux-ci de l’Institut comme indignes. C’est M. Guizot, le protestant, qui a rétabli à l’Institut la section des moralistes et des économistes. C était dans l’ordre, M. Guizot avait appartenu à la coterie de madame de Staël; M. Guizot est l’homme de l’Angleterre et de l’entente cordiale. On est de sa religion avant d’être de son pays.
L’Angleterre, qui a vécu de la prohibition aussi long-
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temps qu elle en a pu vivre, a compris bientôt que l’adoption de ce système par les autres États européens lui susciterait infailliblement des concurrences mortelles et lui fermerait indéfiniment le marché de ces États. Alors elle a changé de batterie , et dans Tespoir de ruiner toutes les industries des contrées rivales, elle s’est mise à crier : A bas la protection! à bas les douanes! Aussitôt une ligue s’est formée en France pour appuyer les intérêts du monopole anglais. Nous la voyons en ce moment à l’œuvre.
Ces lords anglais sont, il faut l’avouer, de bien habiles et de bien heureux artisans de discordes , que jamais la semence du mal qu’ils ont jetée sur une contrée quelconque ne manque de fructifier à son heure, et que toujours, au contraire, l’esprit de vertige des nations qu’ils poussent à leur ruine , vienne en aide à leur perfidie ! Avec une idée de philanthropie qu ils se sont bien gardés d’appliquer chez eux en Irlande, où l’exploitation du travailleur a pris le caractère de barbarie le plus atroce , ils ont mis le feu à Saint- Domingue, provoqué l’extex^mination de la race blanche et tué notre puissance maritime. Eh bien , ils ont eu pour complices dans ce crime, les neuf dixièmes des habitants de la France , et dans le nombre , la plupart des publicistes et des orateurs de renom. Us ont eu pour justifier les alarmes des gouvernements absolus et les tenir armés vingt-cinq ans contre nous , les fureurs de nos démagogues d’abord, puis les conquêtes formidables de ce chef dont l’insatiable ambition fatigua la victoire. Désormais, s’ils en ont besoin, ils n auront, pour ressusciter ues terreurs de l’Europe absolutiste, qu à montrer du doigt aus souverains alar-
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mes, ces fortifications gigantesques dont la folie du gouvernement actuel a déshonoré les al)ords de Paris : bastilles ingrates dressées contre le peuple par ceux à qui le peuplea donné le pouvoir. Ah! j’aurais compris l’argent que ces fortifications ont coûté, appliqué à raccroissement de nos forces navales, et à l’armement de nos citadelles maritimes, puisque l’Angleterre est notre seule ennemie, la seule contre laquelle nous ayons à exercer des répétitions en cas de conflit nouveau. Mais tourner le front de ces remparts à nos alliés naturels , aux Etats de l’Europe continentale; mais demander Farmement de ces fortifications en pleine paix, le lendemain du jour où Fou a déclaré à la tribune que jamais les chances du maintien de cette paix n’ont été plus nombreuses; et vouloir persuader à la nation que les fortifications de la capitale ne menacent que l’étranger, c’est trop compter aussi sur la crédulité publique. Je reviens à l’Angleterre.
Avec un autre mot, celui d'indépendance, l’Angleterre a arraché la moitié du nouveau monde à la monarchie espagnole, gouvernée par des rois de race française , nos inséparables alliés. Depuis le jour de la séparation entre les colonies et la métropole, entre Mexico, Lima et Madrid, l’aristocratie anglaise règne de fait par la contrebande et par l’anarchie au Mexique, au Pérou, à Buénos-Ayres. Elle n’a plus à détacher de l’Espagne dans l’Amérique que la magnifique colonie de Cuba. Elle pousse activement à ce but par ses émissaires et ses consuls, et Cuba aura quelque jour le sort de Saint-Domingue, La Guadeloupe et la Martinique , nos dernières possessions des Antilles , sont travaillées en ce moment, dit-on, par les mêmes ferments de révolte.
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Et comment la riche colonie espagnole tiendraitelle, quand la métropole elle-même s’est vue naguère sur le point de capituler, de se rendre à merci à FAnçleterre, c’est-à-dire d accepter un traité de commerce avec cette puissance. L’Angleterre n’a-t-elle pas implanté depuis dix ans ses suçoirs mercantiles dans le sein de la malheureuse péninsule.'^ ses marchandises voiturées par la contrebande, ne circulent-elles pas librement des Pyrénées à Gibraltar sous la protection de cette même anarchie, qu’elle baptise toujours du nom de liberté? N’est-cc pas elle qui a soldé les insurgés de la Granja , et fourni longtemps aux dépenses personnelles de ce régent qui a bombardé Barcelone ? Elle qui négociait un traité de coton avec Espartero, pendant qu’elle négociait avec San ta- Anna l’acquisition de la Californie? Après avoir émancipé l’Amérique du sud et détruit la puissance maritime de l’Espagne, il ne restait plus à l’Angleterre, pour achever ce royaume désolé, que de lui apporter son amitié, plus mortelle et plus vénéneuse que sa haine ! Oui , cent fois plus mortelle... Voyez le Portugal depuis le traité de Methuen !
Or, comprenez la folie de nos publicistes libéraux et radicaux d’aujourd’hui. Le roi Louis-Philippe trouve occasion de placer un de ses fils sur les marches du trône de l’Espagne; il la saisit, sans s’inquiéter des protestations de la chancellerie anglaise. L alliance d’un prince français avec une infante d’Espagne était le plus sûr moyen d’arriver à paralyser cette inlluence britannique qui pèse si désastreusement sur la prospérité de la Péninsule. Voilà tous nos journaux, et les plus patriotes , qui se mettent à faire chorus avec les
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insulteurs gagés du Morning-Chronicle et du Times pour taxer d’imprudence et d’ambition insatiable le gouvernement actuel.
Mais la France, en acceptant les théories absurdes des économistes anglais, est plus coupable que la malheureuse Espagne ; car elle n’a pas comme celle-ci l’excuse de sa misère et de son ignorance. Il y a huit siècles pleins que la France bataille avec la Grande- Bretagne; et il n’y a peut-être pas dans son histoire une seule catastrophe quelle n’ait le droit d’attribuer aux efforts et aux machinations de sa déloyale ennemie. La France sait qu’il y a incompatibilité radicale de principes et d’intérêts entre elle et l’Angleterre, La France aspire à l’unité morale, à l’unité législative comme à l’unité de territoire; elle est catholique en ' religion comme en politique : c’est sa tendance sous tous ses gouvernements forts, sous Richelieu, sous Louis XIV, comme sous Napoléon. L’Angleterre , elle, vise au morcellement, parce qu’elle vit des déchirements du globe; elle est protestante et schismatique en tout : Individualisme et protestantisme sont tout un. Elle ne comprend pas qu’on se dévoue au service de l’humanité, comme la France, quand on peut l’exploiter ; elle ne se résigne à faire un peu de bien que dans l’espérance qu’il en résultera un mal pire; témoin l’émancipation de la race noire. La France, au contraire, dajis ses plus grandes erreurs, semble n’être coupable que d’un excès de dévouement à la cause des peuples. Vous trouvez des pages admirables et des actes de charité sublime, à côté d’atrocités odieuses dans l’histoire de la terreur. Beaucoup de ces législateurs sanguinaires qui renvoyèrent à leur p(ge
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naturelid^ni d’accusés innocents, croyaient fermement à }a sainteté de leur œuvre. Et pas un de ces buveurs de sang, comme les partisans de l’absolutisme les appellent, n’eût osé formuler ces aphorismes froidement barbares, froidement inhumains, dont les Malthus et les Jean-13aptisl;e Say n’ont pas craint de déshonorer leurs écrits : Qu il n'y a pas de place pour le pauvre au
banquetde la vie qu'à rigoureusement parler y la société
ne doit rien à ses membres... Oh î oui, s’il était vrai que le bon et le mauvais principe se disputassent l’empire de ce monde, le premier se personnifierait dans la France, le second dans l’Angleterre. L’Anglais est si bien le fléau de Dieu , que Dieu suscite des vierges enthousiastes pour le chasser de France, comme il a fait pour chasser Attila h Voilà pourquoi la haine nationale de la France pour la Grande-Bretagne est légitime et sainte. C’est la haine de l’oiseau de jour pour Foiseau de nuit. Je n’exècre pas l’aristocratie anglaise , comme Français , mais comme chrétien , comme homme.
Et pas un noble cœur ne me reprochera de me laisser emporter ici par de stupides inspirations d’un nationalisme étroit et barbare... parce que il y a en Angleterre trois millions et plus de chartistes qui condamnent aussi sans pitié les attentats dont la politique de leur gouvernement s’est rendue coupable envers 1 humanité , et qui demandent la ruine de ce gouvernement impie, — parce que le jugement que
Il y a dans I Histoire de France deux dates poétiques pour enclore le moyen âge ; le miracle de la vierge de Nanterre, éloignant les Huns de Paris ; celui de la vierge de Domrémy, chassant les Anglais de
France.
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nos pères ont prononcé si longtemps avant nous , est écrit par tous les points du globe sur les ruines des villes saccagées, à Nankin comme à Copenhague, à Saint-Jean d’Acre comme à Barcelone. J’exècre l’aristocratie anglaise, parce que l’un de ses membres, un de nos grands poëtes modernes, l’a vouée aussi à l’exécration de la postérité; parce qu’il y a enfin dans la seule Irlande sept millions d’affamés qui la maudissent à toute heure avec moi.
Oui, l’Angleterre est placée dans cette situation effroyable , qu’elle ne peut oublier un moment de torturer les autres États du globe , sans s’exposer à périr. L’Angleterre est condamnée à mourir de la paix universelle dans un temps donné , parce que la paix chez les autres fait la guerre chez elle. Ceci non plus n’est pas de la déclamation, mais de la pure vérité.
Car l’Angleterre, encore une fois, vit de mercantilisme et de l’exploitation commerciale de tous les peuples. Elle produit à elle seule en objets manufacturés , de quoi approvisionner deux fois les cinq parties du monde. Par conséquent tout producteur étranger est son ennemi. 11 faut donc qu’elle cherche à comprimer chez toutes les nations les développements de la richesse et du travail, ceux de l’industrie manufacturière surtout, puisque ces développements tendent fatalement à lui ravir son monopole et à lui susciter des concurrences mortelles. Le meilleur moyen de prévenir un tel désastre est de prolonger la minorité industrielle des nations et d’entretenir au sein de ces nations un foyer permanent de guerre et d’anarchie. Elle le fait. Le monopole de l’approvisionnement du globe fait affluer dans ses comptoirs des richesses pro-^
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digieuses; elle s’en sert consciencieusement pour soudoyer partout les troubles et les révolutions. La guerre nourrit le monopole, le monopole nourrit la guerre. Que la guerre ou le monopole cesse , le colosse de la puissance anglaise, véritable colosse d’or aux pieds de boue, s’écroule au même instant. Là est tout le secret de la politique britannique, si secret il y a. L’Anglais obéit aux instincts de sa nature et aux exigences de sa position ^ c’est un peuple de proie, comme j’ai dit, qui est forcé de tuer pour vivre, et à qui il serait souverainement absurde d’aller demander une politique loyale et généreuse , parce que ce serait lui demander un suicide. La politique de la Grande-Bretagne doit être impitoyable comme la faim son mobile, et c’est justice à rendre aux hommes de sang gouvernemental qui dirigent les destinées de cet État, qu’ils comprennent admirablement les besoins de leur patrie ! Trouvez-moi unhomme d’État de ce temps-ci, je ne dis pas en France, où il ne s’en fait plus , mais en Russie , en Autriche , qui aille à la cheville de leur sir Robert Peel.
Alors, c’est aux peuples prévenus de s’entendre, pour s’isoler du fléau et pour tenir en quarantaine ces lïibustiers affamés.
D’ailleurs l’aristocratie anglaise ne se cache nullement de ses nécessités gouvernementales. L’aristocratie anglaise affiche au contraire le seul caractère de grandeur qui convienne à sa politique infernale, si admirablement décrite par l’auteur du Paradis perdu ^ un poëte anglais. Cette politique, c’est l’insolence et 1 avidité de Rome unies à la fourbe cruauté de Carthage. Elle ne se met pas en peine de savoir ce que dira l’Eu-
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rope de ses meurtres et de ses spoliations. On accuse la politique britannique de rouerie; c est de cynisme plutôt qu’on devrait dire. Il n’y a plus que les prédestinés et les niais qui aient droit de parler de la perfidie d’Albion.
La flotte de Danemark gêne la liberté des mouvements de l’Angleterre dans la Baltique ; un amiral anglais brûle la flotte de Copenhague; c’est toujours une puissance maritime de moins.
L’Angleterre n’attend jamais la déclaration de guerre pour courir sus aux navires français ou espagnols. Il lui faut , pour la réalisation de ses projets d’accaparement du commerce universel, la possession de tous les détroits , de tous les points qui commandent les grandes routes commerciales du globe ; elle enlève Gibraltar à l’Espagne , Malte et Maurice à la France , le Cap et Ceylan, aux Hollandais, Aden sur la mer Rouge aux Arabes ; et elle fait, de ces possessions volées, des citadelles imprenables qui donnent d’abord l’empire de la mer à ses flottes , et qui sont ensuite autant de foyers de contrebande, d’où les marchandises anglaises inonderont les continents voisins. Et malheur aux navires des États amis qui prétendraient protéger leur industrie nationale contre la contrebande britannique, ils seront coulés sans pitié L
Le vice-roi d’Égypte, ai-je dit, fort de l’appui du gouvernement français de la Restauration, avait fondé quelque semblant d’État, de puissance maritime. Il avait affranchi le chemin de la Mecque des incursions de l’Arabe du désert, et les populations de la Syrie de
* Affaire du brick espagnol el Bayo, 1844.
gg de la féodalité financière.
la sanglante oppression des Turcs. Mais le rétablissement de l’ordre où que ce soit, mais la résurrection d’un peuple, sont des menaces de mort pour l’intérêt anglais. Viennent les journées de Juillet qui coupent court à la politique anti-britannique de lallestauration. Alors le cabinet de Londres profile des embarras révolutionnaires et de la pusillanimité du cabinet français pour anéantir l’œuvre civilisatrice de Méhémet-Ali. Une flotte anglaise bombarde Beyrout et Saint-Jean d’Acre, en vue de nos escadres impassibles. La révolte éclate de toutes parts dans lesÉlats du vice-roi, qui, réduit à merci et trahi par ses alliés, abandonne ses conquêtes et sa flotte; et les populations chrétiennes du Liban, arrachées à la protection séculaire de la France, sont restituées aux exactions des pachas turcs et au glaive de LAlbanais. C’est l’intérêt impitoyable de l’aristocratie britannique qui exige qu’il en soit ainsi. Le commerce anglais ne veut pas que les clefs de l’isthme de Suez , dont il convoite la possession exclusive, soient aux mains d’un souverain puissant. Et puis à quoi bon tant de raisons. La flotte d’Alexandrie gênait l’Angleterre dans la Méditerranée, comme celle de Copenhague la gênait dans la Baltique ; elle s’en est débarrassée.
La prospérité de Lahore , œuvre d’un autre Méhémet-Ali, Rimdjet-Sing , a duré moins encore que celle de l’Égypte. La compagnie des Indes sait que ses vastes domaines , peuplés de leurs cent cinquante millions d’esclaves, lui échapperont du jour où la misère et l’anarchie cesseront d y régner, et elle ne veut pas soutîrir de mauvais exemple auprès d’elle. Elle s’est emparée des États de Bundjet-Sing.
l’angletebbe.
n y a de Tautre côté de l’Atlantiquô, au détroit des deux Amériques , un second isthme destiné , comme celui de Suez, à servir un jour de principale voie de communication maritime entre les habitants des deux grandes divisions du globe. En conséquence , l'Angle-^ terre a dû travailler à s’assurer la possession de Fisthme américain. Du temps que l’Espagne était maîtresse de l’Amérique du Sud, l’Angleterre s’était fait concéder par cette puissance le droit de faire du bois sur un point isolé de la côte. Elle a fondé sur ce point, à Balise, un petit établissement. Puis, quand la colonie espagnole , affranchie du joug de la métropole, a prié l’Angleterre de déguerpir, celle-ci lui a répondu , en lui montrant les dents, qu’elle tenait ses droits du gouvernement précédent, et qu’elle n’avait point à traiter avec le gouvernement nouveau. L’Angleterre a acquis depuis, du reste, des droits incontestables à la possession de Balise et de toute la côte des Mosquitos. Un auguste souverain du pays lui en a vendu la propriété par acte authentique. On se trompe, quand on s’imagine que l’Angleterre s’est emparée par l’astuce et par la violence de tous les États qu’elle possède dans les cinq parties du monde, elles les a tous achetés à l’amiable , demandez plutôt aux vendeurs ; la preuve, c’est qu elle paye des rentes viagères à une multitude de souverains indiens qui lui ont cédé leurs droits, à commencer par le grand Mogol, le successeur d’Aureng-Zeb. Au surplus, de quelque part que lui viennent ses droits sur l’isthme de Panama , ce n’est pas elle qui sera embarrassée pour les faire valoir. Elle avait naguère bloqué le port de Saint-Jean de Nicaragua, Suivant les règles invariables de la poé-
DE IA FÉODALITÉ FINANCIÈRE
tique anglaise, le blocus du port est le premier acte du drame qui se termine par l’occupation définitive
du pays.
L’aristocratie anglaise n’a pas même besoin de se justifier de ces spoliations et de ces iniquités dans l’opinion publique. L’opinion de ses nationaux est pour elle. Les Anglais de toutes les classes sont persuadés que l’Angleterre a droit d’aubaine sur toutes les mers et sur tous les continents. Des navigateurs avaient découvert en ces dernières années, sur la côte orientale d’Afrique, une île d’Ichaboë, où gisait une couche de puissant engrais déposé là par les oiseaux de mer de l’époque antédiluvienne. Aussitôt les journaux anglais de prescrire à leur gouvernement de mettre la main sur le précieux dépôt. Le Sun écrit ; U Angleterre ne doit pas laisser autres nations emparer de cette tleÿ si nous n’en prenons pas possession f d'autres s’en empareront^
Loyauté, probité, sont des mots vides de sens dans la langue politique des lords; la fidélité aux traités est duperie, la trahison habileté. L’Angleterre est en paix avec la Russie, et les Anglais fournissent des armes et de la poudre aux Circassiens pour guerroyer contre la Russie. La France et l’Angleterre ont serré les nœuds de V entente cordiale^ mais pendant que les souverains des deux États se festoient, se visitent, les lords soudoient ostensiblement la résistance d’Abd-el- Kader, suscitent le Maroc con tre la France , cherchent à soulever les noirs de nos Antilles, et dressent leurs révérends Pritchards à japper contre nous. L’Angleterre est en paix avec la malheureuse Espagne; c’est elle néanmoins qui solde le chef de l’insurrection de
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la Granja, qui donne à Espartero les quatre millions de réaux dont il a besoin pour aller bombarder Barcelone , Barcelone la capitale industrielle de l’Espagne , cette cité rebelle qui est cause que la Péninsule n’est pas encore inféodée à l’Angleterre par un autre traité de Méthuen , un traité de coton. Périsse Barcelone !
Les Anglais , forcés de se retirer de Madrid pendant cette guerre de l’indépendance qui sauva la Grande- Bretagne de sa ruine, brûlèrent la plus belle des manufactures de la ville, pour lui faire leurs adieux. Il faut bien que l’industrie anglaise vive !
Je ne sache pas qu’aucune autre nation ait pesé sur le monde d’un poids aussi écrasant que la nation anglaise, ait coûté à Fliumanité autant de larmes, ait motivé autant d’accusations contre la justice de Dieu. Le Normand, le plus féroce de tous les barbares, a fait croire à l’existence de l’ogre. L’Europe continentale du moyen âge n’était pas éloignée de prendre les guerres civiles de l’Angleterrç pour les convulsions d’un peuple de damnés, La croyance générale était au XV® siècle, que Dieu seul pouvait quelque chose contre cette engeance de Satan, Un des plus grands rois de l’Angleterre, le même qui a doté sa patrie d’une religion, et qui s’en est fait pape, le roi Henri VIII prit cinq femmes et en fit assassiner trois par la main du bourreau. Les persécutions religieuses ordonnées par la vierge Élisabeth et par le puritain Cromwell, dépassent en raffinements d’atroce cruauté, tout ce que l’histoire des empereurs de Rome et de Stamboul nous avait laissé de plus édifiant dans le genre. Un des plus honnêtes écrivains de la Grande-Bretagne,
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Malthus^ effrayé du problème de Texubérance de population , déclare positivement c}ue la société peut refuser à l'enfant le droit de vivre. Ses disciples vont plus loin et développent sa thèse. Ils demandent en plaisantant qu’on décerne des récompenses nationales aux mères qui ont bien mérité de la patrie , en immolant le fruit de leurs entrailles; ils veulent que l’on dépose les restes des tendres victimes dans de somptueux cimetières patriotiques, où ces mères lacédémoniennes puissent venir respirer Vâme de leurs enfants dans le parfum des roses!... Cette théorie de la prime à l'infanticide, a obtenu quelques succès près de la population des districts manufacturiers d’Angleterre. Beaucoup de mères, dans ces pays-là, allaitent leurs enfants avec du laudanum , pour se débarrasser de leurs caresses importunes, et le procédé, assure-t-on , réussit à merveille. On trouve des potions calmantes, selon la formule y toutes préparées chez les pharmaciens d’outre Manche.
Laissez faire nos économistes de France, et ils en arriveront bientôt à de semblables théories. Il ne se dit pas une sottise en Angleterre qui ne trouve son écho chez nous.
Cette misère des prolétaires anglais, entassés dans les bagnes industriels, est donc bien affreuse, bien horrible, qu’elle poxvienne à éteindre jusque dans le cumr de la femme le sentiment de l’amour maternel? — Oh ! oui , bien affreuse, bien horrible; prêtez l’oreille aux récits touchants de Dickens... Mais que voulezvous, il faut que cela soit ainsi pour qu’un lord d’Angleterre porte à son doigt, dans une cérémonie publique , un diamant d’un million , et que tous ceux de
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sa caste puisseat s'écrier dans un accès de frénésie orgueilleuse : La vigne ne croit pas en Angleterre , et nous buvons le vin de toutes les nations!
Le vin de toutes les nations, c’est vrai; et aussi le sang et les sueurs de la nation anglaise , milords , car c’est la misère de vos vassaux qui fait votre richesse ; c’est leur entassement dans les cités qui augmente le prix de toutes les denrées alimentaires que vous seuls produisez^ milords, et qui diminue par la concurrence des bras le prix de tous les objets de luxe que vous seuls consommez, milords! C’est pour vous seuls, milords, que l’enfant est attaché chaque jour, pendant seize heures, au service d’une machine aux poumons de fer qui ne se fatigue jamais^ attaché seize heures !... un enfant, une pauvre créature humaine pour qui sa faiblesse devinait inspirer pitié! C’est pour vous, milords, que le fouet du contre-maître est attentif à corriger la paresse de cet enfant qui succombe au sommeil.
Les souffrances de ces malheureux sont si vives, qu’elles attendrirent un jour le cœur de lord Ashley, un homme pieux. Lord Ashley intercéda auprès de ses collègues pour obtenir une loi qui réduisît de deux heures le travail des enfants dans les manufactures. C’était tout simplement demander à l’Angleterre qu’elle signât son arrêt de mort. La motion de lord Ashley fut rejetée sur un discours fort sensé de sir RobertPeel, le premier ministre, qui démontra péremptoirement que le moindre témoignage de pitié , que le moindre adoucissement apporté aux souffrances de l’enfant, mettrait infailliblement l’Angleterre à deux doigts de sa perte. L’orateur disait vrai, la machine est le cœur de l’Angleterre , et cette machine ne peut cesser de
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battre un seul instant sans que l’asphyxie de l’État ne s'ensuive. Les destinées de la Grande-Bretagne n’ont jamais tenu qu’à un fil.
Du reste, aucun orateur, dans ce débat, ne songea à nier les tortures que subissait l’enfant dans les fabriques. Ce n’était pas là l’important.
Les lords anglais, à l’exemple des patriciens de Rome , ont supprimé dans ces derniers temps la petite culture qui occupait trop de bras, et ils l ont remplacée par la grande culture , les prairies , les pâturages : Pascua, pascua..» Le marquis de Statford a chassé de ses domaines vingt mille paysans qui y trouvaient à vivre , et les a remplacés par des troupeaux de moutons qui coûtent moins de frais de logement et qui rapportent plus. Ce système adopté d’enthousiasme, par un grand nombre de lords et par MM. les économistes, partisans du revenu net, a douloureusement augmenté la misère des classes manufacturières , en rejetant dans les villes des masses de travailleurs ruraux qui sont venus offrir leur travail au rabais, en concurrence des industriels. Mais la mesure a accru les revenus des grands seigneurs terriens , en réduisant leurs dépenses. C’était là l’essentiel. Qu’importe ensuite que le pavé des villes soit foulé par quelques milliers de meurt de faim de plus ?
Des hommes religieux que ces lords!... et de zélés propagateurs de la Bible , et qui croiraient offenser Dieu de travailler le dimanche , et qui ne souffrent pas qu’on maltraite les créatures du Seigneur, les chevaux, par exemple. Il est vrai que les chevaux que la loi anglaise déclare inviolables, appartiennent à l’aristocratie, et que les enfants qui travaillent seize heures
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par jour dans les manufactures ne sont pas de sang noble. 11 est défendu de frapper un cheval en Angleterre , mais on y peut tuer un homme à coups de poing; même les journaux annoncent à Tavance ces tueries.
Les mineurs du comté de Newcastle étaient las, Fautre année, de travailler nuit et jour pour enrichir leurs maîtres , des ingrats qui ne leur laissent pas même de quoi vivre en retour de leurs peines; ils eurent Faudace de demander, comme les ouvriers de Lyon, à vivre en travaillant, c’est-à-dire qu’ils exigèrent une augmentation de salaire. La prétention était étrange , anarchique surtout. Le marquis de Londonderry, révolté de tant d’impudence , fulmina aussitôt un ukase paternel qui défendit à tous les débitants de ses miles et de ses bourgs, de rien vendre aux insurgés juSqu’à ce qu’ils fussent rentrés dans le devoir.
Ah! que Voltaire et Montesquieu savaient bien ce qu’ils faisaient, quand ils allaient en Angleterre pour voir des hommes libres M 11 n’y a que cette Grande- Bretagne protestante pour produire des Hudson-Lowe et des maîtres philanthropes qui interdisent à leurs serfs le boire et le manger!
Et l’on espère que ces lords, si durs, si impitoyables à ceux de leur nation, se relâcheront pour les étrangers de leur infernal égoïsme. Folie! déception ! Mais ouvrez donc les yeux à la lumière du jour, et regardez :
• « Le 1 1 juillet 1846 , est mort le hussard Frédérie John White 'par les effets mortels d’une cruelle et barbare flagellation qu’il a reçue le 15 juin dernier, dans la caser Jie de cavalerie , à Heston. »
(Verdict du jury.)
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L’Angleterre achetait du thé à la Cliine chaque année pour des sommes énormes. Le commerce de la compagnie des indes avait besoin d’un objet de retour pour balancer cette dépense de numéraire. Elle trouva ce précieux moyen d’échange dans l’opium. Mais l’opium est un poison, et l’empereur de la Chine prohiba à l’entrée de ses États la denrée vénéneuse. Jamais certes prohibition ne fut plus légitime ni plus sainte; mais l’édit de l’empereur portait un coup terrible aux intérêts de la compagnie des Indes. L’Angleterre a armé pour défendre les intérêts de ses marchands; elle a réduit l’empereur, qui voulait sauver ses peuples du poison, à opter entre ce poison et la destruction de toutes ses villes. L’empereur a offert un tribut annuel de trente millions; mais ces trente millions ne faisaient pas le compte de la compagnie des Indes. Alors les villes du céleste empire ont été incendiées , et l’opium a vaincu. Parmi toutes les nations de l’Europe qui se disent chrétiennes, pas une n’a protesté par la voix de ses souverains contre celte effroyable abus du droit du plus fort; le chef de la chrétienté lui-même a gardé le silence. Il y a longtemps que le Dieu de l’Evangile n’a plus de vicaire ici-bas! Le vicaire du Christ^ c’est un vieillard qui emprunte aux juifs, qui proteste contre les chemins de fer et qui donne sa bénédiction aux bourreaux do la Pologne catbobque.
Cependant ces memes chrétiens expédient chaque année vers la Chine des missiomiaircs zélés, pour y pieclier la parole du Christ et pour y subir le martyre.
je voudrais bien savoir ce que ces apôtres courageux pourraient avoir à répondre à l’idolâtre qui
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leur tiendrait ce langage : « Yons dites que votre religion est une religion de charité et de paix# vous mentez, car les barbares rouges (Anglais) sont vos Irères, et votre Dieu les autorise à aller jusqu’aux extrémités du monde , incendier les cités et empoisonner les peuples. »
Il manque à nos atlas une carte instructive dont je recommande la confection à quelqu’un de nos habiles éditeurs : ce serait une mappemonde sur laquelle seraient signalées, par des taches de feu et de sang, tous les endroits du globe où des hommes s’entretuent.
Promenez par la pensée vos yeux sur cette carte : cherchez bien de la baie d’Hudson à la Terre de Feu, du Spitzbergà Ceylan, du Cap IXord à celui de Bonne- Espérance, de Canton à Saint-Jean d’Acre et au cap Finistère... Partout, à de bien rares exceptions près, \mus reconnaîtrez que la tache rouge est l’empreinte du sang versé par des Anglais. Là où l’Anglais ne guerroie pas pour son propre compte , comme dans l’Afrique du ïNord, sur les rives de la mer Caspienne ou de la mer Noire, c'est lui qui vend les armes et la poudre avec lesquelles on se tue. Il existe dans la noble cité de Londres, foyer de la propagande biblique , un certain nombre de manufactures de fusils de pacotille, d’armes qui ne peuvent se placer que chez les peuplades sauvages de l’Afrique centrale, de la Nouvelle- Hollande ou de rOcéanie. Quelquefois ces marchanda ont vendu leurs cargaisons à des populations en guerre avec la Grande-Bretagne. Pour mettre leur conscience en repos et concilier leur intérêt mercantile avec leur patriotisme, ils disent et ils prouvent que ces armes de rebut ne peuvent être dangereuses que pour ceux
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qui s’en servent. C’est aussi la ville puritaine de Londres qui a le monopole de la fourniture des idoles pour tous les pays du monde. — Tient idoles , faux dieux et généralement tout ce qui concerne son état y le tout à des prix modérés, . . .
Ah ! j’ excuse les nations opprimées dont la foi religieuse chancelle J j’excuse les travailleurs affamés qui doutent de la Providence divine. La justice du Seigneur est aussi trop lente à frapper.
Ils sont là derrière les roches blanches de leur île , un millier de familles au plus, une nichée de vautours, que le génie du mal tient attachés sur les flancs de rhumanité pour boire son sang et déchirer ses chairs. C’est pour nourrir le faste insolent de cette poignée de despotes, c’est pour servir à ces vautours insatiables leur curée quotidienne , que tant de crimes se commettent sur la terre, que tant de nations s’égorgent, que tant de vaisseaux se perdent sur les mers, que les quarante millions de bras des machines anglaises travaillent jour et nuit, que l’opium se récolte, que l’Irlandais et le Saxon sont réduits à se jeter sur les grossiers aliments que les pourceaux dédaignent. Il y a des siècles que cela dure , et les lamentations des peuples n’ont pas encore monté jusqu’à Dieu, et ce Dieu des opprimés n’a pas encore suscité parmi ses fidèles un orateur inspiré, à la parole ardente, pour prêcher la croisade contre ces bourreaux de la terre ! Seigneur! rendez l’entendement et la vue aux conseils des puissances, et que votre justice ne se retire pas plus longtemps de vos malheureux peuples î
Le monde ancien a applaudi à la chute de Carthage, 1 Albion d autrefois , la souveraine des mers ! Quels
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crimes odieux avait donc commis Carthage, pour que le monde ancien applaudît à sa destruction? Rompu quelques traités.,., porté en Italie le fléau de la guerre. Mais quels traités l’aristocratie anglaise n’a-t-elle pas rompus? Quelle foi n’a-t-elle pas violée? En quels lieux si lointains du globe n’a-t-elle pas porté le fléau de la guerre? Et ne s’élève-t-il pas contre elle de tous les lieux du monde où Ton souffre, assez de gémissements et.de malédictions? Et l’aristocratie anglaise n‘a-t-elle pas assez provoqué la vengeance des peuples et la justice du ciel, pour que la longanimité des patients soit à bout, pour qu’un tribunal de souverains s’assemble et prononce contre la coupable laformidabie sentence : Delenda Carthago.
C’est que l’occasion aujourd’hui, voyez donc, est si belle ! ces millions d’Irlandais ravalés à la condition de bétail affamé qui demandent à vivre et promènent par les rues leurs guenilles éloquentes; ces millions de prolétaires anglais, nos frères de souffrance et qui attendent le jour de l’affranchissement comme nous.... La Chine qui s’instruit dans l’art de détruire, à l’école de ses vainqueurs; rindoustan, l’Égypte, le Canada, l’Espagne^ le Portugal, tous ces Étals démantelés, rognés par l’Angleterre et qui rongent en silence le frein de la servitude; la France, la Plollande qui ont à demander compte à rusurpatrice de tant de rapines et de spoliations ; la Russie, l’ennemie-née des maîtres de l’Asie; l’Allemagne, les États-Unis d’Amérique qui ont à poursuivre le redressement de si nombreux griefs.... Et la science, qui donne à présent des ailes aux navires pour les faire pénétrer jusqu’au fond des plus impénétrables asiles. — Et la sympathie de tous
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les peuples qui ont une âme pour compatir aux souffrances des races opprimées.
Sans doute, voilà bien tous les éléments d\me coalition vengeresse et d’une sainte croisade !
Mais d’où partira aujourd’hui le souffle inspirateur assez puissant pour rallier contre la tyrannie des lords, toutes ces haines légitimes ! C’est le juif, c’est l’ami de l’Anglais qui règne et qui gouverne en France, ùhî les grands souverains de ma patrie, Richelieu, Louis Xi V, Napoléon, où êtes-vous!...
Car ce sera, croyez-le bien, une tache originelle, une tache indélébile peut-être pour le gouvernement français issu de la révolution dernière , d’avoir été salué à son avènement par les cris d’allégresse de l’aristocratie anglaise,... et Thistoire enregistrera ces acclamations des tories comme un éclatant témoignage de la férmeté et de la nationalité de la politique extérieure de la Restauration. L’histoire dira encore que cette nation française qui s’était proclamée un jour Vamie de toutes les nations opprimées^ mentit après 1 830 à sa mission sainte et à sa déclaration solennelle. Elle n’aura pas non plus assez de flétrissures pour les auteurs du pacte secret conclu entre les embastilleurs de Paris et les persécuteurs d’O’Connell. Mais alors une voix juste s’élèvera pour dire qu’il n’y avait plus de royauté en ce temps-là en France, et que c’étaient les juifs qui la tenaient asservie.
Est-ce à dire maintenant que cette tyrannie des lords soit posée sur des fondements impérissables, et que le bon génie des peuples n’en puisse venir à bout sans une nouvelle intervention de Dieu. Non pas vraiment, grâces au ciel, car toute politique inhu-
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maine porte en soi le germe de sa ruine et son propre châtiment.
Ainsi , tant qu’a duré la loi des pauvres, le tna'nu-
facturipr d’Angleterre a eu sur le manufacturier’ dû continent un avantage immense, celui de produire^à meilleur iriarché. Le fabricant anglais produisait à meilleur marché que ses rivaux, par la raison qu’il n’était tenu de payer à ses ouvriers qu’un minime salaire , la loi des pauvres se chargeant de parfaire le prix de la journée de ceux-ci. Alors le plus touchant accord existait entre la propriété foncière et l’industrie manufacturière, et le fabricant ne songeait aucunement à se plaindre de la franchise du sol , privilège de l’aristocratie. Mais la loi des pauvres vint à être supprimée. Le fabricant fut désormais obligé de fournir sur ses hénép^cesy un salaire suffisant à ceux gui travaillaient pour lui. Aussitôt cette obligation douloureuse réveilla dans son coeur les sentiments de philanthropie et d’équité qui y étaient demeurés assoupis^ tout le temps qu’il lui avait été loisible d’exploiter indignement le travailleur. Il commença à trouver le prix du blé un peu cher le peuple' puis il attribua la cherté des céréales aux lois de douanes conçues dans l’intérêt exclusif des propriétaires fonciers, c’est-à-dire des lords. Bref, le manufacturier anglais s’occupe en ce moment à démolir ces lois de douanes qui sont le palladium de l’aristocratie, et nul doute qu’il ne parvienne à les renverser, avec l’aide des chartistes et du peuple. Les lords ont déjà été au-devant des concessions, en consentant à subir provisoirement une taxe déguisée de la terre ( income-tax) J et voici que la nation vote des statues
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à Cobden. L’aristocratie anglaise est déjà menacée par ce côté de sa nuit du 4 août.
Seulement ce que nos économistes ignares ne veulent pas ou ne peuvent pas comprendre , c’est que nous autres du peuple, nous n’avons point à prendre cause dans ces batailles entre l’aristocratie’de comptoir et l’aristocratie de naissance. La ligue a obtenu la libre importation, soit! cela veut dire que la coalition des grands propriétaires a amené pavillon devant celle des grands capitalistes, des grands industriels; mais cela ne veut pas dire que la coalition des capitalistes ait amené pavillon devant la coalition des travailleurs. Or, toute la question est ici. Le lendemain du jour où ils votaient des millions et des statues à Cobden , les manufacturiers anglais réduisaient le taux des salaires de leurs ouvriers. Jamais mystification ne fut aussi complète.
Cependant il est pour l’établissement anglais tout entier un péril bien autrement imminent, inévitable surtout, L’Angleterre, en tuant le travail chez tous les peuples, pour faire de ceux-ci des consommateurs, c’est-àdire des tributaires de son industrie , a tué la richesse de ces peuples. Elle a tari conséquemment les sources de la consommation elle-même ; d’où cette conséquence , qu’il faut qu’elle périsse de faim tôt ou tard , au milieu de ses monceaux de richesses manufacturées. Et le jour de l’événement n’est pas loin; car tous les progrès de la science mécanique, toutes les alliances douanières nous en rapprochent. Et ce jour-là sera 1 ère de l’affranchissement des travailleurs et des esclaves dans tous les pays du monde; et les prolétaires des deux côtés de la Manche se tendront une
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main désormais amie et fraternelle , et le souvenir des vieilles discordes des deux peuples s’éteindra dans la joie de l’émancipation commune : voilà pourquoi j’appelle ce jour-là de tous mes vœux.
La France a reçu mission de Dieu d’émanciper tous les peuples, même l’anglais.
D’après tout ce qui vient d’être dit, il devrait suffire en France qu’un principe de réforme politique ou commerciale fût reconnu provenir de la Grande-Bretagne, pour être à l’instant même, et rien que sur l’étiquette, repoussé et honni. Cette répulsion serait d’autant plus rationnelle, que jamais l’Angleterre n’a commis la sottise de s’appliquer à elle-même les théories qu elle débite aux autres nations. C’est l’Angleterre qui a émis par le monde les idées les plus larges de liberté commerciale , et il n’y a pas de nation qui ait plus abusé qu elle de la protection douanière et de la prohibition. Elle n’a jamais réclamé l’abolition des tarifs que pour les objets manufacturés sur lesquels les industries étrangères ne pouvaient soutenir la concurrence avec la sienne. Tout ce que nous faisons mieux que les Anglais, est prohibé chez eux, et il n’y a qu’à consulter le texte de leur législation des céréales , pour savoir à quoi s’en tenir sur la sincérité de leur libéralisme commercial. S’ils sortent aujourd’hui de leur fort, c’est la faim qui les en a chassés, soyons-en bien certains, et défions-nous de ces dégrèvements forcés de tarifs que sir Robert Peel a menacé de déchaîner contre toutes les indu-
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Stries des nations continentales. Quand les Anglais prononcent les mots de liberté ou de concurrence y nos oreilles doivent toujours entendre monopole et accaparement. Leur liberté commerciale, c’est la guerre à coups de machines et à coups de capitaux; comme ils ont dix fois autant de machines et de capitaux que nous, ils sont sûrs de la victoire, et voilà pourquoi ils demandent la bataille. Inutile d’ajouter que, sur cette question comme sur les autres, les économistes de rinstitut sont pour eux.
C'est pour cela que j’ai si longuement insisté sur Lorigine de la théorie du fjouvernement^ulcere y si chere à la nation française. Il est plus que probable que si les philosophes et les hommes d’Etat qui nous ont gouvernés pendant cinquante ans, avaient dit à ce SU“ jet toute la vérité au pays, lui démontrant, preuve en main, que l’aristocratie anglaise n’avait semé les idées antimonarchiques en France, que pour nous donner de l’occupation chez nous, et afin de profiter de nos embarras intérieurs pour s’emparer de la domination des mers et du commerce du globe; il est probable, dis -je, que les sympathies du peuple se fussent rapprochées bien plus promptement de la royauté en France ; et cet accord de la royauté et du peuple eût rendu rapides et faciles toutes les tentatives d’améliorations générales; car, encore une fois, la royauté n a rien à craindre de ces améliorations , et la prospérité des travailleurs est au contraire la meilleure garantie de sa stabilité.
^ J ai dit l origine de la théorie du gouvernem,ent-ulch'e, J essayerai de démontrer dans le prochain chapitre, à 1 aide de preuves tirées de notre propre histoire , que
t’ANGtETBftRE
les progrès des libertés populaires en France ont suivi constamment une marche parallèle à celle de Tautôrité royale, et qu’il n’est pas une des victoires remportées par le principe monarchique qui n’ait profité directement au peuple. La solidarité de ces deux intérêts est même si intime dans l’histoire de France , qu’il est vrai de dire que l’histoire des misères et des prospérités de la nation française n’est que la copie de l’histoire de la bonne fortune et des mauvais jours de ses rois.
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