CHAPITRE III
Marche parallèle des libertés populaires et des contiuêtes de la royauté en Vrance. — Solidarité des deux Intérêts luonarcbiquc et dcniocratlque.
Je ne connais pas d’histoire qui donne d’aussi éclatants démentis que la nôtre au principe hérétique et absurde , que les gouvernements sont les ennemis-nés des peuples. Il faut que les professeurs de TUniversité qui nous forment soient de bien terribles démolisseurs de vérités , pour que l’enfant qui sort à vingt ans de leurs mains ne soit pas pénétré, jusqu’à la moelle des os, de l’évidence de cet axiome contraire : que Pintérêt du peuple a toujours été solidaire de Vintérêt de la royauté en France. Il faut chez la masse de la population française, ou une bien profonde ignorance de sa propre histoire , ou un grand fonds d’ingratitude , pour expliquer le nombre des prosélytes que le dogme insensé des économistes a recrutés dans son sein. Les encyclopédistes qui ont assassiné Louis XVI , en écrivant que V histoire des rois était le martyrologe des nations , étaient plus anglais que fran- , ç,ais. C’étaient des réformateurs animés d’une philanthropie sincère, je le sais, mais qui voulaient détruire l’autorité monarchique en même temps que 1 autorité religieuse , et qui s’étaient faits protestants en politique , parce que l’histoire de Cromwell et de
SOLIDAÎUTÉ DES INTÉRÊTS MONARCH. ET DÉMOCRAT. 77
Luther leur avait dit que le protestantisme était la plus formidable machine de guerre qu’on pût employer dans ce double but. Le mensonge odieux de Diderot se débitait dans le même temps et dans les mêmes lieux que la Pucelle de Voltaire, ce livre infâme, que son au teur composa pour flatter T orgueil de Faristocratie britannique , et pour lui immoler la plus touchante et la plus noble héroïne de notre histoire nationale. Voltaire comprenait Fhistoire de France, comme il a compris celle de Rome, quand il a fait, dans une de ses plus médiocres tragédies, un tyran de César, de César T homme du peuple ^ V ennemi mortel de V aristocratie , et quand il a transformé en jacobins et en sans-culottes les Cassius et les Brutus, c’est-à-dire les chefs de Faristocratie romaine, les Polignacs et les d'Èpernons de ce temps-là. Il n’y a pas aujourd’hui, dans nos collèges de province, un élève de sixième qui ne soit en état de faire la leçon sur ce texte à Voltaire. Mais Voltaire a rendu à la cause de la liberté et de l’humanité tant et de si grands services , qu’il faut bien F excuser de Favoir trahie une fois. 11 aimait peu les juifs et ne les estimait guère plus.
Suivons donc dans notre histoire le développement parallèle et synchronique de la puissance monarchique et des libertés populaires , en prenant soin de ne nous arrêter qu’aux stations principales.
Le grand empereur Charlemagne , protecteur de FÉglise, des savants et des clercs, chasse de son palais les fils de ses leudes qui ne profitent pas des leçons qu’il leur fait donner, et distribue les emplois
DE Ï.A FÉODALITÉ FINANCIÈRE
mx enfants du peuple qui font preuve de capacité. La nation commence à respirer à l’abri de son sceptre puissant , les lettrés que l’empereur attire à sa cour de tous les coins de l’Europe, et notamment de l’Irlande, s’appliquent à tirer les peuples de leur barbarie. Les sciences et les arts, éléments primordiaux de toute émancipation des industrieux , jettent déjà une faible lueur sous ce règne.
Charlemagne mort, l’échafaudage de ses institutions s’écroule avec lui. Le pouvoir royal tombe en quenouille, dans les mains de ses faibles successeurs, et aussitôt la féodalité nobiliaire s'organise. Et voilà, par la mort seule d’un chef, la nation française vouée pour huit siècles à la tyrannie de la féodalité. Avec la grande royauté de Charlemagne sont morts les droits du peuple. Car les héritiers du puissant empereur, n’ayant plus le poignet assez fort pour comprimer comme lui l’essor des nationalités diverses, que la victoire avait brisées et tordues sous son joug, la vaste monarchie carlovingienne se désagrégé et se dissout. Les Normands profitent de la confusion générale pour s’insinuer au coeur de nos provinces par toutes les artères Üuviales; et le peuple des campagnes, obligé de recourir à la protection des comtes contre les invasions des forbans de la Baltique, aide de ses propres mains a bâtir ces châteaux forts où le despotisme féodal doit s asseoir pour huit siècles.
Ces pirates normands de qui T invasion eut de si fâcheuses conséquences pour les libertés de l’Europe entière, font bien souche, n’est-ce pas, à ces lords anglais dont la tyrannie pèse si lourdement aujourd’hui sur \ humanité. Les fils u’ont pas dégénéré des pères ,