CHARITÉ
vaillent sont presque exclusivement des juîfs (*). La plus ancienne maison de reliure et de stéréotypie de la Russie a été fondée en 1789, à Vilna, par des juifs; actuellement, elle est ruinée par les mesures de persécution. Elle a occupé jusqu'à 200 ouvriers, tous juifs (*). Ce sont des juifs qui ont fondé les premières fabriques de drap da,ns la région de Biélostok,des juifs qui ont créé en Russie l'industrie de la teinture et de l'apprêt des fourrures (3), des juifs qui ont introduit à Odessa, au dire de Soubbotine, seize branches nouvelles d'industrie (+), — et nous sommes loin d'avoir épuisé la liste.
La charité des Israélites est connue et il y aurait mauvais goût à leur faire un mérite d'une vertu qui est en même temps une joie. Mais il sera permis d'ajouter que la charité juive ignore les restrictions confessionnelles. Pendant la disette, Tan dernier, des israélites secourables ont ouvert à Bieltsi, à Akermane, à Oumane, des ^restaurants gratuits où le service était fait par des dames juives : les pauvres de tous les cultes y étaient également bien reçus et mangeaient fraternellement côte à côte (5). L'année d'avant, on s'en souvient, le maire de Moscou avait brutalement exclu des hôpitaux les malades israélites. Nous laissons les réflexions au lecteur
(1) Weber et Kempster, pp. 86, 121, 131.
(2) Ibid.y p. 93.
(3)/6îW.,pp. ii3i.27- (4) Cité par^X. Chmerkin, Les Juifs et les Allemands en Russie^
Paris, 1893, p. 39. (5) Odesskt Listoky 26 octobre/7 novembre 1892.
* 1 V, ^ ^ -.^ ÉLÉMENTS DE PROGRÈS IS>. ^ ^'^^fT> ,
La charité peut aller jusqu'à l'héroïsme. Faut-îl rappeler ici qu'au milieu du désarroi général causé à Odessa, en 1812, par l'apparition de la peste, ce fut un juif, Roublef, qui accepta du duc de Richelieu, alors gouverneur de la province, la mission périlleuse de donner la sépulture aux morts, d'organiser les secours aux malades, d'opérer le ravitaillement de la ville affamée? Roublef s'acquitta de cette tâche avec un dévoûment sublime, et la peste diminua bientôt. Il refusa toute récompense.
Après tant de faits, on peut, certes, conclure que les juifs ont rendu quelques services à la Russie, qu'ils lui en rendent encore sans cesse. Partout ils se sont montrés facteurs de prospérité et ferments de progrès. Leur activité retentit favorablement autour d'eux, et les Russes, un peu indolents, ont tout profit à retirer de cet exemple et de cette contagion. La richesse de la Russie méridionale, notamment l'importance commerciale d'Odessa, est en grande partie l'œuvre des juifs. On estime qu'ils ont fait construire dans cette ville les trois quarts des fabriques et des maisons.
La population des villes représente en France et en Allemagne environ 30 p. c. de la population totale, en Angleterre près de 45 p. c. Dans la Russie d'Europe, elle forme 11.2 p. c. seulement. S'il est vrai que le progrès d'un pays part surtout de ses villes, les hommes d'État russes ne commettent-ils pas vis-à-vis de leur patrie une faute impardonnable en paralysant par des lois d'exception les deux cinquièmes de la population