‹ Les Juifs russes: Extermination or émancipation?Chapitre 4 sur 125 · JUIFS DE POLOGNE · texte numérisé non relu

JUIFS DE POLOGNE

tuèrent en Pologne la classe bourgeoise et laborieuse, intermédiaire entre la noblesse guerrière et les paysans encore asservis. Les témoignages contemporains constatent la prospérité des juifs polonais d'alors, leur aptitude à l'agriculture, au négoce, ainsi qu'aux travaux littéraires et scientifiques. « Aucune coiffure particulière, écrivait le nonce Commendoni, aucun signe apparent ne les distingue des chrétiens; ils sont soldats, ils portent l'épée, bref, ils vivent sur un pied d'égalité complète avec les autres habitants du royaume • (*).

Vers le milieu du xvii^ siècle, Thetman des cosaque» Chmlclniki, secondé par des T^tars et des Russes, triompha des Polonais dans trois campagnes et traita les juifs, comme les catholiques, avec la dernière rigueur. Dans une seule ville, 10,000 juifs furent massacrés. Les israélites de la Pologne ne se relevèrent pas de ces désastres, qui coûtèrent la vie, dit-on, à plus de 200,000 des leurs. Mais la populationjuive resta très nombreuse en Pologne et, quoique devenue misérable, ne laissa pas de s'y multiplier encore.

L'extension de la Russie vers l'ouest et le sud, qui caractérise son histoire politique au xviii® siècle, la conduisit à incorporer dans son empire un très grand nombre d'israélites. Tant en Pologne qu'en Crimée, les conquérants russes trouvèrent des juifs qui y demeuraient depuis des siècles. On ne peut donc raisonnablement parler d'une invasion des juifs en Russie : c'est la Russie qui, au xviii® siècle et de notre temps, a envahi des régions peuplées en grande partie par des juifs.

(*) Graetz, Gcschichie der Judm, t. IX, pp. 6y^ 480.

lO ALEXIS. — ELISABETH

Attitude des souverains de la Russie envers les juifs jusqu'au XIX^ siècle.

Les souverains de la Russie ont de bonne heure témoigné aux israélites une hostilité et une méfiance en accord avec les préjugés de leur temps. En iiio, les juifs qui se trouvaient dans TEmpire naissant furent l'objet d'une mesure d'expulsion et durent se réfugier en Pologne. Le second des Romanoff, Alexis Mikhaïlovitch, décréta la peine de mort contre quiconque convertirait un chrétien au judaïsme. En i65o, il repoussait la demande d'un roi dé Pologne, qui sollicitait pour ses sujets juifs le droit de pénétrer en Russie et d'y faire le commerce. En 1749, l'impératrice Elisabeth fit chasser de Russie son médecin, Sanchez, qu'elle avait depuis dix-huit ans à son service, parce qu'elle apprit tout à coup qu'il était juif. Sept ans auparavant, en 1742, un ukase impérial avait expulsé tous les israélites des États russes.

CATHERINS II II

La « question juive » ne commença toutefois à prendre en Russie un caractère aigu que lorsque les agrandissements du jeune Empire eurent englobé dans ses frontières des provinces où rélément israélite était très nombreux. La grande Catherine, par son éducation philosophique, était portée vers la tolérance, mais le vieil esprit moscovite, dont elle ménageait les susceptibilités, lui interdisait d'aller trop loin dans cette voie. Quand, en 1769, l'Empire se fut augmenté de la Russie Blanche, territoire où les communautés juives se comptaient par centaines et où elles avaient joui jusque-là d'une certaine liberté, la tsarine ne put songer à appliquer l'ukase de 1742 qui aurait eu pour conséquence le refoulement de tous les juifs nouvellement annexés au delà des frontières. C'eût été ruiner d'un coup ces provinces, où l'activité commerciale et industrielle était surtout entretenue par les juifs. On leur permit donc de rester. L'auteur le mieux renseigné sur l'histoire de la législation relative aux juifs, M. de Gradovski, conseiller d'État, soutient même, pièces en mains, que Catherine II avait effectivement accordé aux juifs tous les droit§^ des autres sujets russes et qu'elle voulait leur émancipation à peu près complète Q). Mais, sous prétexte d'interpréter les intentions de l'impératrice, le Sénat n'en prit pas moins des mesures restrictives : les ukases sénatoriaux de 1786, de 1791, de 1794, sont l'origine des calamités dont souffrent actuellement les israélites russes. Le Sénat leur interdit

(*) N. DE Gradovski, La situaiion légale des israélites en Russie, trad française, 1. 1, Paris, 1891, pp. 72-76, 99-100, 106-107.

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