PROCÉDÉS DE LA POUCE
un journal russe déclare que les restrictions imposées aux Juifs n'ont d'autre effet que de fournir des revenus aux autorités chargées d'appliquer ces lois (^)p
Nous possédons à ce sujet des détails édifiants. Des officiers de police se font fournir par les tailleurs juifs des vêtements qu'ils ne payent pas; sur 100,000 roubles damendes versés parles juifs à la police, 14,000 à peine entrèrent au Trésor, le reste n'y arriva jamais; lors des expulsions de Moscou, la police fît savoir à un M* Rabbinovitch que, moyennant 50 roubles, on prolong^erait son délai de six mois; ua autre était obligé de payer 500 roubles par an pour rester « en bons termes avec la police » ; etc, etc. On a assure à MAU Weber et Kempsterque la moitié des revenus de la classe moyenne juive passait à la police! (^)-
L action démoralisante de ce « chantage » continuel est aisée à prévoir. Ce sont les juils les moins estimables qui sont toujours le moins molestés : ils ont de trop bons amis parmi la police, Ainsij les quelques centaines de canailles que Ton compte parmî les juifs russes, tenanciers, usuriers ou receleurs, qui servent de prétexte à une persécution générale, sont précisément ceux que l'on épargne :
Dat veïiiam corvîs, vexât censura columbas*
Le paysan russe n'est pasj en général, hostile aux Israélites, Mais le redoublement de rigueur officielle fa amené, peu à peu, a la conviction que cette minorité est
(j) La Semaine, 7 sept. 1890- /
(3) Webeb et Kempstes, p. 56, 90, 25, 44, etc.
ICO PILLAGES £N 189I
hors !a loi, et,' après les expulsions de Moscou, de Kîe?, de Saint-Pétersbourg, il devait ncccssairemcnt se croire tout permis contre elle. On en eut bientôt la preuve. A KharaïevOt dans le district dMnaniev (Kherson), les relations entre juifs et chrétiens avaient toujours été cordiales, nième pendant que se produisaient ailleurs en Russie les scènes de sauvagerie de iHSi et 1882, Subitement, dans la nuit du 10 au 11 Juin 1S91 — deux mois après les battues de Moscou — la foule se mit à casser les vitres des maisons Israélites, força les portes^ saccagea tout ce quelle trouvait. Un mot d'ordre devait avoir été donné, car, des tentatives analogues ont eu lieu, à la même heure, dans d autres bourgades du même district. Le bruit courait avec persistance que les israèlites allaient tous être expulsés de Russie et qu'on pouvait, en attendant, les piller et les tuer sans danger. Dans le village de Mariano Tchlodarevka, commune de Stepanovk, le fila du maire répandait la nouvelle que son père conservait dans le coffre-fort de ! administration communale T ukase du tsar ordonnant 1 extermination des Israélites : ce fait est mentionne dans un procès- A^erbal de la police, du 12 juin 1891 ►
Elisabcthgrad, déjà ti\;s éprouvé en 1883, fut soumis de nouveau au pillage, le 26 juillet 1891, Plusieurs miU liers de paysans se réunirent, se concertèrent, se ruèrent sur les boutiques juives, volèrent et brisèrent tout. De nombreux israèlites furent blessés et trois, tués,
Le 1 1 octobrCjCe fut le tour de Starodoub, gouvernement de Tchernigov. Les émeu tiers, gorgés de vin, se livrèrent à touï les excès. Bientôt, les paysans des villages
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PILLAGES EN 1892 lOI
voisins accoururent, informés de ce qui se passait : ils emportèrent quantité d'objets voles, entassés sur des charrettes. L'émeute, aggravée par des incendies, ne prit fin que le lendemain (^). Le nombre des israélîtestuésa été, dit-on, de 30; celui des blessés, de près de 500.
Des désordres ont eu lieu encore Tannée suivante» en divers endroits. A Jousovka,dansle gouvernement d'EkatèrinosUiv, ce fut épouvantable. Le 2 et le 3 août 1893, tout le quartier juif fut littéralement mis à feu et à sang. D'après les estimations données par les Awialcs gouvernementales d Ekatcrinoslav , les pertes éprouvées par les israélites dépassèrent un million de roubles : 180 magasins juifs furent pillés, la synagogue et 57 maisons juives, saccagées et incendiées. Les émeutiers parcouraient la bourgade en brandissant des torches enflammées et en cherchant des israélites pour les mettre à mort. Un grand nombre de ceux-ci furent maltnutés et grièvement blessés.
Peu de mois après ces scènes honteuses, l'administration, mettant le comble au désespoir des malheureux déjà ruinés par le pillage, baptisait du nom de village la bourgade de Jousovka, impliquant ainsi Texpulsion de 300 familles israélites. On se rappelle la circonstance fortuite et bizarre qui a empêché rcxécution de ce décret {^).
Non pas que l'on puisse accuser le gouvernement d'avoir, comme en i88i, encouragé les troubles par son
(I) Berhner Ja^ehîatt, 26 octobre 1891.
(«3 Voyez plus haut, p. 45.