I04 MISERE A VILNA
haute impartialité mérite la première place, disent qu'ils ont quitté Vilna, après Tenquête qu'ils y ont faite sur Tétat des Juifs, « en emportant l'impression inoubliable d*unc misère telle qu'ils n'en avaient jamais vu de semblable et comme ils espèrent ne plus en revoir » (^). Leur dernière visite dans cette ville avait été pour une manufacture de bas tricotés, où sont employées trente jeunes lilles juives. Elles gagnent 40 kopeks (à peine un franc) pour 14 heures de travail par jour. Leur aspect est des plus misérables. Leurs yeux ternes, leur air triste, leurs membres amaigris, disaient assez combien elles souffrent de la faim perpétuelle et de l'excès de travail. Non loin de là existe une scierie à vapeur, sur la rivière Vilia. Les ouvriers qui transportent les pièces de bois sur les radeaux reçoivent 50 kopeks par journée de 13 heures, sans nourriture. « On n'emploie que des juifs pour ce genre de travail, parce qu'il est dur et pénible, surtout en automne, quand l'eau est froide (^) . » Dans un moulin, situé à côté, les ouvriers, également juifs, gagnent de 70 à ^o kopeks par journée de vingt heures, sans nourriture ; et « l'on en trouve des centaines qui ne demanderaient pas mieux que de travailler, même dans ces conditions et à ce prix ».
Voici, au sujet de la môme localité, un aveu particulièrement significatif, puisqu'il émane de l'un des organes antisémites les plus violents, le /oiotij/ ie Vilna (3) :
« La pauvreté parmi les ouvriers et artisans juifs a
(O Weber et Kempster, p. 101.
{A IhiiL, p. 99.
(3) Journal de Vilna, reproduit par le Voskhod du 22 novembre/5 décembi;e 1892.