MISERE A VILNA I
atteint des proportions considérables. Un juif, cordonnier de son état, se nourrissait pendant de longues semaines uniquement de pommes de terre crues; il est tombé gravement malade ; un autre juif, tisserand, est tombé mort d'inanition auprès de son métier. Le cœur me manque, quand je passe en revue la vie misérable de tous ces nègres blancs. Quelques-uns travaillent pendant dix-huit heures, ne donnant au sommeil que trois heures, et n'arrivent même pas à se nourrir d'une façon convenable. Ils demeurent dans de vieilles bicoques, sales et mal aérées; partout, la boue, à l'intérieur comme à l'extérieur; dans la môme masure habitent ensemble 4, 5, parfois 6 familles, et chacune d'elles compte un grand nombre d'enfants en bas âge. Ajoutez que ces masures n'ont ni lits, ni tables, ni chaises, que tout le monde couche sur la terre humide et infecte, et vous aurez à peu près l'idée de la détresse de ces pauvres malheureux. Peu d'ouvriers peuvent se vanter de gagner le pain quotidien pour nourrir leurs familles ; jamais, pas même le samedi, la viande n'est comprise dans le menu; aujourd'hui, pain et eau, demain, eau et pain, et ainsi de suite.
» Pour avoir une idée juste de la misère de ces malheureux, que la fatalité(!) a voués à des souffrances atroces, il suffit de comparer le chiffre de la mortalité chez les juifs avec celui des autres populations : les juifs meurent comme des mouches! Même quand les afTaires marchent mieux, quand les taux des salaires montent, quand les commandes abondent, les artisans juifs ne peuvent guère manger à leur faim ; vous pouvez donc