‹ Les Juifs russes: Extermination or émancipation?Chapitre 69 sur 125 · MISÈRE A ODESSA IO · texte numérisé non relu

MISÈRE A ODESSA IO

n*a rien mangé depuis huit jours ; aussi saisit-il avec avidité un citron qu'on lui présente, et Tavale-t-il gloutonnement avec Técorce. Le jeune homme, pauvre luimême, lui donne quelques kopeks et lui demande son nom. Je vais le trouver dès le lendemain. J'entre dans une chambre minuscule, bien claire, où je vois, avant tout, une jeune femme belle, mais daspect cadavérique, assise sur un lit et, dans ses bras, un enfant, que l'on eût pris pour un petit squelette. Puis, je vois, dans un coin, debout derrière une sorte d'énorme métier, un homme qui paraissait sans vie. Je ne remarquai qu'au bout de quelques minutes deux autres enfants parterre. Ils étaient aussi immobiles que les autres habitants de la chambre.

» J'appris que l'homme était originaire de Varsovie, qu'il avait fait son service militaire à Odessa, qu'il n'était libéré que depuis un an. Il avait acheté des métiers de passementier, mais bientôt il n'eut plus de quoi se procurer des matières premières pour son travail. L'un des métiers fut vendu pour payer le lo3^cr. On en arriva à jeûner de plus en plus souvent. Enfin, un charretier chrétien, son voisin, eut pitié de lui et lui prêta un rouble, pour lequel il payait lo kopeks par jour. Il rapporte ce rouble tous les vendredis pour le reprendre le dimanche; l'intérct payé, il lui reste 20 à 30 kopeks par jour pour toute la famille. Pour cette somme, on ne trouve pas de pain en quantité suffisante, on achète une espèce de farine qui donne une pâtée : j'en ai trouvé un spécimen par terre devant les enfants. L'homme ne parle de son créancier qu'avec

Page 1