ALEXANDRE II I
vaît manquer d'exercer une action favorable sur la police et l'administration tout entière. Le juif n'avait encore le droit de choisir ni son domicile, ni sa profession ; il ne pouvait pas être marin dans la flotte, officier dans l'armée, fonctionnaire supérieur dans l'administration. Il ne jouissait pas des droits civiques dans la mesure où ils étaient accordés aux plus humbles de ses concitoyens ; mais telle est la situation actuelle, que les juifs en sont venus aujourd'hui à considérer le règne d'Alexandre II comme leur âge d'or !
On a d'ailleurs toute raison de croire qu'après avoir libéré les serfs, Alexandre II se proposait d'étendre le même bienfait aux juifs, comme aussi d'initier la Russie au régime parlementaire, lorsque des mains criminelles mirent fin à cette noble existence dont les israélites russes gardent pieusement le souvenir.
l5 ALEXANDRE III
Alexandre III. — Massacres de 1881.
Lois de mai.
L'avènement d'Alexandre III fut marqué par une réaction violente contre toutes les idées libérales du régime précédent; elle était due au parti .vieux-russe, dont l'opposition tenace aux réformes d'Alexandre II n'avait cessé de paralyser sa politique intérieure. On persuada à la population ignorante, épouvantée par les crimes du nihilisme, qu'il n'y avait de salut pour l'Empire que dans un retour vers les idées du passé, dans une hostilité non dissimulée pour tout ce qui n'était pas orthodoxe et russe. De là les émeutes sanglantes qui marquèrent la fin de Tannée 1881 et le début de 1882, émeutes dont un très grand nombre de juifs furent victimes et qui en ruinèrent complètement plusieurs centaines de milliers. Depuis Ekatérinoslav jusqu'à Vihia, il se produisit alors une sorte de panique parmi les Israélites, qui franchirent en
MASSACRES DE l88r. — LOIS DE MAI \^ ^
masse les frontières pour se mettre en sûreté. Grâce au mouvement de sympathie que ces malheureux provo- , quèrent dans toutes les grandes villes de l'Europe, il fut possible de soulager une partie des victimes ou de faire parvenir quelques secours à leurs familles. Mais la terreur, le découragement étaient partout. Quelle était alors Tattitude du gouvernement russe? Officiellement, il blâmait les émeutiers, réprimait même, en maintes occasions, les fauteurs de désordre, lés incendiaires, les pillards, mais quand on demandait aux émeutiers pourquoi ils couraient sus aux juifs, ils répondaient : « On dit que notre petit père le tsar le veut ainsi. » L'Europe ne s'y trompa point : l'excitation de la population ne provenait nullement de griefs accumulés chez elle contre les juifs, avec lesquels elle vivait en paix, mais de suggestions administratives. On cherchait un prétexte à de nouvelles lois d'exception qui, en effet, ne se firent pas longtemps attendre.
Ce furent les célèbres Lots de mai 1882, élaborées par le général IgnaticfT, dont on connaissait depuis longtemps l'hostilité passionnée à l'égard des juifs. Après les horribles désordres qui avaient ensanglanté le début de cette année, un légiskiteur bienveillant aurait compris la nécessité d'effacer les lois d'exception qui distinguaient les juifs des chrétiens, en désignant les premiers, comme d'éternels suspects, à la haine et aux violences des seconds. Bien au contraire, on parut faire aux israélites un crime des maux qu'ils avaient soufferts et l'on restreignit encore les maigres libertés que leur avait laississ le régime précédent.