‹ Les Juifs russes: Extermination or émancipation?Chapitre 96 sur 125 · RÉCOLTES PERDUES · texte numérisé non relu

RÉCOLTES PERDUES

à leur disposition est devenue insuffisante pour nourrir la population progressivement accrue, et il serait indispensable qu'ils pussent en louer encore dans le voisinage (^). Malheureusement, toute extension nouvelle est rendue impossible par les terribles lois de mai 1882, défendant aux juifs de louer ou même de gérer pour Je compte d'autrui des propriétés foncières situées en dehors des villes et bourgs. Le refoulement vers les villes qui en est résulté dans tout le Territoire et dont nous avons dépeint à plusieurs reprises les déplorables effets, a été, comme on le conçoit, désastreux pour les cultivateurs juifs, en même temps que pour les propriétaires chrétiens. Très souvent ceux-ci ont fait des démarches pressantes, mais vaines, pour garder des fermiers israélites. En 1893 encore, le prince Koudakhof, sur les terres de qui une centaine de familles juives sont établies depuis 30 ans, a demandé à pouvoir renouveler avec elles le contrat de fermage. Les autorités ont refusé et répondu que les juifs seraient expulsés le jour même de Téchéance du bail, c'est-à-dire le i*' juin 1893 (*). Ce n'est pas la première fois que Tordre d'expulsion arrive ainsi avant la moisson faite et que celle-ci a dû pourrir sur pied (^).

Dans la province des Cosaques du Don, quelques familles juives, issues de musiciens militaires du temps de Nicolas V\ cultivaient la terre, de père en fils, depuis cinquante ans. On leur a récemment intimé cette alternative: lebaptèmeou l'envoi dans les villes du Territoire;

(1) Weber et Kempster, pp. i02-iio.

(2) Voskhod, 18/30 avril 1893.

(3) Weber et Kempster, p. 103.

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