‹ Les Juifs russes: Extermination or émancipation?Chapitre 97 sur 125 · CULTIVATEURS MODÈLES I · texte numérisé non relu

CULTIVATEURS MODÈLES I

et cela, quoique les terres leur eussent été concédées ea toute propriété et que, ne connaissant d'autre métier que l'agriculture, le transfert dans les villes doive les priver de tout gagne-pain (').

L'entrée de la Sibérie est maintenant prohibée aux juifs; mais il y existe encore quelques agriculteurs, descendant de colons libres qui sont allés s'établir dans ce pays au commencement du siècle, à leurs risques et à leurs frais. Un document publié par le ministre des Domaines atteste officiellement leurs grandes qualités agricoles : « Tous ces juifs, y est-il dit, sont dans une situation aisée, ils sont devenus de véritables laboureurs^ ils font tous les travaux des champs et cultivent leurs terres d'une façon très convenable. Plusieurs d'entre eux, surtout dans les communes de Baïmoketd'Iskhim, peuvent même être cités comme des cultivateurs modèles; ce sont eux qui donnent l'impulsion aux autres cultivateurs pour l'introduction des machines perfectionnées et des instruments aratoires. Généralement, ils sont à la tète de toutes les améliorations à appliquer à la culture des terres (^). »

L'aversion et l'incapacité des juifs pour l'agriculture sont donc de pures calomnies. Une preuve nouvelle nous en est fournie pendant que nous écrivons ces pages. En Bessarabie, on a eu besoin, pendant l'été de 1893, de travailleurs agricoles, peut-être aussi s'est-on ému de la détresse affreuse qui règne parmi les israélites, et, malgré

0) Novoïé Vrémia, 13/25 décembre 1892.

(2) Matériaux pour Vétitde de la population rurale en Sibérie, Recueil XIV.

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les lois de 1 882 , on s'est décidé à en embaucher quelques milliers. Le journal russe qui nous appoFte cette nouvelle, remarque que Témigration s'est immédiatement ralentie et va s'arrêter dans cette région, a tant il est vrai qu'il suffit que le pauvre juif trouve à gagner son pain pour qu'il ne songe pas à quitter la Russie » (^). Il en est de même dans la province de Kiev, où la baronne Wrangel a engagé, en 1893, 400 ouvriers Israélites, et dans la Podolie, où la princesse Tcherbatof en a pris autant sur ses terres, leur donnant en même temps des marques touchantes de sa sollicitude (^). Partout, ces ouvriers agricoles juifs se comportent vaillamment et les propriétaires fonciers sont unanimes à faire leur éloge (3) : même le Grajdanine est forcé d'en convenir.

En dehors de ces* cas plus ou moins isolés, il existe dans le sud-ouest de la Russie quelques colonies agricoles juives importantes.

De 1807 à 18 10, plusieurs milliers d'israélites furent transportés sur des terres inoccupées de la Couronne, dans le gouvernement de Kherson, et on en envoya encore en 1822 et 1823. Les juifs pauvres ne demandaient pas mieux que d'échanger leur entassement dans des ruelles sombres contre la vie en plein air. Par malheur, les bonnes dispositions du gouvernement d'Alexandre P' ne durèrent pas longtemps : des ordres et des contre-ordres survinrent, les promesses qu'on avait faites ne furent pas tenues, l'argent destiné aux

(!) Odesski Lîstok, 25 juillet/6 août 1893.

(2) Kievîanine^ 15/27 août 1893.

(3) Odesski Listoky 5/20 août 1893.

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