JUIFS DE POLOGNE
tuèrent en Pologne la classe bourgeoise et laborieuse, intermédiaire entre la noblesse guerrière et les paysans encore asservis. Les témoignages contemporains constatent la prospérité des juifs polonais d'alors, leur aptitude à l'agriculture, au négoce, ainsi qu'aux travaux littéraires et scientifiques, a Aucune coiffure particulière, écrivait le nonce Commendoni, aucun signe apparent ne les distingue des chrétiens; ils sont soldats, ils portent Tépée, bref, ils vivent sur un pied d'égalité complète avec les autres habitants du royaume » (^).
Vers le milieu du xvif siècle, l'hetman des cosaques Chmielniki, secondé par desTatars et des Russes, triompha des Polonais dans trois campagnes et traita les juifs, comme les catholiques, avec la dernière rigueur. Dans une seule ville, dix mille juifs furent massacrés. Les israélites de la Pologne ne se relevèrent pas de ces désastres, qui coûtèrent la vie, dit-on, à plus de 200,000 des leurs. Mais la population juive resta très nombreuse en Pologne et, quoique devenue misérable, ne laissa pas de s'y multiplier encore.
L'extension de la Russie vers l'ouest et le sud, qui caractérise son histoire politique au xviu^ siècle, la conduisit à incorporer dans son empire un très grand nombre d'israélites. Tant en Pologne qu'en Crimée, les conquérants russes trouvèrent des juifs qui y demeuraient depuis des siècles. On ne peut donc raisonnablement parler d'une invasion des juifs en Russie : c'est la Russie qui, au xviif siècle et de notre temps, a envahi des régions peuplées en grande partie par des juifs.
(I) Graetz, Geschichte der Jiiden, t. IX, pp. 67, 480.
lO ALEXIS. — ELISABETH
Attitude des souverains de la Russie envers les juifs jusqu'au XIX® siècle.
Les souverains de la Russie ont de bonne heure témoigné aux israélites une hostilité et une méfiance en accord avec les préjugés de leur temps. En iiio, les juifs qui se trouvaient dans l'Empire naissant furent l'objet d'une mesure d'expulsion et durent se réfugier en Pologne. Le second desRomanofï", Alexis Mikhaïlovitch, décréta la peine de mort contre quiconque convertirait un chrétien au judaïsme. En 1650, il repoussait la demande d'un roi de Pologne, qui sollicitait pour ses sujets juifs le droit de pénétrer en Russie et d'y faire le commerce. En 1749, l'impératrice Elisabeth fit chasser de Russie son médecin, Sanchez, qu'elle avait depuis dix-huit ans à son service, parce qu'elle apprit tout à coup qu'il était juif. Sept ans auparavant, en 1742, un ukase impérial avait expulsé tous les israélites des Etats russes.