CATHERINE II II
La (( question juive » ne commença toutefois à prendre en Russie un caractère aigu que lorsque les agrandissements du jeune Empire eussent englobé dans ses frontières des provinces où l'élément israélite était très nombreux. La grande Catherine, par son éducation philosophique, était portée vers la tolérance, mais le vieil esprit moscovite, dont elle ménageait les susceptibilités, lui interdisait d'aller trop loin dans cette voie. Quand, en 1769, l'Empire se fut augmenté de la Russie blanche, territoire où les communautés juives se comptaient par centaines et où elles avaient joui jusque-là d'une certaine liberté, la tsarine ne put songer à appliquer l'ukase de 1742 qui aurait eu pour conséquence le refoulement de tous les juifs nouvellement annexés au delà des frontières. C'eût été ruiner d'un coup ces provinces, où l'activité commerciale et industrielle était surtout entretenue par les juifs. On leur permit donc de rester. L'auteur le mieux renseigné sur l'histoire de la législation relative aux juifs, M. de Gradovski, conseiller d'Etat, soutient même, pièces en mains, que Catherine II avait effectivement accordé aux juifs tous les droits des autres sujets russes et qu'elle voulait leur émancipation à peu près complète ('). Mais, sous prétexte d'interpréter les intentions de l'impératrice, le Sénat n'en prit pas moins des mesures restrictives : les ukases sénatoriaux de 1786, de 1791, de 1794, sont l'origine des calamités dont souffrent actuellement les israélites russes. Le Sénat leur interdit
(I) N. DE Gradovski, La situaiion légale des israélites en Russie, trad. française, t. I, Paris, 1891, pp. 72-76, 99-100, 106-107.