LES UKASES DU SENAT
d'habiter les ports de mer et leur ferma l'accès des corporations que Catherine leur avait ouvert. La Russie blanche, à laquelle s'ajoutèrent ensuite d'autres provinces conquises, constitua dès lors le « Territoire juif», d'où il n'était permis aux israèlites de sortir que dans certaines conditions déterminées. On le voit : le cantonnement dans le Territoire, cette négation du droit d'aller et de venir que les juristes s'accordent à déclarer intangible (^), est l'œuvre du Sénat et non de la grande impératrice. A partir de cette époque, la triste histoire des juifs de Russie se résume tout entière dans le conflit des mesures de refoulement (interdiction de séjour, d'emplois et de professions), héritage du vieil esprit d'intolérance que le moyen âge nous a légué, avec la tendance naturelle à l'expansion d'une population nombreuse, intelligente, qui ne peut pas émigrer en masse du pa3^s où elle est tenue en suspicion et qui, d'autre part, oppose une obstination héroïque à toutes les tentatives faites pour la convertir.
(i) De Martens, Traité de Droit international, trad. fr., t. I, p. 441.
ALEXANDRE i ^ 13
Alexandre 1''% Nicolas et Alexandre II.
Alexandre l" ne fut pas toujours défavorable aux Israélites : il leur donna le droit, en 1804, de placer leurs enfants dans tous les établissements d'instruction publique, d'acheter et de louer des terres, de se fixer dans les domaines de la Couronne pour s'y livrer à l'agriculture. Il concéda même aux juifs quelques territoires destinés à devenir des colonies agricoles. Si cette tentative, comme d'autres du même genre dues au tsar Nicolas, n'a pas réussi d'emblée autant qu'on l'espérait, c'est par des motifs d'ordre administratif et technique qui laissent subsister, à l'honneur du tsar Alexandre, tout ce que son dessein avait de pratique et de généreux. Mais, d'autre part, le Territoire sur lequel les juifs avaient le droit de résider fut encore amoindri par la défense qui leur fut faite de se fixer à moins de 50 verstes de la frontière ; on songea même à leur interdire le séjour des campagnes pour les confiner dans