FONCTIONS ÉLECTIVES
que tous les habitants de ce hameau ne soient juifs {^). Les comités de corporations composés de chrétiens et de juifs ne peuvent choisir un juif ni comme président, ni comme vice-président (-). Les juifs ne peuvent pas être nommés membres de la commission de recrutement par les habitants de la ville où ils demeurent (3).
A la Bourse d'Odessa ainsi qu'à celle de Varsovie, les juifs pouvaient faire partie du Comité de la Bourse, être courtiers, experts et notaires. Il y avait en 1892, à Odessa, 65 p. c. de courtiers israélites et 35 p. c. de chrétiens; à Varsovie, 75 p. c. d'israélites et 25 p. c. de chrétiens. Mais une loi de 1892 a diminué encore les droits des israélites : désormais, les présidents et les membres des Comités des Bourses ne pourront être choisis que parmi les chrétiens ; il en est de même des experts, notaires et greffiers. Quant aux courtiers israélites, leur nombre ne devra pas dépasser le quart du nombre total (■*).
La législation russe faisait jusqu'ici une petite place aux juifs dans les Conseils municipaux. La nouvelle loi municipale, sanctionnée par le tsar le 11 juin 1892, met à néant ce droit des israélites. Autrefois, ils étaient électeurs municipaux et pouvaient faire partie des Conseils dans la proportion d'un tiers, qui fut bientôt réduite à un cinquième. La loi nouvelle les prive de tout droit d'électeurs et ne leur permet plus d'être élus par leurs concitoyens : ils pourront seulement
(i) Règletnents civiques du royaume de Pologne, I, § 16; VII, § I.
(2) Recueil des Lois, vol. XI^ §§ 338, 474.
(3) Ordre impérial du 20 mai 1874.
(')) Oc^é'ss^îZis^o^, 2/14 septembre 1892.
8o UN AVEU OFFICIEL
être désignés comme délégués-adjoints au Conseil par l'autorité locale ; encore le nombre de ces désignés ne peut-il être supérieur au dixième du nombre total des conseillers. Ainsi, dans certaines villes du nord-ouest de la Russie, où il y a parfois 70 p. c. d'israélites, les affaires municipales seront tout entières aux mains d'une minorité, souvent hostile et haineuse.
Si les juifs ont été dépouillés de ces droits déjà si réduits, on croira peut-ètrequecelatientàcequ'ils se sont très mal acquittés des fonctions municipales, là où ils en avaient été investis. Or, c est précisément le contraire qui est vrai. Voici un témoignage récent et peu suspect, emprunté à une publication oflicielle, les Ajinales du gouvernement de Kovno : « Nous ne sommes point habitués à chanter les éloges des juifs, cependant nous devons reconnaître que les conseillers municipaux de confession Israélite ont apporté beaucoup de soin dans la gestion des affaires municipales et ont contribué efficacement au développement matériel de notre ville dans ces dernières années » (').
Il sen faut que nous ayons tout dit. Des règlements officiels interdisent aux juifs de s'intéresser à telle mine, de faire partie du conseil d'administration de telle société sucrière, de posséder une seule action de l'Association des propriétaires fonciers, ou de la Société des Places du marché de Moscou, et ainsi de suite. Le baptême ne leur confère pas même le droit de devenir actionnaires de cette dernière entreprise! Et les
(i) Annales du gottverneinent de Kovno, reproduites dans le Voskhod, 31 janvier/12 février 1893.
l'instruction chez les juifs 8i
exclusions légales, dont nous n'avons pas épuisé la liste, s'aggravent encore des interdictions prononcées par des corporations privées que le zèle ou Tégoïsme pousse à imiter le gouvernement. Parmi ces mesures, il en est de tristes : les pharmaciens de Saint-Pétersbourg ont décidé en 1891 de ne plus accepter d'apprentis juifs et de fermer ainsi ce métier aux israélites (^). Il en est aussi de grotesques, comme lorsqu'un club de joueurs d'échecs, dont les meilleurs joueurs sont israélites, décide de ne plus recevoir de juifs à l'avenir.
7. Limitation du nombre des juifs dans les universités et les gymnases.
La volonté d'Alexandre 1er méconnue. — Mesures de plus en plus restrictives. — Le droit violé.
L'instruction obligatoire a toujours existé chez les israélites, puisque la cérémonie de l'initiation religieuse comporte chez eux la lecture à haute voix et l'interprétation d'un texte de la Bible en hébreu. S'ils forment une race — ce qui est discutable — ils peuvent être fiers du titre glorieux que xM. de Sacher-Masoch et M. Leroy- Beaulieu leur décernent : la race la plus anciennement cultivée de notre monde méditerranéen. Ils ont de tout temps honoré la science : (( Le savant, dit le Talmud, passe avant le roi » (-) .
(i) Jewish Chronicle, 24 avril 1891.
(2, Anat. Leroy Beaulieu, Israël chez les Katiojis^ 1893, pp. 202 et 214; VON Sacher-Masoch, dans le recueil : Freiheit, Liebe, Menschlichkeif, Berlin, 1893, p. 25.
82 LA VOLONTÉ d'aLEXANDRE 1^"
Mais à la passion naturelle pour l'étude, s'ajoute chez les juifs russes un puissant motif de consacrer tous leurs efforts à l'instruction de leurs enfants : la possession des grades universitaires est, comme nous le savons, l'un des rares moyens d'échapper à cet odieux ghetto qui est le Territoire.
- Le tsar Alexandre P"", qui pourtant n'était pas très tendre pour les juifs, les avait autorisés, en 1804, ^ placer leurs enfants dans tous les établissements d'instruction "publique. On lit dans le Code des Lois, vol. ix, liv. I, chapitre iv, un article 966 ainsi conçu : « Les enfants juifs peuvent être admis et élevés dans les écoles publiques, dans les écoles privées et les pensionnats des districts où ils demeurent; aucune différence ne doit être faite entre eux et les autres erifants ». Mais depuis l'avènement du tsar actuel, depuis que s'exerce T influence néfaste de M. Pobédonostsev, ce texte est devenu lettre morte, et tous les moyens ont été mis en œuvre pour empêcher les juifs d'acquérir le bien sacré entre tous : l'instruction. Comme si ce n'était pas assez de les affamer, on a voulu aussi étouffer leur intelligence. Les corps s'émaciaient déjà de misère; il fallait encore décimer les cerveaux.
Les écoles israélites d'enseignement secondaire ont été fermées par ordre impérial, et il est interdit d'en créer de nouvelles (') , sous prétexte que les écoles publiques sont ouvertes à tous. On va voir comment on encourage les juifs à y entrer : en 1882, on limite à
(i) Circulaire du ministre de l'Intérieur, no 7, année