JUGEMENT DE M. LEROY-BEAULIEU
nous en apprenons se borne à quelque fait plus révoltant que les autres, dont l'écho affaibli nous parvient de temps en temps, ou à une allusion timide dans quelque journal.
Mais la censure veille. Une revue Israélite russe, le Voskhod, malgré l'extrême modération de son langage, a été suspendue pour six mois, immédiatement avant les terribles expulsions de Moscou; et le Novosti, qui a le courage de prendre parfois la défense des Juifs, s'est vu infliger, à la même époque, un deuxième avertissement (^) : un troisième équivaudrait en fait à sa suppression.
Les prétextes ne manquent pas aux fonctionnaires lorsqu'il leur plaît de menacer ou de sévir. Car « les lois restrictives forment un réseau inextricable, aux mailles si serrées que le juif, qui en est enveloppé, ne peut guère se mouvoir sans en déchirer une. Le plus habile n'est jamais sûr d'être en règle avec la loi : la police a toujours barres sur lui. Cela est si vrai qu'un des obstacles à l'émancipation des israélites est l'intérêt des Ichmovm'ks et de toute l'administration à les tenir ainsi dans le filet de la loi. » M. Anatole Leroy-Beaulieu s'exprimait de la sorte dès 1889 (^), c'est-à-dire avant la série des nouvelles mesures d'oppression de ces dernières années. Depuis lors, suivant sa propre parole (3) , les mailles du réseau ont encore été resserrées et renforcées.
(i) Thnes, 3 avril 1891.
(2) L'Empire des Tsars et les Russes, t. III, p. 624.
(3) Anat. LEROY-BEAULlEU,yournrt/ (les Débats, 15 août 1890.