CAS DE VIOLENCE
Des auteurs, très au courant de la vie russe, affirment que beaucoup de fonctionnaires prennent un véritable plaisir à faire souffrir de malheureux juifs ('). On voudrait croire qu'il n'en est rien, mais, au fond, cela importe peu. Il s'agit ici, non de ce que sentent ces fonctionnaires, mais de ce qu'ils font.
Un journaliste anglais raconte quïl a vu dans la Russie méridionale des juifs assommés aux trois quarts, en chemin de fer, non pas pour une chose qu ils avaient dite ou faite, ou oublié de dire ou de faire, mais simple- -ment parce qu'ils étaient juifs; et s'ils se plaignaient ou demandaient miséricorde, on les punissait en les jetant hors du wagon en pleine steppe, u II n'y a pas bien longtemps, continue-t-il, j'ai vu le gouverneur d'une grande ville frapper un vénérable vieillard juif pour avoir laissé sa boutique ouverte après l'heure" réglementaire, et éclater ensuite de rire en s'apercevant que sa montre ne marchait pas bien et qu'il était une heure plus tôt qu il n'avait cru » (^).
Lors des essais de colonisation en Sibérie qui eurent lieu il y a un certain nombre d'années, les colons juifs furent cruellement maltraités par les fonctionnaires chargés de les escorter et, arrivés à destination, ils n'obtinrent, ni le blé, ni le bétail qui leur avait été promis. Le fait est relaté dans le rapport officiel du directeur au ministère, Benkendorf, adressé au comte Kisselev, ministre des Domaines (^).
(i) Yoy., par ex., Laxin, Fortnightly Review, oct. 1890.
(2) Ddily Télégraphe 4 août 1890.
(3) Prince Demidoff San-Donato, La question juive en Russie, trad. fr., p. 36, note.