‹ Les Juifs russes; extermination ou emancipation? Avec une lettre-preface de Th. MommsenChapitre 73 sur 140 · EMPRISONNEMENTS ARBITRAIRES · texte numérisé non relu

EMPRISONNEMENTS ARBITRAIRES

verneurs de Mohilev, d'Odessa, de Vilna, dans le courant de 1890. A Odessa, la police est autorisée à battre les juifs, non seulement pour les offenses sérieuses, mais pour tout manque de politesse ou de déférence envers les chrétiens. Au mois d août 1890, dans un faubourg de la ville de Slobadka, un fonctionnaire subalterne, trouvant qu'un juif ne lui avait pas témoigné assez de respect, le fit lier et fouetter sous ses yeux : sans l'intervention de la femme du fonctionnaire, qui fut prise de pitié, le malheureux serait probablement mort sous le fouet {').

Dans nos pays occidentaux, nous ne pouvons pas même concevoir les raisons qui suffisent en Russie à faire incarcérer les plus honnêtes gens du monde, du moment où ils sont juifs. Tout dernièrement, l'assemblée des juges de paix de l'arrondissement d'Ouchitsa a condamné un employé juif à deux semaines de prison, pour être resté jusqu'à une heure de l'après-midi à surveiller des coupes dans une forêt appartenant à son patron : la police prétendait qu'il devait avoir achevé sa besogne à onze heures du matin et, qu'en restant plus longtemps dans la forêt, il s établissail hors de la ville!... Une femme de Mohilev, veuve depuis huit ans, cuisinière, remet son passeport à la police de Moscou pour qu'on fasse venir de son lieu de naissance les certificats nécessaires au renouvellement. On garde son passeport et on l'arrête comme n'en ayant pas! L'un des commissaires du gouvernement américain, M.Weber, a vu cette femme en prison et a publié une pièce officielle qui

(I) Tintes, 9 et 13 octobre 1890.

Page 1