‹ Les Juifs russes; extermination ou emancipation? Avec une lettre-preface de Th. MommsenChapitre 74 sur 140 · LES MENOTTES · texte numérisé non relu

LES MENOTTES

prouve que le passeport était réellement aux mains des autorités ('). Dans la même prison se trouvait un garçon de quinze ans, né à Moscou : son père avait quitté la ville, emportant son passeport pour le faire renouveler. Pendant cette absence, le jeune homme avait été arrêté, jeté en prison et condamné au renvoi par étapes. M. Weber hésitait à croire que cette femme, que cet enfant n'eussent pas commis le moindre délit. Mais le surveillant de la prison, en personne, lui dit que, loin d'être des criminels, c'étaient de très braves gens, condamnés à être renvoyés par étapes, uniquement parce qu'ils étaient juifs (-). Le rapport américain enregistre encore d'autres cas analogues : passeports pris et gardés par la police, emprisonnements arbitraires, petits enfants incarcérés et

laissés pendant 36 heures sans nourriture !

Nous avons déjà parlé de l'emploi des menottes, absolument avéré malgré les dénégtitions officieuses {^). MM. Weber et Kempster ont eu en mains des ordres d'expulsion, signés et scellés du sceau officiel, et mentionnant expressément que les expulsés seront renvoyés : <( v'naroutchnikakh », c est-à-dire avec les menottes, alors qu'il s'agissait de juifs de Moscou qui n'avaient commis aucun délit de droit commun (^). La paire de menottes figurée sur la couverture du livre de M. Harold Frédéric a été portée par un des expulsés, un ouvrier, Jossel Revsine; et M. Romanis, correspondant du Daily News, a vu, le i"' juin 1892, dans les

(1) Weber et Kempster, p. 32.

(2) Ibid., p. 33.

(3) Messctfrer officiel russe, 22 août 1892.

(4) Weber et Kempster, pp. 33, 36, 38, 40, 64.

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