CHAPITRE V
Les Appeaux , Julie et le Diable.
Les cris multiplies de monsieur le marquis , avaient attiré une grande aftluence de domestiques dans la chambre de Julie , madame la marquise ne tarda pas à s'y rendre et fut extrêmement étonnée de voir son cher époux en cet état^ dans la chamhi^e de sa suivante. Les secours cjue l'on prodigua au malheureux qui se croyait possédé du démon , ne tardèrent pas à le faire revenir, et la
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première chose qu'il vit, ce fut sa chaste moitié qui semblait fort empressée de connaître les causes d'un si grand désastre.
(( Quel est donc le malin esprit , dit-elle , à monsieur le marquis , qui vous a transporte dans le cabinet de ma femme de chambre?
— Ah Madame ! ce ne peut être effectivement qu'une puissance infernale, car j'ignore moi même, comment dans ce moment je ne suis pas dans mon lit.
— Mademoiselle Julie , pourrait peut-être nous expliquer une chose qui paraît fort extraordinaire?
— Cela me serait impossible ^ Madame, car j'étais dans votre apparte-
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meut , occupée , comme vous le savez, auprès de vous.
— Comment Julie , dit le marquis étonné; vous n'étiez pas dans votre lit?
— Non assurément, Monsieur, il y a plus d'une heure que je suis dans la chambre à coucher de Madame.
— Il n'y a pas de doute , continue monsieur de Basville, que c'est le démon qui m'a pris dans mon lit, qui m'a transporté ici , et qui ensuite s'est envolé par la fenêtre.
— Mais, Monsieur, dit la marquise , vous avez votre robe de chambre.
— Sans doute , est-ce qu'un démon n'est pas capable de tout. Voyez
plutôt dans quelle effroyable situation il m'a mis.
Les domestiques étaient occupés , pendant ce colloque, à laver et a nétoyer les larges égratignures du fait de monsieur Magot.
— Ce que je ne puis concevoir , disait la marquise, c'est que cette scène ait eu lieu dans la chambre de Julie, et justement pendant le temps qu'elle était auprès de moi!
— Mais, Madame, peut-on expliquer, je vous prie, toutes les infernales machinations du diable. Il n'y a pas de doute qu'il m'aura pris dans mon lit pendant que je dormais , et qu'il se sera amusé de cette manière à mes dépens. Je suis encore troj>
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heureux qu'il ne lui ait pas pris fantaisie de me transporter au sommet d'une montagne.
— Tout ceci me parait bien suj prenant.
— Allons, Madame, retournez dans votre appartement, c'est moi seul qui suis victime des bizarres actions du maître des enfers; il ne faut pas vous en occuper davantage, quoique je souffre beaucoup. Permettez, Madame, que je vous reconduise.
— Non, Monsieur, assurément je ne permettrai pas que vous vous donniez la peine de venir chez moi , je prends trop de part au malheur qui vous est arrivé , pour ne pas exiger que vous alliez de suite vous
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faire soigner dans le A^otre, votre situation exige que vous preniez beaucoup de ménagement.
— Madame , recevez mes remercîmens. »
Les deux époux se quittent en se manifestant tout l'intérêt et toute la déférence possible. Mais tout en faisant les démonstrations d'usage à son cher époux , Madame ne pouvait concevoir quelles pouvaient être les causes d'un événement aussi singulier. Elle questionnait sa femme de chambre sur différentes circonstances pour tâcher de démêler la vérité, celle-ci jurait ses grands dieux qu'elle n'y concevait également rien , et c[u'elle avait été aussi étonnée que sa
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maîtresse, de voir monsieur le marquis dans sa chambre , et surtout de le voir dans cet état pitoyable et ridicule.
D'un autre côté, monsieur le marquis était extrèmemet honteux de ce que cette singulière aventure s'était passée presque sous les yeux de madame la marquise, et avant de bien se pénétrer que c'était le diable qui s'était mêlé de ses amours, il voulait prendre quelques renseignemens auprès de Julie. Il ordonna en conséquence, aussitôt qu'il fut rentré dans son appartement , que Julie vint lui parler , dès qu'elle serait sortie de chez sa maîtresse , ce qui ne pouvait tarder.
L'ami de la maison, monsieur Dolval, vraisemljlablement d'un caractère peu curieux, n'avait point jugé à propos de sortir de la chambre à coucher de Madame, pour savoir ce qui se passait dans celle de Julie. Il avait attendu patiemment le retour de la marquise, afm de connaîtJ-e à son tour les causes d'un semblable tintamarre. Rentrée chez elle, Madame qui voulait causer sans témoins de l'aventure, ordonna à tout le monde de se retirer, et elle resta seule avec ce monsieur qui prenait un si grand intérêt à tout ce qui regardait les plaisirs de madame la marquise de Basville.
Afin que la conversation put être i.2*édit. ,j
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faite plus commodément, Madame jugea à propos de se mettre au lit^ comme on agissait toujours sans conséquence et sans compliment avec monsieur Dolval , elle jouit dans cette circonstance du privilège cju'elle s'était donné elle - même , elle se coucha en sa présence , d'ailleurs sa toilette de nuit était faite. En se plaçant sur les matelas on entendit aussitôt un ramage qui n'avait rien d'harmonieux, et qui mit fort en colère madame de Basville.
« Ce malheureux enfant , dit-elle, je suis sûre cju'il aura donné la volée dans ma chambre à coucher, à une vingtaine d'oiseaux. Voyez je vous prie, monsieur Dolval, si vous ne
pourriez pas les chasser dehors. ^ Les appeaux cessèrent leur jeu pendant quelques instans. L'ami de la maison ouvrit plusieurs croisées, et se mit en devoir de chercher partout pour faire envoler les oiseaux que l'on supposait être cachés dans tous les coins de l'appartement. Les recherches furent vaine^ , on ne trouva ni cailles, ni perdrix, ni corbeaux, ni coucous. Ils n'étaient point logés dans la chambre de Madame.
Un instant après , la marquise se remuant vraisemblablement dans son lit, les appeaux recommencèrent de plus belle , ce concert excita chez Madame une colère plus for^e que la première.
« Je vous en supplie, Monsieur, faites cesser cet insuportable carillon , il y a de quoi me faire avoir une attaque de nerfs; veuillez avoir quelque pitié de la délicatesse de mes organes.
Les mêmes recherches eurent encore lieu, et toujours avec aussi peu de succès que la première fois.
— Je puis A'ous assurer , Madame , que je ne trouve rien, et que j'ai visité tous les coins de votre appartement sans pouvoir y découvrir seulement une mouche; d'ailleurs, il me semble que maintenant je n'entends plus rien. »
Effectivement, Madame ne bougeant pas , tout observait le plus profond silence; mais un instant aprèô^
il fut encore interrompu par un a^dzouillement plus vif qu'il n'avait ete les deux premières fois. Pour le coup la colère de Madame fut des plus énergiques : elle saute en bas de son lit, elle va en criant, s'accrocher à toutes les sonnettes de sa chambre. ~ Les domestiques arrivent de tous les côtes : (c que l'on fasse venir mon fils, que ce mauvais sujet vienne me trouver, n'importe dans quel état il sera. Pourquoi Julie n'est-elle pas encore ici? »
On cherche partout mademoiselle Julie, et après plusieurs recherches, on la trouve dans l'appartement de monsieur le marquis , où elle recevait des leçons de morale sur son incon-
séquence ou l'effet de la fatalité de son destin , de ce que le démon s'était logé au beau milieu de son lit.
Aussitôt qu'elle entend le bruit et les crlailleries des domestiques , elle s'empresse de se rendre auprès de sa maîtresse qui ressemblait plutôt à une furie qu'à une femme.
(( Pourquoi n'étiez vous pas dans A otre chambre , Mademoiselle , lorsque je vous ai sonné?
— Mon Dieu, Madame, si le diable s'est établi chez moi , décemment je ne puis pas y faire ménage avec lui. Je cherchais auprès de vos femmes quelque azile, afin de pouvoir y passer la nuit tranquillement.
— Et monsieur le vicomte, pour-
quoi ne se rend- il pas à mes ordres?
— Je crois qu'il s'habille, Madame, pour paraître devant vous avec plus de décence.
— Il serait }3ien plus décent à lui , de ne pas ensorceler ma maison. »
Monsieur de Basville, que Ton était venu interrompre au beau milieu d'un sermon qu'il débitait à mademoiselle Julie , malgré les souffrances qu'il endurait des suites de sa funeste aventure, voulut connaître qu'elles pouvaient être les causes d'un si grand bruit dans la maison , il arrive dans la chambre à coucheide Madame , qui dans sa fureur , sa démenait dans un désordre extrême, au fond d'une dormeuse.
(c Madame, lui dit-il, après l'avoir examinée , il faudrait au moins , lorsque vous vous trouvez dans un état pareil , ne pas garder auprès de vous des domestiques d'un sexe différend du vôtre; car en vérité....
— De quoi vous mêlez vous, Monsieur? Et qui vous prie de venir me trouver au milieu de la nuit?
— Madame, c'est l'intérêt que je prends à votre santé, à votre tranquillité , et même à votre haute réputation.
— Je serais plus tranquille , si vous étiez resté dans votre appartement. Quant à ma haute réputation , vous devriez plutôt. Monsieur, vous occuper de la vôtre qui n'est pas
tout-à-fait aussi élevée. Elle se trouve ^ entièrement écrite sur votre visage.
— Madame , ne revenons pas sur la scène de tantôt , qui est aussi incompréhensible pour moi que pour vous. Allons mes amis, dit-il aux domestiques qui remplissaient la chambre, vous voyez que Julie est auprès de sa maîtresse; je crois bien que pour l'instant. Madame n'a pas besoin de vos services. »
En faisant sortir la valetaille , monsieur le marquis aperçoit l'ami de la maison , qui ne disait mot dans un coin.
(( Eh quoi! s'écrie-t-il , le cher Dolval à cette heure-ci chez Madame?
Mais en vérité c'est charmant !
— Mais oui.... n'est-ce pas mon
cher marquis.... Bonsoir ...
— Est-que par hasard ce serait vous qui causeriez un tel J3ruit? Je vous croyais un peu plus de tact , un peu plus de prudence... Un peu plus de....
-^ Mais non Je vous assure....
- — Dans tous les cas , je ne dois pas m'en prendre à vous , mais à madame la marquise, qui se mord les lèvres
de rage au fond de sa dormeuse
Comment , Madame , il n'y a pas de mal à cela • et vous me voyez édifié. . . .
— Je vous prie, Monsieur, de ne point vous permettre de coupables pensées. »^..
— Je m'en garderai bien.
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— C'est le plus innocemment du* monde que monsieur Dolval se trouve encore chez moi....
— Je n'en doute nullement.
— Il devait me faire la lecture d'une charmante comédie en vers d'un de ses amis, et qu'il veut protéger contre les cabales toujours croissantes....
— Ah! il vous faut des comédies en vers? Ne pourrais-je pas au moins savoir, qu'elle est celle qui vient d'être jouée dans cette maison?
— Le premier acte s'est passé da^^' la chambre à coucher de Julie ^ et vous y étiez un des héros de la pièce.
— J'en conviens à ma honte , mais
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enfin quels sont les détails du second , dont la scène vient de se passer dans votre chambre à coucher?
— Monsieur....
Dans ce moment arrive notre jeune étourdi, que l'on venait de réveiller en sursaut, et qui malgré cette petite -Contrariété , se doutant bien qu'il allait être grondé , n'en riait pas moins comme un fou.
i( Qui vous a permis, Monsieur, lui dit sa maman, de cacher avec votre malheureux singe, des milliers d'oiseaux dans mon appartement?
— Des oiseaux maman?
— Sans doute, des oiseaux qui ont fait un traiii. épouvantable dans ma chambre.
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— Maman je puis t'assurer que ce ne sont que des appeaux que j'ai cacachës dans ton lit; tenez vous pouvez vous en convaincre. )>
Aussitôt le jeune homme court v«rs le lit, et reprend tous ces petits instrumens qui avaient été cause d'un semblable scandale. A cette vue monsieur le marquis ne put s'empêcher malgré les douleurs aue lui causaient
ses égratignurcîi, de rire à gorge déployée.
u Voilà donc, Madame, ces oiseaux indiscrets qui vieiment troubler votre tranquillité et votre sommeil , qui sans doute , doivent vous être bien chers et bien précieux. Pour servir d'exemple, et en vertu de quel-
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ques anciennes lois féodales , qui , je crois bien ne sont pas rapportées , vous devriez les faire pendre à la porte de votre hôtel. Leur supplice serait une édification pour tous les bons maris de France.
(( Je vous prie, dit la marquise, outrée de honte et de colère , de mettre moins d'amertune dans vos pitoyables ironies ; je ne me suis pas permis la moindre réflexion désagréable et humiliante, lorsque je vous ai trouvé demi-mort dans le cabinet de ma femme de chambre; veuillez je vous prie, être au moins aussi généreux que moi.
— Madame, je n'oserais pas me hasarder la moindre mauvaise plaisan-
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telle, j'admire seulement avec quel feu , avec quelle agitation vous écoutiez la lecture d'une comédie en vers que vous faisait ce bon Dolval , que je vois tout consterné, appuyé contre la cheminée. Remettez vous,, mon cher ami , dit-il à Dolval, je suis toujours de plus en plus convaincu que la vie est semée d'affreuses tribulations , vous voyez cette vérité écrite en trèsgros caractères sur ma figure. Je me suis permis ce soir, après une journée délicieuse, de courir la prétantaine pour chercher quelques bonnes fortunes. J'ai trouvé dans un lit, au lieu d'une femme charmante que je croyais y rencontrer , le diable qui m'a sauté au visage et qui m'a mis
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dans l'état où vous me voyez. Cette pauvre Julie , qui paraît toute déconcertée , n'en pouvait pas davantage ; car elle n'était pas chez elle. Mais un esprit infernal , un griffon , était a sa ])lace étendu voluptueusement au beau milieu de son lit.
— Non mon papa, dit le jeune vicomte toujours en riant , ce n'était point un griffon qui était dans le lit de Julie; mais c'était mon singe que j'avais été y porter, et que j'avais arrangé en jolie femme.
— Toujours cet infernal singe! dit en marmottant madame de Basville.
— Comment , mon fils , c'est votre Magot qui m'a si bien étrillé?
— Mais il paraît que oui.
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— Vous êtes fort heureux que je me trouve ce soir de l'humeur Ja phis gaie et lu plus accommodante, ear je vous aurais corrigé d'une manière exemplaire pour une inconséquence de cette nature.
— Mais mon papa , tout cela n'était que pour rire, et comme vous voyez, j'en ris encore de tout mon cœur.
— J'en ris également, quoique toul
cela soit à mes dépens, car je vois
qu'il faut s'amuser des choses les
plus sérieuse. Mais vous, mon fds ,
vous ne devriez plaisanter qu'avec
des objets dont vous connaissez les
résultats , et non sur des clioscs
qui sont au - dessus de votre âge , I. 2" édit. ,2
votre inexpérience vous fait commettre des indiscrétions dont vous êtes fort loin de connaître et d'apprécier toutes les conséquences. Qu'il n'en soit plus question pour ce soir , allez , Monsieur , retournez dans votre appartement , et tâchez de retrouver , si vous le pouvez , votre malheureux singe : allez donc , vous rirei demain.
— Quant à vous , mon cher Dolval , il ne doit y avoir rien de sérieux entre nous , et nous n'en sommes pas moins les meilleurs amis du monde, quoique je sois assez malheureux de vous trouver au milieu de la nuit drais la chambre à coucher de ma femme. D'après l'explication , je nt'
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dois point le trouver mauvais, et je vois que c'était en tout bien tout honneur, il ne s'agissait que de la lecture d'une pièce de comédie. Cependant ces malheureux appeaux dérangent un peu mes bénignes réflexions, mais l'intérêt que Madame I prenait à une aussi attendrissante lecture, l'enthousiasme et l'éloquence du lecteur, sembleraient justifier son extrême agitation , ainsi tout se trouve en concordance dans ce moment avec mes louables dispositions.
J'ose croire cependant, mon cher ami, que tous ces dérangemens ont un peu refroidi pour ce soir votre zèle pour la lecture , et votre verve ntrainante pour faire ressortir ton-
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tes les beautés d'une tirade bien versifiée , j'aime à croire que vous allez vous retirer. Julie, dites que je veux sortir , que l'on mette les chevaux , et pour éviter un plus grand scandale dans cette maison , car je présume qu'il y en a suffisamment pour ce soir, je vais vous conduire chez
vous.
— Mais, Monsieur, dit la marquise qui paraissait toujours plus outrée , il me semble que vous vous arrogez des droits....
— Qui m'appartiennent dans ce moment et dans cette épineuse et délicate circonstance. Vous êtes d'ailleurs fatiguée , vous avez besoin de repos, votre esprit ne pourrait sai
sir tous les fils de l'intrigue cj^'une comédie. Pour ce soir il faut se séparer, demain vous reprendrez le cours de votre délassement sentimental, et après une courte explication je vous rendrai toutes vos prérogatives. »
Monsieur Dolval ne répliqua qu'en riant, malgré quelques instances de la part de Madame, il fallut en passer par tout ce qu'en avait décidé monsieur le marquis , il reconduisit son ami chez lui , en prenant toujours le ton de la plaisanterie dans tout le cours de la conversation qu'ils eurent ensemble pendant le voyage, il revint ensuite se coucher tranquillement, car il avait besoin de repos.
1 {q les jumeaux
Le lendemain de fort bonne heure, c'est-à-dire vers les deux heures après midi, car raidi, chez les grands, est toujours pris pour minuit, après s'être fait annoncer chez madame la marquise, suivant les formalités d'usage , et après être entré chez elle d'un air affable et riant, il lui fit quelques représentations sur le scandale de la veille. Madame qui conservait envers son époux une rancune un peu prononcée de ce qu'il s'était permis de faire sortir son lecteur sans sa permission , reçut monsieur le marquis avec beaucoup de
hauteur.
(( n me semble , lui dit-elle , que vous avez oublié les conventions que
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nous avons faites avant notre mariage. Je croyais d'après cette explication primitive qu'il m'était permis de faire chez moi tout ce qu'il me plaît d'y faire, sans que votre intervention maritale soit en rien nécessaire. Vous savez d'ailleurs , que je ne me permets pas la plus ])etite investigation sur votre conduite , tout m'autorise donc à exiger de vous un peu plus d'égard, et moins de sévérité.
— Madame, je respecterai toujours vos plaisirs, vos goûts et surtout votre volonté, je me rappelle parfaitement les conventions qui ont précédées notre hymen , je vous observerai seulement aujourd'hui ,
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que la décence a des bornes qu'une épouse comme la mienne ne loit jamais franchir. Je ne viens poiit vous reprocher la scène d'hier comme mari, mais comme votre meilleir ami.
Qu'un homme passe la nut chez vous en déclamant ou à taire toute autre chose, il est convenu il est de rigueur que je ne dois pas m'en inquiéter, parce que vous m'avez diverses fois assuré, et je dois vous en croire, que votre vertu était toujours à Tabri de toute atteinte. Mais si cetie conviction est suffisante pour moi , croyez vous que vos gens soient susceptibles de la même crédulité?
Croyez que votre fils , dont les idées commencent à se développer, ne
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fasse pas quelques réflexions suitout ce qui se passe chez vous? Ne devez vous pas l'exemple des bonnes mœurs à celui de vos fils qui vous reste, comme vous devez entièrement à tous deux votre tendresse maternelle.
— Ne me parlez pas de mon fils, c'est lui qui par son affreux badinage, est la cause de tout le bruit qui existe dans cette maison depuis hier, et sans tout ce scandale, je ne serais pas exposée, Monsieur, à entendre dans ce moment , vos leçons de morale.
— Justement , Madame, c'est ce
qu'il vous convient le plus d'éviter;
et si dans ma conscience, je dois vous I. 2' édit. t3
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passer beaucoup de choses par rapport aux justes égards que je vous doisj toute ma sollicitude dans ce moment, est d'empêcher qu'il se passe sous les yeux de votre fils, des scènes et des exemples qui ne sont point faits pour son âge. Vous avez jugé à propos de faire voyager son frère dans un âge beaucoup plus tendre, il faut vous décider à laisser partir celui-ci ; cette détermination de votre part , devient chaque jour plus nécessaire.
— Monsieur , il ne me reste plus que lui pour me sauver des ennuis que j'éprouve souvent dans ma triste solitude.
-^Sans doute, Madame, mais vous
avez aujourd'hui des preuves incontestables , que ses jeux et ses délassemens ne peuvent pas toujours vous amuser, et ces premières espiègleries doivent aussi vous donner la juste mesure du jugement que vous devez porter sur ses dispositions. Ainsi , tout vous dicte la nécessité de vous prémunir contre les effets de son bruyant caractère, et surtout de l'éloigner d'auprès de vous. Choisissez lui un bon mentor en qui vous mettrez toute votre confiance , et daignez écouter et suivre les conseils d'un ami sincère. »
Madame la marquise sentit la justesse du raisonnement de son époux; elle se rendit à ses instances. Ils
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convinrent d'un commun accord qu'un bon gouverneur serait choisi à monsieur le vicomte , et qu'il partirait pour un voyage de long cours.