CHAPITRE VII
Les Comédiens supposés.
Suivant la détermination qui avait été prise par monsieur l'abbé , le vicomte se disposa à retourner près de madame de Basville ; où le précepteur voulait prendre de nouveaux ordres. IJ aimait beaucoup son élève, mais il voyait avec une douleur véritable cette funeste propension à un<î éternelle gaieté, et il était bien convaincu que rien ne pouvait le changer ou le détourner de ce I. 2* édit. i5
penchant. Le jour du départ fut fixé , le jeune homme obtint seulement que l'on passerait par le Dauphinë et la Savoie , et que l'on visiterait les glaciers du Mont-Blanc»
En entrant dans la diligence qui devait les conduire à Avignon , nos deux voyageurs examinèrent avec une véritable satisfaction , que la composition de l'assemblée paraissait être choisie et extrêmement agréable , avantage qui est toujours très-rare lorsque l'on voyage, et qu'il faut savoir apprécier lorsque l'on est partagé si favorablement.
Trois jeunes dames très -jolies et très-gaies étaient au fond de la voiture. Le milieu était occupé par
DE PAUIS.
monsieur le vicomte et son précepteur, avec une dame d'un moyen âge. Sur le devant de cette diligence étaient deux jeunes commis voyageurs et un négociant. Parmi les trois jeunes femmes qui étaient au fond de la voiture, et sur lesquelles semblaient se porter tous les regards et toutes les attentions des a utiles voyageurs, car partout où elle se trouve, il faut toujours rendre hommage à la beauté, étaient deux jeunes dames bien nées et qui paraissaient avoir reçu une bi'illante éducation, et une demoiselle qui était sœur de Tune de ces deu)^ dames.
En diligence , plus que partout ailleurs, la connaissance est bientôt faite
surtout lorsque chacun s'y trouve en-' gagé parla conversation d'usage, et par un extrême amabilité. Les trois jeunes dames avaient avec elles une guitare , une lyre et de la musique. Aussitôt qu'elles eurent fait quelques lieues, excitées par les jeunes gens, elles firent connaître la beauté de leurs voix et leurs véritables talens en musique. Elles chantèrent à l'envi des morceaux très-gais et très-jolis , en s'accompagnant du mieux qu'elles purent , malgré les cahotemens de la voiture.
En arrivant à la grande auberge , où l'on devait dîner et se reposer pendant deux ou trois heures, où devaient également descendre et serepo-
séries personnes qui composaient la diligence faisant route contraire et allant à Marseille , notre jeune vicomte pressa de descendre pour donner la main aux trois aimables chanteuses par circonstance. Ce fut encore en chantant et en riant qu'elles sautèrent et franchirent le marche-pied de la diligence. L'autre voiture était déjà arrivée , et les personnes qui eu étaient descendues attendaient avec impatience celle de Marseille pour se mettre à la table d'hôte, qui devait se partager en commun entre toutes les personnes des deux dih-
fiences.
La composition de celle qui venait de Paris était bien différente de celle