‹ Les juridictions répressives indigènes en AlgérieChapitre 149 sur 153 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Pour assurer à l’Algérie la sécurité qui est la première condition de sa prospérité, bien des choses restent à faire. Les mesures à prendre sont de deux sortes : les premières doivent avoir pour objet de prévenir, les secondes de réprimer.

Pour prévenir les attaques contre la sécurité des personnes ou contre les biens, il faut entreprendre un long travail d'éducation de l’indigène.

Cette éducation, il faut l’entreprendre dès l'enfance ; il faut commencer par former la moralité des petits qui seront les hommes de demain.Ce sonteux que nous pouvons le mieux façonner, c’est sur eux que nos efforts peuvent faire l'impression la plus profonde. L'instruetion indigène doit donc être une des premières préoccupations de la France en Algérie (1).

Le programme de cette instruction doit d’ailleurs être

sérieusement étudié, car il faut tenir compte de bien

1 « Nous donnons ci-après, par périodes quinquennales la

des éléments ; il est indispensable de respecter, autant que possible les idées, les mœurs, la religion, les traditions et les coutumes des indigènes,

Ce programme doit être assez élémentaire, car il ne faut pas soumettre les jeunes indigènes à un régime intellectuel trop fort pour leurs cerveaux non dégrossis. L’enseignement, à côté de la partie théorique, doit avoir uu caractère pratique et professionnel (1).

Il faut également faire l'éducation des indigènes actuels, et c’est là une tâche plus difficile encore. Il est

nécessaire de développer chez eux l’idée de travail et

progression de l'effectif des élèves indigènes inscrits dans les écoles de toutes natures depuis 1882 :

1H een Er Cr EEE TRES 0) AO ad dE en et 2 ae D O0 DES 00 EE RE Pr A 2909 EDS O7 ee D LMENCEE Lointbe CNT 0 NA6S

Les TONNES PE RENE PER EE TA Du

| LOST SE NEA AN EE PIONEER à IS LE 1e RON ME TENTE CUITS Pa à Dr AUPMENTALONIEER, 0 57, 1.126

« L'augmentation du nombre des élèves n’est pas assez rapide.

« Pour répandre plus promptement l'instruction parmi les populations musulmanes de l'Algérie, un projet nouveau est à l’étude et sera présenté aux assemblées financières algériennes à leur prochaine session, » (CG. JeammarRE, recteur de l’Académie d'Alger. Situation de l'enseignement en Algérie pendant l’année scolaire 1906-1907.)

1. Décret du 28 avril 1892, art. 16 : « L’agriculture pratique et le travail manuel sont enseignés dans toutes les écoles. »

Art. 18 : « Dans les écoles de filles, les élèves consacrent la moitié du temps des classes à la pratique des travaux d’aiguille

et des soins de ménage, »

d'économie ; car ce serait un grand danger pour l’AIgérie s’il s’y formait un prolétariat indigène, une armée de déclassés sans feu ni lieu, prêts au brigandage et à l'insurrection.

Pour cela, il serait avant tout nécessaire de supprimer l'usure, la lèpre morale du pays ; pour arriver à ce but, lun des meilleurs moyens à employer est évidemment le développement des sociétés indigènes de mutualité, de prévoyance et de crédit, institutions dont le succès s'affirme, du reste, de jour en jour (1). Signalons également, pour la protection de l'indigène contre l'usure, l’idée de la création en faveur de l’indigène d’un homestead inaliénable et insaisissable (2).

Pour areiver à améliorer la situation morale de l’indigène, il est nécessaire d'améliorer sa situation matérielle. Mais c'est là une tâche des plus compliquées, puisqu'il s’agit, surtout en ce qui concerne les Arabes proprements dits qui forment la majorité de la population, d’une race naturellement paresseuse et qu’un fatalisme, poussé à ses dernières limites, empêche de faire

le moindre effort pour se tirer de sa misère matérielle

1. Ces sociétés de prévoyance et de mutualité existaient d’ailleurs avant la conquête française. « De temps immémorial, dit M. Wahl (L'Algérie, # édition, p. 319), les tribus de l'Algérie avaient leurs silos où l’on mettait des grains en réserve pour parer aux besoins des années mauvaises. Cette épargne en nature comprenait une part des pauvres, alimentée par des dons volontaires. » Voyez au sujet de ces sociétés : A. pe Prvre, Sociétés indigènes de prévoyance, de secours et de prêts mutuels.

2. Voyez : P. Sumien, Le homestead et la question de la propriété en Algérie, Revue algérienne et tunisienne, 1895, 1, 29,

et morale. Bien des efforts ont pourtant été faits, nous sommes heureux de le constater, pour la protection et l'encouragement de l’agriculture indigène, et pour l’enseignement professionnel agricole.

Pour soulager la misère, on a, dans un autre ordre d'idées, créé un certain nombre d’hôpitaux indigènes, on a organisé un rudiment d'assistance médicale gra tuite (1) (2), et un certain nombre de bureaux de bienfaisance musulmans.

On peut, du reste, constater que les efforts tentés pour l’amélioration de la condition matérielle des indigènes n’ont pas été sans résultats. L'augmentation du bienêtre s’est traduite par une augmentation parallèle de la population indigène, augmentation accusée par chaque recensement. La population musulmane augmente, en effet, de 15 pour mille chaque année. c’est-à-dire dans une proportion plus forte que n'importe quel État européen.

Malheureusement, les efforts faits en vue du relèvement de la moralité des indigènes n’ont pas obtenu des résultats aussi sensibles. Certainement, ces efforts ne sont pas restés sans effets, mais les chiffres fournis par la statistique criminelle sont bien loin d’être satisfai-

sants. C’est pourquoi on ne saurait trop insister sur la /

1. Au 1° janvier 1907, il existait 77 établissements spéciale= mént réservés aux musulmans : 4 hôpitaux et 73 infirmeries, sans parler de ceux dans lesquels les indigènes sont admis comme les Européens. Le service d'assistance médicale a, en 1907, distribué 423.000 consultations gratuites.

2, V. Grorces Recrenwaz. Des œuvres d'assistance spéciales aux indigènes en Algérie (Thèse Montpellier, 1908).

nécessité de soumettre les méfaits commis par les indigènes à une répression exemplaire. Il est inutile de verser des larmes sur le sort des malfaiteurs qui se laissent prendre, il vaut mieux, par une sévérité impitoyable, empêcher le retour de leurs méfaits.

Nous ne nions pas d’ailleurs qu’il y ait lieu d'établir en faveur des accusés certaines garanties, mais il suffirait de très légères modifications dans l’organisation des juridictions répressives indigènes telles qu'elles fonctionnent actuellement pour que les indigènes y trouvent des garanties suffisantes de bonne justice.

Si donc nous réclamons sur toutes les matières que nous avons passées en revue une nouvelle loi codifiant les principes épars en des textes trop nombreux, supprimant les obscurités de ces textes et coupant court aux critiques que l’on adresse à leur légalité, si nous avons pu réclamer certaines modifications de détail, nous n’en estimons pas moins qu'il faut mettre hors de doute le principe selon lequel, dans l’état actuel des choses, il est nécessaire en Algérie, de conserver des juridictions spéciales pour juger les infractions commises par les indigènes, et conserver aussi, à côté de la répression judiciaire, les pouvoirs disciplinaires de certaines autorités et de certains corps administratifs.

Pendant trois quarts de siècle on a eu en France l'illusion que l’assimiliation était possible, les résultats de cette idée au point de vue de la criminalité indigène ont été désastreux. Aujourd'hui enfin, on a compris que pour la sécurité de la population algérienne, il fal-

lait une répression prompte et énergique.

Les nouveaux tribunaux donneront-ils de meilleurs résultats que leurs prédécesseurs ? Nous le croyons, mais nous sommes encore trop près de leur organisa-

tion pour pouvoir porter à ce sujet un jugement assuré.

Vu: Vu:

Nancy, 2 juin 1908 Nancy, 2 juin 1908, Le PRÉSIDENT DE THÈSE, Le Dove, L. BEAUCHET R. BLONDEL.

Vu et permis d'imprimer :

Nancy, 4 juin 1908.

Le RecTEUR DE L'AGADÈMIE,

Page 1