LAS
et dont la limite supérieure mord sur l'aire pupillaire ; la sensibilité cornéenne est très diminuée ; ce jour, elle n’a pas été évaluée quantitativement avec des crins, mais la lésion a été attouchée avec l'extrémité d’un coton, aucun réflexe n’a été obtenu. OD : V — 3/10. OG : blanc, normal, 8/10 ; on prescrit de l’atropine, pansement pommade à l’auréomycine, repos au lit, chauffage de l’œil.
Dans les jours qui suivent : aucune amélioration ne se produit et le malade se plaint maintenant de douleurs de plus en plus vives irradiant à l’hémi-crâne droit.
Le 10 septembre 1951 : le malade est admis à la Clinique.
O D : présente une rougeur ciliaire modérée ; l’ulcère dendritique occupe le même état, légère infiltration en profondeur ; SC. : 80 mg à la périphérie, la lésion ne réagit pas à 150 mg ; la Descemet est plissée ; chambre claire ; bonne dilatation, tonus sp. V.L. perméables. On institue un traitement général par le salicylate de soude en injections intra-veineuses ; localement : mydriatiques, pommade aux colorants composés ; tous les examens : dentaires. O.R.L., BW, etc, sont négatifs.
Le 13 septembre 1951 : on fait une inclusion sous-conjonctivale de Placenta.
Le 16 septembre 1951 : état inchangé ; on fait un grattage de la lésion, puis attouchement à l’éther.
I1 s’en suit une amélioration subjective et objective, et la perte de substance épithéliale tente à se combler. V — 4/10.
Le 22 septembre 1951 : on accède au désir du malade de le suivre en ambulant ; on prescrit atropine, pommade aux colorants composés.
Le 9 octobre 1951 : récidive. On réadmet le malade ; l'œil est irrité, les douleurs sont à nouveau vives, l’état de la cornée est de nouveau semblable à ce qu’il était en septembre. SC. : périphérie, 80 mg ; la lésion ne réagit pas à 150 mg ; mydriase moyenne ; tonus sp. V — 4/10 faible. On fait une série de chocs au lait, puis du salicylate intra-veineux localement ; nouvelle inclusion de Placenta
sous-conjonctivale.
Le 12 octobre 1951 : on refait un grattage et attouchement à l’iode dilué au 1/10.
Aucune amélioration dans les jours qui suivent, au contraire, la limite supérieure de la lésion est infiltrée et on peut craindre une évolution « disciforme ».
Le 17 octobre 1951 : devant l’échec de toutes les thérapeutiques employées depuis 7 semaines, on fait une kératoplastie lamellaire : la trépanation empiète largement sur la partie inféro-externe de la lésion, le greffon employé est un greffon lamellaire en forme de lunule que l’on place à la périphérie ; fils.
DR
Le résultat de la greffe est véritablement impressionnant : 5 jours après la greffe, l'œil est calme, le malade n’a plus de douleurs et dès le premier examen à la lampe à fente, les lésions superficielles sont pratiquement cicatrisées et l’on observe un éclaircissement très net de la zone qui était infiltrée.
Le 29 octobre 1951 : le malade nous quitte, son œil est calme. SC. 80 mg à la périphérie, 150 mg est maintenant perçu dans la zone qui était atteinte, greffon anesthésique. V — 3/10.
Nous avons revu le malade le 21 décembre 1951 : son œil était parfaitement calme, il persiste une toute petite zone d’opacité superficielle au-dessus du greffon. V — 9/10. SC. inchangée.
Fin avril 1952 : malade convoqué. V — 9/10. SC. périphérie 50 mg ; 120 mg dans la zone qui était atteinte ; greffon anesthésique. La guérison, pratiquement sans séquelles, est ue complète depuis plus de cinq mois.
Conclusions. Kératite dendritique rebelle aux divers traitements locaux et généraux associés ; la greffe à chaud est pratiquée 7 semaines après le début de l'affection, en pleine évolution et aggravation des lésions ; excellent résultat tant anatomique que fonctionnel et qui a permis la reprise du travail 15 jours après la greffe ; la guérison se maintient sans rechute depuis plus de Es mois, avec récupération partielle de la sensibilité cornéenne. 10/1 O.
Observation N° 2 Irido-kératite ; kératite du type kératite ponctuée superficielle.
Le 22 août 1950 : A. R.. est adressé à la Clinique par un confrère ophtalmologiste de la ville qui le suivait depuis le 13 juillet 1950 ; les renseignements suivants nous ont été fournis au sujet de ce
malade :
Le 13 juillet 1950 : A. R.. était venu consulter parce que son œil était devenu rouge et légèrement douloureux. Le diagnostic porté à ce moment fut celui d’irido-kératite ; d’après les renseignements fournis : la cornée hypoesthétique présentait de nombreuses petites lésions ponctiformes, plus ou moins grosses suivant les endroits, superficielles mais disséminées sur toute la cornée ; entre ces lésions, on observait par endroits un léger trouble dans les lames superfcielles. L’acuité visuelle, dont on ne sait ce qu’elle était avant cette date, était alors de 2/10 faible. L’œil gauche était normal : 10/10 ; les traitements suivants furent successivement institués par notre confrère : pénicilline en injections rétro-bulbaires, injections SOUSconjonctivales de sublimé, pansement avec pommade Dionine et
SNS
vitamine, puis, Placentafil en injections sous-cutanées, et toujours des mydriatiques ; de plus, le malade a été traité pour la sinusite ethmoïdale que l’examen O.R.L. avait décelé.
Mi-août 1950 : toutes ces thérapeutiques n'ayant aucunement amélioré l’état de l’œil gauche atteint, on refait par deux fois une implantation sous-conjonctivale de Placenta. Résultat nul, et l’œil reste toujours irrité, légèrement douloureux. Acuité visuelle : 1/10.
Le 22 août 1950 : le malade est hospitalisé en vue d’une greffe à chaud et ne restera que quelques jours, puis sera à nouveau suivi par notre confrère à l’obligeance duquel nous devons également les renseignements Concernant l’évolution ultérieure.
Le 24 août 1950 : la kératoplastie est pratiquée : greffon lamellaire en lunule périphérique. Fils.
Le 6 septembre 1950 : l’œil opéré est pratiquement calme, hormis quelques points centraux, les lésions sont cicatrisées. L’hypoesthésie est moindre (mais n’a pas été évaluée avec des crins). Acuité vi- -suelle : 2/10.
Début octobre 1950 : œil calme ; lésions cicatrisées ; petites taies irrégulières, par endroits. SC : normale. V — 4/10. Reprise du travail.
Le malade a été revu par notre confrère à l’occasion d’une consultation pour prescription de verres en mai 1951 ; l’œil était calme et l'était resté depuis octobre 1950. V. — 5/10.
Conclusions. Dans ce cas, la greffe à chaud, faite après 3 semaines d'échec des divers traitements, a apporté la cicatrisation des lésions, une récupération de la sensibilité cornéenne et une très notable amélioration de l'acuité visuelle ; la guérison se maintient sans rechute 9 mois après la greffe.
E. La greffe à chaud dans les kératites disciformes Observation N° 1
Œil gauche : kératite disciforme.
Fin setpembre 1951 : S. J.., 27 ans, est adressé à la Clinique par un confrère qui le traite depuis le début du mois d'août pour une kératite disciforme de l'œil gauche. Début août, l’œil gauche était spontanément devenu légèrement rouge et douloureux et la vue s'était « voilée ». La cornée présentait un trouble interstitiel bientôt assez nettement délimité sous la forme d’un disque ovalaire, la Descemet était fortement plissée et quelques fins vrais précipités étaient accolés à la face postérieure de la cornée ; la vision était alors de 5/10. Les traitements suivants restèrent sans action : localement : mydriatiques, pansement avec pommade aux colorants,
puis auréomycine en collyre et pommade ; l’auréomycine sous l’une et l’autre forme déterminait de vives douleurs ; concomitamment par voie générale : une série de chocs au lait, de la vitamine B1, enfin de l’auréomycine per os ; cette dernière, vu l'intolérance digestive, doit être rapidement abandonnée.
A l’admission à la Clinique : fin septembre 1951
O D : ne présente rien de particulier.
O G : injection ciliaire très discrète, un peu de photophobie, douleurs assez vives, lancinantes. V — 2/10 faible. A la lampe à fente on observe une zone inféro-externe paracentrale assez nettement ovalaire où la cornée très épaissie présente un important trouble interstitiel ; cette zone est assez nettement délimitée d’avec la périphérie claire et d'épaisseur normale ; la Descemet est fortement plissée et quelques fins précipités sont accolés à la face postérieure de la cornée dans le bas ; la SC est toutefois normale. Les examens étiologiques les plus complets ne montrent rien d’anormal, ni du point de vue focal ni du point de vue général.
Une inclusion sous-conjonctivale de Placenta reste sans résultat.
On décide alors d'utiliser la cortisone en instillations (une goutte toutes les 3 heures, et pansement avec de la pommade à la cortisone).
Du 9 au 17 octobre 1951 : la cortisone est ainsi administrée, amélioration subjective nette, les douleurs sont moins vives.
Le 17 octobre 1951 : à la lampe à fente, le trouble cornéen interstitiel est un peu moins dense, un îlot dans le bas du disque est plus
particulièrement éclairci; la vision atteint 3/10 faible ; à cette date, le malade quitte la Clinique. Traitement : scopolamine.
Le 2 novembre 1951 : le malade nous est réadressé ; depuis 8 jours rechute et aggravation nette, douleurs vives. Vision — 1/50. La zone d'infiltration interstitielle, très dense, occupe une surface un peu plus grande que précédemment vers le haut, en direction du centre ; Descemet très plissée ; la SC. reste toutefois subnormale (50 mg). On refait une inclusion sous-conjonctivale de Placenta. Pas de résultat ; massages avec des pommades à l’oxyde jaune de mercure à pourcentage croissant.
Le 21 novembre 1951 : on décide, vu l’état inchangé des lésions, de faire une kératoplastie à chaud : greffon en forme de lunule, placé à la périphérie, au limbe entre 6 et 8 h.; la trépanation empiète sur toute la partie inféro-externe de la lésion ; fils.
Le 28 novembre 1951 : le malade n’a plus de douleurs ; la dilatation est bien meilleure ; les lésions ont même étal vers le centre, mais le trouble interstitiel est un peu moins dense. La cornée un peu moins épaissie ; greffon bien coapté. Début d’envahissement vasculaire du greffon.
Le 5 décembre 1951 : amélioration nette ; au-dessus du greffon, le coiffant en cimier de casque, une mince zone très nettement éclair-
ae
cie ; la partie supérieure de la lésion sus-jacente à la zone précédente reste bien délimitée, mais le trouble est nettement moins important. L'amélioration s’objective par une vision — 2/10.
On fait une première application de radiations Bêta sur le greffon dont la vascularisation s’accusait.
Le malade est alors suivi en ambulant ; on fait successivement trois applications de radiations Bêta (suivant technique de SwaAN- BERG) sur le greffon.
Le 12 décembre 1951 : œil calme, même vision et même état anatomique.
Le 10 janvier 1952 : amélioration anatomique ; seules les couches les plus superficielles sont troubles, et dans une petite zone au centre du « disque» le trouble persiste également dans les couches profondes. Quelques plis de la Descemet persistent. Les vaisseaux du greffon sont en partie sclérosés. V — 3/10. SC. : 20 mg partout. Greffon anesthésique.
Les 9 avril 1952 et 28 avril 1952 : nous avons revu le malade, l’état anatomique est le même. V — 3/10.
Conclusions. Kératite disciforme apparue spontanément à l'œil gauche ; échec de tous les traitements pratiqués et plus particulièrement de l'inclusion sous-conjonctivale de Placenta, de l'auréomycine et de la cortisone.
Après deux mois d'échec et aggravation des lésions, on fait une greffe à chaud : amélioration nette des lésions anatomiques qui ne disparaissent toutefois pas totalement ; amélioration également de la symptomatologie subjective. Délai écoulé depuis la greffe : 4 mois.
Observation N° 2
Œil droit : kératite disciforme post-traumatique.
Le 27 février 1952 : P. F..., 60 ans, nous est adressé par son médecin ; 10 jours auparavant, il aurait eu un coup de queue de vache sur l'œil droit. A l’examen : V — 1/10 inaméliorable. L’œil est légèrement injecté, larmoie, et est assez photophobe. La cornée est trouble dans son ensemble sauf à l'extrême périphérie ; ce trouble siège dans les lames, mais de plus l’épithélium est finement vallonné par endroits par de petites microbules sous-épithéliales. La SC. est normale (20 mg sur toute l’aire cornéenne) ; sur la Descemet, fortement plissée dans le bas, quelque précipités pigmentés. Tonus au Schiôtz : 15 mmHg. VL perméables. On hospitalise le malade ; le traitement suivant est institué : localement, atropine, collyre à l’auréomycine
et pansement à l’auréomycine ; de l’auréomycine est également administrée par la bouche.