SG EE
Le 4 mars 1952 : état inchangé. Placenta sous-conjonctival.
Le S mars 1952 : la kératite prend nettement une allure disciforme ; mauvaise dilatation : on distingue maintenant une large zone siégeant dans le cadran inféro-externe empiétant largement sur le cadran inféro-interne et sur le centre cornéen ; par endroits, la limitation est nette; en d’autres, plus imprécise d’avec la périphérie ; l’épithélium est toujours chagriné. SC. : 20 mg à la périphérie, 80 mg au centre du disque. On commence des instillations de cortisone en collyre, 1 goutte toutes les 2 h. ; le soir, pansement pommade cortisone 1 %,.
Le 15 mars 1952 : aucune amélioration n'étant obtenue, on fait une greffe à chaud : greffon en forme de lunule placé à la périphérie, au limbe, de 7 à 8 h. ; fils.
Le 21 mars 1952 : aggravation. Le trouble parenchymateux est encore plus dense ; légère douleur ; le greffon lui-même est œdématié, un peu jaunâtre, mal coapté.
Le 50 mars 1952 : le greffon en nécrobiose est détaché lors d’un pansement ; l’état oculaire étant inchangé, on décide de faire une tarsorraphie qui est faire le 1” avril 1952.
Les 24 avril 1952 et 13 mai 1952 : le malade est revu : des gouttes de scopolamine ont été instillées journellement à travers le pertuis de la tarsorraphie, mais l’état de l’œil semble toujours être le même.
Conclusions. Kératite disciforme post-traumatique de l'œil droit. Après échec : de l'auréomycine localement et, par voie générale, du Placenta sous-conjonctival, de la cortisone.
On fait une greffe à chaud qui reste, elle aussi, sans action ; de plus, dans ce cas, le seul où nous ayons observé ce fait, le greffon a subi une nécrobiose.
F. La greffe à chaud
dans un cas de kératite d’étiologie non élucidée Observation
Œil gauche : kératite d'étiologie non élucidée (œil aphake ; kératite dystrophique ?).
Mme E. M, 67 ans, a toujours été soignée à la Clinique où son
dossier nous renseigne sur ses antécédents oculaires jusqu'à fin
1934 : extraction du cristallin droit avec iridectomie, cataracte sénile, opération intra-capsulaire sans incident, vision par la suite 9/10.
bre
Octobre 1940 : extraction de la cataracte sénile à gauche avec iridectomie, opération extra-capsulaire, une perle de vitré.
Décembre 1940 : œil gauche : 4/10.
De 1940 à 1951 : la malade nous dit que les deux yeux étaient parfaitement calmes, mais l’œil gauche a toujours moins bien vu que l’œil droit depuis l’opération.
Le 13 avril 1951 : Mme E. M.… consulte parce que, il y a une dizaine de jours, l’œil gauche, spontanément, est devenu rouge et progressivement douloureux et larmoyant. Baisse de vision.
A l’examen : OG : V — inférieure à 5/50 ; œil très irrité ; la cornée présente de multiples bulles isolées, dont certaines confluent déterminant un véritable décollement de l’épithélium cornéen ; la cornée est légèrement infiltrée par endroits, la Descemet est plissée. V.L. perméables ; le tonus au Schiôtz est normal ; la SC. n’a pas été prise.
OD : 10/10 après correction.
La malade est hypertendue et présente une cardiopathie bien compensée.
On ordonne de l’atropine et une pommade polyvitaminée en pansement.
Mais la malade se soigne et se fait suivre très irrégulièrement, devant une légère amélioration ; elle ne se représente que le 80 juillet pour la même symptomatologie subjective et objective ; on lui propose de faire une tarsorraphie qu’elle refuse, se promettant de mettre journellement les gouttes et la pommade prescrites.
Nous revoyons la malade le 4 octobre 1951 : l’œil est toujours resté rouge et souvent douloureux ; on propose l’hospitalisation qui est acceptée.
O D : normal.
OG : 3/50. De petites bulles sous-épithéliales sont disséminées sur toute la cornée, léger trouble interstitiel par endroit. Chambre antérieure claire. A ce moment, la SC. est normale. Tonus normal également.
Le 16 octobre 1951 : après échec du Placenta en inclusion sousconjonctivale, échec aussi de l’auréomycine ; vu les douleurs et l’état cornéen inchangé, on décide de faire une greffe à chaud : greffon lamellaire, lunule au limbe ; dans les jours qui suivent : la sédation des douleurs est nette, mais, au premier examen à la lampe à fente pratiqué le 22 octobre 1951, la cornée sus-jacente au greffon ne montre pas d'amélioration.
Le 26 novembre 1951 : la malade désirant absolument rentrer chez elle, on fait une tarsorraphie et on ordonne l’instillation de scopolamine par le pertuis de la tarsorraphie.
UE
Nous avons revu la malade à différentes reprises : en décembre 1951, janvier, février, mars 1952 : la malade a eu quelquefois de légères douleurs en rien comparables en intensité avec ce qu’elles étaient auparavant. Par contre, l'état de la cornée est toujours le même, aussi, n’ouvre-t-on pas la tarsorraphie.
Conclusions. Kératite unilatérale d'étiologie non élucidée, sur œil aphake (kératite dystrophique ?). Echec de tous les traitements médicamenteux, échec de l'inclusion sous-conjonctivale de placenta. La kératoplastie lamellaire à chaud apporte une nette sédation de l'élément douloureux, aucune amélioration de l'état anatomique dans ce cas. La tarsorraphie faite depuis 5 mois laisse également l'œil sans amélioration.
G. La greffe à chaud dans un cas de kératite dystrophique
survenue après iridectomie anti-glaucomateuse. Observation :
O D G : kératite dystrophique survenue après iridectomie antiglaucomateuse.
Mme P. M, 64 ans, est suivie et traitée depuis 2 ans par un confrère de la ville pour iritis hypertensive aux deux yeux.
Début mai 1951 : iridectomie anti-glaucomateuse à l'œil droit qui n’a plus qu’une mauvaise perception.
15 jours après : iridectomie anti-glaucomateuse à l'œil gauche, dont la vision — perception lumineuse.
Début juin : début de kératite dystrophique à l’œil droit avec progression rapide vers la dégénérescence cornéenne, alors que le tonus est normalisé.
Début juillet : début de dégénérescence cornéenne à l'œil gauche. Tonus également normalisé.
Vu la rapide évolution péjorative à l’œil droit et qu'aucun traitement médicamenteux ne réussissait à enrayer, notre confrère adresse la malade à la Clinique en vue d’une greffe trophique à chaud à l’œil gauche. À ce moment
OD : pas de perception lumineuse ; œil calme ; pas de douleurs.
Tonus au Schiôtz : 25 mg; cornée presque totalement opacifiée, vascularisation par endroit.
O G : compte les doigts à 20 cm ; bonne projection. Cornée assez claire au centre ; à 8 h., 6 h., 5 h. et 4 h., de larges îlots périphériques où l’on observe dans les lames cornéennes les petites vacuoles juxtaposées avec des sortes de petits nodules calcaires ou de eristaux, et entre ces îlots, toute l’hémi-cornée inférieure présente un
re
fin voile superficiel d’opacification. Dans la région paralimbique, en haut, et s’avançant légèrement vers le bas, une zone où l’épithélium est tomenteux, où on a l’impression qu’il va s’exfolier. La S C. n’a pas été prise ; dans le bas, sur la Descemet, un triangle précipité ; la chambre antérieure est claire ; iridectomie large dans le haut ; cataracte nucléaire avec soucoupe postérieure.
Le 26 juillet 1951 : tel était l’état de l’œil gauche lorsqu’est pratiquée la greffe à chaud ; greffon lamellaire en forme de lunule placé au limbe de 4 à 6 h.
Le 1” août 1951 : nous réadressons la malade à notre confrère
O G : dès ce moment, toutes les lésions actives sont maintenant, éteintes ; en particulier, l’épithélium dans le haut de la cornée est redevenu normal. Dans le bas, on observe déjà un léger éclaircissement.
O D : non opéré, même état que précédemment : cornée opacifiée. Le 20 mars 1952 : vu l’excellent état cornéen de l’œil gauche, notre confrère nous réadresse la malade pour extraction du cristallin opacifié ; nous apprenons ainsi par notre confrère que depuis août 1951 cet œil gauche est toujours resté calme, plus aucune nouvelle lésion de dégénérescence cornéenne n’est apparue depuis la greffe à chaud.
L'état cornéen est en effet surprenant : hormis les îlots interstitiels incrustés de cristaux, la cornée s’est partout éclaircie d’une {açon véritablement étonnante. Et l’on conçoit, vu la bonne perception et projection lumineuse, qu’en dépit des antécédents d’hypertension intra-oculaire, on veuille tenter l’extraction du cristallin. Le tonus est actuellement normal.
Le 25 mars 1952 : extraction intra-capsulaire du cristallin sans incident opératoire. Les suites sont excellentes, en particulier l’intervention n’a pas déterminé de nouvelle poussée dégénérative de la cornée. Malheureusement, le vitré est pathologique et la vision reste à 1/10.
Le 12 mai 1952 : nous revoyons la malade, l'œil est parfaitement Calme: Na=1/10:
Conclusions. Cette observation, du point de vue cornéen recherché, est un véritable succès de la greffe trophique à chaud. C'est une observation particulièrement instructive ; les deux yeux, en effet, étaient atteints de la même affection : iritis hypertensive ; à 15 jours d'intervalle, les deux yeux sont opérés d'iridectomie anti-glaucomateuse. Cette intervention est suivie des deux côtés d'une dégénérescence cornéenne d'évolution rapide, et qu'aucun traitement médicamenteux ne réussissait à enrayer. Or, l'œil droit, qui n'a pas subi la greffe, a maintenant une cornée totalement opacifiée, alors que l'œil gauche, que tout prédisposait à une même évolution, présente une cornée claire et cet œil a supporté sans incident l'extraction de la cataracte.