‹ Les kératoplastiesChapitre 29 sur 33 · MÉCANISME D'ACTION DES GREFFES À CHAUD · texte numérisé non relu

MÉCANISME D'ACTION DES GREFFES À CHAUD

En l'absence de fondements biologiques sûrs, nous ne pouvons que mentionner les différentes hypothèses qui ont été émises dans le but d'expliquer les faits cliniques observés. Nous y ajouterons, sous l'angle du mécanisme d'action de ces greffes, les réflexions qui‘ nous ont été suggérées par nos propres Cas.

Les hypothèses soulevées s’'intègrent en gros dans deux cadres ; les résultats obtenus par la greffe à chaud seraient

1. liés à l’action de présence du greffon ; 2. soit en rapport avec l’acte chirurgical.

l. L'action de présence du greffon :

Pour Ficarov, l’action trophique et thérapeutique des greffes cornéennes trouve son application dans le cadre général de sa théorie de la thérapeutique tissulaire ; la découverte empirique de l’action trophique et thérapeutique des greffes cornéennes est du reste à l’origine de cette théorie et en constitue l’illustration la plus frappante.

Cette théorie que Firarov tire d’une large expérience est actuellement bien connue, nous en rappellerons seulement les grands traits : un tissu vivant placé dans des conditions de vie défavorables, plus particulièrement par conservation et à basse température, continue à vivre ; mais, les processus biochimiques vitaux sont considérablement ralentis ; et, pour répondre à ces conditions défavorables, les tissus élaboreraient de nouvelles substances : des « biostimulines » qui exciteraient leurs propres réactions vitales ; introduits dans un organe malade, ces tissus exalteraient à leur tour les réactions vitales de leur hôte et hâteraient sa guérison.

Quant au point plus particulier de l’action éclaircissante du greffon cornéen, FILAToY admet que certaines cellules du greffon contiennent des produits analogues à des diastases et qui agiraient sur la transparence de l’hôte pour l’améliorer. Ces substances activeraient la formation des éléments cellulaires du protoplasme altéré d’où résulterait peut-être une nouvelle disposition des micelles dont dépend la transparence ; l’éclaircissement serait donc dû à une action biologique des substances greffées. Ainsi, pour FILATOv, le mécanisme

d'action de ces greffes est entièrement lié à la présence du greffon,

er)

mais, il faut bien le dire, aucune démonstration biologique solide n’étaye cette hypothèse ; et surtout on manque de tous renseignements précis quant à la véritable nature et à l’existence même des « biostimulines ».

Bien d’autres hypothèses ne manquent pas de s'imposer quant au

mécanisme daction des greffes à chaud.

Il. De suite, un point demande à être débattu : Quel est le rôle de l'acte opératoire ?

1. On ne saurait mésestimer ce fait essentiel que cette méthode thérapeutique comporte l’exérèse au moins partielle du tissu cornéen malade.

Avec PAUFIQUE et Mme HuGoNNiER (51), nous pensons que c’est là un point important, mais lui seul ne peut expliquer les résultats obtenus ; nous reviendrons sur ce point.

2. On pourrait également supposer que le simple traumatisme opératoire en tant que tel est en cause ; l’effet du traumatisme opératoire serait lié : soit aux perturbations circulatoires, soit à des modifications neuro-sympathiques, inhérentes à toute intervention chirurgicale ; ces différents mécanismes, ou la conjonction de leurs effets, agiraient finalement sur la cornée malade, peut-être même à la façon d’un véritable choc local, pour exciter ses potentialités de défense contre l’agression infectieuse ou toxique.

3. I1 se pourrait également, au moins dans certains cas, que par la trépanation on ouvre une véritable voie de drainage pour des substances toxiques accumulées dans le parenchyme cornéen malade ; nous pensons là plus spécialement aux brûlures, surtout celles par alcalis ; dans ces brûlures, on le sait, les protéines ne sont pas coagulées, mais au contraire véritablement dissoutes par le toxique, ct cette action dissolvante se prolonge longtemps après que le toxique soit venu au contact du tissu cornéen ; ce qui explique du reste les aggravations tardives fréquentes dans de genre de brûlures. L’on conçoit alors que le fait de trépaner pourrait en quelque sorte offrir une voie de drainage à ces substances délétères qui, évacuées, ne continueraient donc plus d'agir. Ce mécanisme de drainage, PaAu- FIQUE (84), LAZzAREv (61), l’ont du reste invoqué également comme un mécanisme possible d’éclaircissement des opacités cornéennes. Pau- FIQUE (84) cite même un cas d’une cornée très opaque qui a laissé s’écouler un véritable lait blanchâtre après la trépanation.

4. Enfin, l’on ne saurait refuser a priori, soit à l’acte opératoire, soit à l’action même du greffon de déterminer un véritable changement de limmunité de la cornée, ou alors de modifier l'équilibre physico-chimique de la cornée et d’être ainsi à la source de réactions nouvelles stimulées.

Page 1