‹ Les KhassonkéChapitre 19 sur 74 · I.A VIK MATKKIKI.I.E El MORALE Hj · texte numérisé non relu

I.A VIK MATKKIKI.I.E El MORALE Hj

I.cs cabinets sont inconnus, en général, l'on va en plein air, les terrains vaj^ues aux alentours des lieux habités sont, par suite, fort malpropres.

Il n'est pas rare qu'une partie de la lu soit cultivée en hixernage, il est même d'usage de semer des cucurbitacées auprès des cases et des clôtures de sorte que, pendant plusieurs mois, les demeures disparaissent sous la xerdure, ce qui ne contribue pas peu à en égaver l'aspect, d'ordinaire délabré et miséreux, quand les esclaves n'en assurent pas l'entretien.

C'est aux femmes de la maisonnée qu'incombe le soin de tenir la lu propre, aussi, dès le matin, voit-on les ménagères pn>céder à un bala\age qui soulève des nuages de poussière. Les ordures sont portées au dehors ou jetées dans une des excavations qui, dans la lu môme, proviennent de l'extraction de la terre employée aux constructions.

La lu se transforme facilement dans l'ensemble comme dans le détail. Lorsque le nombre des habitants s'accroît

— quand le maître prend une autre femme, par exemple

— de nouvelles constructions sont nécessaires, on les édifie sans souci de svmétrie ou de disposition géométrique, soit sur le terrain même de l'enclos, soit à proximité de ce terrain, ce qui, dans ce dernier cas, entraîne le déplacement corrélatif de la clôture. D'autres fois, au contraire, le nombre des habitants diminue — par suite de décès, d'émigration— les casesdes disparus demeurent, maison les néglige et elles tombent en ruines: il en est ainsi, normalement, de la case dans laquelle le maître défunt s'est fait inhumer.

La lu apparaît donc tantôt comme bien tenue avec des constructi<^ns et une cl<')ture en bon état, tantôt comme un misérable amas de ruines dans lequel s'élèvent de-ci de-là des cases bien entretenues.

Les lu contiguës, dans le village, ont des séparatit'ins mitoyennes, élevées et réparées à frais communs, et qui

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ne sont pas toujours uniformes dans leur contexture. L'espace libre entre deux lu forme la voie commune, qui est la rue dans son état primitif; on conçoit que, née de circonstances le plus souvent fortuites, la rue est très variable de largeur et d'allure; parfois étroite, tortueuse et sans issue, parfois large et aboutissant à une place qui n'en est qu'un épanouissement. D'ailleurs comme Ton prend les matériaux nécessaires pour édifier les constructions dans l'endroit le moins éloigné possible, il n'est pas rare de voir à proximité de la \oie et des habitations des trous d'où l'on a extrait la terre. Ces excavations profondes mais peu larges, ou inversement, sont souvent transformées en dépotoirs des ordures ménagères et, en hivernage, en mares pestilentielles.

Par tout ce qui précède, il est facile de comprendre combien le village est, en général, d'aspect peu engageant; tout s'\' révèle désordonné, incohérent, disparate. Seule, la place publique, le bera litt. lieu où l'on se rencontre, où l'on se réunit! est agréable avoir, quand elle est propre et bien ombragée, ce qui n'est pas rare. C'est le lieu où les hommes oisifs aiment à se tenir dans la journée : pour eux, à l'abri des arbres, se dresse fréquemment une manière d'estrade sur laquelle ils s'installent pour faire la sieste ou bavarder. Le soir, les « jeunes » organisent, sur le bera, des veillées où, à la lueur tremblotante d'un feu de tiges de mil sèches, les gargons lutinent les filles, leur racontent des histoires drôles ou territiantes ; ou bien encore tout ce monde se trémousse au bruit des tamtams jusqu'à une heure assez avancée.

A proximité du village se trouvent les jardins, soit au bord du marigot, s'il \- en a un, soit dans le voisinage des puits. L'on y cultive du tabac, des poivrons, des oignons, des courges. Pour éviter les déprédations des animaux, chacun entoure son petit coin avec des épines.

Quand il v a un cours d'eau, si le \illage est un peu po-

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pLileux, toute l'animation se porte de ce côté : d'abord ce sont les théories de femmes qui viennent, les unes puiser l'eau pour les besoins du ménage, les autres laver le linge de la famille; ce sont, surtout, les enfants qui jouent, se poursuivent, se baignent. Autour des puits, Taffluence est également grande et incessante. Le puits est, d'ordinaire, sans colfrage, son ou\erture est au ras du sol, des pièces de bois convenablement disposées la réduisent à un simple orifice de o m. 3o à o m. 5o de diamètre, par lequel on descend l'outre attachée à une corde et qui sert à tirer l'eau.

Mobilier.

L'esseniicl du mobilier n'est pas nécessairement la couche [lalan'), car celle-ci peut se réduire à rien : c'est le cas pour les pauvres gens qui s'étendent par terre, roulés dans des étoffes quand ils en possèdent ou simplement pourvus d'un vêtement, quelquefois très sommaire. D'ailleurs, le sol est parfois aménagé pour s'y coucher : il existe des sortes de lits formés par une surélévation de o m. 20 environ en terre battue, c'est le gendo.

La natte est, si l'on veut, l'indispensable meuble dont on fait usage pour éviter le contact direct du sol. Elle peut être faite de paille tressée, mais les plus résistantes et les plus usitées sont en lamelles de bambou, le côté lisse forme l'endroit. Dans le commerce on se procure facilement des nattes, quelquefois coloriées et toujours plus souples, plus tines, comme le sont celles en lamelles de feuilles d'iphène. Sur la natte, d'aucuns placent des étolTes pour constituer une couche plus moelleuse et des étolfes encore servent de couvertures : les do.mpc de Ségou, les koso en laine du .Macina, sont plus particulièrement employés à ce double usage.

Chez les gens aisés et riches, la couche est plus confortable. Elle consiste en une claie rectangulaire de 1 m. 80 sur I m. 20 qui repose, soit sur une sorte de cage paralléli-

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pipédique mobile et de mômes dimensions, dont les barreaux sont des bâtons d'environ o m. o3 de diamètre, c'est alors le tara ; soii sur les fourches de 4 piquets solidement lichés dans le sol de la case, c'est le kharharho. Sur cette manière d^ lit, on accumule des pagnes, dont certains servent de couvertures. Une moustiquaire, en toile plus ou moins légère, quelquefois en mousseline européenne, est suspendue en bonne place à laide de ficelles attachées d'autre part au clavonnage du toit, mais c'est là un luxe encore assez rare et dû à l'influence des Européens.

Des calebasses à couvercle, des jarres, des sacs en cuir tiennent communément lieu de nos placards ; parfois un colTre parai lélipipédique en bois ikankiran') ou une malle, en bois ou en fer et de fabrication européenne, servent à renfermer les choses les plus précieuses. Des cadenas européens, ou maures plus souvent, sont employés pour fermer le coffre ou la malle ainsi que les sacs en cuir.

Comme d'ordinaire Ton s'accroupit, les sièges ySigilan') proprement dits sont peu répandus; le cas échéant, la natte ou le lit en tiennent lieu ; pourtant, il v a souvent, près de la porte de la case et à l'intérieur, un s'ihgQ en terre battue appelé humoristiquement rfug"u-/a?2a-s/^i', le siège du menteur du village. L'on confectionne pour les femmes de petits tabourets portatifs, ils sont en bois et d'une seule pièce, on les nommes korome : l'on fabrique aussi des sièges élevés dans le stvle du tara et qui, munis d'un vague dossier, rappellent nos chaises.

l'stensiles de ménage.

La cuisine se fait dordmaire en plein air et les ustensiles sont rarement mis à l'abri dans les cases. Le fover (gwadula) est formé par trois pierres, ou par trois mottes de terre façonnées en pain de sucre, ce sont les sinkuru.

Le combustible est le bois mort {lorho : le feu ne s'éteint

l.\ VIE MATlJUEl.Li: KT MOHALF. ()l

pour ainsi dire ni jour ni nuit, toutefois, s'il y a lieu, on a recours pour l'allumer, soit à l'obli^'eance d'une voisine, soit au briquet. Celui-ci est composé d'un silex et d'une tige de lerdont la friction \ive et rapide détermine des étincelles, que l'on reçoit sur la bourre végétale, très inflammable, produite par le bantin' ou le bunkun' , et cette bourre communique eile-méme le leu à tle \'ieux chilïons.

Les cendres ne sont point toujours jetées ou dispersées; on les utilise, quand elles proviennent de certains bois (baobab, tamarin) pour préparer une sorte de soude que Ton met dans le tabac (sira . aussi bien que dans la teinture. Con\enablement mouillées, les cendres forment une bouillie laiteuse avec laquelle on revêt, parfois, les murs des cases.

La pelle, les pincettes, le soufflet n'ont pas d'analogues.

11 existe une sorte de veilleuse : elle consiste en une tige de fer d'environ o m. 3o à o m. 40 de long, dont Tune des extrémités est pointue et pénètre ainsi facilement dans le sol; près de l'autre extrémité est fixée une coquille, perpendiculaire à la tige, et dans laquelle Ton met du karité avec une mèche, en ci"iify.)n, qui brûle en répandant une clarté vacillante et une odeur puante.

Les ustensiles de cuisine peu\ent être classés en trois catégories: les pots (darha), les calebasses {fe) et les ustensiles en bois. Les pots en terre sont sphériques ou vaguement ovoïdes; il y en a de toutes les dimensions : depuis ceux, énormes, qui servent à la préparation des boissons fermentées et ceux, plus modestes, destinés à contenir les pn)visions d'eau, jusqu'à ceux qui ne sont pas plus volumineux que le poing; ils n'ont pas de dénominations spéciales, en général on les désigne d'après l'usage auquel on les afïecte habituellement, exception faite, toutefois, pour Vinlin' pour la cuisson du basi, dont nous parlerons plus loin.

Fréquemment, on trouve dans les ménages indigènes une marmite en fonte d'origine européenne barunia).

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Les calebasses [fe) sont innombrables de forme, de dimension et de destination. Pour puiser l'eau, l'on emploie couramment un jeu de deux calebasses, dont l'une entre librement dans l'autre : on les remplit, l'une et l'autre, entièrement sous l'eau et, sous l'eau également, on retourne la plus petite que l'on encastre dans la plus grande; on frappe un léger coup avec la main sur la partie supérieure pour s'assurer qu'il n'existe pas de vide dans la petite calebasse, de façon à ce que le tout forme bloc : l'on transporte ainsi sur la tête le maximum d'eau, sans que les heurts de la marche fassent répandre une quantité appréciable de liquide.

Une gourde pèlerine de forte taille est, d'ordinaire, emplovée pour extraire le lait du beurre, elle fait office de baratte et se nomme boli. D'autres calebasses, auxquelles on laisse une queue plus ou moins longue servent de cuiller. Tous nos vaisseaux domestiques, quel qu'en soit le genre, sont représentés par une calebasse appropriée au même usage. Les plus vastes servent à laver le linge et, lors des déplacements, on les dispose en manière d'armature à l'intérieur et au fond des grands filets.

Parmi les ustensiles en bois, il y a d'abord les kunan' ou écuelles, plats circulaires en bois, plus ou moins creux, de diamètre variable, mais ne dépassant pas o m. 5o à o m. 60. ils servent à toutes sortes d'usages : assiettes creuses ou bols énormes et profonds dans lesquels on dispose la nourriture de plusieurs convives ; plateaux à peine concaves mais de grand diamètre servant à bluter la farine et, exceptionnellement, constituant le fond des filets de transport.

Pour remuer la bouillie sur le feu ou l'extraire de la marmite et la disposer dans les kunan , Ion se sert d'une sorte de spatule en bois à loni,»- manche {giride).

C'est aussi en bois qu'est constitué l'appareil au moyen duquel on triture les denrées alimentaires et qui comprend un mortier [khulun') et un pilon {khala), toujours pareils d'un bout à l'autre de l'Afrique. La trituration est besogne

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parfois lonf::;Lie, toujours fatigante et il n'est pas rare que pour alléger la pileuse, deux autres personnes se joignent à elle et que toutes trois opèrent simultanément dans le même mortier : alors, pour éviter les à-coups, les travailleurs enionneni une chanson et se stimulent en jouant à lâcher et à rattraper leur pilon, le tout en rythmant Pair fredonné.

L'on dispose également d'ustensiles en vannerie de diverses formes et dimensions, servant à bluter les farines ou à recouvrir les ustensiles en terre ou en bois qui contiennent des denrées ; paniers pour le transport des récoltes et cueillettes et dont on bouche les interstices avec un enduit de terre, quand ils doivent contenir des grains : ces paniers ont le fond carré, les lianes un peu rebondis et quatre anses; leur capacité, approximativement fixe, les fait employer comme instrument de mesures; l'on dit, par exemple, que l'on a récolté tant de paniers d'arachides; certains droits consistaient autrefois en un nombre déterminé de paniers de mil.

Pour mettre les poules à l'abri, le soir, et, plus fréquemment, pour les transporter dans les champs, au moment des cultures, l'on fait usage de sortes de cages isansara) en vannerie. Pour retenir les matières en suspension dans certains liquides l'on a recours à des dispositifs en vannerie nommé sensenan'.

Citons encore, parmi les ustensiles, des balais ^Jililan') d"en\ iron une coudée, formés de minces lamelles de bambou et qui ser\ent à approprier les cases ; d'autres, pareils mais moins longs, sont empl(j\és pour netto\'er, après usage, l'intérieur des divers récipients.

Enfin, des hachettes servent à débiter le bois et, s'il en est besoin, à diviser les gros quartiers de viande contenant des os. Des couteaux, droits et pointus, souvent de provenance européenne, sont d'un usage courant.

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