‹ Les KhassonkéChapitre 20 sur 74 · INDUSTRIES · texte numérisé non relu

INDUSTRIES

Lidusiries cxiraclivcs.

Cueillette. — Les baies et les fruits naturels, que l'on consomme sans avoir à leur faire subir aucune préparation, appartiennent à qui les cueille. De même, le miel des abeilles sauvages est la propriété de qui le découvre.

Quant aux fruits naturels, qui acquièrent une certaine valeur commerciale après avoir été convenablement traités, ou bien, encore, qui jouent dans l'alimentation un rôle important, ceux du si et du nèle, par exemple, la cueillette en est régie par les coutumes propres à chaque village; le plus souvent elle est elTectuée à jour dit par tous les intéressés.

Les feuilles et les fruits du baobab sont également attribués conformément à la coutume; les feuilles du bantin' ou du bunkun\ les tleurs du sufuriui ou du bure et du /o?72i'i appartiennent à qui les récolte.

Les tubercules sauvages : lokho, foto, les graines du fo- ;7ro et autres herbacées, les feuilles des plantes annuelles quelconques, qui se reproduisent sans inier\ention de l'industrie de rhomme, appartiennent à celui qui les récolte.

LA VIK MAIKKIELLK liT MOBAr.K (j5

Pcchc.

Il existe des professionnelsqui appariienneni à des races, Somono et Bo/.o, dont nous n'avons pas à nous occuper ici ; mais, en dehors d'eux, il y a des ^ens qui vivent à peu près cxclusiNement de la pèche car cette industrie n'entraîne aucune déchéance sociale. La pèche est permise sans limitations autres que celles, très variables, imposées à chacun par ses coutumes personnelles ou par les coutumes des agglomérations auxquelles il appartient, ou sur le territoire desquelles se trouvent les lieux de pèche.

Ainsi, certains ne peuvent porter atteinte, sous quelque forme que ce soit, à la vie ou à la liberté de certaines espèces en raison de leur laim; d'autre part, il est des mares, par exemple, dont l'exploitation libre ne commence qu'après une sorte d'ouverture solennelle, marquée par une pêche efifectuée à jour dit par tous les bénéficiaires; ailleurs, sur les bords du Sénégal notamment, les eaux sont alloties entre les populations riveraines et il existe alors, parfois, une réglementation très étroite.

Les cuves de la cataracte du Félou retiennent à la baisse des eaux toutes sortes de poissons et deviennent ainsi de véritables viviers dont les riverains se réservent l'usage : lorsque les eaux commencent à monter, il est habituel d'empoisonner l'eau de ces cuves, le poisson surnage et est facilement recueilli; de grandes quantités d'alevins sont ainsi capturés qui, jetés au fleuve, en assureraient le repeuplement.

L'empoisonnement n'est guère emplo\é que pour les eaux stagnantes et peu étendues. Le pécheur dispose d'engins de toutes sortes parfaitement appropriés à leur destination ; c'est, d'abord, la ligne armée d'un ou de plusieurs hameçons ; des filets que l'on manie dune seule main et qui sont très pratiques dans les eaux peu profondes, où l'on enfonce au plus jusqu'à mi-corps ; des éperviers, adroitement lancés du haut des pirogues, des sennes immenses

gd MONOGRAPllIK DES K.HASSONKÉ

parfois et dont le maniement exige la participation de nombreux pécheurs; enlln des nasses, les unes mobiles, les autres lixes : les premières qui sont souvent très vastes, sont formées d'un treillis en lianes imputrescibles, elles rappellent par leur dispositif nos nasses et nos verveux ; les secondes sont des manières de cages en clinting : pour les unes la porte se déclanche lorsqu'un poisson d'assez lorte taille la franchit; pour les autres, l'entrée n'est accessible que par un couloir tortueux ou qui va en se rétrécissant, rendant en tout cas le retour en arrière impossible.

En principe, la pèche est licite de nuit comme de jour et, d'ordinaire, plus fructueuse de nuit que de jour. Les professionnels, qui travaillent à la senne, préfèrent la nuit pour opérer dans le Sénégal. D'ailleurs, la pêche varie avec la saison : lorsque les eaux commencent à se retirer, l'on organise des barrages qui transforment nombre de diverticules en viviers faciles à exploiter ; aux hautes eaux l'on ne capture guère que les poissons qui viennent à la surface ou ceux qui recherchent les eaux tranquilles et peu profondes.

Les eaux sont d'une incomparable richesse au point de vue de la pêche; elles fourmillent de poissons remarquables aussi bien par la taille que par la qualité de la chair. Citons parmi les plus connus et les plus appréciés : le baporo (Polvnemus des savants), superbe poisson chasseur, dont la taille peut atteindre et même dépasser un mètre, chair fine, ferme, et peu embarrassée d'arêtes ; c'est une pièce de choix très recherchée; un autre poisson chasseur rappelle notre brochet, tant par l'aspect extérieur que par sa chair pétrie de lines arêtes difficiles à éliminer ; les noirs racontent à cet égard une histoire amusante : l'ancêtre de ces brochets, disent-ils, partant un jour pour un lointain vovage, fui chargé par ses voisins de multiples commissions et reçut de chacun d'eux une arête comme garde-mémoire ; mais le brochet voyageur ayant été capturé avant d'atteindre le terme de son vo}'age, toutes les arêtes lui demeurèrent.

LA vu: MAïKRiKi.i.K i;t morai.k

Il }■ a é^'alcmcnt des poissons semblables à la tanclic, à la carpe, au /cardon... en un mot tout à tait analogues à ceux de nos pays.

Line faune aquatique spéciale est celle des eatix calmes, tranquilles et vaseuses. Là vi\ent des siluridés, sorte de poissons sans écailles, aux }eux minuscules, à la bouche tantôt en suçoir, tantôt, au contraire, largement fendue et pourxuede barbillons; d'aucuns présentent à Tarrière de la tète un robuste aiguillon et la plupart sontsusceptibles de parah'ser, par une manière de décharge électrique, quiconque les touche.

Dans ces mêmes parages marécageux fréquente une anguille étrange, connue des savants sous le nom de Prolopterus annectans : ses nageoires sont en forme de bras, elle vit cachée et ne sort que pour ses chasses de nuit; quand les eaux se retirent, elle s'enfonce dans la vase, sécrète un mucus qui lui permet de se former une manière d'en\eloppe dans laquelle elle s'engourdit, enroulée sur elle-même. Elle demeure ainsi enfouie loin de l'eau, durant la saison sèche ; en hivernage, lorsque l'eau l'atteint, ses branchies reprennent leurs fonctions et elle revient à sa vie aquatique. C'est là l'un des plus curieux spécimens des époques disparues.

11 existe des huîtres et moules d'eau douce, mais les indigènes ne les utilisent pas.

Chasse.

Il existe des chasseurs de profession, souvent fort habiles tireurs et. en tous cas, très expérimentés, à l'égard des habitudes des animaux sauvages. S'ils ont emplo\é autrefois la lance et les llèches, ils les ont aujourd'hui complètement abandonnées et font un usage quasi-exclusif du fusil généralement à pierre, quelquefois à piston. Pourtant, l'hippopotame est sou\ent attaqué à la sagaie, à la lance ou au harpon.

9^ MONOGRAPHIK DES KIIASSONKÉ

Ces chasseurs sont des fervents de l'alTût. l'ne paillotte. on pourrait dire une botte de paille, à l'intérieur de laquelle il prend place et qu'il dispose généralement à quelque distance de l'abreuvoir, permet au chasseur de se dissimuler et d'attendre de longues heures la venue du gibier; mais ce n'est pas toujours la biche inofifensive qui survient. Toutefois, la surprise n"est pas toujours grande pour un coureur de brousse, car il y a des animaux dont la présence dénonce la proximité d'autres animaux : ainsi la biche, la pintade font prévoir le lion ; la macreuse dénonce l'aigrette.

Les engins de chasse sont divers et nombreux. Des filets à larges mailles, savamment dissimulés dans les herbes, servent à capturer les antilopes et les biches qui viennent s'}' empêtrer après avoir été convenablement rabattues. Des collets bien disposés sont utilisés pour prendre les biches et d'autre gibier. Pour certains animaux pesants l'on a recours à la fosse, dont on cache l'ouverture avec des branchages légers recouverts de terre; sur ce plancher fragile une proie d'ordinaire vivante (mouton ou chèvre) sert d'appât.

L'on n'ignore pas non plus ces engins assez compliqués, lourds, tranchants, parfois empoisonnés que l'on suspend en bonne place à une maîtresse branche, et qui frappent mortellement la grosse bête qui, involontaireinent, a mis leur mécanisme en mouvement.

Contre l'hvène en particulier, l'on use d'un piège spécial ; une sorte de chambre de i m. 5o de haut, 2 mètres de long et o m. 60 à o m. 70 de large est édilice, dans un endroit propice, à l'aide de dalles en pierres; l'une de ses dalles est aménagée, à l'entrée laissée béante, de manière à écraser l'hyène qui en pénétrant pour saisir l'appât, placé à l'intérieur, en aura déterminé la chute.

Bien des animaux sont tués par un dispositif très simple; une pierre plate et pesante levée presqu'à Oo" et maintenue

LA VIE MATKRlia.l.l': ET MOHAl.E 99

dans cette position par un dispositif qui détermine leur chute sur l'imprudent qui s'attaque à Tappàt.

Par des mo\ens analogues, dont la description n'apprendrait rien de n(juveau, les chasseurs capturent toutes sories d'animaux très appréciés pour l'alimentation.

Les biches, les antilopes, les sangliers, le porc-épic, ne sont pas rares; l'éléphant fréquente certaines régions éloignées des lieux habités, tandis que l'hippopotame recherche le voisinage des jardins et des plantations où il commet journellement des dépradations.

Les fauves malfaisants : lion, panthère, signalent de côté et d'autre leur présence et les plus hardis et les plus adroits chasseurs ont souvent beaucoup de peine à purger le pays de ces hôtes dangereux.

Le caïman, dont le voisinage inspire une terreur fort légitime aux femmes, qui sont bien obligées d'aller laver ou puiser l'eau, est traqué de diverses façons et l'on a même recours à un piège assez ingénieux. A terre, près de l'endroit où gîte le terrible saurien, l'on dispose une béte morte, cadavre d'âne, de mouton ou autre, dans laquelle l'on glissj un fort bâton de o m. 3o à o m. 35 de long attaché, par son milieu, à l'extrémité d'une forte corde dont l'autre extrémité s'enroule sur un solide pieu fixé profondément dans la terre. L'animal, attiré, emporte l'appât et l'engloutit avec le bâton qu'il contient,'mais,par le dispositif adopté, le bâton se met en travers et, dans les elTorts que fait la bète pour s'en débarrasser, crève les intestins, ce qui amène la mort du caïman.

Les animaux ne sont pas mis à mort seulement pour servir à l'alimentation ou supprimés parce que nuisibles Certains donnent des produits utilisés par les indigènes ou que ceux-ci vendent aux européens. Ainsi l'aigrette, le marabout, la macreuse fournissent des plumes recherchées; la civette, ou du moins un animal mUni comme elle dune poche à musc, est très estimé des indigènes

100 MONOGRAPHIK DKS KIIASSONKK

pour ce produit, dont les femmes font grand emploi pour se parfumer.

Industries agricoles.

A. Iiuiu^iries cullurales. — A observer les champs cultivés, il est facile de se rendre compte que les façons varient : ici, par exemple, le sol a été ameubli superficiellement, tandis que là, Ton a formé des buttes et ailleurs des sortes de sillons. A ces aspects divers, motivés évidemment par la nature différente du sol, l'on reconnaît que l'agriculteur indigène a de l'expérience.

Et, en effet, il n'est pas rare qu'à première vue, il juge exactement les qualités des terres en indiquant, en outre, les dispositions à prendre pour tirer, de ces qualités, la meilleure part. Mais, en principe, il igncjre les engrais et la fumure; par contre, il pratique assez judicieusement l'assolement et la jachère.

11 exploite de la sorte, avec le maximum de rendement, les terrains dont il dispose, mais il ne fait rien pour aménager ces terrains en vue de les rendre propres à des cultures pour lesquelles ils ne sont pas, à première vue, favorables ; il en résulte que le même indigène a une exploitation agricole fort éparpillée : son champ de mil ici, celui d'arachide à des kilomètres plus loin, un jardin ailleurs, une plantation de tabac, ailleurs encore; alors qu'il suffirait de transformations, ni très complexes, ni très pénibles, pour permettre aux arachides, au tabac et aux légumes de végéter dans le voisinage du mil.

Pour les divers travaux des champs, les outils indigènes sont en très petit nombre, deux suffisent pour les princicipales besognes: ce sont la houcidaba) et \d hache (rende). L'une et l^autre ont une pailie pareille, le manche, sorte de massue en bois dur dont Textrcmité rcntlée est percée,

Page 1