‹ Les KhassonkéChapitre 22 sur 74 · I.A Vlli MAlKKIKLLt; ET .MOKALI · texte numérisé non relu

I.A Vlli MAlKKIKLLt; ET .MOKALI

beurre, mais non comme animaux de irait ou de transpuri. On ne^arde en général qu'un taureau pour tout le troupeau de vaches d'un même village; parfois, môme, plusieurs villages, qui confient leurs vaches aux mêmes bergers, s'entendent pour n'avoirqu'un seul taureau, qui estalorschoisi avec soin et acheté à frais communs ; de jour et de nuit, cet animal reproducteur est libre d'aller où bon lui semble. Quant au jeunes taurillons,« on les transforme en bœufs porteurs.

Les moutons sont de deux types: l'un qui paraît indigène est de petite taille, poil ras, mais bien en chair; l'autre provient des troupeaux maures ; il est très haut sur pattes, efflanqué et donne une viande médiocre.

Lestroupeaux sont peu nombreux et confiés parfoisàdes bergers comme les bdiufs.

Deux espèces de chèvres également, une de petite taille, donnant assez de lait et une viande assez bonne; l'autre, introduite par les Maures, est de grande taille et, généralement maigre, donne cependant pas mal de lait, mais sa chair est médiocre.

L'influence des espèces maures si sensible sur les troupeaux dont nous venonsde parler est encore prédominante en ce qui concerne les chevaux. Les beaux chevaux pro- \ienncnt en effet de la Mauritanie, les autres sont, comparativement à eux, inférieurs. Certes, l'étalon est très estimé, mais la jument et peut-être beaucoup plus recherchée car elle est source de très gros profits, alors que le cheval témoigne seulement, par sa valeur et son ordinaire inutilité, de l'opulence de son maître dont l'orgueil se trouve ainsi agréablement flatté.

Alors que le cheval est emplo\'é exclusivement C(jmmc monture, l'âne sert à la fois de monture et de bête de somme: c'est le compagnon des pauvres gens, tout comme le cheval est celui de l'homme riche ou au moins aisé. Or. de même qu"en principe le noir répugne aux unions mal assorties, soit à cause de la différence de condition soit en

raison de la dilTérence de races des conjoints, de même il s'oppose absolument à laccouplemeni de l'àne et de la jument. Aussi le mulet indigène fait totalement défaut chez les Khassonké et même, peut-on dire, chez tous les noirs du Sénégal. Pourtant, il semble qu'aujourd'hui ce rigorisme commence à céder à nos sollicitations appuyées d'arguments pécuniaires.

La basse-cour est très peu garnie, toutaO plus comprendelle un certain nombre de poules de petite espèce, de chair médiocre, qui demeurent à demi sauvages et dont les œufs, d'ailleurs déposés le plus souvent dans la brousse, ne sont point recherchés de l'indigène.

La pintade, le canard ne sont point domestiques.

Dc-ci de-là Ton place, quelquefois, dans les arbres des ruches en paille pour recueillir les abeilles dont le miel est très apprécié. .Mais souvent l'on se contente de rechercher les gîtes d'abeilles et de récolter le miel et la cire qui s'y trou\ent.

luduslrics manufaclu rières.

Filage et tissage. — Le coton est récolté et soigneusement trié par les femmes. Elles procèdent ensuite à l'égrenage: à l'aide d'une petite baguette cvlindrique de fer ou de bois, la soie est pressée sur une pierre plate, de manière à faire sortir la graine. Ensuite, l'on carde le coton et l'on emploie couramment pour cet office les cardes européennes importées.

Pour procéder au iilage, l'on enroule, autour d'une manière de courte quenouille, une certaine quantité de coton cardé, la (ileuse saisitquelques brins qu'elle tire avec la main droite et lixe à la partie supérieure d'une manière de fuseau, auquel elle imprime un mou\ement de rotation rapide pour amener la torsion des iils. (>e fuseau se compose d'une mince baguette de bois à peine plus grosse qu'une forte aiguille à tricoter et portant, à rextrémité op-

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posée à celleà laquelle on (ixe le lil, un peson en terre cuite ou même en fer. Pour faciliter la rotation, l'extrémité du fuseau est mise sur une pièce de bois ou de poterie et, d'autre pan, la (îleuse a, à côté d'elle, un récipient contenant de la cendre dont elle imprègne le pouce et l'index de la main droite qui mettent le fuseau en mouvement. Le lil convenablement tordu est enr(julé sur le fuseau et, lorsque celui-ci est assez char^'é, on le débarrasse en enroulant !e (il sur un cvlindre de bois servant de bobine.

Pour le tissage, l'on place quatre des grosses bobines ainsi constituées aux extrémités d'une sorte de croix servant de dévidoir; ces quatre brins sont alors enroulés autour d'un obstacle dont le périmètre représente approximativement la longueur de la toile que Ton \eut obtenir. C'est par quatre brins que l'on évalue la largeur à donner à la toile: lorsque cette largeur est acquise, l'on coupe en un même point tous les tils enroulés et l'on obtient ainsi tous les lilsqui servent au tisserand à constituer la chaîne de l'étotïe.

Le métier à tisser est fort simple : il consiste essentiellement en deux cadres de lamelles suspendus aux extrémités d'une même corde qui passe, elle-même, sur une poulie placée à la partie supérieure d'un bâti en bois; chacun de ces cadres est muni à la partie inférieure d'une forte ficelle dont l'autre bout est fixé à un bâton formant pédale. Les lils de chaîne sont passés entre les lamelles des cadres et le mouvement des pédales, en agissant sur les cadres, permet de tes croiser; ces lîls sont tendus à l'aide d'un corps lourd qui surmonte leur écheveau, placé en avant des cadres soit >.lirectement à terre, soit, quelquefois, dans une pièce de vannerie qui lui évite les souillures du sol.

Le tisserand est assis à l'arrière des cadres de lamelles sur un banc rustique et de façon que ses pieds puissent actionner facilement les pédales: il dispose d'un certain nombre de navettes en forme de petites pirogues et char-

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gées de fils de trame, parfois de couleurs différentes, selon que l'exige la nature du dessin.

La toile confectionnée est, au fur et à mesure, enroulée sur une manière de treuil que TouNTier a juste au-devant de lui. Les lès obtenus ont une largeur variant entre lo et i5 centimètres: Ton en coud un certain nombre côte à côte pour obtenir la largeur d'étoffe que l'on désire.

Couture et broderie. — C'est avec les étoffes ainsi constituées que les indigènes confectionnent leurs vêtements.

En principe, ce que nous appelons un pagne est une pièce d'étoffe obtenue avec dix coudées de toile et que les Khassonké dénomment tamma. Lorsque, autrefois, les évaluations étaient faites en toile du pays, le tamma servait d'unité, et, comme lors de l'introduction de la monnaie française sa valeur se trouva être d'un franc, cette pièce de monnaie fut dénommée tamma par des indigènes du Khasso.

C'est au couturier qu'incombe le plus souvent le soin de juxtaposer les bandes, de les coudre et, ensuite, d'utiliser l'étoffe pour fabriquer doroge et Ai/r//, pagnes petits et grands. Mais l'on ne s'adresse pas obligatoirement à un professionnel et bien des indigènes confectionnent eux-mêmes leurs vêtements.

Par contre, bien peu peuvent se llatter de pou\oir les orner de broderies. Cependant, à bien examiner les choses, ce métier de brodeur n'est pas aussi difficile qu'il semble au premier abord : il consiste essentiellement à reproduire, à l'aide d'une aiguille etde soie,des dessins en somme toujours les mêmes, disposés aux mêmes endroits du doroge; seuls les entre-deux exigent plus de savoir-faire, mais la façonen est également uniforme.

Quoi qu'il en soit, les doroge brodés sont très recherchés et souvent très coûteux. Les petits bonnets que portent les hommes sont, eux aussi, ornés de broderies à l'aiguille, mais avec du coton, soit blanc soit bleu.

Teinture et coloration. — La teinture est pratiquée

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surtout par des femmes soninké, qui ont une très grande renommée — le plus souvent méritée — pour ce genre de travail, mais il v a aussi des femmes du Khasso qui s'occupent de la teinture soit pour elles-mêmes soit pour d'autres. La teinture la plus ordinaire, en même temps que la plus appréciée, est celle à Tindigo.

Pour préparer le bain d'indigo, l'on commence parémietter le pain obtenu comme nous l'avons indiqué; puis l'on verse sur ces débris l'eau juste nécessaire pour les mouiller: on laisse le tout ainsi pendant trois jours, au bout desquels on le met dans un panier, où on le la\e à grande eau pour éliminer les saletés. Après quoi l'on met l'indigo dans un pot de grande dimension, on le mouille avec une eau sodique et au bout de trois jours on remplit aux trois quarts le pot d'eau sodique. Au bout de trois ou quatre jours ce bain se couvre d'écume, alors on le bat avec une verge pour le faire mousser davantage encore et il est prêt pour servir.

La première étoile que l'on trempe prend une )olie teinte bleue très prisée et qualifiée bagha. L'étoffe est trempée à nouveau dans le même bain deux ou trois fois pendant trois jours consécutifs, puis dans d'autres bains neufs de môme et cela jusqu'à ce qu'elle prenne le ton que l'on désire et qui peut aller jusqu'au bleu le plus foncé, cest-à-dire voisin du noir.

Le bain d'indigo est réputé épuisé quand il ne donne plus d'écume.

La teinture jaune est également fort goûtée des Khassonké. A l'aide des feuilles du kerkclo {Anogeissus leiocarpus) Ton fait une décoction dans laquelle on trempe l'étoffe. Aussitôt après cette immersion l'on fait sécherTétoffe au soleil. Puis l'on mélange de la cendre à la décoction et dans cette boue l'on trempe à nouveau l'étoffe que l'on étend ensuite un peu au soleil avant de la laver à grande eau. Cette teinture est peu stable et demande à être fréquemment renouvelée. Elle sert de base à la teinture en noir. A cet effet l'étoffe jaune est immergée dans la vase noire des bords des mari-

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gots, la vase préférée est celle dans laquelle pou rissent des fruits deba^rana. La teinte obtenue est d'autant plus foncée que Ton fait de plus nombreuses immersions.

Les cuirs sont facilement coloriés.

Pour le rouge l'on a recours à une nianière de sorgho sauvage qui présente aux environs des nœuds une légère pellicule rouge. A cette pellicule réduite en poudre l'on ajoute un peu d'eau et un peu de soude et l'on obtient une belle couleur rouge que l'on étale avec un chitTon sur le côté convenable de la peau.

La coloration jaune s'obtient avec de la poudre de feuilles de kerheio additionnée d'eau et d'un peu d'alun ou encore de celle, mèmement traitée, des fleurs et feuilles du bobo.

Tannage. — Pour tanner une peau de mouton voici comment on opère. D'abord on la plonge pendant 12 à 24 heures dans un bain d'eau sodique, après quoi on enlève les poils à l'aide d'un ràcloir, en plaçant la peau sur une pièce de bois sans arêtes vives. L'on enlève tout débris de chair ou de graisse.

Puis l'on déterge la peau. A cette lin, on la recouvre, du côté où se trouvaient les poils, soit de la pulpe que l'on trouve à l'intérieur des courges non mûres, soit d'une pâte formée de « courge de singe » écrasée, soit de fiente de poule, .\insi enduite la peau est roulée de manière à ne mettre en contact que les parties qui ont reçu le détergent, puis placée sous un vase en terre que l'on expose au soleil. Une action de deux heures dans ces conditions est nécessaire et suffisante. En la prolongeant Ton risquerait de détériorer la peau. Celle-ci laxce est prête pour le bain de tannage.

Le bain est formé avec des fruits d'Acacia adansonii, secs ou \erts, pilîs et délayés dans l'eau froide; la peau ^' est immergée et on ne l'y laisse pas en repos : il faut continuellement la malaxer avec les mains. Au bout de deux jours elle est tannée.

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